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CHAPITRE XXIV

L'École centrale des arts et manufactures. — L'industrie au moyen âge. — Jurandes et maîtrises. — Les cadres de l'armée du travail. — L'hôtel Salé. — L'école de l'avenir.

L'École centrale des arts et manufactures a des origines plus modernes que nos autres grands établissements universitaires.

Au moyen âge, l'industrie était à l'état rudimentaire; elle était enseignée dans le cercle étroit des jurandes et des maUrises par les maîtres et compagnons, dont l'enseignement était secret et hérissé de prohibitions.

Ce n'est guère qu'au dix-huitième siècle, sous l'énergique poussée de Y Encyclopédie, cet admirable livre qui fit faire à l'esprit et à la science humaine de si merveilleux progrès, que l'industrie commença à sortir

... de l'art confus des vieux métiers.

Il est de mode chez nous d'admirer à outrance nos voisins dans leur endurance, leur esprit d'initiative, leur ténacité indomptable. Mais il me semble que notre beau pays de France a donné certaines preuves de son initiative, de son alTranchissement de TÉlat-providence.

La fondation de l'École centrale est une preuve bien frappante de la puissance de cette initiative privée, superbe dans ses manifestations quand la centralisation à outrance, la réglementation tyrannique dont nous ont gratifiés la monarchie de Louis XIV et le despotisme de Napoléon I" ne viennent pas les contrarier et les étouGfer.

Sous le Consulat et l'Empire, on s'occupa surtout de faire massa-

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crer des milliers et des milliers d'hommes sur les champs de bataille; le laurier de la victoire était mis à toutes les sauces, et ce qui concerne l'industrie était surtout por!é vers la fabricalion de l'oulillage de guerre!

En 1829, MM. Dumas, Pictet et Ollivier, aidés de quelques autres savants, ayant compris, après celte longue période de paix de la Hes-

tauralion, que dorénavant la science et l'industrie allaient devenir les reines du monde, pensèrent qu'il était bon de donner à celte armée du travail des cadres et des chefs. Les Écoles des arts et métiers font de précieux sous-officiers, l'Ér cote centrale complète l'œuvre en faisant des officiers.

Les fondateurs, auxquels s'était joint M. Lavallée, qui apporta son concours pécuniaire et administratif, installèrent leur École au centre du grand quartier industriel de Paris, le Marais, centre des industries des produits chimiques, du bronze, de la serrurerie d'art, des instruments de précision. Ils trouvèrent un de ces vieux hôtels comme il y en a tant dans le quartier, habité jadis par les représentants de la grande noblesse de robe et d'épée, et qui, à cause de cette étrange loi de migration de Paris et des grandes villes vers l'Ouest, sont devenus déserts'.

Cet hôtel était une des plus somptueuses habitations du règne de Louis XIV, bâti par un riche traitant, Aitbert, fermier des gabelles, qui avait empanaché son nom roturier du vocable de Fontenay. 11 avait acheté, de ses deniers acquis, un terrain des sœurs hospitalières de

CON SE nVATOl HE. — ECOLE CENTRALE

1. 11 est inJiscutable qu'une mystérieuse loi de déplacement entraîne les villes comme les iiivasious, eu les faisant glisser comme des fleuves, d'oricut eu occident, c'est-fi-dire dans un sens contradictoire au mouvement de rotation de la terre.

D'une manière lente, mais continue, Paris, depuis qu'il est sorti des boucs de Lutèce, s'est toujours avancé vers l'ouest.

Aujourd'hui, l'axe de Paris s'est déplacé, le centre d'attraction de Paris est la Madeleine et la rue Royale.

Les villes, pas plus que les hommes, ne reviennent dans leur berceau.

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Sainl-Gervais, qui lui transférèrent en même temps des droits seigneuriaux qu'il s'empressa d'exercer.

11 fit bâtir l'Iiôtel que nous voyons aujourd'hui, lequel coulait fort cher au traitant, qui s'en consola par un bon mot : « Ah! quel hôtel salé! » Est-ce l'élymologie vraie du surnom de cette demeure, qui pendant plus d'un siècle conserva celte appellation? Ne serait-ce pas plutôt parce que le propriétaire avait gagné son immense fortune dans la perception des droits prélevés sur les sels?

L'hôtel, qui fut de tout temps désigné par les habitants du Marais sous ce sobriquet, était superbe. Des sculptures magnifiques décoraient l'escalier monumental, et des peintures des grands maîtres ornaient les murs. Aubert eut pour successeurs Le Camus et le comte de 31elun.

Dans les dernières années de la Monarchie, il fut acquis par Monseigneur de Juigné, archevêque de Paris, qui le transforma en palais archiépiscopal.

Il fui acheté par les promoteurs de l'Ecole centrale, et elle y vécut jusqu'en 1892, où, trop à l'étroit, elle fut transférée dans un bâtiment neuf adossé au Conservatoire des arts et métiers.

C'est grâce au dévouement des professeurs que l'École put naître et prospérer; pendant bien des années ils se sont contentés d'un revenu bien modeste, eu égard à leur tâche et à la haute réputation qu'ils s'étaient acquise. C'est à ce culte pour l'avenir de l'École qu'ils ont dû le succès et la durée de leur œuvre.

Malgré ces dévouements, la situation de l'École était précaire; il lui fallait devenir, au lieu d'une entreprise privée, une École d'État, conférant des grades, donnani des diplômes. C'est ce qui arriva.

L'enseignement de l'École a un caractère tout particulier qui le distingue des autres écoles. Il est le lien entre les Écoles des arts et métiers, essentiellement pratiques, et Y École polytechnique, trop scientifique pour les industrids.

Elle prépare à loules les branches de la grande industrie : c'est l'école de l'avenir.

Tous les cours de l'École ne sont qu'un même cours, la science industrielle est une; tout industriel doit la connaître en entier; des arts en apparence les plus éloignés ont des points de contact et des opérations analogues à exécuter.

L'éducation générale de l'École apprend à transporter dans chaque

industrie les mélhodes perfectionnées que les autres possèdent; elle tend à introduire dans les usines une perfection dans les détails, des procédés ou des mécanismes qui assurent la bonne marche de l'ensemble et le succès des opérations.

L'influence de l'École sur l'industrie est considérable. Presque tous nos chefs de fabrique y ont fait leurs premières études.

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