CHAPITRE XXV
L'Ëcole des beaux-arts. — La fondation de l'Académie des beaux-arts. — Les avatars. — Rue Traînée et hôtel Clisson. — Colbert et la maison des Coquilles. — Le Musée des Monuments historiques. — L'Arc de Gaillon et les Loges.
Au commencement du règne de Louis XIV, les maîtres jurés, peintres, vitriers, marbriers, maintenaient en ser.vitude, grâce aux règlements draconiens des jurandes et maîtrises, les jeunes gens qui avaient quelque vocation pour la peinture ou la sculpture, et en faisaient des manœuvres servîtes. Des amis de l'art, peintres et sculpteurs éminents : Lebrun, S. Bourdon, Lesueur, Evrard, F. Perier, J. Sarrazin, Van- Opslal, qu'indignait cette domesticité à des maîtres ignares, obtinrent non sans peine du conseil de Régence, en 1648, des lettres patentes qui les autorisaient à fonder une École libre, dite Académie des beaujcarts.
Sans perdre de temps, sachant combien étaient instables et précaires les faveurs royales et craignant un retour offensif des maîtrises lésées, un conseil de Douze Anciens, origine des professeurs actuels, se constitua, et le 1" février 1648, « au milieu d'un concours extraordinaire d'amateurs et de personnages d'élite», un cours de dessin et modelage fut ouvert dans un magasin vacant, rue Traînée, en face Saint-Eustache. Lebrun y posa, pour la première fois, le modèle vivant. Un mois après, l'école rudimenlaire fut transportée rue des Deux- Boules, cà l'hôtel Clisson. Le nouveau local, loué aux frais des membres de l'Académie, fut décoré des tableaux que Lebrun avait fait copier à Rome d'après les originaux de Raphaël, et de statues en plâtre moulées à Rome d'après les plus beaux antiques du Vatican.
Bientôt l'Académie fonda une chaire d'anatomie et deux chaires de perspective et de géométrie.
Les ressources étaient très restreintes; on dut taxer les élèves, mais cela n'empêcha pas leur afïluence, et l'École dut quitter, comme trop exigu, Ihôtel Clisson.
L'Académie s'installa dans la maison Sainte-Catherine; mais alors, comme depuis, les artistes n'étaient pas en odeur de sainteté près de messieurs les propriétaires, car nous trouvons une citation en justice du sieur Henriot, 1654, « pour les professeurs se voir contraints et forcés de payer les deux termes arriérés de leur location ».
Ils s'adressèrent au roi, qui leur accorda un brevet de pension de mille livres et un local au Louvre. Quelques années après, Colbert obtint du roi une pension de quatre mille livres destinées à rétribuer les professeurs, à payer les modèles et à fonder des récompenses pour stimuler l'émulation des étudiants.
L'Académie avait dû louer, près des Halles, la maison des Coquilles pour y exposer ses collections : J. Colbert lui fit donner un local dans une galerie du Palais-Royal.
En 1663, des prix furent fondés pour récompenser les concours proposés : le premier grand prix fut décerné à M. Monier, peintre, qui depuis a peu fait parler de lui. Ce fut l'année suivante que Colbert fit envoyer les deux premiers grands prix à Rome pour y étudier. Telle fut l'origine des grands concours et de la pension de Rome.
L'Académie émigra encore, occupa au Louvre différentes salles, et définitivement la galerie d'Apollon.
En 1793,laConventionsupprima toutes les Académies; mais, comme elle ne détruisait que pour reconstruire, elle fonda V Institut. Ce ne fut que sous la Restauration que les Écoles de sculpture et de dessin vinrent s'installer dans l'ancien couvent des Petits-Augustins de la reine Marguerite, dont le musée venait d'êlre détruit.
La Constituante avait décidé, au moment de la suppression des ordres monastiques et de la mise en vente des maisons religieuses, d'y déposer les monuments, désormais sans asile, dont la conservation pouvait présenter de l'intérêt pour l'étude de l'art et pour celle de l'histoire.
Un artiste plein de dévouement, A. Lenoir, fut chargé de rechercher les monuments et de prendre les soins nécessaires pour la translation. Il fit des merveilles. L'aspect de cet ensemble grandiose de
LE VIliUX PARIS L'.MVERSITAIIIE
monuments produisit une profonde impression sur le pul^lic. C'est de là certainement que date, pour notre pays, l'ère de la réhabilitation de l'art du moyen âge.
L'ordonnance de 1816 prononça la suppression du musée et l'établissement, sur son emplacement, d'une École royale des beaux-arts. Les édifices actuels de l'École sont presque tous modernes. H ne reste du couvent des Auguslins que la chapelle et quelques constructions secondaires sans importance.
En entrant dans la première cour, on remarque à droite le charmant portique d'Anet, construit pour Diane de Poitiers par Philibert Delorme.
La petite chapelle de droite, élevée par la reine Marguerite , est ornée de la porte du baptistère de Florence. A la suite de l'église, un grand bâtiment renferme les Écoles de Nature et de l'Antique.
Le corps de bâtiment, de même que la façade de gauche de la cour, sur laquelle on a appliqué des fragments de l'ancien hôtel de la Trémouille, sont décorés de l'arc dionique à arcades; ils se continuent de chaque côté jusqu'au portique de Gaillon, que fit élever le cardinal d'Amboise dans les premières
années du seizième siècle, et qui sert de limite à cette première cour. Cet arc est un chef-d'œuvre de grâce, avec ses arceaux élégants se détachant de la manière la plus agréable.
La seconde cour s'arrondit en hémicycle en avant d'un vaste bâtiment qui contient des salles d'apparat, des ateliers et les magasins du moulage des plâtres et les loges où les artistes sont appelés pour les concours des grands prix de Rome.
C'est à l'étage supérieur de ce bâtiment que sont disposées les cellules oîi les concurrents aux prix de liome s'enferment pour confectionner, dans le recueillement et le silence, une œuvre géniale ou quelque navet grotesque.