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LE MARQUIS

Vous parlez de tableaux, après cette manière

Antonio Contri qui, vers 1725 > fit en ce genre des merveilles d'adresse, a laissé de sa méthode une explication manuscrite , dont Cicognara a donné un fragment traduit en français, dans la Revue européenne^ oct. 1824, p. 654. — Ce n'est qu'en 1754^1 que Picauli mit en usage le moyen de transporter sur toile un tableau peint sur bois. C'est sur la Carité d'André del Sarto qu'il fit sa première épreuve. Le Saint^Michel de Raphaël lui servit pour la seconde. V. un curieux article d'Emeric David dans les Saisons du Parnasse 1808), t. 16, p. 236.

* Scène 111. *

Qa'on a trouTée ici de peiudre par derrière.*..

L'on n*a jamais rien va de mieux imaginé.

...... Le f ecret est presque inimitable.

liais l'inventeur le montre ; on ne Toit aujourd'hui Nulle dame à la cour qui n'ait appris de lui, Et la plus maladroite encore, en ce rencontre, Peint d*abord aussi bien que celui qui le montre.

Ab ! c'est une merveille !

Les grands peintres en ont diablement sur Toreille.

Gomme si ce n'était pas assez de cette invention, si fatalement destructrice des belles gravures, on se mit à peu près vers le même temps à faire ce qu'on appelait des découpures, c'est-à-dire à composer des espèces d'images de pièces et de morceaux pris de ci, de là, cette partie détachée d'une gravure, celle-là d'ime autre. Si nous ne nous trompons, on a fait encore, de nos jours, de ce vandalisme amusant, mais au moins n'est-ce aujourd'hui qu'un jeu d'enfant ; alors c'était un art de gens sérieux. M"« Aïssé en parle dans ses lettres, mais se garde presque d'en rire ^ Dufresny, le poète, se fit en quelque sorte autant de réputation à bien découper une image qu'à bien distribuer les scènes d'une

» Voy. Édit. Dentu, p. 132.

— 346 ^ comédie. Peu s'en fallut qu'il n'acquît par là une véritable renommée d'artiste *.

« n n'étoit pas moins surprenant du côté

' En outre de l'invention de Dufresny, dont nous allons parler, ce qui résulta de mieux tle la mode de découper, ce fut une autre mode plus intelligente^ celle des portraits h la silhouette, qui dut son nom, comme on sait, aux caricatures que l'on fit en ce genre contre le ministre M. de Silhouette. Yoy. VAVmanach de Chevrier pour 1762, p. 62, 103, 104.— Madame Block, d'Amsterdam, s'était auparavant déjà distinguée dans ce genre (Dict. des Artiste.^ 1. 1, p. 20^ 304); mais, à l'époque dont nous parlons, ce fut Huber surtout qui s'y fit remarquer. {Mémoires d'O' herckick, t. II, p. 188.) Le professeur Becker a pensé que les anciens, pour multiplier sur les livres l'image des hommes illustres, se servaient de silhouettes ainsi découpées. (Rev. Britann.y nov. 1845, p. 108.) Il s'autorise d'un passage de Pline sur Varron (lib. XXXV, cap. vu), qui a mis longtemps les savantt! à la torture^ et que tous ont voulu comprendre à leur manière. M. Quatremère de Quincy a cru voir qu'il y était question « de dessins coloriés, au moyen de l'impression sur toile, avec plusieurs planches. > {Mélanges archéologiques, p. 1-48.) Pauwa voulu y reconnaître l'origine de la gravure sur cuivre. Enfin, M. Letronne arrivant le dernier, a prouvé sans réplique qu'il s'agissait non de silhouettes, non d'impression sur toile, encore moins de gravures sur cuivre, mais simplement de portraits dessinés ou peints que Ton mettait soit en tête d'un livre, soit dans le corps d'un ouvrage biographique. Yoy. son

du dessin, écrit un de*ses biographes*. Il n'avoit, il est vrai, aucune pratique du crayon , du pinceau, ni de la plume; mais il s'étoit fait à lui-même un équivalent de tout cela, en prenant dans différeâtes estampes des parties d'hommes, d'animaux, de plantes ou d'arbres qu'il découpoit et dont il formoit un sujet dessiné seulement dans son imagination, n les colloit, les unes auprès des autres, selon que le sujet le demandoit ; il lui arrivoit même de changer l'expression des têtes qui ne convenoient pas à son idée, en supprimant les yeux, le nez, la bouche et les autres parties du visage, et en y ajoutant d'autres qui étoient propres à exprimer la passion qu'il vouloit peindre, tant il étoit sûr du jeu de ces parties pour l'effet qu'il en attendoit. Ce qu'il y a d'étonnant, c'est que cet assemblage de pièces, rapportées en apparence au hasard et sans esquisse, formoit un tout agréable dont l'incorrection de dessin n'étoit sensible qu'à des yeux connaisseurs. » Heureusement pour Dufresny qu'à force

remarquable article, de VInvention de Varrorif dans la Revue des DeitX'Mondes, l«'juin 1837, p. 657-668. 1 Biblioth. des Théâtres^ Dictionnaire dramatique, 1784, in-12, t. III, p. 167.

de découper et de coller des estampes, il finit par trouver sous cette distraction futile quelque chose qui lui fit honneur. Il aimait surtout à découper des paysages, et, par l'assemblage d'un arbre pris ici, d'une maison prise par là, il faisait parfois d'assez gracieux tableaux. Pourquoi ne serait-il pas arrivé de même à bien découper, à bien distribuer un terrain, et à faire surgir sur sa surface habilement dessinée un paysage aussi charmant que ceux qui naissaient sous ses doigts à l'aide de ces gravures mutilées ? Le plan d'un jardin est plus facile à tracer sur le terrain que sur le papier. Voilà ce que pensa le riche abbé Pajot , ami de Dufresny et Tun de ceux que ses découpures émerveillaient le plus. Il possédait aux environs de Vincennes ime fort belle maison, dont les jardins n'étaient pas à son gré. Au lieu d'y envoyer Le Nôtre, c'est Dufresny qu'il y mit à l'œuvre; et notre découpeur tout aussitôt de tailler, de rogner à sa guise, comme s'il s'agissait d'un paysage en gravure *. Ce n'était pas

' Le goût du jardinage devait être d'ailleurs pour lui un goût de famille : n'était-il pas le petit-fils de cette charmante jardinière d'Anet, « qui avait eu Thonneur de plaire à Henri IV? » Bibliothèque det théâtre». Dictionnaire dramatique, t. IN, p. 167.

"un jardin peigné, compassé, des parterres à la Le Nôtre qui pouvaient sortir de ce grand remuement : le jardin de Tabbé Pajot fut, en effet, ce qu'on avait vu jusque-là de plus irrégulier, de plus imprévu, mais aussi de plus pittoresque. C'était le véritable jardin anglais en plein xvii« siècle.

Le genre plut^ux artistes, et Dufresny eut tout aussitôt à tracer dans le même style les jardins de Mignaux, près de Poissy, et dans le faubourg Saint-Antoine, ceux du Moulin et du Chemin-Creux ; mais point de vogue certaine alors, quand Télan ne partait pas de Versailles. Or, Louis XIV ne dit pas le mot magique qui devait donner la vie à Tinuovation si hardie du poë te -jardinier. Pouvait-il faire une infidélité pareille à son cher Le Nôtre et à ce genre solennellement monotone qui est, en jardinage, l'expression si complète du grand règne ? Qu arriva-t-il ? « On laissa là le novateur et ses projets fantastiques, dit M. Vitet, dont Texcellent travail sur la Théorie des Jardins ^ nous a guidés dans

' Étude sur les heatur-arts, t. I, p. 327. — D'après lo Dictionnaire dramatiquey p. 169, Louis XIV demanda des dessins à Dufresnj, s'en montra satisfait, mais ne les accepta pas, k cause « de l'excessive dépense

ce récit. Le jardin de Tabbé Pajot devint presque ridicule, et personne, à moins d'être séditieux ou fou, n'eut plus envie d'en commander un semblable. Dufresny lui-même, moins amoureux de ses idées que de son repos et de ses plaisirs, se garda bien d'entrer en lutte, et se tint pour battu. Son imaginadans laquelle Texécution l'auroit engagé. » Il était d'ordinaire beaucoup moins regardant : ainsi rien ne lui coûta pour faire planter le parc de Versailles avec les plus gros arbres qu'on pût trouver. On faisait usage pour cela d'une machine assez semblable à celle dont M. Munto et M. Stewart Mac-Glaschen se sont servis depuis; l'un, dès 1824 {Quaterley Jowrnal of agriculture, mars 1833) ; l'autre dans ces dernières années {Illustration, 30 déc. 1854, p. 447). Celui-ci l'avait beaucoup perfectionnée, et l'on a pu voir les heureux résultats de ce système dans les plantations faites à Saint-Cloud il y a quatre ans, et tout récemment dans celles de la place de la Bourse. Le modèle d'une machine de ce genre, due au fameux mécanicien du xviii* siècle', le P. Sébastien , existait dans le cabinet de M. Bonnier de laMosson. Voj. le Catalogue, 1754, in-12, p. 100. — On avait, dès le xvi« siècle, des machines très-ingénieuses pour les travaux de terrassement. Ainsi il en est une dont on a renouvelé l'usage pour le déblayement du chemin de fer d'Orléans, en 1841, qui se trouve décrite dans le Theatrum instrumentorum et machinarunif de Jacques Besson, publié à Lyon en 1578. Le Magasin piUoreS' que, mai 1847, p. 172, en a reproduit la figure.

tion mobile lui inspirait déjà des goûts nou« veaux. Il renonça aux jardins et à la vie de cour, et s'envint à Paris faire des comédies. »

« Mais, ajoute le même écrivain, son système, banni de France, se réfugia ôur un sol moins ingrat. L'Angleterre, à cette époque, n'avait pas, comme le continent, l'horreur et l'inexpérience des révolutions ; elle accueillit les idées de notre insouciant réformateur, et les trouva même si fort à son goût, qu'elle finit par s'en attribuer l'invention *. »

Depuis, après s'être perfectionné par les soins de Bridgeraan et d'Eyre, qui commencèrent au delà du détroit la réaction pittoresque, de Brow et surtout de Kent par qui elle ftit complétée, le système de Dufresny nous est revenu •. Il a détrôné celui de

1 Ce qu'il 7 a de plus singulier, c'est que les jardins plats et sans ombrage, c'est-à-dire tout difTérents de ceux de Dufresny, dont l'Angleterre allait accepter et baptiser le genre, s'appelaient alors jardins anglais» Le parc de Saint-Germain était ainsi planté. Voici ce qu'en dit Loret, dans sa Muze histo' rique, sous la date du 4 mai 1663 :

C'est un jardin fait à Tangloise, Qui n'est ni sombre, ni couvert, Ëmoillé d'un beau tapis vert.

