‹ Le vieux mari; comédie-vaudeville en deux actesChapitre 56 sur 367 · FERDINAND, GEORGES · texte numérisé non relu

FERDINAND, GEORGES

GEORGES , à part pendant que Ferdinand remonte ia scène pour s'assurer que personne n'écoute. Le voici donc y près de moi... mais quel dessein l'y ramène ?...

FERDINAND , à part.

Plus je l'examine... je m'y perds... mais ce mariage... tâchons de savoir la vérité...

GEORGES, froidement.

Eh bien î monsieur, que me voulez-vous? vous avez désiré me parler, .o

FERDINAND, légèrement.

Oui , mon cher Georges , nous avons à causer ensemble... de beaucoup de choses... de ta femme d'abord; [ie regardant.) allons, je vois à ion sourire... qu'on t'a déjà prévenu contre moi. . . on l'aura persuadé que j'avais cherché à lui plaire... à la sédidre!... pur badinage , mon ami, qui ne doit nullement t'înquiéler.., ce que j'aiàte dire en ce moment est beaucoup plus sérieux. .« îu n'es pas de ce pays?

GEORGES, 4es^^an^.

Non , non , monsieur.

FERDINAND

Et qui l'a engagé à quitter ie tien ?. .,

Des malheurs! c'est mon secret!...

FERDINAND

C'esttrop juste... cela ne me regarde pas... mais le voilà marié, c'est fort bien ; îu vas te fixer ici, par conséquent tu vas dépendre de ce domaine.

Air : Vaudeville de Turenne.

Pour mes vassaux je suis un fort bon maître , Je les protège, ils sont tous bien traités... Mais tu conçois qu'il me faut te connaître Pour t'accorder mes bienfaits, mes bontés : Je veux savoir s'ils seront mérités.

En ta faveur ta figure réclame ; Mais des traits fins, douce voix, yeux charmans, Ne sont pour moi de bien bons répondans. Que lorsqu'il s'agit d'une femme.

Je jurerais que je t^ai déjà vu.

GEORGES , à fart.

Le cœur me bat. (hatit.) Moi!., vous vous trompez sans doute, car je ne me rappalle pas...

FERDINAND

Si fait... si fait, en Pologne... eh! parbleu c'est cela; il y a deux ans, à Varsovie, quand je m'y arrêtai avec un de mes amis, Gustave d'Herleim.

GEORGES, avec un mouvement.

Gustave!...

FERDINAND, à part.

Ce nom le fait tressaillir! (^aw^.) Qu'as-tu doncPIe connaîtraîs-tu ?

Je ne l'ai jamais vu... mais je vous en prie , monsieur, si vous voulez que je vous écoute... ne prononcez plus ce nom devant moi,

ferd;nand.

Pourquoi donc ?

GEORGES

Je ne puis l'entendre de sang-froid.

FERDINAND

Raison déplus... je veux savoir... d'ailleurs.,, c'est mon ami... si quelqu'un croit avoir à se plaindre de lui... si on le calomnie, je suis là pour le défendre.

GEORGES, amèrement.

Ah! ne l'espérez pas.

Air «/c Lanlara.

Pourriez-vous chercher à défendre L'honneur cruel qui trouve son plaisir

Dans des larmes qu'il fait répandre, Dans des sermens qu'il ne veut pas tenir,

Ivt mel sa gloire à les trahir?

Peut-il avoir un titre à votre estime (]elui qui fut un l<\che séduc teur ?, .. Songez, monsieur, qu'on partyge le crime

Dont on se fait le défenseur.

FERDINAND

Ah! je devine! lu veux parl(;r de cetic jeune Augusta... Polinsky..

GKORGKs, m se caciiant la fu/ure.

Augusta !

FERDINAND , viveinent.

Te voilà plus ému, lu la connaissais donc... parle...

je t'en conjure... quels liens... quel intérêt si tendre peut t'attacher à elle ? pourquoi cette chaleur?

GEORGES , relevant ta tête et le fixante Pourquoi ? elle est ma sœur., monsieur.

FERDINAND , frappé.

Votre sœur!... il se pourrait... eh bien! Georges, si vous êtes son frère... au nom du ciel, parlez-moi franchement : qu'esl-elle devenue? quel est son sort?

GEORGES

Que VOUS importe ?

FERDINAND

Il faut que je sache...

GEORGES

Pour en instrm're votre ami ! pour qu'il jouisse de son ouvrage!...

FERDINAND

Pomez-vous penser ?

G^Q^G^s, avec amertume.

Eh bien î allez lui dire qu'il doit être satisfait, car elle est bien malheureuse !

FERDINAND

Grand Dieu!...

GEORGES , de même.

Dites-lui que cette Augusta , qu'il a méconnue, qu'il a abandonnée, est seule, errante, sans appui, sans protecteur... que pour expier sa faute, pour cacher sa honte , elle a fui son pays, sa famille , qu'elle a renoncé à tout pour suivre les traces de celui qui causa ses malheurs ! ( Ferdinand fait un mouvement. ) que son plus grand tourment est de l'aimer encore. .. {avec des larmes.) ^ et de ne pouvoir arracher de son cœur l'image d'un ingrat qui ne donnerait pas une larme à son souvenir ! FERDINAND , agité , et à part.

Cet accent... ce regard!.. . ah ! je n'ai plus qu'un moyen pour l'obliger à se trahir, {haut.) Vous êtes sévère, mon sieur Georges... mais d'Herleim est peut-être moins coupable.

GEOBGEs 5 ironiquement.

Ah! sans doute... vous devez l'excuser... vous!... qui lui donnez de si nobles exemples...

I FERDINAND

Allons... c'est encore pour ta femme... tu es jaloux... mais franchement, je n'y ai jamais songé sérieusement.

GEORGES

Que dites-vous... [Catherine paraît. )

FERDINAND

Je ne le pouvais pas... car, puisqu'il faut te^rassurer. .. apprends donc... que je suis marié secrètement!... GEORGES, avec un cri.

Marié... dieux!. ..

FERDINAND

Qu'as-tu donc?

GEORGES, chancelant.

Je me meurs.

FERDINAND , ic soutcnant.

C'est elle ! qu'ai-je fait, malheureux! {ii ta place sur une chaise. )

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