SCENE m
GEORGKS, CATHERINE.
( Georges a remonté ta scène et parait fort embarrassé, Catherine est de l'autre coté, très émue.)
GEORGES, à part.
Nous voilà seuls...
CATHERINE, à part, A.U fait, mon [)ère a eu raison... on n'est pas fâché de se trouver chez soi et pouvoir parler inénage..,
GEORGES , à part.
C'est que ma position devient très embarrassante.. .
CATHERINE
Je suis curieuse de savoir ce qu'il va me dire... GEORGES, à part.
Avouer que je les ai trompés! il faudra partir... sans connaître mon sort... et s'il cherche à la revoir... j'ai cru cnîendrc ce matin... je ne la quitterai pas... (// prend une chaise, et s'asseoit du côté opposé à Catherine, )
CATHERINE, assise de ('autre coté.
Eh bien! qu'est-ce qu'il a donc, de se mettre à uae lieue ? on est donc obligé de crier... (eUe tousse,) hem ! hem!... il n'a pas l'air d'entendre! mais à quoi penset-il... je vous le demande ?. .. [d'un air ôoudeur.) par exemple, si c'est là le mariage.., c'est bien amusant!... ah mon Dieu, est-ce qu'il dort!
Air : Bonheur de se revoir. (Tyrolienne de M. Amédée Beauplan.)
Voilà donc ce lien que l'on dit plein de charmes.
GEORGES, rêveur, et à part.
Voilà donc ses sermens... l'amour qu'il me jura!
CATHERINE
Pour commencer.. . je suis prête à verser des larmes. GEORGES.
Je voudrais le bannir de ce cœur qu'il trompa ,
{Soupirant.) Ah !
CATHERINE , soupirant.
Ah!
' GEORGES
Son image est toujours là.
CATHERINE
Ahl
GEOKGES.
Ah 1
CATHERINE
Quel ennui que c'boijheur-Ià 1
ENSEMBLE
Ah! ahl Son image est toujours là.
Quel ennui que c'bonheur-là.
Deuxième couplet.
GEORGES, de son côté.
Je crois le voir encor... je crois encor Tentendre.
CATHERINE, tU même.
Tous les maris hélas! sont-ils comme cela?
GEORGES
Et comment résister à ce regard si tendre!
CATHERINE
Ne pas se dire un mot , et s'tourner l'dos déjà I
( vieurant fresque. ) Ahl
GEORGES, soupirant.
Ah! son image est toujours là.
CATHERINE
Ahl
GEORGES
Ah!
CATHERINE
Quel ennui que c'honheur là.
ENSEMBLE
Ah ! ah !
Son image est toujours là , Quel ennui que c'bonhcur-là.
CATHERINE, sc levant.
Maisca ne peut pas durer coimncca ; je vntix .savoir ce que cela si.gnille. ( EHr. vient auprès de lui. )
GEORGES, se retournant. Ah!... c'est vous .. (^adicrine ?
CATHEuiNB, (l'un tou doux et caressant.
Oui, niousicur, |>ui.s(jue von.s ne voulez pa.s venir prtîs de vot' femme... il faul l)ieii qu'elle vi(;nne auprès do vous... oli ! je ne suis pas lière moi I ( Elle lui prend ta itiain. )
<;i:()UGE.s, à part.
Dieux! commeiil éviter Texplicatiou P
CATHERINE, tendrement.
Voyons, monsieur, qu'est-ce que vous avez, pour bouder ainsi dans votre coin ?.. au lieu de causer avec moi de notre petit ménage, du boniieur qui nous attend... quoi(|ue nous nous conna.issions à peine, vous savez bien que je n'aurai jamais d'autre volonté que la vôtre... il est si doux de vivre toujours de bon accord ! {plus tendrement. ) n'est-ce pas , mon ami ?
GEORGES , à part.
Pauvre petite !... mais cela devient trop sérieux... et je n'ai qu'un moyen , c'est de tâcher de nous brouiller... de lui chercher dispute...
CATHERINE, iuî faisant tourner la tête.
Eh bien! monsieur, vous ne me dites rien... vous ne répondez pas...
GEORGES , d'un air impatient.
Laissez moi !
CATHERINE
Décidément vous avez quelque chose.
GEORGES, se levant brusquement.
AiB : Adieu, je vous fuis^ bois, etc.
Oui, mademoiselle... déjà Le chagrin me décliMe l'ame.
CATHERINE
Un mari «'conduire comm' ça , Et dir' mademoiselle à sa femme 1 Peut-être que depuis ce matin La chose est encor trop nouvelle ; Mais j'espère bien que demain Vous n'm'apperrêz plus mad'moiselle.
GEORGES , continuant.
Puisque vous vouîezle savoir. . . je sois.. . j e suis furieux. = ,
CATHERINE , tremblante.
Contre moi... Et qu'est-ce que j'ai fait?
GEORGES , cherchant.
Vous me le demandez! {haut et ia prenant par ie hras. ) Croyez-vous donc que je n'ai pas remarqué votre coquetterie... vos regards à monsieur Ferdinand, vous ne l'avez pas quitté des yeux!...
