Froissart
LE VIliUX PARIS UNIVERSITAIRE 93
Elle rédigea ensuite la Grande Ordonnance, nom qu'elle gardera dans l'histoire, où l'on sent la verve révolutionnaire unie au génie administratif, où l'on voit une unité de jugement et une profondeur de oues qui arrachent des éloges aux historiens les plus hostiles'.
Us n'y allaient pas de main morte, les rédacteurs de l'ordonnance. Ils reprochent au Parlement sa paresse, sa négligence, « sa musarderie », sa vénalité.
Ce n'était là qu'une préface aux maximes hardies des états généraux de 1481, qui déclaraient que la royauté est un office, non un héritage, et que l'État est la chose du peuple.
C'était, quatre siècles et demi avant la Révolution française, le gouvernement du peuple qui apparaissait et se posait du premier coup sur la base la plus large.
Les Cordeliers étaient les plus indisciplinés des moines; on voulut les réformer; en 1501, le légat du pape envoya deux commissaires, les évêques de Castellane et d'Autun, qui se présentèrent au couvent pour notifier l'ordonnance de réforme. A leur approche, les Cordeliers, qui, s'ils avaient du vague à l'âme, avaient aussi le diable au corps, exposèrent le saint sacrement sur l'autel, s'agenouillèrent à l'entour et, d'une voix tantôt formidable, tantôt glapissante, entonnèrent des hymnes sacrées et psalmodièrent des litanies nasillardes. Cette scène de haute comédie dura plusieurs jours.
Les évêques, lassés, allèrent chercher le prévôt de Paris et les archers, qui, tnanu militari, interrompirent ces hosannas et ces patenôtres.
L'église, entièrement incendiée en 1580, fut somptueusement rebâtie, mais, en attendant, on brûla quelques réformés, accusés par les Cordeliers d'avoir mis le feu.
Le cloître était superbe : c'était un carré oblong; il contenait cent vingt chambres et s'ouvrait sur le parterre du milieu par des arcades au cintre surbaissé, fermées par de superbes grilles en fer forgé. Le jardin, adossé au rempart de Philippe-Auguste, le long de la rue Monsieur-le-Prince actuelle, s'étendait jusqu'au-dessus du collège d'Harcourt.
L'ordre des Cordeliers ayant été supprimé en 1796, l'église fut dans la suite démolie; son emplacement a formé la place de l'École-de- Médecine.