ANTOINE, LEBLANC
Bonjour , M. Antoine.
A.NTOINE.
Tiens, c'est le père Leblanc... un de nos fermiers Qui vous amène donc à Paris ?
LEBLANC
On m'a fait demander à la ville pour des approvision neniens... Je viens de signer un marché qui n'est pas très-
avantageux mais dans ce moment-ci il faut savoir
faire des sacrifices... J'ai profité de ça pour venir régler avec M. le marquis... est-il dans son cabinet?
ANTOINE
Non, il est à Versailles ; nous l'attendons.
LEBLANC
Alil oui... l'assemblée!.,. C'est une belle chose au moins que de voir toute la nation réformer les abus î ANTOINE , ironiquement.
Oui, c'est très-beau î... c'est dans vos idées... vous!.., encore une tête à l'envers... qui va me répéter.., le peuple par-ci , le peuple par-là. . .
LEBLANC , souriant Dame , écoutez donc... j'en suis de ce peuple î
ANTOINE
Eh bien I... qu'est-ce qu'il nous veut le peuple ? qu'estce qu'il nous demande ? est-ce que ça ne va pas bien ?.. .
LEBLANC
Mais... si ça peut aller mieux!... il me semble que quand chacun serait libre d'exercer son industrie comme il l'entend... et qu'on ne nous fermerait pas tous les chemins...
ANTOINE
Nous y voilà î... le paysan veut devenir fermier... le fermier , propriétaire. . .
LEBLANC
Pourquoi pas î
ANTOINE
Air : p^audewille de V Anonyme.
L'ambition tourne toutes les têtes :
Chacun n'aspire , hélas ! qu'à s'élever. . . Restez gaîment dans l'état où vous êtes , Et le bpnheur viendra vous y trouver.
LEBLANC
Ces sentimens sont loin d'être les nôtres j Je ne vois pas , enfin , pourquoi celui Qui laboura vingt ans le champ des autres N'en aurait pas un petit coin à lui.
ANTOINE
Qu'est-ce que je disais î... Savez-vous .ce qui vous perdu, M. Leblanc? c'est d'avoir appris à lire... c'est u poison que la lecture. . . Ne faites pas apprendre à lire vos enfans.
LEBLANC
Bah!... mon petit le sait déjà...
ANTOINE
A douze ans ! ( Soupirant. ) Quelle imprudence ! . , . 0 tout cela nous mènera-t-il ?
Eh mais I... à nous éclairer ^ à jouir d'une honnête in dépendance !
ANTOINE, s' échauffant.
L'indépendance ! c'est cela !... ils n'ont que ce mot à 1 bouche I
LEBLANC
Eh! mon Dieu!... celle que je demande n'est pas si ter rible que vous le croyez.
Aiu : J^oila la manière.
Pour règle première ,
Respecter le roi j
Obéir, nie taire
Quand })arle la loi^
Toujours n'écoutant Que rhonueur , dont mon àmo est lière,
Pouvoir librement M(> l.'Miecr dans une <;arrière...
IN<' jamais mal faire ,
rarler liaulcment ^
Voilà nv.x manière
D'être indépendant.
ANTOINE , s' emportant.
Ah ! ça , vous croyez donc que je suis esclave ? j'ai aussi mou indépendance, monsieur I
Même air.
Pour règle première ,
Remplir mon devoir j
Travailler, me tairé,
Du matin au soir 5
Ne jamais sortir De mon état ni de ma sphère j
Toujours obéir A la sonnette héréditaire ^
Ne rien dire ou faire
Qui soit imprudent ...
Voilà ma manière
D'être indépendant.
{A Leblanc qui rit.) l^.\ez ^ monsieur! rie^... C'est une indépendance tout comme une autre... ce n'est pas celle d'un cheval échappe.
LEBLANC , s' echaùff ant Mais, monsieur Antoine !.'..
ANTOINE , criant.
Mais, monsieur, je soutiens que nous avons autant de
liberté qu'il nous en faut je suis libre moi , monsieur I
( On sonne. ) On y va ! ... Je suis libre comme l'air ! ( On sonne encore.) Tou t-à-l' heure I... Je puis aller où je veux... faire ce que je veux. {On sonne plus fort.) On y va î. . . Que diable ! on n'a pas un moment à soi...
( Le marquis paraît, suivi d'un valet.. )