SCÈNE V
Miss HENRIETTE, BATHILDE.
BATHILDE, entrant par le fond.
Il me rappelle près de lui . . . son messager me l'a dit... il veut me voir . . . Ah ! je me soutiens à peine.
Mrss HENRIETTE. ' Madame, qu'avez-vous?
BATHILDE
Pardon ... je venais ici par l'ordre du gottverneur à qui j'aurais voulu parler.
Miss HENRIETTE.
Des soins importans l'occupent en ce moment. . . mais je vais le faire venir.
BATHILDE
Non . . . j'attendrai. [Elle assied sur le devant du théâtre à gauche. Miss Henriette passe derrière elle, en la regardant avec intérêt, et s'en approche au moment oïl elle lui parle .^D 'ieu merci , ce sont du moins quelques instans de gagnés. . . Me voilà donc sous le toit paternel. . . étrangère... inconnue.. . je m'y glisse en tremblant. . . et qui sait peut-être quand il m'aura reconnue. . . quand il saura qui je suis. . .
Miss HENRIETTE.
Mon Dieu! vous paraissez souffrir
BATHILDE
Oui . . . beaucoup.
Miss HENRIETTE.
Si jeune... quelle en est la cause? (Bathil^e se lève.) Mi^pardonnez mon indiscrétion... si je pouvais vous être utile... si je pouvais vous servir auprès de mon père . . .
BATHILDE
Quoi î vous seriez ? . . .
Balhlldc, Miss HcnricUe.
BRAME HISTORIQUE. 87 Mtss HENRIETTE.
La fille du gouverneur.
BATHILDE, à part.
Ma sœur !. . . ah ! qu'elle est belle! {Elle la regarde.)
Miss HENRIETTE.
Ou'avez-vous à me regarder ainsi ?
BATHILDE
Votre vue me fait plaisir et me fait mal. /9ûr^.) C'est l'amie d'enfance de Lionel. . . c est miss Henriette.
Miss HENRIETTE.
Vous me connaissez ?
BATHILDE
Oui , par ceux qui vous admirent et qui chérissent vos vertus. . . Ils ont raison ! . . . les premiers mots de consolation et d'amitié que j'aie entendus en ces lieux m'ont été adressés par vous. • . je ne l'oublierai jamais.
Miss HENRIETTE.
Qui donc êtes-vous? (0« entend le bruit du canon éloigné,^ BATHILDE.
Milord vous le dira . . . moi je n'ose . . . [Prêtant l'oreille.) Ecoutez. . . écoutez. . . ce bruit lointain.
Miss HENRIETTE.
C'est le bruit du canon. . .
BATHILDE
Il vient de Bunkers'hill , cette redoute où , tout à l'heure encore , j'ai vu six cents Américains décidés à mourir se défendre contre toute l'armée anglaise.
Miss HENRIETTE , étonnée.
Eh! quoi. . . étiez-vous donc parmi eux?
Oui , je les avais suivis. . . les balles ont atteint bien des braves ! . . . d'honnêtes et de vertueux citoyens ! moi, elles m'ont épargnée... et quand leur chef m'a aperçue : « Re- « tirez-vous , retirez-vous , •> a-t-il dit ; il a pensé que je n'étais pas digne de mourir avec eux. . . ni pour une si belle cause.
Miss HENRIETTE.
Ce chef, quel est-il?
BATHILDE
Ne me le demandez pas . . .
HENRIETTE , vivement.
Serait-ce Lionel ?
BATHILDE
Ah ! votre cœur vous Fa dit.
Miss HENRIETTE.
Achevez , de grâce ... où est-il ?
BATHILDE
Là-haut, peut-être. * . {On entend le canon, et un grand bruit à la porte du palais» )
Miss HENRIETTE.
J e me meurs.
BATHILDE
Dieu ! qu'ai-je fait. . . malheureuse que je suis ! . . . elle l'aime autant que moi. . . Mais quel hruit!. . . [Regardant en dehors. ) Lionel. . . Lionel. . . je l'ai vu. . . il s'élance à la tête du peuple. . . ils ont brisé les portes du palais. . .
{Miss Henriette tombe évanouie sur un fauteuil. )