‹ Le vieux mari; comédie-vaudeville en deux actesChapitre 272 sur 367 · B> H ^ SCÈNE II · texte numérisé non relu

B> H ^ SCÈNE II

HENRIETTE, LEBLANC, LE VICOMTE {Ces deux derniers entrent en se disputant. )

LE VICOMTE

( Costume un peu gothique , perruque poudrée , etc. ) C'est un choix détestable !

LEBLANC

Excellent... au contraire!...

LE VICOMTE

Un cerveau brûle' !

/ LEBLANC

Du tout!... un honnête homme, dévoué au roi... à nos institutions... aux intérêts de la France.

LE VICOMTE

Ah! voilà le grand mot... les intérêts de la France... C'est comme ça qu'on a tout perdu!... du reste, il est nommé... c'est fini... mais la preuve que j'avais raison, c'est que j'ai été seul de mon avis... et je soutiens... HENRIETTE , s'amnçant gaîment.

Eh bien! mon parrain, vous ne me dites rien... vous ne m'embrassez pas ?

LE VICOMTE, l'embrassant.

Si fait... Bonjour, ma chère enfant... Je soutiens moi... Elle embellit tous les jours... Je soutiens que... Qu'est-ce que je voulais dire? .. Tu m'as fait perdre le fil de mon discours... c'est dommage, parce que j'allais confondre ton père... Du reste, je te préviens qu'il n'y a plus moyen de vivre avec lui... il me donne des attaques de goutte, et j'aime mieux en avoir pour un verre de Champagne... c'est plus agréable !

LEBLANC , riant.

Oui , le Champagne est la seule chose qui n'ait pas dégénéré en France , n'est-ce pas mon cher ami?

LE VICOMTE

Ma foi, c'est tout au plus... ils nous en font avec du vin de Bourgogne... il est très-bon, cependant... et si on ne s'était jamais permis que de ces inventions là... mais le caractère national est perdu !... plus dé gaîté, plus d'amabilité... nos jeunes gens ont cinquante ans, avant d'avoir de la barbe.

Air : A soixante ans.

A six ans, un enfant sait lire ,

A douze , il a fini ses cours •

A seize, il se mêle d'écrire

Sur les afFaires.de nos jours...

Sur le budjet ils font tous des discours ! Puisqu'aujourd'hui , grâce aux destins propices,

L'enfance a tant de gravité ,

Je voudrais qu'il fût arrêté i De réunir le bureau des nourrices

A ceux de l'Université !

LEBLANC , riant.

Vous vous plaignez de ce qu'ils sont trop sages...

LE VICOMTE

Ils font tous de la politique î

LEBLANC

Cela vaut mieux que de faire des dettes , comme autrefois.

LE VICOMTE

Le grand mal !. . . on ne les payait pas !. . . Et les femmes, qui étaient l'âme de la société... on ne s'en occupe plus... Cependant il y en a encore de fort jolies... C'est une des choses qui se soutiennent... comme le Champagne. HENRIETTE, souriaut.

C'est bien heureux que vous nous accordiez cela , mon parrain.

LE VICOMTE

C'est-à-dire... je vous accorde... je vous accorde... il n'y en a plus comme autrefois. . . Si vous aviez vu mademoiselle Du Thé. . . madetnoiselle Laguerre. . . Ahl! . . quel bras î ( A Henriette. ) Aussi elle ne portait pas de manches à gigot , ma chère amie !

HENRIETTE , riant.

Je le crois...

LE VICOMTE, bas à Leblanc.

Le petit duc mangea 800,000 livres pour elle.

Peste!

LE VICOMTE , avec enthousiasme.

C'était là des femmes !. . . Ma foi , je les aurais bien mangées aussi, si je les avais eues, f reprenant, bas.) Hein Qu'est-ce que je dis donc, moi... devant cette petite... C Haut. )J)vi reste, je le répète... tout va mal... et tant qu'on ne reprendra pas la poudre et les petits soupers...

on ne fera rien de bon en politique... Ali çal quand marions-nous ma jolie filleule?

