SCENE XL
LA BARONNE, FEl^DmkND,ennégUgéde voyage,
FERDINAND , à ia cantounade»
Fritz, cache tes chevaux derrière la haie , et attendsmoi. ( sans voir ia éaronne, et suivant des yeux ia noce qui s' éloigne.) Une fête!... tant mieux! tout le village sera occupé d'un autre côté. ( s^avançant vers ia ferme. ) Pourvu que cette petite Catherine ne soit pas sortie. {Use trouve nez à nez avec ia éaronne. ) Ciel! ma tante !
LA BARONNE
Comment, c'est toi, moucher neveu?... Je ne t'attendais pas si tôt.
FERDINAND , emharrassé.
Oui... je venais... je voulais... Votre santé, ma chère tante ?
AIR : De sommeiHer encor^ ma chère:
Pour ma santé , dieux ! quel beau zèle 1
Par un soin tout particulier,
Pour en avoir quelque nouvelle ,
Tu venais donc chez mon fermier?
FERDINAND
Impatient de vous rendre visite...
Je me pressais...
LA BARONNE , souriant.
Vraiment, pauvre garçon , C'était pour arriver plus vite Que tu prenais le chemin le plus long.
FERDIMAND , fiuS trOuMé,
Non, ce n'est pas cela; i'ai rencontré quelqu'un... c'est-à-dire on m'a prévenu que vous étiez ici, et alors... ( d'un air ouvert. ) tenez, ma tante , s'il faut vous l'avouer, depuis quelque temps votre santé ne vous permet plus de visiter vos vassaux... je me suis chargé de ce soin ; tous les matins je viens comme cela , sans façon , causer avec ces bons paysans, m'occuper de leur bonheur.
LA BARONNE
On prétend même que tu t'en occupes beaucoup trop... çà les inquiète.
AIR d'Aristippe Le pauvre fuit des soins tels que les nôtres; Car plus d'un riche, il faut en convenir,
Ne travaille au bonheur des autres Que pour songer à son propre plaisir ; De leurs égaux ils doivent le tenir.
Oui , le bonheur, dans une classe obscure, Est une fleur trop facile à flétrir ,
Dont il faut laisser la culture
A celui qui doit la cueillir.
FERDINAND , à faVt.
Ah mon dieu î elle sait quelque chose. ( haut. ) Comment, ma tante ?
LA BARONNE , iui prenant ta main, ' Allons, mon cher Ferdinand , n'ai-je donc pas élé assez indulgente pour toutes tes folies? n'est-il pas temps enfin de renoncer à cette vie dissipée? de faire un choix, de vivre tranquillement près de moi, avec ta femme, tes enfans ?
FERDINAND , chcvchant des yeux.
Certainement, matante, c'est bien mon intention, et plus tard , mais pardon... J'ai un mot à dire àBloum votre fermier.
LA BARONNE
Pour lui faire part du mariage que tu as en vue pour safdle?
FERDINAND, COufonclu.
Pour sa fille?... A ce ton de persifïlage, je vois, ma tante, qu'on a calomnié mes intentions. Je m'intéresse à cette pelilc, c'est vrai, parce que vous vous y intéressez vous-même, parce qu'elle est gentille, naïve... Qui pourrait me blâmer de lui chercher un mari?
LA BARONNE
Oh ! ce ne sera pas moi... car tandis que que tu le cherchais , je l'ai trouvé.
FERDINAND
Un mari... pour Catherine ?
LA BARONNE
Sans doute.
FERDINAND , (lécontenancé.
Ahî cela se rencontre pariaitemcnl .
LA BARONNE
N'est-ce pas?
FERDINAND
Kt VOUS comptez faire ce mariage?
Ll BARONNE.
Aujourd'hui même.
FERDINAND , S* OuMicint ,
O ciel! est-il possible! Je ne souffrirai pas. .. je cours.*.
LA BARONNE , i' arrêtant.
Eh bien! eh bien! mon neveu, y pensez-vous? un pareil scandale...
FERDINAND
C'est qu'il est inouï... Sacrifier un enfant avec cette précipitation... et quel est ce mari?., un rustre.i. un paysan...
LA BARONNE
Mais non , il est fort bien...
FERDINAND
Raison de plus, il fallait s'informer... il y a tant de mauvais sujets...
LA BARONNE
Kokmann en répond , c'est lui qui a tout conduit.
FERDINAND
Kokmann ! [a 'part.) Ah! maudit intendant, tu paieras pour tout le monde , et quant au faquin qui se permet d'aller sur mes brisées! .. ( haut. ) Venez, ma tante, il faut suspendre ce mariage, il faut empêcher... [On entend des coups de fusils et des cris de joie. )
LA BARONNE
Il n'est plus temps... c'est fini.. .
FERDINAND, furisUX.
Comment!...