SCÈNE IX
Les mêmes , LE VICOMTE , habillé et coiffé comme en 88 , mais sans épée.
LE VICOMTE, a^'ec gaîté y un papier à la main. Tenez, marquis, voilà une chanson faite par un détenu... elle est d'une gaîté folle... Il faut que je vous la chante... {Apcrcei^ant Léon.) Eh! je ne me troinpe pas ! le chevalier en prison!... et Antoine aussi !... Te voilà comme les gens comme il faut...
LÉON , distrait.
Monsieur le vicomte !...
LE VICOMTE
Embrassons-nous donc , mon petit chevalier de Maltlie!... c'est-à-dire... chevalier de Malthe... ce n'est pas tout-à-fait là l'uniforme de l'ordre.
LÉON
Monsieur!...
LE MARQUIS
Pouvez-vous songer à plaisanter!;..
LE VICOMTE
Ma foi!... c'est par habitude, car je vous jure que je n'en ai pas envie... {Au marquis, ai^ec un regard expressif. ) Vous savez. . . c'est pour aujourd'hui. . . Vous avez reçu aussi un chiffon de papier. (Il tire de sa poche un papier ^u il chiffonne.) le relevé' de tous nos crimes.
ANTOINE
Et de quoi vous accuse-t-on?
LE VICOMTE, le passant à Léon.
Toujours la même chose... d'entretenir des intelligences avec les ennemis de la nation... c'est de rigueur. .. De porter de la poudre et des boucles d'argent... {Regardant ses pieds) Non... non... ils se trompent... celles-ci sont d'acier... on m'a pris les autres , pour les déposer sur l'autel de la patrie.
ANTOINE , lisant par-dessus l'épaule de Léon. Accusé d'avoir fait passer de l'argent à son frère... e'migré. {A^ec un moui^ement d'horreur.) Ah!...
LÉON , sortant de son accablement.
Voilà donc notre récompense ! tandis que nous versons notre sang pour les défendre... ils proscrivent nos famil-
les... ils assassinent nos parens!... Eli bien!... qu'ils cherchent des soldats... Je ne le suis plus I
ANTOINE
Que dites-vous?
LE VICOMTE
Il a raison !...
LE MARQUIS , vwement.
Mon fils!... et la France!... la France!... parce qu'elle est opprimée par quelques misérables qu'elle désavoue... a-t-elle donc perdu ses droits à tes yeux? N'est-elle plus ton pays?... La verras-tu tomber sous le joug de l'étranger? LÉON , comme frappé d'une idée subite.
Attendez!.., quel espoir !.. oui!... {Au marquis et au vicomte. ) Yous serez sauvés !...
TOUS
Quel est ton projet ?
LÉON , at^ec feu.
Vous le saurez... Le général Desaix est à Paris... Il va me réclamer... Ses amis, ses braves camarades... Kléber, Kellermann, Joubert... et tant d'autres, l'espoir et la gloire de la France , peuvent me seconder... Nous serons près de vous, devant vos juges... C'est moi qui vous défendrai... et s'ils osaient attenter à vos jours !...
ANTOINE
Il va faire un soulèvement...
FRANÇOIS , paraissant à la porte à gauche. Un soulèvement!... Hein?
TOUS, ai^ec effroi.
Silence!
[Musique. Ils restent immobiles à leurs places. Antoine range son bois.)