2 II faisait fureur en 1775. {Correspondance secrète, t. I, p. 274.)

Le Nôtre. Il s'étale en souverain dans nos châteaux, dans nos villas ; mais, bien qu'il soit réellement Tœuvre de Dufresny, bien qu'il soit véritablement français, les jardins qui, grâce à lui, ont une si charmante variété d'aspects, s'appellent, même en France, jardins anglais K

' Les Anglais alors ne nous furent pas redevables que de ce seul progrès dans l'art du jardinage; l'on peut lire, dans un savant article du Gardner's Maga* zine (naai 1835), l'aveu de tous les emprunts que leurs horticulteurs du xvii« siècle, notamment Evelyn, firent à la science de notre LaQuintinie. Ils ne nous durent cependant pas alors l'invention des serres chaudes, qui dès le xvie siècle, au moins, étaient connues chez eux. Les anciens s'en étaient euxmêmes servi, comme le donne à penser un passage de Pausanias, {Laconie^ cap. xxii), et un autre deTrebellius Pollio, dans VHist. Augusta, édit. in-4, p. 475. On faisait encore mieux à Home, sous Tibère ; on avait inventé « des plates-bandes portatives de melons.» Voy. Pline, lib. XIX, cap. v; Columelle, lib.XI, cap. III, Lin, et la Description des Jardins d'Alcinoiis, par BaBttiger, trad. de J. Bast, Paris, 1801, in-8, p. 5, note. — On parlait dernièrementde la découverte faite par un horticulteur de la Nièvre, sur la manière de hâtonner les arbres fruitiers, pour les rendre plus fertiles; vieille chose encore. V. à ce sujet Anth. Mizauld, Epitome de la Maison rustique^ Villefranche, 1605, in-8, liv. III, p. 1^3, et notre Chronique de la Patrie (II mars 1858).

Cette digression, qui nous a permis de faire encore une fois justice des plagiats de l'Angleterre, et à laquelle nous avaient naturellement amenés Dufresny et ses découpures, nous a toutefois quelque peu éloigné de nos excursions commencées sur le domaine de Tart aux siècles passés, à propos des emprunts que notre époque leur a faits ; il nous sera facile d'y revenir. Pendant que la gravure était menacée par les futilités vandales dont nous avons parlé, et qu'on prenait sans doute pour des progrès de l'art, Jacques- Christophe Le Blon lui ouvrait une carrière nouvelle : il créait ou plutôt perfectionnait la gravure en couleur^ à V imitation de la peinture, et la portait tout d'abord à un degré de perfection qu'on ne peut surpasser, et que toutes

les inventions brevetées surgies depuis vingt ans dans le même but n ont pas encore pu atteindre *.

Nous avons vu au Cabinet des estampes, à la Bibliothèque impériale, un portrait de Louis XV gravé en couleur par Le Blon d'après ce système, et nous déclarons que, pour la vivacité des teintes, pour leur relief, pour leur éclat et leur velouté, il est impossible de pousser plus loin l'imitation de la peinture •. Vingt fois on regardera ce portrait, et vingt fois, si Ton n'est prévenu qu'on le .doit au procédé de Le Blon, on croira avoir devant les yeux un admirable pastel. C'est en 1730 pourtant que s'accomplissaient ces mer-

* Voy. ce qu'en dit M. Vallet de Viriville, dans son intéressante brochure : Iconographie historique de la France^ 1853, in -8, p. 14.

s « Admirable échantillon de l'œuvre du maître, dit M. Vallet de Viriville (t&td.), et le seul que possède jusqu'à ce jour le cabinet d'estampes de la Bibliothèque impériale. » L'œuvre de Le Blon ne se compose guère que d'une trentaine de pièces toutes rares, surtout en France. M. L.de Laborde en a donné le catalogue dans son Histoire de la gravure à la manière noire. — De son temps même il avait été apprécié comme il le méritait. V.- le Journal de Mathieu Marais (an avril 1771) dans la Revue rétrospective, 2« série, t. VII.

veilles, c'est-à-dire à plus d'un siècle de Tépoque qui se targue d'avoir imprimé à tous les arts les plus rapides et les plus silrs progrès. Le Blon, qui vécut et qui mourut pauvre, après être venu de Francfort à Londres, où il végéta, et de Londres à Paris, où il ne prospéra guère mieux, devait recueillir à peine une réputation viagère et sans profit pour cette invention qui, même incomplètement retrouvée, fait accorder des brevets et dispense la richesse à tant d'heureux industriels*! Pourquoi s'en étonner, puisque,

* Il parait pourtant, d'après M. de Viriville, qu'il gagna à Londres une sorte de fortune; mais n'ayant pas su l'administrer, il la perdit. Il avait, en dernier lieu, appliqué son procédé à la fabrication des papiers de tenture. Ils devaient être admirables, et laisser bien loin ceux que Jean Papillon avait commencé à mettre en vogue en 1688; et même les papiers pailletés (mefaHic dust) que Jean Hautch fabriquait à Nuremberg, et dont ses descendants ont encore le monopole (Beckmann. Hist. des Inventiops, trad. angl., t. Il, p. 160-161). — Réveillon fît aussi d'admirables papiers peints ; M*"* de Gcnlis en vit dans sa fabrique pour lesquels il avait fallu quatre-vingts planches. «Aussi coûtoient-ils aussi cher qu'une tenture des Gobelins. » {Disc, moraux et polit., p. 213, note.) — Le Blon eut des élèves en Angleterre et en France. Gautier-Dagoty, qui s'était établi à Versailles, et son fils, qui logeait à Paris, quai de l'École, furent les

avant lui, ceux dont il Tavait reprise pour la perfectionner n'en avaient pas pu tirer des ressources plus positives ; puisque le Flamand Hercule Zeghers, qui, en 1660, avait déjà iniajriné cette méthode d'impressions successives de diverses couleurs sur les dessins, n'en avait acquis ni plus d'honneur ni plus de fortune 1?

plus célèbres. £n 1768, ils mirent en vente un nouveau portrait du roi en couleur. {L'Avant-Coureur, 1768, no 39, p. 609.)

1 M. Vallet de Viriville (p. 12-13) place aussi parmi les découvertes qui « ouvrirent à l'impression en couleur une carrière nouvelle, » l'invention de la manière noire. Il l'attribue au Hessois Siegen ; mais il est juste de dire que l'Anglais Christophe Wren semble y avoir des droits presque aussi certains. C'est lui, d'après la, Micographiafde Hooke, qui aurait initié à cet art nouveau le prince Rupert, dont plusieurs essais en ce genre existent encore, notamment une «Exécution de saint Jean>Baptiste,» où l'on voit écrit sur l'épée : R. P. F. Rujpertus princeps fecii, et au-dessus une couronne électorale. Voy. à ce sujet Hislory of Ihc art of engraving in mezzo-tinto, etc., London, 1786, in-8. — La gravure sur«cier n'est pas d'invention anglaise, comme on le croit généralement. Elle est due à un Français, nommé Simon, graveur surpierres fines; {Décades philo soph.^ an VII, t. IV, p. 52.) MM. Perkins et Heath ne firent que la perfectionner.

Ainsi, toujours rindifférence pour Finventeur et un regard à peine pour sa découverte, qui passe sans qu'on la voie ; mais en revanche, honneur, brevet, argent pour ceUii qui, revenant sur sa trace pour glaner Tidée, la reprend et l'exploite à temps. Cette vérité tant de fois formulée ici ne sera jamais mieux prouvée que par ce que nous avons à dire sur un autre procédé du même genre, inventé au xv« siècle et breveté seulement de nos jours. Il s'agit du système d'impression en couleur employé par SchœlTer, le premier imprimeur, pour les grandes initiales ornées de son Psautier. Deux teintes y interviennent : tantôt la lettre est imprimée en bleu et Tor-

nement en rouge, tantôt, au contraire, la lettre est en rouge et roruement en bleu. Les habiles s'étaient toujours étonnés de la régularité singulière avec laquelle était faite la rentrée des deux nuances, eu égard, surtout, aux obstacles que doit rencontrer en celaFimpression sur le parchemin humide. M. A. Firmin Didot s'en émerveilla plus que personne en examinant à Londres, au British Muséum^ un exemplaire du Psautier dont les initiales lui semblaient non moins parfaites d'exécution que celles qu'il avait admirées dans l'exemplaire conservé à Paris. C'est alors que par une révélation curieuse de M. de la Rue, avec lequel il faisait cet examen, il apprit qu'une étude approfondie de ces initisiles avait amené M. Congrève à retrouver la méthode employée pour leur exécution et à obtenir un brevet qui fit sa fortune.

Voici comment M. Didot raconte le fait daos son très-savant article Typographie de YEncyclopédie moderne * :

« Le célèbre imprimeur de Londres, M. Bensley montrait un jour à M* Congrève comme

1 Tome XXVI, p. 609. Voy. Aug. Bernard. De VOrigine et des débuts de Vlmprimerie en Europe, 1853, 'm-S, t. I, p. Î5tî.

un phénomène typographique la grande lettre B qui est la première du Psautier, et dont les ornements en bleu et en rouge rentrent si parfaitement les uns dans les autres. L'examen attentif qu'en fit M. Gongrève lui fit déf couvrir qu'une telle régularité ne pouvait être obtenue par des impressions successives, et que le tout avait dû être imprimé d'un seul coup de presse, au moyen de deux parties gravées séparément et s'adaptant Tune dans Tautre, après avoir été couvertes séparément Tune d'encre bleue, l'autre d'encre rouge.

