SCÈNE III
MATHILDE, M^' DE LINSBOURG.
M^ne DE LINSBOUBG, à Matbilde.
Maintenant tu peux tout m'avouer. . . j'ai bien deviné à ton embarras que c'était lui. . »
MATHILDE
Oui donc.f*
M""= DE LINSBOUllG.
Ton cousin, que tu aimes. . .
MATHILDE
Olivier!. . . mais non, je vous assure.
M™' DE LINSBOURG.
Comment, mademoiselle, ce n'est pas ce pauvre garçon ? . . .
MATHILDE
Et pourquoi voulez-vous que ce soit lui ? . , .
M"" DE LÏNSBOUKG.
Parce que. . . des cousins. . . c'est tout naturel. . . c'est l'usage. . . du moins, de mon tems, c'était ainsi. . . mais maintenant qu'on a tout changé. . . Enfin, vous aimez quelqu'un , et je veux savoir. . .
MATHILDE, lui prenant la tnain.
Eh bien! ma tante, c'est vrai. .. ou du moins.. . j'ai cru un moment . . . mais ne me demandez pas son nom . . .
COMÉDIE-VAUDEVXLLE.
je ne puis vous le dire. . . je ne le reverrai sans doute jamais. . .
M™' DE LINSBOURG. Et tu y penseras touj ours i* . . .
MATHILDE
Non... j'espère l'oublier tout à fait. J'ai déjà commencé ... car cette union était impossible ... en supposant qu'il se fût occupé de moi. . . vous savez que mon tuteur n'aurait jamais consenti à me marier k un jeune bomme. .. il me l'avait déclaré ...{En confidence.) 11 a les jeunes gens en horreur . . .
M™* DE LINSBOURG.
C'est ce que je disais tout à l'heure. .. la maison la plus ennuyeuse ...
MATHILDE
Et pour être plus sûr de son fait , tous ceux qu'il recevait avaient au moins soixante-et-dix ans.
M""" DE LINSBOURG.
Miséricorde ! . . . des Lovelaces du tems de Erédéric- Guillaume. . . et c'est parmi ces antiquités que tu as choisi un mari ? . . .
MATHILDE, soupirant.
Que voulez-vous?.*, il a bien fallu... j'ai choisi le plus jeune ; M. de Bruchsal n'a que soixante ans.
Mme DE LmSBOURG, ironiquement.
Que soixante ans ! . . . oh ! je conçois qu'il a dû te paraître un petit étourdi ! . - .
MATHILDE, sourianti Pas tout à fait. . . mais il est si bon, si aimable. . .
Air : Ils sont les mieux placés ( de 1,'Ap.tiste ). Jamais il ne se fâche , Et toujours il sourit ; Lorsqu'à plaire il s'attaclie, Que de grâce et d'esprit ! . . .
En parlant il fait même Oublier qu'il est vieux. . .
Et je crois que je l'aime Quand je ferme les yeux.
Dès le premier jour il avait deviné ma situation . . . ses regards me suivaient avec un intérêt si tendre . . . que vous
ta LE VIEUX MARI^
dirai-je?. . . la maison de mon tuteur m'était devenue insupportable. . . je savais que le mariage seul pouvait m'affranchir de cet esclavage. . . et lorsque M. de Bruchsal se proposa, je l'acceptai avec reconnaissance.
M"' DE LÏNSBOURG.
C'est cela, je m'en doutais... un mariage de désespoir ...
MATHILDE
Mais du tout, ma tante... je vous jure que je serai très-heureuse ...
M"*" DE LÏNSBOURG.
Très-heureuse. . . c'est que tu ne sais pas. . . c'est que tu ne peux pas savoir...
MATHILDE
Quoi donc , ma tante ? . . .
M^ne DE LÏNSBOURG, à part.
Pauvre petite!. . . à son âge, j'aurais dit comme elle. (Haut.) Songe donc, mon enfant. . . un mari de soixante ans ! et qui a la goutte peut-être par-dessus le marché . . .-
MATHILDE
Mais...
M"" DE LÏNSBOURG.
C'est clair. . . ils Font tous.
MATHILDE
11 ne me l'a pas dit.
M™" DE LÏNSBOURG. Est-ce qu'on dit ces choses-là ? . . . comme ça serait gracieux pour moi !. . . au lieu d'un neveu leste et vif qui me donne la main, c'est moi qui serais obligée de lui donner le bras.
Air : Amis , voici la rianie semaine' A cet liyrncn , ma nièce , je m'oppose , Va la vertu le le défend aussi ; Tu ne sais j)as à quel risque ou s'expose , Lorsque l'on prend un vieillard pour mari : Que de périls nienaeent une belle !
Que de laux pas, (juand on n'a , mon enlau», Pour soutenir la vcrlu (|ui cliancclle , Qu'un vieil (•j)oux <|ul pe»il en (aire autiuil.
Ainsi, n'y pensons plus.
COMÉDIE-VAUDEVILLK.
MÂTHILDE.
Ma tante !
M"' DE IINSBOURG.
Plus tard nous causerons de tes amours et du bel inconnu . . . l'important maintenant est de rompre ce mariage ridicule.
MÂTHILDE.
Le rompre ! ô ciel J ma tante, que dites-vous? quand tout est signé, que tout est prêt pour la cérémonie.
M™« DE LINSBOURG.
Peu importe !
MATHILDE
L'affliger, le désespérer, lui qui est si bon!
M™' DE LINSBOURG.
Je l'exige, ma nièce, où je ne vous revois de ma vie. .
Air : Non, non, je ne partirai pas (de LA Batelière).
Il faut rompre de pareils nœuds, Ou je quitte à l'instant ces lieux ! . . .
MATHILDE
Calmez votre colère ...
Mme DE LINSBOURG.
î^on. .. je renonce à VOUS, Et je pars pour ma terre S'il devient votre époux, Lui ! . . . votre époux, {bis.) MATHILDE.
O ciel ! rompre de pareils nœuds, Je ne puis me rendre à vos vœux ; Ne quittez pas ces lieux , Non, non, non, non, ne quittez pas ces lieux.
W I Mme DE LINSBOURG.
w I II faut rompre de pareils nœuds ;
Pour toujours je quitte ces lieux, Recevez mes adieux. . .
Non , non , non , non , recevez mes adieux.
{Elle sort sans écouter Clothilde,) MATHILDE, seule.
Ma tante . . . mon Dieu î . . . comment la retenir ah î
l4 VIEUX MARI,
voici M. de Bruchsal ; il pourra peut-être lui faire entendre raison.