LÉON , ANTOINE
ANTOINE , entrant par la porte du fond et parlant à la cantonnade.
C'est bon î... laissez ce coffre... on ira vous le payer
N'avez-vous pas peur! {A lui-même. yUmnl comme le
peuple se démoralise aujourd'hui... les ouvriers ont un ton... ils raisonnent..... ils vous parlent à un valet-decliambre comme... à un domestique !... {Soupirant.) Aliî mon Dieu ! . . . où allons-nous. . . où allons-nous î
LÉON
Qu'est-ce que tu as donc , mon bon Antoine ?
ANTOINE, leç'ant la tcte.
Rien , rien , M. le chevalier.
LÉON
Appelle-mm ton petit Léon , comme autrefois.... . {Le cajolant. ) Car nous sommes amis tous deux , n'est-ce pas ? ANTOINE , le regardant en souriant.
Yous avez quelque chose à me demander ?
LÉON, d'un air indifférent.
Moi?... non î... c'est toi qui dois me reconduire au collège?...
ANTOINE
Oui , M. le chevalier.
LÉON , s'appuyant sur l'épaule d'Antoine. Ce pauvre Antoine!... il y a long-temps que nous nous connaissons !
ANTOINE
Il y a dix-sept ans aujourd'hui Yous cte» de 72
Ainsi m'avez-vous fait enrager?...
LÉON , souriant.
Oui... mais à présent... je suis sage !
ANTOINE , secouant la tcte.
Ilum !... il n'y a pas d'excès... mais vous êtes si bon!. Moi , d'abord... je me mcU.rais au feu pour vous.
LÉON , d'union caressant.
.I(;.in: t'(;ji demande pas tant... si tu pouvais. .. ne pas me reconduire... aujourd'hui au coUdgc.
s» 5 ANTOINE , surpris.
Et pourquoi?
LÉON
J'ai lies alVaiios...
ANTOINE
Impossible , M. Lcon !
LÉON
Qu'est-ce que tu risques?..... mon prcGepteur soupe on ville.
Et madame la marquise ? J'ai déjà eu assez de peine
à vous obtenir un sursis car vous deviez partir ce matin... Mt^is je lui ai dit : Madame la marquise. . . parce que. . . je kù parle, moi je n'ai pas peur Madame la marquise, Je vous demande jusquà ce soir pour M. Léon..... Il vient si rarement à U hôtel. . . Ce pauvre enfant. — Antoine î. . . Antoine!... vous le gâtez î... — Eh bien y oui, madame la marquise , je le gâte. . . que voulez-vous ?. . . c'est plus fort que moi ! '
LÉON , a^'ec dépit.
Ail! s'il avait été' question de mon frère... on n'aurait pas fait tant de difficultés î
ANTOINE , le calmant.
M. Léon... vous allez encore recommencer... Ces nouvelles idées vous perdent aussi...
LÉON
C'est que l'on me pousse à bout c'est-il désolant
d'être le cadet. . . il ne devrait y avoir que des aînés î
ANTOINE
Je ne demanderais pas mieux.... mais s'il n'y avait que des aînés , il n'y aurait donc que des colonels.
LÉON
Le grand mal I
ANTOINE
Eh bien î. . . à qui commanderaient-ils ?
LÉON , vif^enient.
Tu vois donc bien que les cadets sont nécessaires et que tu nie donnes raison,
Q'est-ce que vous dites ?
LÉON
Air : Il me faudra quitter l'empire.
Avons-nous fait une sottise.
Après eux si nous sommes nés?...
Les plus jeunes, quoi qu'on en dise.
Ne sont pas moins que leurs aînés !
Accablé du nom dont il brille , Plus d'un aîné n'est qu'un sot dans le fonds ,
Lorsque nous autres nous savons Par des talens montrer à la famille é Qu'on peut dire : :Aux derniers les bons !
ANTOINE
Un moment un moment vous m'embrouillez —
c'est que vous ne comprenez pas Yoyez-vous , dans le
temps où on a arrangé tout cela , on a dit Les aînés.. . .
les voilà... on ne pensait pas qu'il en viendrait d'autres... et alors... il s'est trouvé... que... Tenez, M. Léon, je ne
§ eux pas discuter avec vous... parce que vous n'y entenez rien... (A part. ) Ni moi non plus... {Haut. ) Nous allons mettre nos rudimens en ordre , faire notre provision de balles en gomme élastique... de bilboquets...
LÉON , lei^ant les épaules.
Ahîbah!
Et après souper. . . nous nous en irons tous deux comme une paire d'amis !.. .
LÉON
Je ne suis pas encore parti...
ANTOINE ..feignant de se fâcher.
Ah I si je fais mes gros yeux !
LÉON
Laisse donc... tu dis toujours cela... et tu ne les fais jamais. . . Mais je veux voir ma mère. . . . -lui parler. . . . tenter un dernier effort... et si on me réduit au désespoir... je... je suis capable de tout.
(Il sort par le fond. )