CHAPITRE XLVIII
Les Maisons des champs. — En plein air. — Les Jésuites précurseurs. — La maison de Vanves. — One escapade d'écoliers. — Les petits collèges.
De nos jours, Y aima mater, la vieille Université, après de longues années de stérilité, rompant avec ses antiques traditions de discipline monastique et de claustration, s'est décidée à envoyer ses juvenes alumnos dans les coins embaumés et fleuris de la banlieue parisienne, où l'air est pur, loin des bruits et des fumées de la ville, loin des vieux collèges urbains, étroits, sinistres et noirs.
Elle a fondé les lycées suburbains de Vanves, Lakanal, l'École normale de Sèvres, à l'orée du bois de Meudon. En cela elle n'a fait qu'imiter ce qu'avaient fait, au seizième siècle, les Jésuites, ces éternels ennemis de la liberté, mais ces merveilleux éducateurs de la jeunesse.
Peu de tqmps après que, grâce aux libéralités du cardinal Duprat, évêque de Clermont, qui leur donna sa superbe maison rue Saint- Jacques, trois mille livres de rente et des sommes considérables, ils eurent fondé, avec le succès que l'on sait, le collège Louis-le-Grand, « le recteur, les prêtres et écoliers du collège de Clermont, dit des Jésuites, se rendirent acquéreurs, le 27 août 1383, d'une maison, puits, cour, étable et jardin, en la rue basse d'Issy, appartenant à noble homme messire Girard Colon, conseiller du roi, et demoiselle Marguerite de Montholon, sa femme, plus douze arpents de terre labourable, pièces d'iles, vignes, moyennant 1,333 écus d'or au soleil. Huit cents livres d'amortissement furent payées à Monseigneur l'abbé de Saint-Germain des Prés, seigneur dudit lieu ».
LE VIEUX PAIUS
^a prise de possession fut célébrée comme il était d'usage dans les maisons des Jésuites, qui savaient, « en fins et habiles renards», profiler de la moindre occasion pour amuser leurs élèves par de grands divertissements. Au son des flûtes et des tambourins, les élèves plantèrent la grande avenue d'ormes qui conduisait au château. La communauté des Pères acheta d'autres maisons contiguës et agrandit son domaine. A grands frais, elle fit amener des coteaux de Châtillon et de Clamart des eaux abondantes, qui alimentèrent de superbes jets d'eau et des piscines « où les escholiers, dans le temps des chaleurs de l'esté, allaient se baigner et se rafraîchir le corps ».
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Mais, après soixante-quinze ans de résidence, les Jésuites délaissèrent la maison des champs d'issy, pour louer « la maison de feu le président Chevalier, à Genlilly, qui est, dit un historien de Paris, le séjour le plus agréable qui soit es environs de Paris et qui contient, en son pourpris, les deux tiers du village, enfermé dans un long tour de murailles garnies de plusieurs pavillons ».
En 1 662, le Parlement, sur le rapport de l'abbé de Chauvelin, ordonna que « la Société de Jésus, ce colosse redoutable qui avait accaparé l'éducation delà jeunesse qui n'était plus sous l'inspection de l'État», serait supprimée, ses collèges fermés, ses biens affectés au payement de leurs dettes.
Le collège Louis-le-Grand, devenu libre, fut destiné à servir de
chef-lieu à l'Université, qui n'en avait jamais eu jusqu'alors. « Les maisons des champs » furent vendues, et les fonds versés dans la caisse de Louis-le-Grand. Chose curieuse, -le 28 fructidor an VII, l'administration du prytanée Louis-le-Grand acheta, en face de l'ancienne maison des champs, un beau parc à Vanves, où elle installa une succursale.
Une équipée d'écoliers précipita le dénouement de négociations faites pour l'achat de la propriété. On avait voulu montrer aux élèves en promenade le domaine que le proviseur se proposait d'acheter; il fut bientôt mis en coupe réglée par la bande qu'on avait eu l'impru-
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dence de lâcher et qui s'offrait ainsi un avancement d'hoirie, se disant que, d'après la loi romaine, la conquête et le pillage étaient les premières origines du droit de propriété; les lycéens se précipitèrent dans le potager, qu'ils saccagèrent avec entrain.
Le propriétaire demanda une indemnité si forte qu'il y avait avantage à acheter le domaine, qui resta un simple but de promenade jusqu'en 1858. Ce n'est qu'à celle époque qu'un proviseur avisé songea à y installer un petit collège, en air salubre, qui devait servir de pépinière à Louis-le-Grand.
Sainlo-Barbo avait depuis longtemps suivi cet exemple et installé dans le bourg fleuri de Fonlenay-aux-Roses, frais comme son nom, une succursale de son collège de Paris.
L'Université, se décidant enfin à sortir de sa routine et de ses pratiques surannées, a fait construire sur les gais coteaux qui avoisinent le sud de Paris, à Sceaux, à Vanves, des collèges qui, comme ceux d'Éton, d'Oxford, de Cambridge, comme certains gymnases allemands, comme les grandes Universités américaines, savent allier les avantages du confort à ceux de la vie en plein air, dans les arbres et les fleurs.