‹ Le vieux mari; comédie-vaudeville en deux actesChapitre 308 sur 367 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

LIONEL, BATHILDE

LIONEL, lisant la lettre à voix basse ; à Bathilde.

Vous permettez... yo^r^.) Voilà qui est bien singulier... ( // /// encore. ) Quelle horreur !

BATHILDE

Qu'est-ce donc ?

LIONEL, revenant auprès deBathilde, à sa gauche.

De nouveaux périls nous environnent.

O ciel !

LIONEL

Ils ne m'effrayent point ... au contraire , ils doublent mon courage. . . Ce n'est plus moi seul, c'est vous maintenant qu'il faut défendre ! . . . Nous n'avons point de se-* crets pour la nièce du baron de Courville. Tenez, ma-^ dame l ( // lui présente la lettre, )

BATHILDE, la repoussant.

Monsieur.

LIONEL

Lisez. . . de grâce.

BATHILDE, prenant la lettre, et lisant :

« Je désire , et je crains , que vous reconnaissiez la main j) d'où vous vient cet avis. . . J'ai tort peut-être de vous îe i) donner ; mais il me semble que j'en aurais de plus grands i> encore en ne vous le donnant pas . . . Quels que soient vos » projets , si vous en avez , renoncez-y, au nom du ciel ; car j) vous êtes surveillé. . . Un espion redoutable, un nommé j) Zambaro , observe toutes vos démarches . . . Aidé d'une j) intrigante, dont on vante les charmes et l'adresse, il a » juré. . . » {S' arrêtant ') Ah! je me sens mourir !

LIONEL

Remettez-vous ; ils ne nous tiennent pas encore. BATHILDE, achevant de lire.

« Ce complot, le hasard me Ta fait entendre , et si vous » devinez d'où vient cet avis , vous verrez qu'il n'est que » trop véritable... Profitez-en ; c'est le seul prix et. la seule j> reconnaissance que j'en attends. »

LIONEL

Vous le voyez, madame, nous sommes entourés de pièges, de délateurs. . . mais, rassurez-vous, nous découvrirons ce Zambaro ; il ne nous faut pour cela qu'un indice. B/VTHILDE, à part.

O ciel ! qu'ai-je fait !

LIONEL

^it s'il tombe entre nos mains ...

BAllIILDE, avec crainte.

Eh Ken?

LIONEL

L'intérêt général avant tout... je lui fais sauter la cervelle. BATHILDE.

Monsieur ...

LIONEL

Eh ! mais . . . qu'avez- vous ?

BATHILDE , très-émue.

Rien... qu'il ne soit plus question de cela... Voici cette lettre. {Elle la lui rend. ) Je vous prie seulement de me reinettre ces tablettes.

LIONEL

Ne m'aviez-vous pas presque permis de les lire ?

BATHILDE

Il est vrai. . . mais je les veux.

LIONEL

D'où vient ce changement?. . . serait-ce cette lettre? BATHILDE.

Peut-être bien.

Ah î s'il était vrai ! . . . que je serais heureux !. . . Il me serait si facile de vous désabuser , de vous prouver que cet écrit a été dicté par la seule amitié. . . Oui, madame, je vous l'avoue , j'ai reconnu sans peine la main qui l'avait tracée . . . c'est celle d'une amie qui m'est bien chère , avec qui j'ai été élevé ; dont les vertus , la noblesse , le haut rang, commandent l'estime et le respect. . . Peut-être lui

devrais-je davantage peut-être sa généreuse amitié

aurait-elle mérité plus encore ?. . . mais, je le sens maintenant, jamais je n'ai connu près d'elle cet amour que mon cœur avait toujours rêvé , et qu'un seul coup d'œil de vous a fait naître.

BATHILDE

Monsieur î . . .

LIONEL

Maintenant, faut-il vous rendre vos tablettes?

BATHILDE, se cachant la figure.

Ah ! plus que jamais.

LIONEL

Qu'entends-je ! . . . quel espoir ! . . . Les voici , madame . . . mais songez que , les reprendre , serait m^a vouer que ce qu'elles contiennent me rendrait trop heureux... On vient. BATHILDE, hors d'elle-même.

Grand Dieu! [Elle reprend les tablettes.)

LIONEL, avec joie.

Que faites-vous ?

BATHILDE, vivement.

Ah î gardez-vous de croire ...

Je crois tout. . . vous Tavez dit. . . Ciel ! Arthur et le Baron !

BATHILDE , s'enfuyant par la porte à droite. Ah \ c'est fait de moi.

SCÈPÏE VIII.

LIONEL, ARTHUR, ZAMBARO.

ZAMBARO.

Eh bien, colonel, nous vous attendions... mais, en votre absence , nous n'avons pas perdu notre tems ; nous nous sommes concertés sur les points principaux. . . et je sais tdut... excepté l'heure de l'attaque... et le point sur lequel nous dirigerons d'abord nos forces.

LIONEL

Nous en conviendrons tout à l'heure, quand nous serons tous réunis . . . mais il faut avant tout redoubler de surveillance et de discrétion; car on m'apprend qu'on a mis sur nos traces un espion redoutable , un npmmé Zambaro ! . . . Connaissez-vous cela?."

ZAMBARO.

Moi ! connaître de pareilles gens ! . . .

AIITHUR.

Zambaro ! attendez. . . nous le tenons.

ZAMBAUO.

Que dites-vous?

ARTHUR

Qu nous tenons du moins les moyens de le découvrir...

car ces papiers, que ce matin m'a remis l'aubergiste, étaient adressés au nommé Zambaro. . . voyez plutôt.

ZAMBARO , à part.

Qu'est-ce que cela veut dire ?

LIONEL, voyant Arthur qui brise le cachet. Que faites- vous ?

ARTHUR

Je l'ouvre ... un espion. . . c'est hors du droit des gens, {Parcourant.) « Mein Herr... » c'est de l'allemand... entendez-vous l'allemand?

ZAMBARO.

Moi .f' . . . pas un mot.

ARTHUR

Ni nous non plus et je ne vois pas alors à quoi cela

nous servira. . . voici cependant une lettre d'envoi. . . elle est de l'aubergiste de New-York, et on peut la lire . . . elle annonce que Herman Zambaro , avant de mourir. . .

ZAMBARO , à part.

Mon frère!...

ARTHUR

Avait prié de faire passer les papiers ci-joints . . • papiers fort importans ... à son frère Pierre Zambaro , à Boston.

ZAMBARO.

Donnez.

ARTHUR

Puisque vous ne savez pas l'allemand.

C'est juste.

LIONEL

Mais quelqu'un du régiment . . . quelqu'un de mes amis sera peut-être plus savant. . .

ARTHUR

Yous avez raison. . . ils sont là — Venez , colonel, et si, comme je Fespère , ces papiers-là nous donnent des renseignemens sur notre observateur à gages , c'est moi qui me charge de lui casser la tête.

ZAMBARO.

Et vous ferez bien . . .

ARTHUR

N'est-ce pas ? . . .

ZAMBARO , à part.

Il le mérite , s'il est assez simple pour vous laisser faire. {Lionel et Arthur entrent dans la chambre à gauche.)

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