‹ Le vieux mari; comédie-vaudeville en deux actesChapitre 286 sur 367 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Miss HENRIETTE, Lord GAGE.

Lord gage.

Qui vient là?.,. ma fille! Que voulez-vous,

miss Henriette ?

Miss HENRIETTE.

Pardon , monsieur ... je vous dérange.

Lord GAGE.

Il est vrai , mais n'importe i quel motif vous amène ? . . . parlez. . .

Miss HENRIETTE.

Convenez, monsieur, que j'ai bien du malheur. Vous vous plaignez de ne pas trouver dans votre maison le bonheur et la paix ; vous semblez accuser la tendresse de ma mère , la mienne . . . Mais comment vous en donner, des preuves? quel moment choisir? même ici, à votre campagne, ma présence vous gêne . . . vos momens sont à tout le monde , excepté à nous ; et vous n'avez pas même le tems de nous aimer.

Lord GAGE.

Tu as peut-être raison; mais tu sais, ma fille, quel est depuis long-tems le chagrin qui me dévore. Pour me distraire de ma douleur, j'ai cherché dans la carrière des places et de l'ambition un remède à mes maux ; et ces honneurs, ces dignités que je désirais, ne m'ont fait oublier mes anciens ennuis que pour m'en accabler de nouveaux.

Raison de plus pour venir les oublier auprès de nous. Le matin , soyez lord Gage , le représentant de Sa Majesté j et comme haut dignitaire, comme grand seigneur, obligé de vous ennuyer.» . c'est trop juste! mais le soir, soyez à vos amis , à votre famille. . . ma mère est trop souffrante pour quitter son salon , venez-y.

Lord GAGE.

Pour y retrouver les discussions politiques dont j'ai été fatigué le malin! car, Dieu merci, nous vivons dans un tems où chaque maison a son club, son orateur particulier... et l'esprit de parti a tellement divisé les familles, les parens les plus intimes, que cliez moi enfin je ne suis pas sûr que ma femme et ma fille soient de mon opinion.

DRAME HISTORIQUE. 5 Miss HENRIETTE.

Que dites-vous?

Lord GAGE.

Que, pour un homme d'état , je serais peu clairvoyant et peu habile si, malgré ton silence , je n'avais pas découvert tes véritables sentimens. Oui , ma fille , j'ai lu dans le fond de ton cœur , et je sais tout , jusqu'à ta tendresse pour Lionel.

Miss HENRIETTE.

O ciel ! qui a pu vous faire soupçonner?. . . Elevée avec lui. . . je l'ai toujours regardé comme un frère. . . voilà tout . . .

Lord GAGE.

Un jeune homme obscur, inconnu, le fils d'un négociant, dont tous les titres sont dans la caisse de son père. . . et qui se croit militaire parce qu'il brille au premier rang dans la milice du pays. . . milice innocente et sédentaire , qui jamais n'a bravé le feu de l'ennemi , qui n'est composée que d'Américains.

Ces pauvres Américains , vous les méprisez beaucoup , monsieur ; et la fierté anglaise . . .

Lord GAGE.

Qu'est-ce à dire ? . . .

Miss HENRIETTE.

Est-ce vous manquer de respect que de défendre la patrie de ma mère? est-ce ma faute si , n'ayant jamais vu l'Angleterre ni Londres dont vous nous parlez sans cesse , je leur préfère le pays où j'ai reçu le jour ; si je regarde ceux qui l'habitent comme mes amis et mes frères ? . . On les opprime, ils se plaignent. , . ils sont malheureux; est-ce vous offenser que de faire des vœux pour eux ?

Lord GAGE.

Soit, niiss : permis à vous d'aimer la patrie de votre mère ; mais rappelez-vous que le sang anglais coule aussi dans vos veines ; et n'oubliez jamais qu'à votre âge une jeune fille ne doit être d'aucun parti , d'aucune opinion . . . si ce n'est de celle de son père. . . Revenons à Lionel : il ne paraît plus ici.

Miss HENRIETTE.

Non, monsieur, et j'en ignore la cause.

Lord GAGE.

Mais autrefois il venait presque tous les jours.

Miss HENRIETTE.

Il est vrai : il nous parlait souvent de ses projets, de son avenir, de sa mère dont il est le seul espoir ; il nous entretenait surtout avec orgueil de cette patrie qu'on méprise et dont il est fier , cette patrie qu'il voudrait voir libre et indépendante.

Lord GAGE.

Eh! mais. . .

Pardon , mon père. . .

Lord GAGE.

Et il ne vous a point parlé de son amour ?

Miss HEN^IIETTE.

Jamais ; et Je ne crois pas , mon père , être aimée de lui.

Lord GAGE.

Il serait vrai î

Miss HENRIETTE, soupirant.

Oh ! mon Dieu, oui . . . Estimé de vous , encouragé par ma mère, il aurait pu demander ma maint. . . il n'y a jamais pensé.

Lord GAGE, avec amertume.

Oh! sans doute. . . se regardant déjà comme un chef de parti, il aurait craint qu'une telle alliance ne lui fît perdre de son influence ou de sa popularité . . . Du reste , il a bien fait; car je vous déclare que mon intention a toujours été de vous marier à un compatriote , à un Anglais... Depuis quelques jours sir Gokney est auprès de moi , en qualité de secrétaire particulier . . . c'est le fils d'un ancien ami. . . un parent à nous. . . un jeune homme d'une haute naissance , d'une grande fortune . . .

Miss HENRIETTE.

Quoi ! mon père. . . vous voudriez?. . .

Lord GAGE.

Je n'ai point là-dessus de volonté ... Je désirerais qu'il pAl vous plaire ; mais je ne prétends point vous en imposer l'obligation. . . «l jamais, quoi qu'on ait pu vous dire de ma sévérité et de ina tyrannie. . .

Mi§s HENRIETTE.

Ah ! mon père . . . •

Lord GAGE.

Silence . . . car voici noire nouveau secrétaire.

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