‹ Le vieux mari; comédie-vaudeville en deux actesChapitre 237 sur 367 · LÉON , ANTOINE · texte numérisé non relu

LÉON , ANTOINE

ANTOINE , entrant par la porte du fond et parlant à la cantonnade.

C'est bon î... laissez ce coffre... on ira vous le payer

N'avez-vous pas peur! {A lui-même. yUmnl comme le

peuple se démoralise aujourd'hui... les ouvriers ont un ton... ils raisonnent..... ils vous parlent à un valet-decliambre comme... à un domestique !... {Soupirant.) Aliî mon Dieu ! . . . où allons-nous. . . où allons-nous î

LÉON

Qu'est-ce que tu as donc , mon bon Antoine ?

ANTOINE, leç'ant la tcte.

Rien , rien , M. le chevalier.

LÉON

Appelle-mm ton petit Léon , comme autrefois.... . {Le cajolant. ) Car nous sommes amis tous deux , n'est-ce pas ? ANTOINE , le regardant en souriant.

Yous avez quelque chose à me demander ?

LÉON, d'un air indifférent.

Moi?... non î... c'est toi qui dois me reconduire au collège?...

ANTOINE

Oui , M. le chevalier.

LÉON , s'appuyant sur l'épaule d'Antoine. Ce pauvre Antoine!... il y a long-temps que nous nous connaissons !

ANTOINE

Il y a dix-sept ans aujourd'hui Yous cte» de 72

Ainsi m'avez-vous fait enrager?...

LÉON , souriant.

Oui... mais à présent... je suis sage !

ANTOINE , secouant la tcte.

Ilum !... il n'y a pas d'excès... mais vous êtes si bon!. Moi , d'abord... je me mcU.rais au feu pour vous.

LÉON , d'union caressant.

.I(;.in: t'(;ji demande pas tant... si tu pouvais. .. ne pas me reconduire... aujourd'hui au coUdgc.

s» 5 ANTOINE , surpris.

Et pourquoi?

LÉON

J'ai lies alVaiios...

ANTOINE

Impossible , M. Lcon !

LÉON

Qu'est-ce que tu risques?..... mon prcGepteur soupe on ville.

Et madame la marquise ? J'ai déjà eu assez de peine

à vous obtenir un sursis car vous deviez partir ce matin... Mt^is je lui ai dit : Madame la marquise. . . parce que. . . je kù parle, moi je n'ai pas peur Madame la marquise, Je vous demande jusquà ce soir pour M. Léon..... Il vient si rarement à U hôtel. . . Ce pauvre enfant. — Antoine î. . . Antoine!... vous le gâtez î... — Eh bien y oui, madame la marquise , je le gâte. . . que voulez-vous ?. . . c'est plus fort que moi ! '

LÉON , a^'ec dépit.

Ail! s'il avait été' question de mon frère... on n'aurait pas fait tant de difficultés î

ANTOINE , le calmant.

M. Léon... vous allez encore recommencer... Ces nouvelles idées vous perdent aussi...

LÉON

C'est que l'on me pousse à bout c'est-il désolant

d'être le cadet. . . il ne devrait y avoir que des aînés î

ANTOINE

Je ne demanderais pas mieux.... mais s'il n'y avait que des aînés , il n'y aurait donc que des colonels.

LÉON

Le grand mal I

ANTOINE

Eh bien î. . . à qui commanderaient-ils ?

LÉON , vif^enient.

Tu vois donc bien que les cadets sont nécessaires et que tu nie donnes raison,

Q'est-ce que vous dites ?

LÉON

Air : Il me faudra quitter l'empire.

Avons-nous fait une sottise.

Après eux si nous sommes nés?...

Les plus jeunes, quoi qu'on en dise.

Ne sont pas moins que leurs aînés !

Accablé du nom dont il brille , Plus d'un aîné n'est qu'un sot dans le fonds ,

Lorsque nous autres nous savons Par des talens montrer à la famille é Qu'on peut dire : :Aux derniers les bons !

ANTOINE

Un moment un moment vous m'embrouillez —

c'est que vous ne comprenez pas Yoyez-vous , dans le

temps où on a arrangé tout cela , on a dit Les aînés.. . .

les voilà... on ne pensait pas qu'il en viendrait d'autres... et alors... il s'est trouvé... que... Tenez, M. Léon, je ne

§ eux pas discuter avec vous... parce que vous n'y entenez rien... (A part. ) Ni moi non plus... {Haut. ) Nous allons mettre nos rudimens en ordre , faire notre provision de balles en gomme élastique... de bilboquets...

LÉON , lei^ant les épaules.

Ahîbah!

Et après souper. . . nous nous en irons tous deux comme une paire d'amis !.. .

LÉON

Je ne suis pas encore parti...

ANTOINE ..feignant de se fâcher.

Ah I si je fais mes gros yeux !

LÉON

Laisse donc... tu dis toujours cela... et tu ne les fais jamais. . . Mais je veux voir ma mère. . . . -lui parler. . . . tenter un dernier effort... et si on me réduit au désespoir... je... je suis capable de tout.

(Il sort par le fond. )

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