SCÈNE PREMIÈRE
CLEMENTIjNE est assise d'un coté et brode au tambour ^ LEON , d'un autre coté , un Iwre à la mahiy et près de la cheminée. ^
LÉON , jetant son Iwre ai^ec dépit.
Dieux! que c'est ennuyeux la lecture!... et que je voudrais ne plus retourner à ce vilain collège d'Harcourt!
CLÉMENTINE
C'est d,onc une chose bien terrible, mon cousin?
LÉON
Je vous le demande!.... du grec, du latin! et puis ,
pour clianger, du lalin et du grec !... Parce que je suis le cadet de la famille , ils veulent faire de moi un docteur,
un savant un je ne sais quoi! lis auront de la
peine... je n'ai pas de vocation!... l'épée et le petit plumet m'iraient si bien !
CLÉMENTINE, se lef^ant.
C'est vrai; vous seriez gentil avec un uniforme! Eh
bien! vous serez content si votis êtes 'chevalier de Maltlie^ LÉON , vii^ement.
Du tout, ce n'est pas dans ce régiment-là que je voudrais entrer.
Air : f^audeville de l'Etude.
Cousine , ma tète s'exalte ,
Je ferai quelque coup d'éclat
Moi , devenir un chevalier de Malthe j
Moi , vivre dans le célibat ! . . . .
Non , ce drapeau ne me conviendrait guère j Je veux tenir les sermens que je fis,
Et marcher sous une bannière
Qu'on défende de père en fils.
Parce que mon frère aîne' est colonel... il faut que je renonce au monde, aux plaisirs... C'est révoltant! CLÉMENTINE , soupirant.
C'est comme moi je vais entrer au couvent, pour
que mon frère puisse acheter une charge au parlement de Dijon.
LÉON
Je vous dis que nous sommes sacrifiés. . . je m'insurgerai , moi !
CLÉMENTINE , à Uli-voix.
Taisez-vous donc , Léon ; madame la marquise est déjà assez mécontente de vous ! Je l'entendais l'autre jour, pendant que je prenais ma leçon de clavecin , dire à votre père : Monsieur le marquis, vous ne faites pas attention au jeune chevalier... cet enfant-là... a des idées... il nous donnera du chagrin. . .
LÉON
Et mon père , qu'est-ce qu'il 'répondait?
CLÉMENTINE
Il vous défendait, mais tout doucement, pour ne pas contrarier madame la marquise.
LÉON , se promenfLut.
Oui... oui... j'ai des idées... et l'on verra....
CLÉMENTINE
Qu'est-ce que vous ferez ?
LÉON
Je ferai... Je n'en sais rien... Je demanderai conseil au vicomte de Chailly, qui vient souvent ici.
CLÉMENTINE
Un mauvais sujet !
LÉON
C'est ce qu'il faut dans les occasions déscspéi ées.
CLÉMENTINE
Vous vous ferez lueltn* eu pénitence par votre pnicepteur.
LÉON
Ca m*est égal... quand je pense qu'on veut nous séparer!... Nous aurions été si heureux dans notre petit ménage!... pas de fortune, il est vrai... mais du bonheur, ce qui vaut bien mieux... Comme je serais fier de vous appeler ma femme!... de vous donner le bras, d'entendre murmurer autour de nous: Elle est charmante!... quel joli couple!... Et nos enfans !... quel plaisir de les voir près de nous... Par exemple , je n'enverrais pas les garçons au collège... j'ai d'autres principes d'éducation... Je les élèverais moi-même... et surtout, Clémentine , (a^ec sentiment , et jetant un coup - d'œil autour de lui) nous les aimerions également. . . sans distinction. . . sans préférence. . CLÉMENTINE , attendrie.
Ah ! Léon , tant de bonheur. . .
Ne dépend que de nous î et si vous m'aimez...
CLÉMENTINE, tendrement.
En doutez-vous ?
DUO. y
Air : Entendez-vous ? c'est le tambour. ENSEMBLE.
Ce doux serment , t' aimer toujours !
Fut prononcé dès notre enfance ^ Ce mot charmant : t'aimer toujours!- Embellira nos derniers jours.
CLEMENTINE.
Du bonheur Espoir enchanteur,
Dans mon cœur Tu renais d'avance ! . . .
LÉON
Ah ! pour moi , Jamais d'inconstance. . .
Je ne puis adorer que toi !.. . '
ENSEMBLE
O douce ivresse !
A ma tendresse , Non , le destin S'oppose en vain :
En toi, ma ) , „ Près de ta S ''^"^ '
Mon Ton
I cœur fidèle , Verra {
Aura j ^«"J^"''^
I amours.
Mêmes )
( On entend parler Antoine dans la coulisse,}
CLÉMENTINE
On vient î je me sauve.
(Elle sort, )