« Ainsi, ajoute M. Didot, ce procédé inventé depuis près de quatre siècles par SchœfPer, ne fut deviné que de nos jours et devint Tobjet d'un brevet d'invention dont l'importance fut jugée telle par le gouvernement anglais, qu'il confia à M. Gongrève des impressions en nombre considérable et qui exigeaient une garantie contre la contrefaçon, qu'on crut pouvoir éviter par la perfection de ce procédé *. »

^ Dès l'origine de rimprimerie, on avait compris que la composition typographique n'était pas un travail trop rude pour des mains de femmes, et Ton avait vu le frère Dominique de Pistoia employer à ce délicat labeur les sœurs du couvent de Ripoli.

Quant aux figures des lettres dont on parait ainsi les premiers livres, je n'ai pas besoin de vous dire quelle variété de formes, quelle splendeur d'ornementation on savait leur donner; joignez-y les précieuses gravures qu'on savait y intercaler, et vous pourrez, dire que de pareils volumes étaient vraiment illustrés. Ce dernier mot n'est pas ici, comme on pourrait le croire, un anachronisme de langage : on l'employait déjà, au xvi« siècle, avec le sens que nous venons de lui donner. Dans le privilège général accordé par Henri II à Vascosan, sous la date du 11 février 1 553, cet imprimeur est loué du soin qu'il prend d'éditer les livres , et aussi de « les illustrer de portraits et figures quand le besoin requiert *. »

« On voit, dit M. Aug. Bernard, que l'emploi des femmes à la composition n'est pas nouveau. * {De V Origine et des débuts de VImprimerief t. II, p. 251.)— M. Didot remarque, dans son article Typographie, p. 84], que la déclaration du 10 mai 1728, au sujet de l'imprimerie, défend justetnent l'usage des rouleaux dont on se sert partout aujourd'hui. Ils ne faisaient pas assez de bruit, et Ton, voulait bannir alors tout ce qui pouvait servir à des impressions clandestines.

* Chevillier. VOrigine de VlmprimeriCt p. 148.

L'amour des belles invstralions dans les livres est une fureur que nos aïeux connurent avant nous. De tout temps, certains mauvais livres furent sauvés par de belles images ; il jy eut même, par une interversion que nos éditeurs ont rendue fort ordinaire, des livres faits pour les gravures, au lieu d'en être euxmêmes le prétexte. Le roman à!Acajoit et ZirphUe^ par Duclos, n'a pas une mitre origine : c'est sur les gravures faites pour un autre ouvrage dont le style licencieux rendait la publication impossible, qu'il fut composé par le futur secrétaire perpétuel de TAcadémie française*. La première édition des Fables de LaMothe ne dut sa vogue qu'à ses jolies vignettes. Dans la pièce de Fuselier, Momns fabuliste*, qui est la spirituelle satire de ce recueil, Apollon dit à Momus : « Je vous annonce que, si jamais vous faites imprimer vos fables, vous serez bien houspillé ; » et Momus lui répond, parlant pour La Mothe et tant d'autres : « Je prendrai du secours, je me couvrirai d'armes défensives, je me plas-

* C'est M, le comte de Tessin qui possédait ces estampes^ et qui, sans doute, était l'auteur du texte qui les avait inspirées. {Anecdotes dramat.t t. II, p. 37 )

* Scène xvii.

tonnerai de belles images. » Dorât avait, plus que tout autre auteur, Tart de donner à ses ouvrages cette brillante armure. Il courut à ce sujet un mot de Sophie Arnould,bien souvent rajeuni depuis, et qu'un rimeur délaya dans ce huitain :

De ses fables lorsque Dorât Nous présenta rhommage, Malgré la beauté du format, ilH^ort il fit naufrage.

Ses lauriers mêmes l'ont priré Du secours de leurs branches, Et le pauvret ne s*est sauvé Qu'à la faveur Aeaplanchet»

Il faut dire pourtant que ce ne sont pas des planches de salut à perpétuité. On surnage de son temps, mais Tavenir vous submerge. La gloire est pour les livres qui peuvent vivre par eux-mêmes ; les statues, pour les auteurs qui, en toute sincérité et simplicité, écrivent pour faire arriver quelques vérités dans Tesprit du public, et ne cherchent à être célèbres ni par violence, ni par charlatanisme *.

^ II est heureux qu'ils aient pour eux rimmortalité qui permet d'attemire, car la gloire est lente à venir, si Ton ne prend pas soi-même le soin de la faire arriver plus vite. Le 17 février 1773, on donnait déjà au Théâtre-Français une représentation dont le produit devait servir à l'érection d'une statue à Molière ; or, c'est en 1814 seulement que cette statue fut éle-

Si les auteure d'autrefois avaient déjà la grande ressource des illustrations^ au moins, direz-vous, n'avaient-ils pas, comme aujourd'hui, pour leurs livres, celle si puissante du feuilleton qui les absorbe pour les faire vivre. C'est vrai, mais il ne tint à rien que cette création moderne fût encore une création du passé. Jean-Jacques n'avait quà vouloir, et c'était chose faite ; pour peu qu'il eût prêté l'oreille aux propositions d'un certain M. Bastide, fondateur du journal le Monde, qui le sollicitait dans ce but, la Nouvelle Héloïse eût été un roman-feuilleton. « Ilétoit, dit Rousseau*, delà connoissance de M.Duclos,et vinten son nom me presser de lui aider à remplir le Monde. Il avoit ouï parler de la Julie et vouloit que je la misse tout entière dans son journal •.

vée! (V. Mém, secrets, t. VI, p. 343.) Dante fut encore moins heureux. Les Florentins, Michel-Ange en tète, adressèrent une pétition à Léon X pour qu'un monument fût élevé au poëte de la Divine Comédie j il l'attend encore. (V. Vita Dantis Aligherii, a J, Maur. Philelpho scriptai Florent. 1628, in-S".)

* Confessions y ptfrtie II, liv, XI.

* Quel succès c'eût été I « On louoit la Nouvelle HéloisCf dit Tahbé Brizard, à tant par jour et par heure , quand cet ouvrage parut. On exigeoit douze sous par volume, en n'accordant que soixante mi-

« 11 vouloit que j'y misse VÉmile^ il auroil voulu que j'y misse le Contrai social^ s'il eût su que cet ouvrage existoit. Enfin, excédé de ses importunités, je pris, pour m'en délivrer, le parti de lui céder pour douze louis mon extrait de la Paix perpétuelle^. »

Nous pourrions vous en dire encore bien long sur ce qui touche aux journaux et aiu livres, et notamment pour ces derniers, sur les divers procédés d'impression, sur la stéréotypie par exemple, qui, vers 1701, était in-

nutes pour le lire. » C'était en 1759, et les cabinets littéraires manquaient encore, mais deux ans après, sans doute encouragé par cette vogue qui montrait l'utilité d'un établissement où l'on pût louer des livres, Quillau en fonda un, rue Christine. (Lottini Catal, alphabet, des libraires, p. 145.)

1 Le Sage, dans le Diabh boitetix (ch. 16), parle d'un ouvrage qui aurait porté le titre d'un de nos plus célèbres romans-feuilletons, le Juif-Errant, et il nous révèle les ruses peu délicates de l'auteur^ qui en avait vendu le manuscrit à trois libraires à la fois. Les libraires, il est vrai, ne le cédaient guère aux auteurs, pour des expédients à peu près du même genre : « Pensez-vous m'en faire a^ccroire? dit M. de Fredeville à un libraire du Palais. Sans réimprimer un livre une seconde fois, vous en pouvez faire six éditions consécutives ; il n'y a qu'à changer le premier feuillet. » {Carpenteriana^ 1741, in-S®, p. 93. V. aussi le Longuei^uana, p. 51.)

ventée à Leyde, et portée tout d'abord à un très-haut degré de perfection, pour retomber ensuite dans un oubli dont Heran et P. Didot Font fait sortir un siècle après * ; nous pourrions vous parler aussi en détail de toutes ces variétés de formats, grands oupetits, que nous avons remis à la mode, depuis le gigantesque in-folio jusqu'aux volumes minuscules que nous avons appelés diamants^ à l'imitation sans doute de cette Bible anglaise deField, en 1653, quon appelait thePearl Bible (la Bible perle) ; mais mieux vaut, je crois, revenir à ces objets d'art industriel sur lesquels la dernière partie de ce premier volume a roulé presque tout entière. Un mot donc de ces estampes caméléons qui étalent leur surface plissée et changeante aux vitrines de nos passages , et qui , regardées à droite, représentent une figure, tandis quà gauche elles en offrent une autre. Vieille invention encore I Béroalde de Verville la connaissait si bien que , dans son

* Mémorial encyclopédique^ 1834, p. 19. — Le baron West van Tiellandt a fait à ce sujet de nombreuses recherches. Il reçut notamment du libraire Leutchmans, de Leyde, une forme stéréotypée de la Bible in-4o, due au père du peintre Van der Mey, dont un prêtre nommé John MuUer, avait été le collaborateur pour ces sortes d'essais, tentés à la fin du xvii^ siècle.

fameux livre du Moyen de parvenir ', il crut pouvoir y faire allusion sans commentaires.

Il compare son ouvrage à ces sortes d'images et dit : « Lisez ce volume de son vrai biais. Il est fait comme ces peintures qui montrent d'un et puis d'autre. »

Un autre ornement des chambrettes bourgeoises, ces petits vaisseaux en verre âlé qu'on trouve sous le globe de tant de pendules et sur tant d'étagères, sont encore une vieille

Les libraires Ensched , de Harlem, lui fournirent aussi une forme stéréotypée d'une Bible hollandaise in-folio , qui date des premières années du zyni* siècle. Ged, joaillier à Edimbourg, fit des essais dn même genre, pour l'impression des bibles ei livres de prières. Les compositeurs, craignant que cette invention ne leur fit tort, multiplièrent à plaisir les fautes d'impression, et l'entreprise ne réussit pas. Oed pu toutefois publier un Saïliiste, in-18, en 1736, grâce à son fils James qui l'imprima tout entier en cachette des ouvriers près des quels il était en apprentissage. En 1742 il fit aussi paraître à Newcastle un livre mystique, la Vie de Dieu dans Vâme de Vhomme, mais ce fut tout. L'invention ne fut reprise qu'en 1780, par A. Tilloch de Glascow. (Y. son Philosophie, magaz., t. X.)

