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CHAPITRE XLIX La gaieté de la jeunesse

On a pu voir, au cours de celte hisloire de nos vieux collèges, de cette chronique de la vie scolaire d'autrefois, comme nos escholiers d'anlan aimaient « rire et s'ébattre en rigolant », selon le mot du grand écolâtre maislre François Rabelais.

Imitez-les, jeunes gens, sans aller cependant jusqu'à « casser les pots et rosser le guet ».

Voici ce que disait un vieux chroniqueur, matire Vincent Espinal, des écoliers de son temps :

« L'insouciante jeunesse sait tourner les chagrins en joie : les plus fâcheuses épreuves ne sont pour elle que sujets de rire et d'amusement. »

Souvenez-vous que Rabelais, ce grand maître et ce pédagogue de génie, a dit ce mot profond et vrai :

Le rire est le propre de l'homme.

Mieux est de ris que de larmes escrire.

La jeunesse actuelle est mélancolique, dit-on; elle porte en elle les grandes et longues tristesses de l'Année terrible. Allons donc! elle n'a pas, comme nous, vu les ruines de la pairie ; elle n'a pas souffert des sanglantes catastrophes.

Mais, depuis trente ans, les ruines, pour la plupart, se sont réparées, l'oubli s'est fait, la santé nous est revenue, et avec elle la fortune. Si

la France porte encore au flanc une blessure ouverle, son cœur est vaillant, robuste, son bras solide.

Secouez cette littérature métaphysique, ce mysticisme qui nous vient du pays des neiges, ce pessimisme schopenhauerien, cette désespérance romantique; chassez loin de vous celte phraséologie pleurarde, ces navrances, ces langueurs décernantes, ces « mourances », ces pâleurs, ces agonies. Ne prenez pas au sérieux ces mélancolies abscondes, ces doléances incohérentes, ces voix lamentâtes, confuses, du poêle du Nord, ces oripeaux cosmopolites qui ne sont qu'un déluge de mots bizarres sur un désert d'idées. Écoulez Armand Silcestre :

Fils des Gaules, restez joyeux.

Au front, comme un orgueil de race, Sur le front, comme une cuirasse, Gardez la gaîté des aïeux !

Écoutez Sullt/ Priidhomme :

Riez! Il nous est cher de vous sentir contents ;

La divine gaîté, cette sœur du courage,

Vous convie à braver l'horizon gros d'orage,

Sous l'immense arc-en-ciel qu'elle dresse à vingt ans.

Vous pouvez rire, vous ! Le rire n'a qu'un temps, lit l'oubli des douleurs n'appartient qu'à votre âge ; Même sur le bâillon mis au droit qu'on outrage, Vous jetez pour un jour des voiles éclatants.

liiez, car à vous seuls est permise la joie.

Le blé naissant n'a point, quand son épi verdoie,

A répondre du sol dont les tourments le font.

Riez donc! Vos aînés se réservent les larmes.

C'est chez vous seuls qu'ils voient, dans l'avenir profond,

Ensemble triompher la justice et les armes.

Soyez gais et laissez clamer ces énervés fin de siècle, qui pleurent sans cesse et se lamentent en sons inarticulés qui n'ont de sens en aucune langue et prennent pour du vague à l'âme les crampes de leur estomac. Lisez les vieux auteurs des pays de France, dont la phrase limpide et lumineuse, le rire clair, dissiperont, comme le chant du coq gaulois, les spectres de la nuit et les lugubres fantômes.

Gardez le libre, insouciant et gai génie de la vieille Gaule; c'est

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notre patrimoine, le large rire et le travail joyeux. Rappelez-vous ces vers charmants du vieux Ronsard :

Le Français semble au saule verdissant : Plus on le coupe, et plus il est naissant; Il rejetonne en branche davantage El prend vigueur dans son propre dommage.

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