LA DUCHESSE, DIDIER
DIDIER
Il n'y a rien à craindre , et... ( ii ia regarde. ) O ciel ! que vois- je?
LA DUCHESSE
Qu'avez-vous?
DIDIER
La duchesse de Longueville !
LA DUCHESSE, à part.
Il me connaît ! [haut.) vous vous trompez.. .
DIDIER , vivement.
Non, non, madame la duchesse, je ne me trompe pas,., quoique je ne vous aie vue qu'une fois, on ne peut oublier ces traits nobles, ce regard... ce sourire... LA DUCHESSE, iuî imposaut silence de ta main. Parlez plus bas ! mon ami... je vous en conjure.
DIDIER
Oui, madame la duchesse, [à part.) Mon ami... une princesse qui vous dit. . . mon ami !...
LA DUCHESSE
Puisque vous savez qui je suis... vous devinez les périls que je cours.,. En butte à la haine d'Anne d'Autriche... trahie par les chefs de la fronde qui négocient secrètement avec la cour... j'ai été avei;-tie ce matin qu'on devait m'arrêter... j'ai voulu m'évader... mes voitures ont été reconnues aux barrières , et sans vous , je n'aurais pu me soustraire aux poursuites du peuple, DIDIER , avec feu.
Ah! madame, c'est le plus beau jour de ma vie!... je
Sa >
voudrais maintenant que les misérabies vinssent nous attaquer...
LA DUCHESSE , souriaut, Non, non, mon enfant... je ne désire pas mettre votre courage à cette épreuve ; cherchons plutôt comment je puis leur échapper. Voyons , mon jeune conseiller. . . quel est votre avis?
DIDIER, d*un air grave.
C'est fort délicat!...
N'y a-t~il aucun moyen de sortir de Paris ? le prince de Marsillac m'attend à la porte de Nesle avec quarante chevaux; et si je pouvais gagner Rouen, où commande mon mari...
DIDIER
Impossible, toutes les barrières viennent d'être fermées, et à moins d'un laissez-passer de la ville... Attendez... je tâcherai... je connais quelqu'un... jusque là vous resterez ici, madame la duchesse...' la maison de mon père est la plus tranquille de Paris; il ne se mêle de rien , ne reçoit personne , et d'ailleurs j'aurai seul votre secret , car mon père est si faible . si timide !
LA DUCHESSE
Vous pourrez donc me cacher à son insu ?
DIDIER
Certainement, madame, je vous cacherai.... c'est-àdire, ( à part. ) je ne sais pas trop où... {haut. ) Je ne vous promets pas un appartement digne de....
LA DUCHESSE
Oh ! je ne suis pas difficile !...
DIDIER
lant mieux, car je ne vois guère que ma chambre... une chambre de garçon.... près du grenier, comme de juste; {vivement.) mais c'estégal, madame la duchesse, vous y serez en sûreté; je veillerai moi-même... Je serai si heureux, si fier, de vous prouver mon dévouement, mon... ( s' arrêtant et haihutiarbt. ) je voulais dire mon respect.... et de mériter un jour....
LA DUCHESSE , f ivitcrrompant.
Mon amitié. ( à part. ) Pauvre jeune homme!... ce trouble.... je ne m'étais pas trompée.... il faut bien rester, ne fùl-ce <|uc pour le ramener à la raison. ( haut. ) Oui, mon enfant, mon aniilié... elle vous est acquise — et c'est à ce litre que j'accepte vos secours. ( itii tendant
ia main avec un sourire,) Soyea donc mon défenseur, mon chevalier... !
DIDIER, transporté»
Votre chevalier.... Ah ! quel bonheur! chevalier d'une princesse!... me voilà lancé!...
AIR : Las ! j'étais en si doux servage:
Ah! de ce titre qui m'enflamme Les sermens sont doux à tenir!
LA DUCHESSE
De sesdevoirs envers sa dame »
Tâchez de bien vous souvenir. . .
DIDIER
Je les remplirai tous, je crois;
( A part en soupirant. ) Et j'oublierai qu'il a des droits.
ENSEMBLE
DIDIER
Je les remplirai tous, je crois; Et j'oublierai qu'il a des droits.
, LA DUCHESSE, avBc tfonté.
De Phonneur en suivant les lois, A mon estime ayez des droits.
( Pendant la ritournelle, Didier fléchit un genou et if aise la main de la duchesse. )