^ Chap. CXI. — Ces sortes de gravures semblent avoir été surtout fort à la mode à l'époque de Louis XIII et pendant la Fronde. Voy, nos Variétés histor, et litt,^ t. I, p. 327, note.

chose. Seulement c'est aujourd'hui une chinoiserie assez vulgaire, et au xvi* siècle c'était un ohjet de grand prix. Le banquier Fugger d'Augsbourg , voulant faire un présent au noble duc de Leignitz, ne crut pouvoir lui donner rien de mieux qu'un de ces petits ■ vaisseaux en verfondu, filé, coulé et tordu ^ . » On s'en tint là au xvi® siècle ; on ne tira aucun autre parti de la qualité si précieuse du ver fondu, la ductilité. Notre siècle, supérieur en cela, y a trouvé la base de tout un procédé de tissage, les étofTes de verre filé. Réaumur pourtant en avait entrevu le principe ; il écrivait en 1713 * : « Si Ton étoit parvenu à avoir des fils de verre aussi fins que sont les fils de soie des araignées, on aufoit des fils de verre dont on pourroit faire des tissus; de sorte que Ton peut dire que le verre est textile. » Mais cette « proposition hardie » ne trouva que des incrédules et même des détracteurs. Personne ne voulait admettre qu'il fût possible « d'avoir du taffetas de verre. » On alla même jusqu'à donner à entendre qu'en raisonnant ainsi, Réaumur n'avait pas la moindre idée de la nature du

1 Bel?. 6ri<an., fév. 1833, p. 273.

> Mémoirei de V Académie des Sciences, 1713, p. 218.

« verre, coips, disait-on, qui ue peut jamais être ductible ni malléable *. » Pour répondre à ces critiques, Réaumur n avait qu'à tenter un essai; c'est ce quil ne fit pas*.

1 Chomel , Aménités littéraires, t. I, p. 182-183. * Je reviendrai plus loin (t. II, p . 151-159} sur ce qui a rapport à l'industrie du verre. Je dirai seulement ici quelques mots sur l'un des instruments où il joue son rôle scientifique le plus important^ le télescope. Buffon est d'avis que les anciens en ont fait usage (Hist, nai, de miner., 6* Mém., art. 2). M. Morand s'autorisant d'un passage de l'Ojsus majus, de Roger Bacon (Londres, 1733, p. 357), pense que César s'en servit [Acad, des Se, nov. 1842); qui plus est, d'après une note de sir David Brewster à l'association britannique, une lentille de cristal trouvée dans les fouilles de Ninive aurait appartenu à un instrument d'optique {Athenœum français, 18 sept. 1852). S'il fallait en croire la Chronologie chinoise du P. GaubiL citée par M. de Paravey, l'empereur Chan aurait, 2283 ans avant J .-C, recouru à des instruments de ce genre pour observer les planètes {Écho du monde savanty 3 avril 1835). Le télescope à réflexion vint beaucoup plus tard. Ce n'est pas Newton, en 1666, mais le P. Mersenne, en 1639, qui en eut la première idée. On le voit par une lettre que Descartes lui écrivit cette année-là, et par un passage de sa Oatoptiqa* (7e proposit). Le micromètre est dû au Rouennais, Adrien Auzout, et non à un Anglais comme on le dit partout. Il l'inventa en 1667, mais l'Académie des Sciences n'en fit mention que six ans après.

Nous nous sommes un peu éloigné des journaux» dont nous parlions tout à Theure^ mais c'est pour y revenir. Nous avons dit un mpt de ce qui en fait la chalandise, surtout auprès du public féminin : le roman-feuilleton; venons maintenant à ce qui en fait Tennui, et parfois même le danger : la politique.

Un des systèmes qu'ils ont, suivant ce qu'était leur nuance, le plus attaqué ou le plus défendu, et dont la chute en France, eut pour double cause un excès de zèle et un excès de haine; le gouvernement représentatif enfin, pour l'appeler par son nom, n'est pas comme on le pense une conquête de notre époque.

M. de Chateaubriand a dit * qu'on peut

1 Génie du christianisme ^ Paris, Ledentu, 1830, in- 1-2, t. IV, p. 182.

« le mettre au nombre de ces trois ou quatre découvertes, qui ont créé un autre univers. » Je veux bien souscrire àTéloge, mais je conteste la nouveauté ; je consens à dire : c'estune grande chose, car en ce que j'écris maintenant il ne m'appartient guère déjuger; mais je me refuse à répéter: c'est une découverte nouvelle. Les pythagoriciens en avaient formulé le principe, ainsi qu'on le voit par un fragment du livré d'Hippotame sur la République ' ; Polybe reprit leurs idées pour en faire valoir Texcellence : « La plupart de ceux , dit-il, qui font profession de raisonner sur ces matières reconnaissent trois natures de gouvernement : la royauté , l'aristocratie et Tétat populaire... et il est évident qu'il faut estimer la plus excellente constitution celle qui se composerait de ces trois, formes *. »

Cicéron n'est pas moins explicite : « Ce qui remportera sur la royauté, dit-il, c'est un gouvernement qui se composera du mélange égal des trois meilleurs modes de constitution, réunis et tempérés l'un par l'autre '. »

i Cité, d'après Stobéc, par M. Villemain, la ilc^u< hliqtie de Cicéron, 1858, in-8°, p. 46.

« Jd., p. 48. 3 De Re Puhlica, lib. 1, cap. XLV.

Voilà qui est fort bien, mais îa chose est-elle possible? est- elle surtout capable de durer? C'est ce dont doutait Tacite, même avant que Tessai en eût été tenté. Après avoir rappelé les trois principales natures de gouvernement, il dit, dans ses Annales * : « Une forme de société issue et composée de leur mélange est plus facile à vanter qu à obtenir; ou, si elle se rencontre elle ne saurait être durable. » On opposera sans doute à ces sages paroles l'espèce de perpétuité acquise en Angleterre au système représentatif, « gouvernement naturel, » comme Hamilton l'appelait déjà *.

Mais on leur donnera raison, en songeant à ce qu'il eut d'éphémère en France. Tacite parlait pour Rome, où Tune et Tautre des trois formes avait tour à tour dominé. Après ces régnes successifs , leur accord dans un même système de gouvernement lui semblait impossible. N'en faut-il pas dire autant pour la France où se sont succédées, et toutes dans la plénitude, bien plus, dans l'excès de leur puissance, la féodalité, la monarchie, la démocratie?

Ayant fait séparément l'essai de leur force Tune contre l'autre, est-il possible qu'elles se

* Lib. IV, cap. xxxiii.

' Mém. du comte de Grammont, ch. vî.

réconcilient assez pour gouverner ensemble?

Ne doivent - elles pas plutôt , dès qu'elles sont en présence, chercher à se dévorer entre elles afin de rester maîtresses d'un pouvoir pour lequel chacune eut son tour, et sans partage? Le souvenir du triomphe passé ne rend-il pas impossible tout abaissement et toute obéissance ? Ce qui sauve en cela l'Angleterre, c'est que sa constitution étant née, pour ainsi dire, avec elle *, les diverses parties s'en trouvent naturellement fondues et en parfait équilibre; elles n'ont en germe rien de l'espèce d'antagonisme qu'un triomphe isolé, qu'un usage exclusif du pouvoir leur auraient fait contracter l'une contre l'autre. Onnait république oumonarchie. Après une habitude séculaire de l'une ou de l'autre forme de gouvernement, il me semble maUieureuseraent difficile qu'on en puisse changer. Le jury, ce coroUairp indispensable du gouvernement représentatif, n'est pas moins ancien que lui. Quand tous, en effet, peuvent être admis à l'exercice du pouvoir, celui de la justice doit leur être de même accessible. Vassise^

* V. i'art. de M. de Kératry, Du gouvernement représentatif et du jury chez les anciens et dans la vieille Armorique. {France littéraire, t. I", p. 107-109.)

telle qu'on la comprenait au moyen âge en France et surtout en Angleterre , a plus d'un rapport avec le jury ^ tel que nous Ten tendon s ^ . SU n*eùt tenu qu'à Etienne Marcel, nous eussions fait d'un seul coup toutes ces conquêtes, dès le milieu du xiv» siècle. Ce n'était pas seulement par ses armées que l'Angleterre nous envahissait alors, mais par ses usages et par ses lois. Marcel, voyant qu elle avait sur nous l'avantage, comme ne l'avaient que trop prouvé les défaites de Grécy et de Poitiers, espérait qu'il nous mettrait en état de la combattre à force égale, si, par des institutions semblables aux siennes, il donnait chez nous une certaine puissance à l'élément populaire. Lorsqu'il fut dans cette voie , il ne s'arrêta plus, et c'est ce qui le perdit. Il ne faut à un pays qu'une certaine dose de réformes à la fois, sinon il finit par n'en plus accepter aucune, et par prendre en haine celui qui veut les lui imposer. Marcel l'apprit à ses dépens. Il avait rêvé, il avait voulu mettre en pratique tout ce que nous avons vu s'accomplir de nos jours, tout ce qui semble enfin, comme

* Bihlioth, de VÈcole des chartes, P* série, t. I", p. 545.

Ta dit M. Augustin Thierry *, n'appartenir qu'aux révolutions les plus modernes : « Vanité sociale et Tuniformité administrative, les droits politiques étendus à l'égal des droits civils, le principe de l'autorité publique transférée de la couronne à la nation, les états généraux changés sous l'influence du troisième ordre, en représentation nationale, la volonté du peuple attestée comme souveraine devant le dépositaire du pouvoir royal • ; l'action de Paris sur les provinces, comme tête de l'opinion et centre du mouvement général ; la dictature démocratique et la terreiu* exercée au nom du bien commun, etc. » Voilà pour le fond et vous voyez que la similitude est singulière. Pour les détails, elle ne Test pas moins. Il change le drapeau de la nation, et que veut-il y substituer? Les trois couleurs de la Ville , celles-là mêmes que nous avons reprises en 1789 et en 1830 ^ Lorsqu'il s'agit de créer un impôt, il décrète du premier coup, par une loi qu'on se contente de projeter en

* Essai sur Vhistoire de la formation et du progrès du tiers État. [Revue des Dev^-M ondes, 15 mai 1846, p. 544.J

* Chroniques de Saint Denis, t. VI, p. 88, 89.

