SCÈNE XVII
Les mêmes , BAPTISTE.
BAPTISTE , à Michel.
Eh ! bien , tu t'amuses là.... pendant qu'on est à table ; au lieu de faire ton service.... {Il lui donne une seri^iette et quelques assiettes blanches. )
MICHEL
C'est que je suis d'une joie ; vous ne savez pas, Millocheau, je me marie.... j'épouse ma petite Thérèse.
BAPTISTE
Tu te maries ?
MICHEL
Dès demain !
BAPTISTE
Oui dà !... Si tu fais ce beau coup là, tu peux dire adieu à ta place.
MICHEL
THÉRÈSE
Qu'est-ce que vous dites donc ?
BAPTISTE
Que M. le baron ne veut pas chez lui de gens mariés ,
et qu'au premier mot que tu en toucheras , il te mettra à la porte.
MICHEL , laissant tomber ses assiettes qui se brisent. Là!.... c'est fait pour moi I...
BAPTISTE
Prends donc gatde.
THÉRÈSE
Ail î ça.... tes gages y passeront....
MICHEL
Non, non, j'suis tranquille. . . c'est la masse qui paie ça. . .
BAPTISTE
Non pas.... ce qui se perd, à la bonne heure.... C'est la masse ; mais la casse , c'est personnel , je t'en préviens
MICHEL
Eh! bien, je ferais de belles affaires !... Au diable la maison , puisqu'on ne peut pas s'y marier , et qu'on paie la casse ; je la quitte.
THÉRÈSE
Mais alors, mon oncle ne voudra plus de toi I....
MICHEL, désolé. C'est vrai!... Quelle alternative !... Que faire?
BAPTISTE
T'ôccuper d'abord du dîner On attend le second
service .
MICHEL
Déjà?.... Ils vont donc un train de poste —
BAPTISTE
Je n'y conçois rien, il y a un désordre , une confusion. . ,
Monsieur est d'une gaîté effrayante il parle , rit ,
dévore attaque tous les plats à la fois C'est un
dîner qui a pluôt l'air d'une déroute; mais n'importe
vite le second service. {François parait.) Appelez donc les gens de nos convives , qu'ils viennent nous aider. ( Plu" sieurs domestiques paraissent ai^ec des serviettes sous le bras.)
MICHEL, bas à Thérèse.
Reste là dans un coin , il me vient une idée ; je te conterai ça en passant
( Les domestiques forment la chaîne tout le long du théâtre , et se passent les plats de main en main. Baptiste va et vient, d'autres rcm]H)rt(^nt les plats du premier service ; tout cela s'exécute j)en(lant le chœur suivant et la ritournelle qui confiuue piano, )
3 «s CHOEUR.
Air : Au marche qui vient de s'ouurir, (l^TneKe.) Allons, allons , pour ce banquet N'oublions rien , que tout soit prêt ! Passez la dinde, le jambon , Les deux rôtis et le saumon. . . Douze entremets , les éperlans, MaearoKfis... perdreaux, faisans!
Faut-il que ces mets savoureux Ne satisfassent que nos yeux !
Allons, allons, pour ce banquet, i N'oublions, rien que tout soit prêt ! I ^ ^IW»' (Le seri'ice continue ; les valets vont et viennent.) THÉRÈSE , à part.
Quel tapage !... quel boulvaii !.. et que de plats !.. Les estomacs des grands seigneurs doivent être doubles des nôtres.
MICHEL , un plat à la main et s' approchant . J'y ai pensé, je parlerai à Madame ; je l'intéresserai à
ÎIOUS....
BAPTISTE , accourant.
Le croque-en-bouclie I
MICUY.!. ^ se sauç'ant.
Présent î
THÉRÈSE, seule.
Il a beau dire !... si M. le baron s'entête , il ne pourra m'épouser que quand il aura sa retraite , à soixante ans î . . C'est agréable.
MICHEL, reç^enajit a(^ec un plat du premier serç>ice à la main.
Autre chose levais travailler comme un clie val ; je
me dépêcherai d'amasser et alors nous irons trouver
ton oncle je lui dirai {présentant son plat) : Yoilà deux
cœurs sensibles ( Regardant le plat, ) C'est des foies
gras.... Ils sont tendres , fidèles. {Flairant le plat.) Dieuxl
quelle odeur! ça me fait mal Ne les repoussez pas....
{Regardant toujours le plat. ) Imagine-toi que je n'ai rien mangé d'aujourd'hui....
UN DOMESTIQUE, accourant.
Le soufflé !
MICHEL , courant.
On y va.
s» 3Zi #
ÂNDPiÉ accourant, de l'autre côté.
Michel!
MICHEL , de même.
Un moment...