SCÈNE XXI
Les mêmes, BAPTISTE.
BAPTISTE, qui a entendu le dernier mot. Qu'entend-je? Monsieur est indisposé !
LE BAUON, ai^ec humeur.
Que voulez-vous ?
BAPTISTE
J'apportais une carte que le chasseur de M. le marquis vient de me remettre en bas. . .
LA BARONNE
Du marquis?...
LE BARON, virement.
Voyez donc ce que ce peut être.
LA BARONNE , la regardant.
Il y a quelques lignes au crayon....
Lisez vite
LA BARONNE, Usant.
« Je vous écris de chez Son Excellence. Je n'ai pu' me « rendre à votre dîner.... mais je m'occupais de vous. »
LE BARON
Excellent amiî... je le reconnais là.
LA BARONNE , continuant.
« Vous êtes nommé.... »
LE BARON
Je suis nommé!...
LA BARONNE
A la sous-préfecture de » C'est illisible...
LE BARON
Ca ne fait rien... je suis nommé...
LA BARONNE
u Résidence charmante , à quinze lieues de Paris. »
LE BARON
A quinze lieues de Paris!... ce n'était qu'une mutation î. . . Eh bien , madame , vous n'êtes pas enchantée ?. . . .
LA BARONNE
Si... si, mon ami... pour vous; mais je regrette...
Que ce ne soit pas une préfecture ?. . . moi aussi ; ça viendra. . . Sous-préfet à quinze lieues , on peut venir faire sa cour tous les dimanches,
BAPTISTE
Faut-il avertir le médecin ?. . . l'indisposition de monsieur...
LE BARON , d'un air riant.
Non, non, je me sens beaucoup mieux... Qu'on prépare mon costume de sous-préfet, que j'aille remercier Son Exçellence I . . .
MICHEL, à part.
A-t-il changé d'habits et de façons de penser en un quart-d'heure ?. . . \
LE BARON
Je veux que toute la maison se ressente de ma joie. ( ^ Baptiste. ) Je donne à mes gens une gratification de cent écus ; j'augmente le personnel. Il me faudra un nouvel équipage , un chasseur. ( Montrant Michel. ) Eli ! parbleu I ce brave garçon... pourvu qu'il montre un peu plus d'activité , qu'il ne se donne pas du bon temps comme aujourd'hui. Pour commencer, tu vas me suivre...
MICHEL , ai^ec fermeté.
JNon , monsieur.
LE BARON
Non !
BAPTISTE , effrayé.
Qu'est-ce qu'il dit donc?
MICHEL , froidement.
Que les exc<'ll(Mites réflexions de monsieur ont liucli- (ie dans luoji c(x!ur !. On le replace, et moi je me dé-
pla<:e... je cliaiige d'habit à mon tour., tt je quitte la li-^ viée pour reprendre la veste de l'indépendance,
(Otant sa livrée sous laquelle il a conservé sa veste.) LE BARON.
Comment ?
BAPTISTE
Tu serais assez fou?. . .
MICHEL
Je Tétais ce matin quand je m' suis laissé éblouir par l'éclat des galons. J'ai tâté des grandeurs... en petit... je sais ce qu'en vaut l'aune ; j'aime mille fois mieux me remettre sur le pavé avec mon andaloux... au lieu d'être mené , c'est moi qui mène les autres : j'vas comme ça me convient ; au trot , si c'est la course ; au pas , si c'est à l'heure... J'suis mon maître, mon bourgeois... et si je n'ai que du pain sec , je le mange en liberté , en plein air , ça n'donne pas d'indigestion î . . .
LA BARONNE
Eh bien! mon ami.... à l'expression près.... c'est ce que je vous disais ce matin Il est plus sage que nous î
LE BAHON.
C'est un impertinent... Qu'on lui fasse son compte , et que je ne le revoie plus.
(Il sort. ) LA BARONNE , has à Michel.
Vous êtes un honnête homme... Si vous avez besoin de moi... venez me trouver, mon ami.
( Elle suit son mari. )
MICHEL
Oui , madame.
BAPTISTE , à Michel.
Imprudent î tu aurais eu la pension dans une vingtaine d'années.
MICHEL
Bahî je ne regrette que Thérèse... ah ! mon Dieu , la voici.
ENSEMBLE