‹ Le vieux mari; comédie-vaudeville en deux actesChapitre 264 sur 367 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Les mêmes , LE VICOMTE , habillé et coiffé comme en 88 , mais sans épée.

LE VICOMTE, a^'ec gaîté y un papier à la main. Tenez, marquis, voilà une chanson faite par un détenu... elle est d'une gaîté folle... Il faut que je vous la chante... {Apcrcei^ant Léon.) Eh! je ne me troinpe pas ! le chevalier en prison!... et Antoine aussi !... Te voilà comme les gens comme il faut...

LÉON , distrait.

Monsieur le vicomte !...

LE VICOMTE

Embrassons-nous donc , mon petit chevalier de Maltlie!... c'est-à-dire... chevalier de Malthe... ce n'est pas tout-à-fait là l'uniforme de l'ordre.

LÉON

Monsieur!...

LE MARQUIS

Pouvez-vous songer à plaisanter!;..

LE VICOMTE

Ma foi!... c'est par habitude, car je vous jure que je n'en ai pas envie... {Au marquis, ai^ec un regard expressif. ) Vous savez. . . c'est pour aujourd'hui. . . Vous avez reçu aussi un chiffon de papier. (Il tire de sa poche un papier ^u il chiffonne.) le relevé' de tous nos crimes.

ANTOINE

Et de quoi vous accuse-t-on?

LE VICOMTE, le passant à Léon.

Toujours la même chose... d'entretenir des intelligences avec les ennemis de la nation... c'est de rigueur. .. De porter de la poudre et des boucles d'argent... {Regardant ses pieds) Non... non... ils se trompent... celles-ci sont d'acier... on m'a pris les autres , pour les déposer sur l'autel de la patrie.

ANTOINE , lisant par-dessus l'épaule de Léon. Accusé d'avoir fait passer de l'argent à son frère... e'migré. {A^ec un moui^ement d'horreur.) Ah!...

LÉON , sortant de son accablement.

Voilà donc notre récompense ! tandis que nous versons notre sang pour les défendre... ils proscrivent nos famil-

les... ils assassinent nos parens!... Eli bien!... qu'ils cherchent des soldats... Je ne le suis plus I

ANTOINE

Que dites-vous?

LE VICOMTE

Il a raison !...

LE MARQUIS , vwement.

Mon fils!... et la France!... la France!... parce qu'elle est opprimée par quelques misérables qu'elle désavoue... a-t-elle donc perdu ses droits à tes yeux? N'est-elle plus ton pays?... La verras-tu tomber sous le joug de l'étranger? LÉON , comme frappé d'une idée subite.

Attendez!.., quel espoir !.. oui!... {Au marquis et au vicomte. ) Yous serez sauvés !...

TOUS

Quel est ton projet ?

LÉON , at^ec feu.

Vous le saurez... Le général Desaix est à Paris... Il va me réclamer... Ses amis, ses braves camarades... Kléber, Kellermann, Joubert... et tant d'autres, l'espoir et la gloire de la France , peuvent me seconder... Nous serons près de vous, devant vos juges... C'est moi qui vous défendrai... et s'ils osaient attenter à vos jours !...

ANTOINE

Il va faire un soulèvement...

FRANÇOIS , paraissant à la porte à gauche. Un soulèvement!... Hein?

TOUS, ai^ec effroi.

Silence!

[Musique. Ils restent immobiles à leurs places. Antoine range son bois.)

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