8 Nous le prouverons plus loin, t. II, p. 115-116, note.

1848, l'impôt proportionnel et progressif S Yincome-tax ! Il érige en mesure ordinaire cette grande ressource d'exception , ce grand expédient des peuples aux abois. La charte anglaise était son modèle, je Tai dit, et tout d'aJ)ord, comme vous voyez, il la dépassait.

Ce qui perdit Etienne Marcel, c'est qu'après avoir entraîné Paris dans cette voie périlleuse, il n'y fut pas suivi par les provinces. « Il échoua, dit M. A. Thierry, parce que Paris, mal secondé, resta seul pour soutenir une double lutte, contre toutes les forces de la royauté, jointes à celles de la noblesse, contre le découragement populaire*. » Ainsi, dès ce moment, l'antagonisme de Paris et des provinces existait. Depuis, il n'a fait que s'accroître, mais en pure perte. La concentration des forces vitales de la France sur un seul point, dans une seule ville , était une nécessité que Strabon avait entrevue déjà quand il avait étudié la configuration de la Gaule :

« La surface peu accidentée de son territoire si bien circonscrit avait surtout fait prédire

1 L'ordonnance de 1357 établit le mode de cet impôt, avec une proportion entre les divers revenus.

•Aug. Thierry, Revue des Deux-MondeSy 15 mai 1846, p. 546.

à Strabon, dit le docteur Lallemand^ que toutes ses parties seraient intimement unies, sous un gouvernement homogène, avec une administration uniforme et compacte. » C'était ainsi une sorte de prédestination et de fatalité; la lutte contre elle devait donc par conséquent ê tre impossible . Aussi quoiqu'on ait tenté pour résister àVaction de Paris, au temps d'Etienne Marcel; quoiqu'on ait dit encore sousHenrilU, alors qu'on agita d'une manière sérieuse, pour ne la reprendre qu'en 1849 et tout aussi infructueusement, la question de transporter le gouvernement hors de Paris et de le placer par exemple à Orléans * ; quoiqu'on ait répété sans cesse, et surtout au xvin« siècle, que Paris, attirant et absorbant tout, devenait la plus dangereuse des agglomérations ' , un vampire *, un foyer, un volcan : la centralisation s'est faite. La France n'a pu échapper à ce qui devait être sa force et son dacger.

• Ces aperçus si pleins de sens se trouvent dans son étrange petit volume, le Hachych, 1843^ in-12,

*Ce fut un projet sérieux en 1589. V. Conseils aux ParisienSf dans les preuves de la Satire Méni^pée, anc. édit., t. III, p. 227.

'^Mém.ded'Argémon, édit. Elzévir. t. Y, p. 171-172.

^^' ■*-» Duclos, Mélanges, p. 382.

Seulement, pour conclure par une vérité, si vraie qu'elle en est banale : il faut à chaque chose son jour et son heure ; Etienne Marcel allait trop vite. Gomme tous les réformateurs impatients, comme tous les improvisateurs de révolutions, il devait tomber. Lameillem'e preuve que la plupart des choses qu'il voulait imposer à la France étaient de cinq siècles trop hâtives, c'est quà Theure qu'il est, quelques-unes ne sont pas encore mûres:

ainsi l'impôt progressif. Les impôts sont cependant ce qui mûrit le plus vite. Les gouvernements, surtout les despotiques, ont en cela une habileté d'invention et une promptitude d'exécution sans pareilles. Voyez les Romains , ils ne nous ont presque rien laissé à découvrir en ce genres On n'aurait qu'à étudier leur système pour connaître, avec ses mille ressources de pression, l'art de faire suer le contribuable par tous les pores. Malheureusement, l'exemple est plus tentant que facile à imiter. Quoiqu'on se dise gouveme-

t Bernard- Julien, compte-rendu du livre de M. Bureau de la Malle, sur VÉconomie politique des Romains, dans le Journ. de VInst. htst.^ janv. 1841, p. 21. — V. aussi le beau travail de M. Guadet, Desimposit, puhliq» dans la Gaule {Rev, univ.y t. I, p. 20").

ment absolu, Ton trouve partout dansTexercice de son pouvoir des obstacles et des résistances que ne connurent pas ces maîtres du monde. La gent imposable et corvéable n est plus, comme en leur temps, la docilité même.

Elle voit clair surtout dans sa bourse et prétend voir aussi dans celle de TÉtat ; il faut lui raisonner lïmpôt avant qu'elle le subisse, et c'est pour cela que les inventions financières ont eu dans les temps modernes im élan moins prompt, une marche moins sûre que dans Tantiquité. Le principe du budget fut positivement entrevu pendant le moyen àge\ mais ce n'est que de nos jours qu'il est devenu une réalité. Colbert conçut de toutes pièces, avec ses milles rouages, le système financier qui nous régit aujourd'hui, mais à qui en avons nous dû seulement la mise en pratique?

A Napoléon '.

Pour les meilleures lois, il en est de même.

En trouvez-vous, par exemple, une plus excellente que celle qui a prescrit Tuoiformité des poids et mesures par toute la France? Or, pour qu'elle pût aboutir, il lui a fallu dix siècles de préparation, de tâtonnement. En 825 déjà

» Bibh de VÉc. des chartes , 2« série, t. V, p. 278. * Journal dei Débats, 7 nov. 1849.

on la demandait comme chose urgente * ; en 1322, le roi Charles IV rendait une ordonnance * dont le but était aussi de préparer cette précieuse unité que son prédécesseur Philippe-le-Long avait déjà rêvée'. En cela encore c'est la loi anglaise qui nous envahissait, car, depuis 1215, cette règle : « Il n'y aura qu'une même mesure, et les poids seront aussi les mêmes par tout le royaume, »

se trouvait formulée dans la grande charte britannique*. Mais ce qui était possible en Angleterre ne Tétait pas encore en France.

L'unité nationale, qui entraîne naturellement toutes les autres, était alors constituée chez elle; tandis qu'il fallait encore des siècles de lutte pour qu'elle le fût de même chez nous.

Aussi Louis XI fit-il vainement un nouvel effort pour rétablissement de cette unité partielle qui ne pouvait être qu'une conséquence de Tunité générale, dont il poursuivait la conquête sur les ruines du régime féodal*.

* Quatrième concile de PariSj canon 51.

* Isambert, Ane, lois franc., t. III, p. 288. 8 Continuât, de Nangisj p. 79.

* Charte du roi Jean, art. 43.

* Ce fut aussi un vœu des États de 1560. La même année , Spifame la demanda dans sa DicOBarchie , 196e arrest.

Quand Tinie nous a été acquise , l'autre s'est tout naturellement établie.

Si j'arrive aux lois de détail, dont l'application semblait devoir rencontrer moins d'obstacles, j'en trouve encore un certain nombre auxquelles il fallut plusieurs siècles pour que,' de l'idée première où elles étaient en germe , on les vît passer à une exécutibn positive ; pour que , de mesures provisoires ou exceptionnelles qu'elles étaient, elles devinssent des lois définitives. Chez les Celtes, il existait déjà une législation fort bien en règle contre les propagateurs de fausses nouvelles * ; elle finit par tomber avec le code barbare, et ce ne fut que pour se relever dans le nôtre deux mille ans après. La loi Grammont, cet égide tutélaire des animaux domestiques, était en vigueur dans Athènes. L'Aréopage prononça une condamnation à mort contre un enfant qui avait crevé les yeux à son moineau*. Nous n'avons pas, Dieu merci!

autant de sévérité. Ce n'est même pas sans peine et sans conseil que nous nous sommes décidés à faire de cette question des mauvais traitements envers les animaux

1 Peloutier, HisL des Celtes, 1740, in-8% p. 496. « Œuvres de Saint-Réal, in-S*, t. II, p. 334.

a une affaire de philosophie et de morale ^ » Par contre, la taxe sur les chiens qui fait un peu contre-poids avec ce que la loi Grammont peut avoir de charitable pour les bêtes, a été mise à exécution presqu'en même temps. C'est encore un emprunt. Quand elle fut appliquée chez nous, elle Tétait depuis longues années dans quelques autres États : en Angleterre*, en Bavière*, etc.

Avons-nous eu pour nos semblables la même commisération que pour nos pauvres domestiques du règne animal? C'est ce que nous étudierons lorsque nous aurons à parler des établissements philanthropiques*. Un mot seulement ici de ce que nous avons fait pour les condamnés. On les déporte aujourd'hui, au lieu de les entasser en des bagnes. C'est déjà ce qui avait lieu sous François P'. Roberval ne fut-il pas, en effet, autorisé, par un édit royal, à prendre dans les prisons les condamnés à mort et à les conduire au Canada pour en achever la conquête et le colo-

i Salgues, De Paris, etc., 1813, in-S", p. 201.

' Improvis. franc., t. XIX, p. 480.

3 Mémorial de V Europe, 1787, 1. 1, p. 214. Il parut en 1789, à Paris, un volume in-16 intitulé la. CarUnomanie où cette mesure était conseillée.

* F. t. II , p. 61-65.

niser'? Ne fit-on pas aussi, du temps de Louis XIV, de nombreuses rafles de voleurs, de mendiants , de filles de joie , pour les envoyer peupler T Amérique, et y faire, si c'était possible, souche d'honnêtes gens*? Le système des prisons cellulaires est vieux d'un siècle et demi : on ne le doit ni aux Anglais*, ni aux Américains» mais à Tltalie. C'est Clément XI qui en mit Tidée au jour * : « C'est un pape, dit M. Remacle*, qui a le premier écrit de sa main le règlement d'une maison de correction, mot qui renferme à lui seul toute la pensée d'un régime pénitentiaire.

Enfin, c'est dans l'emprisonnement adopté et apidiqué par les monastères qu'a d'abord subsisté dans toutes ses conditions le solitary confinment de Cherry-HiU, à Philadelphie. » On ne mettra pas en doute la philanthropie d'une idée qui vient d'une telle source.

* Mémor, êncyclop., 1833, p. 549.

* Lemontejr, La monarchit de Louis XIVj p. 111.

' Il est pourtant juste de dire qu'il fut popularisé chez nous parCh. Dickens, qu'on pilla souvent sans le nommer» notamment dans un feuilleton du Commerce^ 21 nov. 1843.

^ Rapport de M. Cerfbeer, inspecteur général des prisons» au ministre de l'intérieur, 1842.

* Sur les prisons de VAUemagne, cité dans le Joum. de VlnstiM hisL, 2« série, t. V, p. 62, note.