CATHERINE
Par exemple, si on peut dire .. c'est plutôt vous , qui le regardiez toujours.
GEORGES, embarrassé.
Moi !
CATHERINE
Et même quand il s'est éloigné... j'ai vu une larme s'échapper de vos yeux... et je voulais vous demander précisément...
GEORGES , à fart.
0 ciel!., moi qui croyais l'embarrasser, {haut.) Il n'est pas étonnant que j'aie été choqué... d'une conduite... CATHERINE , (l'uii tou cavessant Eh bien , ne vous fâchez pas , j'ai tort , j'en conviens. .. mais ça ne m'arrivera plus.... je vous en demande pardon...
GEORGES , à part.
C'est désolant... elle est d'uîie douceur... il n'y a pas moyen de la quereller...
CATHERINE
Allons, monsieur, faisons la paix... là... embrassezmoi, [eite tend la joue.) EIi bien...?
GEORGES
Ce n'est pas tout encore , il vous a parlé à l'oreille...
CATHERINE
C'est vrai...
GEORGES
11 VOUS a demandé un entretien .secret...
CATHERINE
Mais j'ai nefùsé...
GEORGES
Cela n'est pas sûr . .
CATHERINE , satiglottatit.
Par exemple, c'est atfrcux ! me croire capable... Vous aurez beau faire... je ne vous en aimerai que davantage, parce que c'est mon devoir... parce que je suis votre femme!... On vient, monsieur; je vous en prie, n'ayez pas l'air... une dispute le premier jouri qu'est-ce que diraient les voisins...?
8CKNE IV.
l;s MftMES, KKKDINAJNO.
I KiiDiNANi» , à parl^ et au fond.
Ils sont seuls !.. .
GEORGES, à part et tressaillant.
C'est lui!...
CATHERINE , à part.
Dieux! monsieur Ferdinand... là, mon mari va me croire coupable...
FERDINAND , à part.
J'avais d'abord résolu de m'éloigner. . . mais celte ressemblance est si extraordinaire... [haut et avançant. Pardon, mes amis , de n'avoir pas joint plus tôt mes félicitations. . mais je voulais en même temps offrir à la mariée mon présent de noce... ( li tire une chaîne d'or qu'il offre à Catherine. )
CATHERINE, embarrossée et regardant Georges.
Monsieur, je ne sais si je puis me permeUre d'accepter... .
FERDINAND , la regardant.
Pourquoi donc ?
CATHERINE , bos à Ferdinand.
Prenez garde, monsieur Ferdinand, j'ai déjà eu une scène à cause de vous... il est jaloux comme un tigre.
FERDINAND, à Ttli-Voix.
Ah ! il est jaloux !... je vais arranger cela... accepte toujours provisoirement... ( iHui donne la chaîne.) ( haut., à Georges.) Dites-moi , monsieur , (à Catherine.) comment s'appelle ton mari , Catherine? *
CATHERINE
Mon mari ? est-ce que je le sais ?
FERDINAND, riant.
CATHERINE
Dame! ça s'est fait si vite...
GEORGES , froidement , Je m'appelle Georges, monsieur.
CATHERINE
Ah ! c'est ça , il s'appelle Georges !
FERDINAND , ic regardant.
Georges... c'est un nom...
CATHERINE
C'est un nom comme un autre.. . ( àpa,rt.) mais qu'estce qu'il a donc à le regarder?...
FERDINAND, à part.
^ Il est impossible que le hasard seul... [àCatherine.) Ecoule, ma petite Catherine.
CATHERINE , à part.
C'est ça, il veut me parler en particulier... mais je ne peux plus... {haut.) Monsieur, maintenant je suis mariée , et si vous avez quelque chose à me dire , c'est à mon mari qu'il faudra vous adresser...
FERDINAND
C'est justement pour cela... fais-moi le plaisir de t'en aller...
CATHERINE , étonnéc.
De m'en aller...?
GEORGES, à part.
Quel est son projet?...
FERDINAND
Oui... laisse-nous un moment.. . j'ai à causer avec ton mari.
CATHERINE, étomiéc.
C'est qu'il est piqué, [à Ferdinand.) Vous avez tort de m'en vouloir, monsieur Ferdinand... car enfin, ce n'est pas ma faute... si on m*a mariée...
FERDINAND
Air: Gai, Coco.
Cesse un pareil langage :
Tu me plains , je ie gage ; Mais de ton mariage Je n'aurai nul chagrin.
CATHERINE
Vous mentez, j'en suis sûre!
(prenant une iampe.)
Mais dans c'to chambre obscure J'auraipeur, je vous jure.
FERDINAND
Ne crains rien , pars soudain.
CATHERINE, rcv cmant ttv cc effroi.
Non, vraiment, j'crains les suites.
FERDINAND, A la (in lu m'irriles; Je veux que lu nous quilles...
CATHERINE
Croyez-voiis qu'cîVst genti , Quand on aiin' son mari... [his.) De r'ccvoir des visites A cette heure-ci/'
{Elle entre dans ta ehamhre.)