CHAPITRE XXII
Vieux bâtiments. — Vesperies et paranymphées. — Actes pastillaires et thèses. — La cérémonie du « Malade imaginaire ». — Images de thèses. — Les graveurs de la Faculté.
Les travaux de la vieille École ne furent achevés qu'au commence^ ment du seizième siècle; le doyen Guillaume Bazin l'inaugura par la réception de quatre bacheliers. Les bâtiments étaient bien délabrés au commencement du dix -huitième siècle. Les Medici Parisienses , jaloux de leurs confrères les chirurgiens-barbants, qui venaient de construire, au chevet de l'église Saint-Côme-et-Saint-Damien, un hôtel surmonté d'un dôme ambitieux, œre suo collapserunt (comme le dit l'inscription visible encore), élevèrent à leurs frais un amphithéâtre monumental sur les ruines du vieil édifice.
Un large perron a remplacé les deux vénérables montoirs qui servaient aux docteurs à enfourcher leurs mules et à aller, la barrette doctement posée sur une perruque bien calamistrée, combattre à la cour et à la ville les « humeurs puantes » de leurs malades.
Dans le Malade imaginaire, après que Thomas Diafoirus, ayant tiré de son haut-de-chausses son incommensurable thèse, l'offre à Angélique, la fille d'Argan, Toinette, la servante, lui dit : « Donnezl donnez! une thèse est toujours bonne à prendre pour Vimage... Elle ornera notre chambre à coucher... »
Qu'était-ce que cette iinage dont parle Toinette?
Il était d'usage, dans les deux derniers siècles, que les candidats aux Facultés de théologie, de philosophie, de jurisprudence et de médecine se présentassent avec une thèse ornée de gravures de maîtres, tirées sur papier d'or et de satin, ou d'après les dessins
d'artistes tels que Vouët, Le Brun, Pierre Mignard, Sébastien Bourdon, Jean Le Pautre, etc.
L'accessoire artistique y étouffait le principal. Dans l'espace resté désert au milieu des feuillets s'imprimait l'argumentation de la thèse. Les candidats faisaient alors comme aujourd'hui et présentaient leurs thèses à leurs patrons, à leurs amis et amies. C'est le cas de Thomas Diafoirus.
11 y a, dans les collections, des thèses de récipiendaires d'un nom illustre qui sont des chefs-d'œuvre de la gravure française. Elles attestent le grand siècle. Quant aux candidats qui n'étaient pas riches et ne pouvaient avoir de gravure inédite, ils se contentaient d'une planche déjà tirée et livrée au commerce.
La rue Saint-Jacques était le centre de vente de ces estampes. Sous Louis XIV, les boutiques les plus fréquentées étaient celles de Vallet, à l'enseigne du Buste du roi; de Gavtret, à l'image de Saint-Maur; de Cars, de Laurent, un des plus habiles artistes, qui gravait et vendait lui-même ses œuvres.
La plupart, d'ailleurs, faisaient de même. La boutique de vente était aussi l'atelier de l'artiste.
Ce qui était fort à la mode alors, c'étaient les almanachs, les calendriers historiés, portant des sujets exécutés en taille-douce, genre de gravure créé au seizième siècle, et qui a été supérieurement exécuté aux dix-septième et dix-huitième siècles.
Les graveurs en taille-douce habitaient la même rue Saint-Jacques et les rues voisines. On les voyait travailler dans leurs boutiques situées rues Saint-Jean-de-Beauvais, Saint-Étienne-du-Mont, de la Harpe, des Noyers, du Four et des Mathurins-Saint-Jacques.
Ces rues ont disparu en partie avec le percement du boulevard Saint-Germain, du boulevard Saint-Michel et de la rue des Écoles.
Quelques-uns étaient logés aux Gobelins; un petit nombre obtenaient un logement au Louvre.
Parmi les graveurs dont le nom est resté justement célèbre, nous citerons :
Jacques Androuet, appelé Du Cerceau à cause d'un cerceau qui servait d'enseigne à sa boutique située dans la rue de la Harpe, Ce célèbre graveur était le père de l'architecte de ce nom, qui commença en 1578 la construction du Pont-Neuf.
Puis Gérard, Audran, demeurant rue Saint-Jacques, aux Piliers
LE VIECX PARIS UNI VElt SITAIRE
d'or; Cockin le père, dans la même rue, à l'enseigne de Cbarlemagne, et Anne Hovtemets, femme justement renommée pour son (aient, qui grava au burin, en 171G, le porirait du régent, qu'elle étala sur le devant de sa boutique, ayant pour inscription à son enseigne : Alt Meecenas.
Huit colonnes d'ordre dorique soutiennent la rotonde de ce dôme, qui fut l'amphithéâtre de l'ancienne métropole de l'École de médecine de Paris. Dans la coupole se voient encore les Cigognes, emblè-