Vous vous souvenez qu'il y a dix ans le mot liberté s'étalait partout en grosses lettres, môme sur la façade des prisons. Duclos, pendant son séjour à Gênes, y avait constaté une distraction, une ironie du même genre :

« Parmi les curiosités de Gênes, dit-il *, j'en remarque une assez plaisaôte : c'est le mot de /i56rto5 fastueusement écrit sur les édifices publics, et même sur la prison, et que le peuple lit avec complaisance. C'est àpeuprès tout ce qu'il connoit de la liberté. » En connaissions-nous davantage quand nous faisions partout un étalage semblable? Mais au moyen âge, toutefois, on en connaissait bien moins encore lorsque de pauvres tailleurs d'images, donnant un corps à la divinité de leurs rêves, posaient sur le portail de la cathédrale de Chartres une robuste statue de femme , avec cette inscription tout aussi dérisoire en cet endroit qu'elle l'était sur les murs de la prison de Gênes : Libertas *.

Quand ces pauvres gens gravaient ce grand mot dans la pierre comme pour le rendre

* Voyage en Italie, 1791, in-8o, p. 20.

2 V. Monographie de la cathédr, de Cha/rtres, par M. Lassus, et Rapport de M. Didron, 17 nov. 1838, p. 13. F. aussi Mag,pittorr,, 1839, p. 248.

aussi étemel que le désir du peuple, il n'existait aucune espèce de liberté. C'était donc comme un mythe, une fable qu'ils mêlaient à leurs croyances. Depuis lors, nous en avons eu de bien des sortes, sans pourtant les connaître toutes.

La liberté commerciale est au premier rang.

Sons François !"• on la réclamait à grands cris pour un genre de conunerce qui semble l'exiger plus que tout autre, c'est celui de la boucherie* : on l'attendit jusqu'en 1857. Sous Louis XIII, en 1623, on la demandait encore tant pour ce genre de marchandise ' que pour tous les autres', et Ton n'obtint rien. Le ministère de Colbert , le règne de madame de Maintenon furent une ère triomphante pour le , système du privilège, au dedans, pour le sys-

* Journal d'un bourgeois de Paris sous François I", publié par M. L. Lalanne, pqur la Société de l'Histoire de France, 1854, in-8, p. 192. On y apprend qu'en 1523| des mesures avaient été prises pour rendre libre le commerce de la boucherie et celui de la boulangerie, mais comme la plupart des mesures de ee temps, elles n'aboutirent pas. Celles du même genre que Philippe-ie-6el avait prises , en 130d, n'avaient pas eu un meilleur succès.

« Var, histor, et litt., hiblioih, Elzévir., t. III, p. 314.

» P. Clément, Colbert, p. 326.

léme prohibitif, au dehors*. Sous Louis XV, cehii-ci enveloppait la France d'un réseau à mailles si serrées que Voltaire, malgré tous ses efforts ne pouvait envoyer de Genève à madame du Deffandun pot de confiture d'abricots*.

Il s'en plaignait fort, cet Athénien de Ferney; la France cependanj; ne faisait ainsi que suivre les errements de ses ancêtres de la ville de Minerve , au temps de Périclès.

« Rien, dit M. Théob. Fix , d'après Bœckh , en son Économie politique des Athéniens^ rien n'égalait les* rigueurs du système prohibitif, tel qu'il était exercé chez les Athéniens.

Leurs douaniers étaient d'une sévérité qu*on chercherait vainement chez les préposés des frontières de France et d'Angleterre ^ »

Les Grecs avaient des idées d'économie politique fort avancées. Lorsque les économistes modernes nous fomiulèrent cet axiome qu'ils croyaient de la dernière nouveauté : « La population d'une cité doit être en rapport avec les ressources qu'offre le

> Madame de Maintenon, Conseils aux demoiselles, p. 341.

«Le«re du 9 août 1771.

' France littéraire, avril 1835, p. 260.

pays; » ils répétaient ce quAristote avait écrit deux mille ans avant eux * . Riccardo, pour donner une définition précise de la valeur, la divise « en valeur en utilité et en valeur en usage. » C'est exactement encore ce qu'avait dit Aristote •. « D'autres travaux économiques, dit M. Théobald Fix, reviennent de même à l'antiquité, mais ils sont disséminés dans divers auteurs ; en les réunissant on retrouve des doctrines que Ton croit généralement de création nouvelle, et le xviiie siècle se trouve gratifié d'Honneurs qui ne lui appartiennent pas '. »

Citons encore un fait qui nous permettra de passer à d'autres. Adam Smith, dans ses savantes analyses des procédés industriels, a, comme on sait, démontré les effets de la division du travail ; Aristote avant lui, et Xénophon , avant Aristote , avaient donné une indication semblable *. Prendre aux anciens dont les idées pour arriver aux masses ont besoin d'une entremise, c'est user d'un droit d'emprunt légitime ; mais prendre aux mo-

1 Politique, liv. VT, ch. iv.

« Id., liv. I, ch. VII.

8 France Uttérairej avril 1835, p. 260.

* Id.j ihid.

demes, sans l'avouer; abuser de ce qu'on a une renommée plus grande et une voix plus forte pour couvrir celle de l'auteur détroussé et faire ainsi passer sous son propre nom , à l'aide de ce grand bruit , les idées qu'on a surprises; est-ce, de même, chose loyale et licite? Je ne le pense pas. C'est cependant ce qu'a fait Adam Smith. Un livre que Turgot avait publié en 1766, lorsqu'il n'était qu'intendant de la généralité de Limoges, les Réfleanons sur la formation et la distribution des richesses^ fournirent à l'économiste écossais la plupart des idées et presque jusqu'au titre de son ouvrage le plus célèbre : Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Smith, dans son voyage en France, avait pu longuement converser avec Turgot , mais cette fructueuse conversation ne lui avait pas suffi ; il avait attendu que le Hvre lui donnât toute la moelle de ce vigoureux esprit. Il pût la savourer , la digérer à loisir, car son ouvrage, à lui, ne parut qu'en 1775, neuf ans après celui de Turgot. Ce que l'intendant de Limoges n'avait pu lui fournir, un modeste économiste blaisois le lui procura.

Qu'on Use l'ouvrage de Boesnier de TOrme , Gouvernement politique^ etc., on y trouvera

toutes les idées qu'Adam Smith n'avait pas prises àTurgot*.

C'est là un cas de plagiat ou de vol tacite, comme disait Diderot, qui est tout aussi comipun en philosophie qu en économie politique. Les rêves se multiplient avec une telle abondance et une telle rapidité dans les cerveaux dont ces sortes de matières sont Tordilïaire mouture , qu'une idée de plus ne semble compter pour rien dans le tourbillon.

Est-elle à vous, est-elle à moi? Je ne sais.

Voilà ce que vous dira tout philosophe soit après une conversation , soit après une lecture où les idées auront jailli à flot poui* lui. Insistez-vous , il va vous répondre que si ridée ne lui appartient pas , elle s'est agrandie en se mêlant aux siennes , et qu'elle est ainsi vraiment sa propriété. Je jurerais, par exemple, qu'Azaïs n'eût pas autrement parlé, si Ton fût venu lui dire, livre en main, que son Système des compensations se trouve en vingt endroits des œuvres de Voltaire*, dans un ouvrage d'Antoine Lasalle, antérieur à

f Mém. delà Société acad. deBhiSj t. I, p. 76. a Voltaire, édit. Beuchot, t. XII, p. 45-51 , et t. XIV, p. 142.

tous les siens *, et, pour un des meilleurs détails, dans cette phrase si consolante d'une lettre de Diderot : « J'ai défié le baron de me trouver dans l'histoire un scélérat si parfaitement heureux qu'il ait été, dont la vie ne m'offrit les plus fortes présomptions d'un malheur proportionné à sa méchanceté; et un homme de bien, si parfaitement malheureux qu'il ait été, dont la vie ne m'offrît les plus fortes présomptions d'un bonheur proportionné à sa bonté*. »

Kant avait lu, j'en répondrais, quand il écrivit sa Théorie sur le sublime^ le petit traité de l'avocat français Silvain, fait en forme d'observations à Boileau sur la traduction de Longin ; mais, avec cette facilité de digestion que possèdent les philosophes pour les idées d'autrui, il se Tétait sans doute si comxjlétement assimilé , que lors de la publication de son livre, il n'avait plus même conscience de l'emprunt qu'il avait fait à l'autre. En pareil cas, comment constater la dette, à quoi faut-

* Rabbe, Biog. yortat. des contempor., art. Azdis et A. Lasalle. F/ouvrage de celui-ci qu'Azaïs aurait lu avec tant de fruit est le Système de la balance universelle.

' Lettre à macîcmoiselle VoUand, du 8 oct. 3760.

il s'en rapporter, qni laut-il croire? les dates. Or le Mvre deSilvain, écrit en 1708, fut publié en 1732 ^ et Kant alors n avait que huit ans. n est bon aussi de faire la part de ce qu'on peut appeler les courants d'idées. Avant de se fixer dans le livre où elle doit prendre sa forme définitive et s'éterniser, ime idée vagabonde toujours quelque peu, soit à travers les causeries savantes , soit dans les publications éphémères où elle se pose comme pour essayer sa force et mesurer son vol. Qui nous dit, par exemple, que l'idée d'une classification des productions de l'entendement humain n'était pas depuis longtemps dans l'air, ne demandant plus qu'une formule, lorsqu'en 1587, le Rhételois Christophe de Savigny, s'avisa de lui donner un corps dans son ouvrage : Y Encyclopédie ou la Suite et liaison des arts et des sciences? Bacon ne vint que plusieurs années après. Mais est-ce une raison de dire , comme Nodier *, qu'il a copié l'ob-

1 Silvain avait envoyé son manuscrit à Boileau qui le lui rendit sans une note. II ne le publia que vingt-quatre ans après. T''. à ce sujet un intéressant article de M. A. Michiels^^l/Zirtupum français, 30 octobre 185S» p. 284.

