FERDINAND, GEORGES
GEORGES , à part pendant que Ferdinand remonte ia scène pour s'assurer que personne n'écoute. Le voici donc y près de moi... mais quel dessein l'y ramène ?...
FERDINAND , à part.
Plus je l'examine... je m'y perds... mais ce mariage... tâchons de savoir la vérité...
GEORGES, froidement.
Eh bien î monsieur, que me voulez-vous? vous avez désiré me parler, .o
FERDINAND, légèrement.
Oui , mon cher Georges , nous avons à causer ensemble... de beaucoup de choses... de ta femme d'abord; [ie regardant.) allons, je vois à ion sourire... qu'on t'a déjà prévenu contre moi. . . on l'aura persuadé que j'avais cherché à lui plaire... à la sédidre!... pur badinage , mon ami, qui ne doit nullement t'înquiéler.., ce que j'aiàte dire en ce moment est beaucoup plus sérieux. .« îu n'es pas de ce pays?
GEORGES, 4es^^an^.
Non , non , monsieur.
FERDINAND
Et qui l'a engagé à quitter ie tien ?. .,
Des malheurs! c'est mon secret!...
FERDINAND
C'esttrop juste... cela ne me regarde pas... mais le voilà marié, c'est fort bien ; îu vas te fixer ici, par conséquent tu vas dépendre de ce domaine.
Air : Vaudeville de Turenne.
Pour mes vassaux je suis un fort bon maître , Je les protège, ils sont tous bien traités... Mais tu conçois qu'il me faut te connaître Pour t'accorder mes bienfaits, mes bontés : Je veux savoir s'ils seront mérités.
En ta faveur ta figure réclame ; Mais des traits fins, douce voix, yeux charmans, Ne sont pour moi de bien bons répondans. Que lorsqu'il s'agit d'une femme.
Je jurerais que je t^ai déjà vu.
GEORGES , à fart.
Le cœur me bat. (hatit.) Moi!., vous vous trompez sans doute, car je ne me rappalle pas...
FERDINAND
Si fait... si fait, en Pologne... eh! parbleu c'est cela; il y a deux ans, à Varsovie, quand je m'y arrêtai avec un de mes amis, Gustave d'Herleim.
GEORGES, avec un mouvement.
Gustave!...
FERDINAND, à part.
Ce nom le fait tressaillir! (^aw^.) Qu'as-tu doncPIe connaîtraîs-tu ?
Je ne l'ai jamais vu... mais je vous en prie , monsieur, si vous voulez que je vous écoute... ne prononcez plus ce nom devant moi,
ferd;nand.
Pourquoi donc ?
GEORGES
Je ne puis l'entendre de sang-froid.
FERDINAND
Raison déplus... je veux savoir... d'ailleurs.,, c'est mon ami... si quelqu'un croit avoir à se plaindre de lui... si on le calomnie, je suis là pour le défendre.
GEORGES, amèrement.
Ah! ne l'espérez pas.
Air «/c Lanlara.
Pourriez-vous chercher à défendre L'honneur cruel qui trouve son plaisir
Dans des larmes qu'il fait répandre, Dans des sermens qu'il ne veut pas tenir,
Ivt mel sa gloire à les trahir?
Peut-il avoir un titre à votre estime (]elui qui fut un l<\che séduc teur ?, .. Songez, monsieur, qu'on partyge le crime
Dont on se fait le défenseur.
FERDINAND
Ah! je devine! lu veux parl(;r de cetic jeune Augusta... Polinsky..
GKORGKs, m se caciiant la fu/ure.
Augusta !
FERDINAND , viveinent.
Te voilà plus ému, lu la connaissais donc... parle...
je t'en conjure... quels liens... quel intérêt si tendre peut t'attacher à elle ? pourquoi cette chaleur?
GEORGES , relevant ta tête et le fixante Pourquoi ? elle est ma sœur., monsieur.
FERDINAND , frappé.
Votre sœur!... il se pourrait... eh bien! Georges, si vous êtes son frère... au nom du ciel, parlez-moi franchement : qu'esl-elle devenue? quel est son sort?
GEORGES
Que VOUS importe ?
FERDINAND
Il faut que je sache...
GEORGES
Pour en instrm're votre ami ! pour qu'il jouisse de son ouvrage!...
FERDINAND
Pomez-vous penser ?
G^Q^G^s, avec amertume.
Eh bien î allez lui dire qu'il doit être satisfait, car elle est bien malheureuse !
FERDINAND
Grand Dieu!...
GEORGES , de même.
Dites-lui que cette Augusta , qu'il a méconnue, qu'il a abandonnée, est seule, errante, sans appui, sans protecteur... que pour expier sa faute, pour cacher sa honte , elle a fui son pays, sa famille , qu'elle a renoncé à tout pour suivre les traces de celui qui causa ses malheurs ! ( Ferdinand fait un mouvement. ) que son plus grand tourment est de l'aimer encore. .. {avec des larmes.) ^ et de ne pouvoir arracher de son cœur l'image d'un ingrat qui ne donnerait pas une larme à son souvenir ! FERDINAND , agité , et à part.
Cet accent... ce regard!.. . ah ! je n'ai plus qu'un moyen pour l'obliger à se trahir, {haut.) Vous êtes sévère, mon sieur Georges... mais d'Herleim est peut-être moins coupable.
GEOBGEs 5 ironiquement.
Ah! sans doute... vous devez l'excuser... vous!... qui lui donnez de si nobles exemples...
I FERDINAND
Allons... c'est encore pour ta femme... tu es jaloux... mais franchement, je n'y ai jamais songé sérieusement.
GEORGES
Que dites-vous... [Catherine paraît. )
FERDINAND
Je ne le pouvais pas... car, puisqu'il faut te^rassurer. .. apprends donc... que je suis marié secrètement!... GEORGES, avec un cri.
Marié... dieux!. ..
FERDINAND
Qu'as-tu donc?
GEORGES, chancelant.
Je me meurs.
FERDINAND , ic soutcnant.
C'est elle ! qu'ai-je fait, malheureux! {ii ta place sur une chaise. )