SCÈNE V
ANTOllNE, IjEOIS , en uniforme de hri^adirr de liussnrds ^
HKUTUAJND , SUT !(' fjos dc lu pvrfc.
Eli! rlis iloiK , raniajadc. . rtlojii sabre?...
s» 35 ^ LÉON , sans voir Antoine.
Le voici... (// le lui donne. Bertrand sort. ) C'est bon !... c'est bon!... fermez vos portes... Je ne serai pas toujours sous clef!
ANTOINE , regardant de coté.
Un soldat!
LÉON , frappant du pied.
Mille bombes ! enfermer les défenseurs de la patrie ! . . •
ANTOINE , écoutant.
Eh! mais... je ne me trompe pas... cette voix...
LÉON
Patience !... çane peut pas durer long-temps !... Si Tarmée se fâche une bonne fois...
ANTOINE , s'approchant.
C'est bien lui... Monsieur Léon !...
LÉON
Que vois-je?... Antoine!... c'est toi, mon vieil ami...
(Il lui saute au cou.)
ANTOINE
Pas de bruit...
Et que fais-tu en prison?... sous ce costume? qu'est-ce que cela signifie ?
ANTOINE
Je n'y suis pas pour mon compte. . . Je vous expliquerai cela... Mais vous... je vous croyais encore en Bcigique?
LÉON
Bah!... est-ce que nous restons en place !... Depuis que mon escapade a mis contre moi presque toute ma famille, et que je me suis engagé , j'ai vu du pays... et j'en ai fait voir aux autres.
ANTOINE
Vous arrivez de l'armée ?. . .
LÉON
Des Pyrénées-Orientales.
ANTOINE
Vous avez été si loi n que ça ?
LÉON
Oh ! nous irons bien plus loin encore î
ANTOINE , ai^ec admiration.
Et vous vous êtes battu?...
LÉON
Comme un diable !
ANTOINE, émeiveillé.
Yous-même ?. . . un enfant que j 'ai vu naître I . . . LÉON , a^fec enthousiasme.
Ah! maintenant... il n'y a plus d'enfans!... Si tu voyais nos soldats de quinze ans !. . . il n'y a pas de vieilles moustaches qui tiennent devant eux... Aussi quels succès!... que de victoires immortelles î... Ah ! ça... tu ne me parles pas de mon père , de ma mère î. . . Comment se portentils?
ANTOINE , à part.
Ah ! mon Dieu î comment lui cacher. . .
LÉON
Sont-ils toujours à Saint- Yallier ?
ANTOINE , embarrassé.
Madame la marquise fait un petit voyage, et... {Voulant détourner la conversation.') A propos... pourquoi vous trouvez-vous donc en prison ?
LÉON , haussant les épaules.
Est-ce qu'ils le savent eux-mêmes!... Je suis venu avec le brave Desaix , apporter la nouvelle d'une victoire du général Marceau... En déjeûnant dans un café... je me suis permis quelques plaisanteries sur le représentant du peuple qu'on nous a envoyé là-bas... Dix minutes après , j'étais en route pour la Conciergerie... Mais , tu ne m'as " pas dit ?. . .
ANTOINE , l'interrompant.
Et mademoiselle Clémentine?
LÉON
Elle est chez une bonne parente... Tu sais que nous sommes mariés... Pauvre petite femme !... J'irai la rejoindre à la paix.
ANTOINE
Diable I elle a le temps d'attendre î
Je la prcisenlerai à mon père!...
ANTOINE
U fie voudra pas vous iec(!voir... Vous savez. .
Du tout... Il m'a pardonné... ( Tirant une lettre de sa ceinture. ) Vois plutôt cette lettre qu'il m'a écrite... il y a neuf mois.
ANTOINE , prenant la lettre et s' apprêtant à lire. Neuf mois !
(Il soupire.)
LÉON, l'obsen^ant.
Mais qu'est-ce que tu as donc? Cet air de mystère , d'embarras... Réponds- moi... Antoine... où est mon père?
BERTRAND , en dehors.
Jacques. {Musique. )
ANTOINE, serrant uitc la lettre et retournant à ses crochets . Le concierge î. . . éloignez-vous. . . j'irai vous rejoindre. . .
LÉON, près de lui.
Non ! je ne te quitte pas que tu ne m'aies dit où est mon père... Ton silence me fait trembler... et...
ANTOINE , le faisant passer de côté.
Eh bien !... ayez l'air de m'aider.