ENTRÉE DE L ' A M 1' HI T H É A T R E
aujourd'hui chef des travaux analomiques, — qui était, comme nous l'avons dit, obligé de faire des prodiges d'adresse pour se procurer des sujets. Le corps disséqué était inhumé en terre sainte, et la pieuse Faculté faisait dire des messes.
Toutes les cours souveraines, le Parlement, le corps de ville, les intendants, étaient invités. La grande salie était ornée de tentures magnifiques; tous les docteurs aux robes multicolores, aux épitoges fourrées d'hermine, entraient d'un pas rythmé, précédés des bedeaux et des appariteurs, en cape bleue, portant les fasces d'argent, et allaient prendre séance.
Un discours « fleuri et orné » élait prononcé par un docteur régent, auquel répondait le doyen. — Dans une séance solennelle, le célèbre anatomisle Winslow exécuta, « en présence et en l'honneur de la noble assemblée, la dissection et la démonstration des parties du corps humain sur un cadavre ».
Les sujets de thèse étaient des plus curieux; les professeurs se torturaient la cervelle pour trouver des sujets bizarres. Nous avons trouvé dans le recueil des actes de la Faculté ce sujet : Quelle est l'influence de la soupe à l'oignon sur l'homme ivre? Et alors de longues et savantes dissertations sur les vertus curatives et expansives de l'oignon, qui provoque les larmes et dissipe les fumées de l'alcool qu'il neutralise, et le tout avec force citations d'Aulu-Gelle, de CoJumelle, d'Hippocrate, d'Horace et de Plante!
Un médecin, depuis très célèbre, traita ce sujet de thèse : La cure de Tobie par le fiel d'un poisson est-elle iialurelle?
Les charges du Malade imaginaire sont bien près de la vérité.
On peut citer, à l'appui, un passage curieux du Voyage de Locke à Montpellier, en 1676, trois ans après la mort de Molière :
« Recette pour faire un docteur en médecine.
« Grande procession de docteurs habillés de rouge avec des toques noires, dix violons jouant des airs de LuUi. Le président s'assied et fait signe aux violons qu'il veut parler et qu'ils aient à se taire, se lève, commence son discours par l'éloge de ses confrères et le termine par une diatribe contre les innovations de la circulation du sang. Il se rassied. Les violons recommencent. Le récipiendaire prend la parole, complimente r.\cadémie. Encore les violons. Le président saisit un bonnet qu'un huissier porte au bout d'un bâton et qui a suivi processionnellement la cérémonie, coiffe le nouveau docteur, lui met au doigt un anneau, lui serre les reins d'une chaîne d'or et le prie poliment de s'asseoir. »
Au rez-de-chaussée il y avait un lavoir que le domaine de la Ville vient de faire déguerpir, ce qui permet de voir les proportions et l'architecture de la salle des cours. Celte salle est du quinzième siècle, avec ses fenêtres en ogive et ses colonnes carrées ornées de curieux mascarons.
Au-dessous, une cave profonde aux voûtes cintrées qui est du douzième siècle.
En 1775, malgré de continuelles réparations, les bâtiments de la
Faculté croulaient de toules parts; les bons à rente perpétuelle étaient devenus une simple emphytéose.
La Faculté se transporta rue Jean-de-Beauvais, dans un vieil édifice qui avait jadis été l'imprimerie des Estienne.
La Ville a tenu à racheter ce monument, berceau de la docte Faculté de médecine, qui fut une des gloires de l'Université de France. Elle a loué ces nobles ruines à l'Association des étudiants, en attendant qu'elle y installe un musée et une bibliothèque de médecine, d'après le projet et les plans du docteur Le Baron, qui s'est attaché, en érudit consciencieux et sagace, à reconstituer l'ancienne École au beau temps de sa splendeur, et à rechercher, année par année, depuis sa fondation, quels furent sa vie, son développement. Le projet de restauration reconstituera la vieille Faculté telle qu'elle était au beau temps de sa plus brillante période et où se firent entendre Fagon, Berthebt, Vicq-d'Azir, Winslow et tant d'autres illustres médecins.