* Reruc de Paris, t. XX, p. 27,

scur Savigny? J'aime mieux croire qu'il recueillit, de son côté , Fidôe devenue si grave entre ses mains, et qui serait morte s'il n'eût fallu que s'en fier à l'autre. Une œuvre qui doit vivre demande du temps pour naître , c'est ce qui aura fait que le livre de Savigny, pressé de voir le jour comme toutes les œuvres que l'immortalité n'attend pas, aura pris l'avance sur celui de Bacon, Je n'en veux point au chêne robuste de ce que le frêle - acacia donne avant lui des feuilles et des fleurs.

Si vous venez, au contraire, me dire que d'Alembert connut le livre de Savigny et s'en inspira; je le croirai sans peine. Il suffisait qu'il portât le titre d'Encyclopédie pour qu'il prît la peine de le rechercher, et pour qu'il daignât le copier, ce qu'il fit, en effet, en lui donnant pour cela la préférence sur le livre de Bacon * où son plagiat eût été trop facile à dénoncer. Mieux vaut voler dans un bois perdu que sur un grand chemin.

Pour une foule d'autres systèmes trop en

* «c D'Alembert, dans son Discou/rs préliminaire de V Encyclopédie^ a dit Mussey-Pathay, se rapproche beaucoup plus de Savigny que de Bacon. » {HisL de J.'J, Rousseau, t. II, p. 11.)

dehors de nos mœurs, pour être d'invention nouvelle , ou trop éloignés du bon sens pour avoir pu naître en deux cerveaux humains à la fois , rimitation ne me parait pas moins flagrante. Il me semble évident, par exemple, que la Triade de M. P. Leroux procède directement de celle qui fait la base de la philosophie de Proclus* ; que Taxiome trop fameux de M. Proudhon est pris à un ouvrage de Biissot •; et que le Droit au Travail a été emprunté, moins la prudence d'application toutefois, à Flechter de Saltoun'. Les célèbres phalanges de Fourier viennent aussi de la même source, avec cette différence que dans le système de TÉcossais de 1650, elles sap- , pellent beaucoup plus simplement bandes de travailleurs''. Ce n'est pas la seule dette que Fourier ait contractée envers le passé. Le phalanstère se trouve un peu partout *. Vous en reconstruirez une partie avec ce que vous

* Journal des Débats, 29 avril 1851.

' V. L* Esprit dans Vhistoire, p. 231.

' Revue hritann., juillet 1848, p. 46«

* Id., p. 47.

5 Sur ses précurseurs, k partir de l'utopie de Th. Morus, V. un article de Joa. Chaudesaigues, Revue de Paris, 7 fév. 1841, p. 43.

fourniront les comédies d'Aristophane*, une autre avec ce que vous trouverez tout expliqué , tout dessiné dans le Miroir des arts et des sciences^ de G. Ghapuis*. L'homme phalanstérien et sa queue voyante existent aussi, décrits et figurés dès le xvi^ siècle. Lisez la l'empête , de Shakspeare ', vous trouverez sans peine la très-curifeuse mention ; feuilletez Y Ésope de Caxton, la vignette plus curieuse encore vous tombera facilement sous les yeux *.

Je ne chercherai point quelles sont les origines du communisme. Il n'en a point d'autres que les mauvais instincts du peuple. Plus je m'enfonce dans le passé, plus je le . retrouve avec ses haines sans frein, ses colères envieuses et ses appétits insatiables. Né

* Aristophane, VAssemhlée des femmes, F. dans se» Œuvres, édit. Charpentier, p. 489.

2 Paris, 1584, pet. in-8o.

' Acte m, se. II. « Ce brave monstre, dit Stéphane, a les yeux dans la tête . — Non, dit Trinculo, il les a placés sur la queue {set in his tail.) »

* Ce brave monstre se trouve aussi dans le vingtième chapitre original de Planudes, chapitre supprimé dans la plupart des éditions modernes. — Les idées de Fourier ont plus d'un rapport avec d'autres imaginations du moyen âge, notamment le millenisme ou la terre du prestre Jehan (Ch. Louandre, Revue de Paris, 10 mars 1844, p. 129).

dans le chaos des temps barbares *, il peut bien apparaître par intervalles sur le ciel ensanglanté de la civilisation; mais ce n'est qu'un météore : il épouvante, et passe sans pouvoir se fixer '.

Hâtons- nous d'en finir avec ces aberrations

* V. un passage du Querolus, comédie du ive siècle, cité daus notre histoire des Hâteîîenes et cabarets^ 1. 1, p. 156 ; et au sujet de ce que demandaient les Jacques, ces terribles parfaget^ du moyen âge, V. notre article. Une jacquerie en Sologne, dans le Constitutionnel du l*"" nov. 1851.

• Au XIII* siècle, Henri de Gand, le docteur solennel, proclamait déjà le fameux droit à l'insurrection. (E. Egger, Rev. franc,, octobre 1838, p. 164.) — Toutes les idées des socialistes, môme leur fameux axiome, se trouvent dans VAssemhle'e des femmes, d'Aristophane : «Ceux qui possèdent, dit Blephyrus, ne sont-ils pas eux-mêmes les plus grands voleurs?» {Œtw. d'Aristoph., édit. Charpent., p. 486.) Les banquets démagogiques avaient dans la politique des Athéniens l'influence qu'ils eurent dans la nôtre. (Aristote, Poîi^, liv. III, ch. vu.) Il fallut les défendre et créer un officier, le neocorus, qui devait veiller à ce qu'il n'y eût pas de réunion de plus de trente convives. La Convention avait aussi proscrit les banquets civiques, après un discours de Barrère, du 34 messidor, an II. {Décad. philosoph., t. II, p. 56.)— Les moyens de destruction les plus horribles employés par les régicides ne sont pas nouveaux, comme nous l'avons vu (p. 3J7). Le fulminate de mercure d'Orami ne Ta.\v^eUe-t-il pas Vargtnt fulmi"

de TespriL de système, avec ces erreurs d'un philosopliisme qui s'est donné pour guides les passions qu'il aurait dû guider. Mieux vaut jeter un coup d'œil sur les grandes choses dont la politique, tour à tour d'accord avec la philosophie, la littérature, Tindustrie et le commerce, a su prendre l'initiative dans le passé, et qui, si elles ne sont accomplies déjà, le seront certainement dans Favenir.

Tels sont, par exemple, les gigantesques travaux de statistique et de cadastre entrepris et achevés de notre temps, après avoir été projetés dans un autre bien antérieur *; les grands corps d'ouvrages historiques et litté-

nant, dont La Sahla voulait faire usage contre Napoléon? {Biog. portât, des conterwp., supp., p. 394.)

1 V. le travail déjà cité de M. Guadet, JRei?. umi?., 1837, t. I, p. 2*27. — Les Tahulx censudUs des Romains, dont M. Dureau de la Malle a retrouvé la forme et le texte, étaient tout à la fois des registres de recensement et des tables de cadastre. C'était le plus immense ensemble de statistique et d'économie politique. Sous Auguste, on Tétendit à tout l'Empire, et l'Empereur en fit lui-môme un résumé : Breviarium rationarium totius Jmperii. Ces tables servirent à Ulpien pour ses calculs de probabilité sur la vie humaine, avec lesquels les tables dressées à Florence^ au siècle dernier, se sont trouvées d'accord d'une manière si frappante. (Férussac, Bull, des se. hist,.

raires que les bénédictins commencèrent et menèrent si loin, lorsqu'ils ne les terminèrent pas complètement > ; et encore les idées de Louis XVI au sujet de la propriété littéraire «, idées généreuses que les lois nouvelles

t. V, p. 131.) — Sur un autre détail d'organisation administrative dans l'autiquité, V. Egger, Rev. franc. ^ janv. 1859, p. 425.

* Pour tout ce qui fut entrepris sous Louis XVI. comme recherche d'anciens textes, dépouillement d'archives, etc., il faut lire le Mémoire de Moreau, Progrès des travaux littéraires ordonnés par S. M., 1787, in-8». On peu^t aussi consulter avec fruit un savant article de M. Champollion-Figeac, sur le grand travail commencé en 1762, par les bénédictins de Saint-Maur dans les archives des provinces, publiques et privées , et qui fit affluer plus de 50,000 copies de pièces à la Bibliothèque du roi, où elles sont aujourd'hui classées: le même article démontre aussi les travaux importants que la Révolution fit interrompre. ( Bulletin Férussac, t. XII, p. 98-107.)

' V. dans les Portraits intimes du xviiie siècle, par MM. de Goncourt, (Paris, Dentu, 1857, in-18,1" série, p. S'A), la lettre de Louis XVI, au sujet d'une législation toute libérale à constituer pour cette propriété. Il n'avait paru de cette magnifique lettre qu'un trop court extrait, dans le Catalogue des autographes de M. G., 1846, in-8, p. 30-31.— La propriété industrielle avait, au xvi« siècle, été réglée en Allemagne, au moyen de privilèges qu'on donnait, non pas comme

nt encore à peu pn^a laissi^os ;ï Télat d'nto- Ipies de même que cerlain fampiix coiigvf's rtc f 'fe paix s'évertua vairiement à réaliser un des rêves d'Henri IV , cet autre pxcellent roi '.

Dans uu ordre d'entrepiises tout durèrent, il faut signaler, au xvii' siècle, ce tjuifiil tenté dans la boulangerie pour I etalilisseinent d'un

aji France, à de grande aeigne (T. pluabaa, l.II.p. ï!l-27â), e

lupluldt les protégea

dekSuftlfliff (traduel K. Lenoir, 155(i. in-fol., p.50\ «embUble privilpge pour un lluloiT mécani^tif de

Pjolie fortune, — Celle invenfion. qui fui alors un grai lF progrêfl, a été bien di^paEste depuis. Mais il i^st i

pd'hui Étant loin d'égaler lea leiirs. Je j.arle li olivps. Celui qu'on a déEoUTert preiqi Intact à PompeT peut mnuiire eo deux minutcx, d près les expériences qu'on a faite* en 18^6 duva le lol de Naples, ce qu'un niouHn moderne no mo drail qu'en une dcini-heuip. T. -l/ili>/(i(u

àoto, 1830, n'î, p.ar.

^s deSullv, nni-. rJit,, t. II. eli

commerce d'échange ' ; au xviii«, de sérieux essais de bauque de crédit * ; et enfin, à ces deux époques, les grandes loteries dont le but était la fondation de quelque édifice important ', ou la création de vastes combinaisons linancières *. Aujourd'hui, les mêmes entreprises marcheraient par actions. « Vous gagnerez tous, » vous crierait-on; et en somme, pour combien d'actionnaires serait le gain réel ? Avec ces loteries, au contraire, vous étiez prévenus : pour un gagnant, il y aura au moins cinquante-trois perdants. Voilà ce

1 G. Moreau, BihUog. des Mazarin.j t. I, 411-412.

* Mémoires secrets, à la date du 8 janv. 1770.