LEBLANC

Mais , j'ai déjà un parti en vue.

LE VICOMTE

Moi aussi!..* un parti superbe... Pas de biens, il est vrai... mais un beau nom. {A Henriette.) Tu serais baronne, ma chère.

HENRIETTE

Ah! je n'y tiens pas.

LEBLANC

Ni moi non plus... Je respecte beaucoup les grands noms... mais ce que je veux avant tout, c'est un homme utile... Le gendre que je présenterai à Henriette, est un bon industriel comme moi... un riche négociant qui est même en marché, dans ce moment, pour acheter le château de Saint- Yallier.

LE VICOMTE

Le château de Saint-Vallier?

Oui, pour établir une filature... Il va faire abattre le château... et...

LE VICOMTE , furieux.

Abattre le château... et pour une filature. = . Je vous demande à quoi ça sert... Les Vandales!

HENB.IETTE. ,

Chut, mon parrain... ne parlez pas de cela devant le vieil Antoine ; ça lui ferait tant de peine...

LE VICOMTE

Le vieil Antoine... Comment^ il vit encore?... {Regardant Antoine, \qui paraît à la porte du panllon.) Oui, ma foi... c'est bien lui!

Les MEMES , ANTOINE , MADELEINE.

( Antoine, -vêtu à l'ancienne mode : habit brun , culotte noire , bas de soie gris, tête presque chauve, et poudrée. Il est soutenu par Madeleine.)

ANTOINE , d'un air riant.

D(;mand(;z-vous quelqu'un, messieurs?... {Reconnaissant Le/j/anc.) Ali ! c'est M. L(;blanc et cette bonne denjoiselle Henriette.

u^^l^kmc ^ lui prenant la main.

Bonjour, mon clier Antoine.

HENRIETTE, Voulant le faire asseoir.

Asseyez-vous là... au soleil.

ANTOINE

Non: merci... Cependant il y a si long-temps que ces malheureuses jambes font leur service, qu'elles doivent en avoir assez.

LE VICOMTE, s' approchant.

Eh bien î mon bon Antoine. . . tu ne me reconnais pas ?. , . Nous sommes de vieux amis cependant...

ANTOINE, regardant.

Si faitl... il me semble... {Bas à Madeleine.) Est-ce que je le connais?...

MADELEINE, bas.

Le vicomte de Chailly.

ANTOINE, se ressouvenant.

Ail!... le vicomte de Chailly î... un petit e'tourdi...

LE VICOMTE, riant.

Oui , un petit étourdi de soixante-sept ans.

ANTOINE

Qui a fait tant de folies?

LE VICOMTE

Eh bienl... est-ce qu'il va retrouver la ine'moire à présent?... Allons déjeûner.

ANTOINE, prenant le vicomte à part.

M. le vicomte... vous allez déjeûner au château?... {Bas avec mystère.) Dites bien à M. le marquis... que c'est toujours à la même place...

LE VICOMTE, regarde Leblanc avec surprise. Hein !... A la même place... quoi?

LEBLANC , /aîVûîTif signe qu'il a une absence. Le marquis !. .. Eh î mon pauvre Antoine , vous oubliez que le marquis...

(Il soupire en levant les yeux au ciel. )

ANTOINE, comme se réveillant.

Ail î oui. . . je sais I . , . il n'y a plus personne ! . . .

LEBLANC , au vicomte et sa fille. Venez, venez...

TOUS, a mi-voix, excepté Antoine.

, Air : Quel est donc ce nouveau mystère ? Éloignez-vous, votre ) Éloignons-nous , notre ) P^^*'^'**^*^ L'émeut et le trouble déjà.

C'est dans le calme et le silenc<- Que la raison lui reviendra.

[Ils sortent à droite. )

Page 1