‹ Le vieux mari; comédie-vaudeville en deux actesChapitre 328 sur 367 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Miss HENRIETTE, BATHILDE.

BATHILDE, entrant par le fond.

Il me rappelle près de lui . . . son messager me l'a dit... il veut me voir . . . Ah ! je me soutiens à peine.

Mrss HENRIETTE. ' Madame, qu'avez-vous?

BATHILDE

Pardon ... je venais ici par l'ordre du gottverneur à qui j'aurais voulu parler.

Miss HENRIETTE.

Des soins importans l'occupent en ce moment. . . mais je vais le faire venir.

BATHILDE

Non . . . j'attendrai. [Elle assied sur le devant du théâtre à gauche. Miss Henriette passe derrière elle, en la regardant avec intérêt, et s'en approche au moment oïl elle lui parle .^D 'ieu merci , ce sont du moins quelques instans de gagnés. . . Me voilà donc sous le toit paternel. . . étrangère... inconnue.. . je m'y glisse en tremblant. . . et qui sait peut-être quand il m'aura reconnue. . . quand il saura qui je suis. . .

Miss HENRIETTE.

Mon Dieu! vous paraissez souffrir

BATHILDE

Oui . . . beaucoup.

Miss HENRIETTE.

Si jeune... quelle en est la cause? (Bathil^e se lève.) Mi^pardonnez mon indiscrétion... si je pouvais vous être utile... si je pouvais vous servir auprès de mon père . . .

BATHILDE

Quoi î vous seriez ? . . .

Balhlldc, Miss HcnricUe.

BRAME HISTORIQUE. 87 Mtss HENRIETTE.

La fille du gouverneur.

BATHILDE, à part.

Ma sœur !. . . ah ! qu'elle est belle! {Elle la regarde.)

Miss HENRIETTE.

Ou'avez-vous à me regarder ainsi ?

BATHILDE

Votre vue me fait plaisir et me fait mal. /9ûr^.) C'est l'amie d'enfance de Lionel. . . c est miss Henriette.

Miss HENRIETTE.

Vous me connaissez ?

BATHILDE

Oui , par ceux qui vous admirent et qui chérissent vos vertus. . . Ils ont raison ! . . . les premiers mots de consolation et d'amitié que j'aie entendus en ces lieux m'ont été adressés par vous. • . je ne l'oublierai jamais.

Miss HENRIETTE.

Qui donc êtes-vous? (0« entend le bruit du canon éloigné,^ BATHILDE.

Milord vous le dira . . . moi je n'ose . . . [Prêtant l'oreille.) Ecoutez. . . écoutez. . . ce bruit lointain.

Miss HENRIETTE.

C'est le bruit du canon. . .

BATHILDE

Il vient de Bunkers'hill , cette redoute où , tout à l'heure encore , j'ai vu six cents Américains décidés à mourir se défendre contre toute l'armée anglaise.

Miss HENRIETTE , étonnée.

Eh! quoi. . . étiez-vous donc parmi eux?

Oui , je les avais suivis. . . les balles ont atteint bien des braves ! . . . d'honnêtes et de vertueux citoyens ! moi, elles m'ont épargnée... et quand leur chef m'a aperçue : « Re- « tirez-vous , retirez-vous , •> a-t-il dit ; il a pensé que je n'étais pas digne de mourir avec eux. . . ni pour une si belle cause.

Miss HENRIETTE.

Ce chef, quel est-il?

BATHILDE

Ne me le demandez pas . . .

HENRIETTE , vivement.

Serait-ce Lionel ?

BATHILDE

Ah ! votre cœur vous Fa dit.

Miss HENRIETTE.

Achevez , de grâce ... où est-il ?

BATHILDE

Là-haut, peut-être. * . {On entend le canon, et un grand bruit à la porte du palais» )

Miss HENRIETTE.

J e me meurs.

BATHILDE

Dieu ! qu'ai-je fait. . . malheureuse que je suis ! . . . elle l'aime autant que moi. . . Mais quel hruit!. . . [Regardant en dehors. ) Lionel. . . Lionel. . . je l'ai vu. . . il s'élance à la tête du peuple. . . ils ont brisé les portes du palais. . .

{Miss Henriette tombe évanouie sur un fauteuil. )

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