CHAPITRE XX
La vieille École de médecine. — Rue de la Bùcherie. — Le berceau de la Faculté. Cours et leçons. — Gradus ad medicinam.
Dans une des rues tortueuses qui entourent la place Maubert, /(/ vieille Maubre, ce dernier reste du Paris truand du moyen âge, au milieu de masures sordides, s'élève une construction étrange, surmontée d'un dôme, que la Ville de Paris vient d'acheter et qu'elle a cédé à l'Association des étudiants.
Ce bâtiment est l'ancienne École de médecine, le berceau de la docte Faculté qui fut une des gloires de l'Université de France.
En 1354, la Faculté fut convoquée solennellement « autour du grand benoistier de Notre-Dame » pour donner aux Écoles un logis plus convenable. On acheta des Chartreux, « pour le prix de dix livres tournois de rente annuelle », une vieille maison où pendait l'enseigne des Trois Roys, rue de la Bùcherie.
Les maisons démolies, on reconstruisit; l'École à peine achevée, le Recteur se plaignit au régent, depuis Charles V, que la rue au Feitrre était chaque nuit encombrée « de maulvaix garçons et escholiers qui faisaient tapage ». Le régent envoya le guet, lequel fut jeté en Seine; des archers de sa garde, qui, sous la grêle des projectiles, durent fuir « écloppés et meurtris ». Il s'avisa alors de faire délivrer par son intendant des domaines « troncs de chênes et de châtaigniers coupés dans sa forêt de Sénart » au doyen aux abois, qui fit « establir portes et barricades afin d'arrêter les actes malfaisants desdits maulvaix garçons ».
Un claviycr (porte-clefs) fermait chaque soir, une heure avant que
le carillon du couvre-feu sonnât au lanlernon de Saint-Séverin, les huis de la rue du Fouarre, qu'il ne rouvrait que le lendemain avant l'aube.
L'élève n'était reçu à l'École de médecine qu'après avoir fait des humanités complètes et en produisant un titre de maître es arts et
un certificat constatant qu'il avait fait deux ans de philosophie.
A la fin de quatre années d'études, il était admis à l'examen de bachelier en médecine.
Les quatre années étaient réduites à vingt-huit mois pour les fils de docteurs; il était entendu que les connaissances médicales pouvaient se transmettre par héritage comme les charges au Parlement ou les brevets d'officiers.
Les aspirants bacheliers étaient tenus d'assister « aux cinquante leçons sur les aphorismes d'Hippocrale, aux trente leçons sur le régime du môme, aux trente-huit conférences sur les maladies aiguës et aux trente-six sur les pronostics, puis à un nombre indéterminé de gloses, dissertations sur Galien, Avicenne, Averroès, Fernel et l'École de Salerne ».
Et tout cela avait pour intermèdes des cours de médecine usuelle, de chirurgie pratique, de pharmacie. La première année, les élèves assistaient à des séances d'autopsie et de dissection; puis, entre temps, ils s'exerçaient à la parole en faisant entre eux des joules oratoires de omni re medicinali.
Deux nouvelles années d'études amenaient le bachelier à la licence, et, s'il était reçu, il préparait alors le couronnement de l'édifice, le doctorat, qui seul pouvait lui donner le droit d'exercer.