‹ Le vieux mari; comédie-vaudeville en deux actesChapitre 258 sur 367 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

ANTOINE , BERTRAND , ensuite FRANÇOIS.

BEKTTxkND , brusquement.

Comment , ce bois n'est pas encore scié ?

ANTOINE , se préparant.

Écoute donc, les journées n'ont que douze heures... {à part. ) et puis , je fais durer le plaisir : on n'aurait qu'à me changer de cour. {Apercei^ant François , qui entre à gauche dans le fond.) Ah, te voilà, toi... salut et fraternité ! FRANÇOIS, s'amnçant les mains derrière le dos, et sa pipe à la bouche.

Je parie que tu causais avec les prisonniers ; j'en mettrais ma main z'au feu I

ANTOINE

Ah ben î oui... c'est bien moi qui irais fraterniser avec des factieux... des modérés. . . {Prenant une bûche.) A propos... je viens de la section... Avez-vous changé de noms , aussi, vous autres?... ils disent que les anciens ne valent plus rienî... Le petit procureur... vous savez ? il s'appelle Agrippa !

FRANÇOIS

Oui.i. c'est comme moi! parce que j'étais serrurier d' mon état , et que j' dis queuquefois : J'en mettrais ma main z'au feuî... ne veulent-ils pas m'appeler J'ceWa... mais j' veux pas ; j'aime mieux François... on sait ce que ça veut dire.

ANTOINE

Scé^oila 7

BERTRAND , allumant sa pipe à celle de François. Oui. . . Scéuola. . . parce que dans les temps y a t'évu z'un particulier qui s'a brûlé l'poignet pour la république romaine...

ANTOINE

C'est superbe! mais ça devait le gêner... pour scier son bois... {Allant à son chei^alet. ) Et y a-t-il du nouveau ? BERTRAND , s'asscfûnt à la porte du bâtiment à droite. Des conspirations... tous les jours...

FRANÇOIS

Et j'peux pas mcttr' la main sur une î...

ANTOINE

On vous en demande donc ?

FRANÇOIS

Oui... J'en avais découvert une l'aulre jour... j'en mettrais ma main z'au feu Mais Horatius-Coclès me l'a

.souftlée.

I ANTOINE

Horatiiis Coclès?... Alil... le ferblantier du coin. .. qui a un œil oblique... alil ali î... c'est un sournois que ce diable d'Horatius Coclès... faut s'en méfier...

FRANÇOIS , en confidence.

Malgré ça... j 'crois que j'tiens queuqu'chose... Ce Saint-Vallier qui est là haut...

( Il désigne le bâtiment à droite. ) ANTOINE , à part.

Mon mâître I

FRANÇOIS

C'est un agent de Pitt et Cobourg.

ANTOINE

Bah î

FRANÇOIS , de même.

Sa femme est en Allemagne... et il lui écrit tous les jours.

ANTOINE , wec ironie.

Il écrit à sa femme î. . . voyez-vous cet exagéré I FRANÇOIS , baissant la voix.

Et 'puis ce coffre que mon frère le menuisier lui a fait dans les temps, et dont j'ai fait les ferrures... Ça nous a paru suspect I. . . c'était pour envoyer des sommes aux puissances eolisées.

ANTOINE

Vraiment ! {A part. ) Ah ! c'est le frère du menuisier.., {Changeant de ton.) Et ta femme?. . on dit qu'elle est accouchée ?

FRàNçois , d'un air riant.

D'iaplus jolie p'tit' fdle... C'est moi qui l'a nommée...

• ANTOINE

Comment que tu l'appelles? •

FRANÇOIS

Tubéreuse^ Carotte, Cornélie. {On entend du bruit aux gui-' chets. ) Qu'est-ce que c'est que ça ?

ANTOINE

I)e nouveaux pensionnaires qui arrivent. . .

FRANÇOIS

Et personne pour les recevoir I... {A Bertrand, qui s'est endormi. ) Hé ! allons donc , au guichet î

ANTOINE

Tu dors... Beltrandl

(Il laisse tomber une bûche , qu'il prend sur son chevalet.)

BERTRAND, s'éi^eiUant.

Quoi ?. . . qu'est-ce qu'il y a?

FRANÇOIS , l'emmenant.

Aux guichets ! [A Antoine. ) Et toi , acliève ton bois.

( Ils sortent. )

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