• V. Sauvai, liv. XIV et notre Paris démoli^ 2* édit., p. 30. Le Pont Royal et l'École Militaire furent bâtis avec Targent produit par des loteries de ce genre.

^ £n 17(53 parut le projet d'une loterie de six cent mille billets, à cent louis chaque, devant produire quatorze cent quarante millions, dont deux cent quarante pour composer les lots; le plus gros eût été de vingt millions. Avec les douze cents restant on eût payé les dettes de l'Etat. {Corresp, de Chrimmf 15 janv, J763.) — Le système des Monts-de-Piéte\ fort ancien en Italie, existai ta Salins en 1354 (Le National, juin 1831); sa mise en pratique était demandé chez nous en 1560 par Spifame, dans le 7® arrest de sa Diœarchie. Sots Louis XIII, Renaudot établit un Montde-Piété où il prêtait à 3 p. 0/0. (M. de Lescure, Gas. de France, 5fév. 1856.)

qu on vous disait; n'était>ce pas plus honnête? Quant à moi je préfère de beaucoup ces hasards d'autrefois aux certitudes d'aujourd'hui. J'ai l)eau cherclier dans le présent, je ne trouve presque rien dont le passé ne nous ait légué ridée : le percement de l'isthme de Suez est un projet des Pharaons, mis à exécution par les Perses, puis, après des bouleversements et des ruines, repris par les Grecs, les Romains, et les Arabes K Le percement de l'isthme de Panama est une des grandes choses

* F. un excellent article de M. Letronne, Revue des D eud'-M ondes , 15 juillet 1841. Les projets de MM. Emile Barrault et Talabot no tendaient guère qu'à reprendre , en l'agrandissanl , l'ancien canal (Dcsplaces, Le canal de Suez, p. 81). Au sujet des vestiges imposants qui en subsistent encore, V. id. p. 03-04-67. Le canal des anciens faisait seulement communiquer la mer Rouge avec le Nil, par lequel on descendait ensuite dans la Méditerranée. On n'avait pas songé à faire un canal de communication directe entre le deux mers, car on savait que le niveau du golfe Persique était plus élevé que celui de la Méditerranée. V. à ce sujet, l'opinion d'un géographe du xvii® siècle, reproduite dans le Journal de Vinstruction imhliqvc, 11 déc. 1838, p. 796. — Pour un curieux projet suggc'ré par un passage do Plutarquc {Vie d'Antoine}, et qui consisterait à faire voiturerà travers l'isthme les navires sur un chemin

que rêvaient les Portugais dos le xvi« siècle * ; rexpédition d'Égyple, dont Leibnitz proposa les plans à Louis XIV *, faillit être mise à exécution sous Louis XVI * ; peu s'eu fallut que rexpédition de Grèce n'illuslrdt le règne de Louis XIII * ; et enfin il n'est pas jusqu'à la conquête de nos possessions d'Afiique qui ne fût déjà au xvi« siècle dans les projets de la France. Gatheiine de Médicis* entama des négociations avec le sultan afin d'obtenir pour un de ses fils Tinvestiture du royaume d'Alger*!

Vous le voyez, tout concourt à prouver ce que j'ai dit. Notre siècle n'est pas l'époque des idées premières ; il est venu trop tard pour cela; c'est une ère d'éclosion et de matmité. Une gi^ande ardeur dans la recherche et dans

de fer, V. une brochure de M. Desavoye, Vaisseaux en chemin de fer surVisthme de Suez. Paris, Dentu, 1858. in-a».

> Ferd. Denis, LePortugal (Univers pittor.)^ p. 20.

* F., à ce sujet, le travail de M. Giihrauer dans les Mémoires de l'Académie des Sciences morales et politiques (Savants étrangers), t. I, p. 679; et A. Filon, Delà diplom. franc, sous Louis XIV, 1843, in-8, p. 32.

* Journal des Débats, 7 oct. 1853.

* fît6?. de l'Éc. des chartes, 1" st'r., t II, p. 532. » Meycr, Galerie du xvic siècle, i. ii, p. 69.

la mise en œuvre, voilà son génie. D'étonnants travaux en tousgenres, merveilles d'audace ou de patience , de force ou d adresse, de grandeur ou d'habileté : voilà sa gloire.

Il n'est rien que l'active sagacité de ses chercheurs ait dédaigné dans leurs observations. Après avoir tout enlevé à la science et à rindustrie humaine des époques précédentes, ne sont-ils pas allés curieusement étudier les procédés industriels des populations ilnperceptiljles; quelques-uns n'ont-ils pas dérobé avec succès aux races ouvrières qui vivent sous rherbe ou dans les eaux, le secret de leur mystérieux travail? L'araignée aquatique a donné le modèle des cloches à plongeur * ; du long tube respiratoire que possède la larve du sylphe et qui lui permet de rester en communication avec Tair pur et sain, alors même qu'elle travaille au fond des eaux putrides, est venue ridée d'un appareil du même genre à l'usage des gens qui travaillent au fond de Teau*; Tingénieur anglais, sir Samuel Vare, ne reconnaît qu'un inventeur des ponts suspendus, l'araignée; enfin. Sauvage

* Michelet, Vinsectej p. 182.

* Idem, ibid.j p. 14-2.

— -M'J — disait que l'effet du mouvemeiil de l'hélice ifavai t été dislinct pour lui qu'après qu'il ertl étudié les évolutions des poissons vouges ',

Col aride tout voir, de tout saisir sur le fait pour en faire sans retard une intelligente application, n'est-il pas merveilleux? N'est-

< ttcruc franc., 1" aoAl 1858, p. 36.— Depuis le \vi> siècle, on Gl de nombreux essais de ces maohiiies k plonger dootje ticdb de [mrler; doue trouvons d'Rbard l'IiBbillement de [ilongeur, daat celui qu'on emploie aujourd'hui n'osl qu'une iinïlation preique ideolique. On en voit le dessin dans lu r^ke, ia-fol. (Paris, 1532, p. 180). et dans le Thfatrum pontifleàle, de Leupold. p. 11, lab. 3, fi g. B. I! Bit aussi deisïné drins les manuBcrils de LËunard de Vinci avec colis indioation : • Inslrument dont on av sert dans lu mer doa Indoa pour lu pl^cliedes perles.* Venturi, qui en a reproduit la. ligure dans son Eiiai jur Us iiui'l'iijos phyinro-molhémat . , de Léonard de Vinci, p. 98, Ëg. IG. dit à ce sujet (p. 99) : < On a proposé et perleclionné de nos jours une pareille iuvention. >-En 1115, BacVpr fit aussi l'essai d'un appareil k plongeur (JourTi. di Vtidu^i. àéc. 17!6, ]i.3H8)i eten mJ, aumois de janvier, époque certes nssez mal choisie, on fit. près du Pont-Royal, l'essai d'une machine en tout semblable k celle qui esl SgurÉe dans les manuâcrila de Léonard de Vînci. On en peut voir la deacriplion dons les Mim. ttcrit», t. VII. p. 134-135.— Du temps de Jacques I", le Hollandais Corneille Urebbel, construisit b Londres un vaisseau sous-marin qui pouvait coiitetiïr douze ra-

pas inventer qu'observer avec cette prômpi'' (ituiie de coup d'œil, et que mettre en œuvre «vec celte dextérité d'assimilalion 'I

Si quelques esprits, dépassant le but que nous nous sommes proposé dans ce livre, tiraient une. concluaion exagérée des preuves qui s'y trouvent, et s'en faisaient fort pour

1, et dans leqael, s'il faut en croire ceui qoi

font déoril, cerlame liqueur, dégageant certain gaz,

.^ppléait i l'air reapirsbie. (Noël, Diolionnaire du

t. U, p. 431.) En 17S1, on parla beaucoupjfi

J' Anglais Coi et de son invention < pourmarcher au

lelamer.» Le Français Freminet réclama l'ifl-

in comme alenne, et solliclla le privilège « de

r les eCela naufragés et bàtimenta BUr les cûles

4e France. • [Mém. seereh, I. S5, p. 100-101.) Il ma

le élre le même qui a-rail fait ses eipérioncea

a Seine en 1774. —Je ne Teui paa, puisqu'il s'»-

rgit des choses de la marine, oublier de parler dea

ui. Ceui qui se font par le moyen des pavillouï

nt pour avoir été imaginés par Is duc d'York

(j^acquet 11); ilssuni bien plus anciens, puisqu'il en

parlé dans lu règlemcnl de Moncenigo sur la

ine génoise, en UîO. (Jal, Arohèol. navale,

t II. p. 134.)— Nous avons dit (p. 251) que l'élude des

rire» des anciens peut avoir son utilité, ajoutons

^ leur tactique maritime peut être aussi étudiée

!c profit, ainsi que le prouva locd Radney qui fut

nqueur, le 13 avril ITsS, giâcc à une manœuvre

iployéa déjà par les Grecs à la balaille des Argi.

ae» (London UtU-rary Gaiette, févr. 1830, p. 1051,

f accrfser notre siède d'impuissance en 1 ■ d'invi'Hlion, ûii poarrail leur rèpoiiiire par ce Tfrs de La Fontaine, It^gèrenic-nt par wfié;

' Oomnie pour unir enseniMe les gènér^Uaj^H et nous dire bien haut que nous ne pouvons rien qu'on nous associant les uns aux autres. Dieu a voulu, a dit quelqu'un , qiie tout luventeurne pùlpresqueiamaislirequele premier mol dii problème qu'il devine , et que toute grande idée Mt le résumé du passé et le germe de l'avenir. Ainsi s'anéantit l'orgueil individuel, convaincu d'impuissance dès qu'il est léduilàluisoul, mais ainsi se relève le génie noble et désintéressé qui se sent lié par son œuvre à l'humanilé tout eulière, et qui aime ses semblables comme des frères en Imvail, comme des associés en gloire, mieux encore, comme des amis, auxquels il laisse son enfant à élever.

riN ni: TOME PHEMrKIi.

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