‹ Le vieux mari; comédie-vaudeville en deux actesChapitre 275 sur 367 · ANTOINE ET MADELEINE · texte numérisé non relu

ANTOINE ET MADELEINE

De Saint- Vallier !

JULES

Qui est mort colouel au combat de Brienneî... ANTOINE , tremblant d'émotion et l'embrassant.

C'est lui ! c'est le fils de mon cher petit Léon. Jules qui le regarde d'un air étonné. ) Vous ne me connaissez pas?... Vous n'avez jamais entendu prononcer le nom du vieil Antoine ?. . .

sv'L'ES, "virement.

Antoine!... le bon Antoine, qui a élevé mon père... et dont il me parlait sans cesse.

ANTOINE, les larmes aux yeux.

Il vous a parlé de moi?. . . il ne m'avait pas oublié?. . . Cher enfant! {Le contemplant ai^ec émotion.) Laissez-moi vous regarder... Tiens, tiens, Madeleine, regarde-le aussi... tout le portrait de son père... les yeux... le sourire... son petit air espiègle.

JULES , souriant.

Ah ! dame!... on se ressemble de plus loin.

ANTOINE

Venez donc, que je vous embrasse encore!... A mon âge , je n'ai pas beaucoup de tems pour vous aimer. . . il

faut (juc je me dépêche!... Mais, j'y pense , vous n'avez peut-être pas déjeuné?...

JULES

C'est vrai !... je suis venu de Rouen à pied , et ma foi...

ANTOINE , le conduisant à la table.

Mettez-vous là. . . vite. . .

MADELEINE

Et vous , mon oncle ?

ANTOINE

Est-ce que je puis avoir faim, quand il n'a pas déjeûné ?

3V1.BS , ai'ec instance, Antoine... je ne souffrirai pas...

ANTOINE, le faisant asseoir.

Je n'ai besoin de rien. . .

JULES , se lemnt.

Je ne veux pas qu'il reste debout. . . Madeleine , une chaise î

ANTOINE , retenant sa nièce.

Non !... ce moment m'a rajeuni... il me semble que les idées... la mémoire me reviennent... Mettez-vous là, mon petit Léon... Yous me permettez bien de vous appeler Léon?

JULES , s*ass&yant.

Comme tu voudras , mon vieil ami I...

ANTOINE , enchanté.

Il m'a tutoyé!... J'ai cru entendre son père î... Madeleine. ) Donne-moi une serviette , que je le serve... que j'aie encore ce plaisir-là une fois ! {Il le regarde manger , en se tenant debout y a^ec une seruiette à la main.) Il paraît que nous avons bon appétit ?

JULES, décorant.

Oh! ça ne m'a jamais manqué... Dieul... la bonne crème î

ANTOINE , souriant Il dévore... comme son père quand il revenait du collège, . . (// lui verse à boire en tremblant.) Allons , il faut boire un petit coup.

JULES , levant son verre.

Doucement!... Je n'ai pas l'habitude.

ANTOINE

Ah ça, cher enfant, contez-moi ce qui vous est arrivé... Qu'êtes-vous devenu? Quel est votre sort?

JULES

Il n'est pas brillant; j'ai été orphelin de si bonne heure !..

ANTOINE

Et qui vous a amené dans ce pays?

JULES , ai^ec mystère.

Ohî ça, c'est un grand secret... {Baissant la voix.) Je suis amoureux !

MADELEINE

A votre âge !

ANTOINE , enchanté.

Absolument comme son père I

JULES

Tel que vous me voyez... je devrais être à Metz avec le régiment.. . et pour aller en Lorraine , j'a^ pris par la Normandie : ce n'est pas trop le chemin... mais je ne pouvais plus y tenir... Trois dimanches sans la rencontrer aux Tuileries?

MADELEINE

Trois dimanches. . . Ah! mon Dieu!... Monsieur, seriezvous de l'Ecole polytechnique?

JULES

Justement... J'en suis sorti il y a quinze jours.

MADELEINE

C'est cela... {Bas.) Soyez tranquille... on pense à vous. JULES , a^^ec joie.

Vraiment !

MADELEINE, de même.

Mais on va en épouser un autre.

JULES

Un autre ?... ô ciel !

(11 se lève et jette sa serviette ) ANTOINE , inquiet.

Eh bien î eh bien !... qu'est-ce qu'il a?

JTJI.'ES y se désolant.

Est-on plus malheureux!... moi qui voulais me dépécher de devenir général, pour la demander à son père. ■ = Qu'il me donne donc le tems î

ANTOINE

Général... vous!

JULES

Et pourquoi pas ?

AïK d'Ad. Adam, Riche d'espoir, fière de l'avenir,

De tous côtes la jeunesse occupée, Rcve la gloire et n'a, pour parvenir, Que le travail, la gloire et son épce ! Mais c'est assez , nous faut-il d'autre appui Le talent seul nous protège aujourd'hui. C'est le talent qui protège aujourd'hui.

On ne va plus mendier les faveurs Qu'on arrachait jadis à la puissance; Et maintenant les grades , les honneurs , Sont au mérite et non à la naissance.

J'en ohtiendrai... Ce doux espoir m'a lui, Puisqu'au courage on les donne aujourd'hui.

ANTOINE

Ces petits diables !... Ça ne doute de rien I

JULES

Et perdre Henriette parce que je ne suis rien... parce que je n'ai pas de fortune!...

ANTOINE , frappé.

Pas de fortune... Qui vous a dit cela?

JULES

Mais, je dois en savoir quelque chose...

ANTOINE , préoccupé.

C'est ce qui vous trompe. . , Yous êtes riche. . . très-riche î

JULES , étonné.

Par exemple. . . tu me ferais plaisir de me prouver celuilà... non pas que j'y tienne pour moi... Mais si cela pouvait me la faire obtenir...

Ça sera facile I . . .

MADELEINE , qui sc trouf^e dans le fond du théâtre. Ah î voici le vicomte de Chailly.

ANTOINE

Le vicomte!... Il peut m'aider... Laissez-nous, mes cnfans.

MADELEINE , ^<2.y «t/zf/c^.

Je vais vous conduire dans le parc... du côte où elle sc promène.

JULES , bas.

Je te suis. [Haut.) Antoine, tu es bien sûr... que je suis riche... C'est que, vois-tu... cela donne plus d'à plond). K^'roiav. j souriant.

Ail! <;a donne plus iraplomJ)... Eh bien! ayez-en pour cinquante nulle Jivieti de rentes...

JULES

Cinquante mille livres!... {En sortant.) C'est fini... je me déclare.

(Il sort avec Madeleine.) ANTOINE, seuL Pauvre enfant!... je ne me sens pas de joie!... Je vais donc lui restituer ce dépôt!...

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