SCÈNE PREMIÈRE
HENRIETTE, venant du jardin, MADELEINE, sortant du paç'illon.
HENRIETTE
IVladeleine ! Madeleine I
MADELEINE
C'est VOUS, mamzelle Henriette... comment déjà levée!,,. Est-ce que vous allez aussi aux élections?... vot' papa , M. Leblanc , vient de partir.
HENRIETTE
Olil ce n'est pas cela qui m'occupe... mais ce que tu m'as conté hier.:, j'ai rêvé toute la nuit de prison, de tribunal... de cette pauvre faîiiille de Saint- Vallier... Ah! que nous sommes heureux de n'avoir pas vu tout cela!... E t comment se porte ton oncle , ce bon Antoine ?
MADELEINE
Pas trop mal, mamzelle... dam', à son âge , à quatrevingt-dix ans... c'est encore étonnant qu'il soit aussi bien conservé.
HENRIETTE
Et sa tcte?
MADELEINE
Bien doucement... imaginez-vous que, même à présent, il n'y a pas d'jour qu'il n'veuille partir pour aller ^'joindre ses maîtres.
HENRIETTE
Pauvre homme !... il avait donc perdu tout - à - lait la raison ?
MADELEINE
Oh! tout-à-fait... La mort du marquis... celle de son pauvre petit Léon... c'a été le dernier coup pour lui... d'puis c'moinent-là... plus de mémoire... plus d'idées !
HENRIETTE
Il a dû être bien heureux cependant, quand mon père l'a nommé concierge de sa manufacture... de se retrouver chez le fils de ce bon Pierre Leblanc... l'ancien fermier de ses maîtres?... de revoir ce château qui leur appartenait. . .
MADELEINE
Oh! oui... il le regarde souvent avec un plaisir... puis tout-à-coup ^ c'est drôle, il a l'air de chercher quelque chose...
HENRIETTE
Ah ! sans doute.. . ceux qu'il aimait. . . (Soupirant.) Quand on aime quelqu'un... et qu'on en est séparé...
MADELEINE
Dieu!... quel soupir, mamzell'! gageons qu'vous pensez encore àc' jeun' homme d' Paris... cet élève d' l'Ecole polytechnique , que vous rencontriez les dimanches aux Tuileries... qui vous regardait toujours et qui n' vous parlait jamais...
HENRIETTE
C'est vrai, ma pauvre Madeleine!... à présent que mon père a fait une brillante fortuné, il veut me mariera un riche fabricant, qu'il attend ces jours-ci...
MADELEINE
Eh! bien, que n' parlez-vous d' votr' jeune homme à vot' parrain , le vieux vicomte de Chailly ?. . .
Mon parrain?... il est ici?
MADELEINE
Pardin!... il est v'nu pour voter... il a du crédit sur vot' père, quoiqu'ils s' chamaillent toujours!... t'nez, t'nez... les entendez-vous crier! ils reviennent des élections... tâchez d' mettre votr' parrain clans vos intérêts.., j' vas voir si mon oncle est réveillé.
(Elle entre dans le pavillon.)