CHAPITRE I
Les représentations dramatiques du moyen âge, quand elles commencèrent à se dégager nettement des cérémonies liturgiques et des premiers bégayements des jongleurs, offraient un caractère frappant de ressemblance avec les jeux solennels de l'ancienne Grèce. Organisés par toute une ville, et quelquefois par toute une contrée, à certiiines dates qui restaient gravées comme de grandes époques dans la mémoire populaire, les mystères, drames religieux et nationaux à la fois, se déployaient avec ampleur devant une foule attentive, le plus souvent en plein soleil, sur le parvis ou sous le porche d'une église, dans un cimetière, sur une place publique, au haut d'une large rue montante, où se dressait Timmense échafaud avec tous ses étages, avec son monde de décorations sommaires et âJ entreparleurs. Mais les choses ne se passaient ainsi qu'en province. A Paris il n'en était pas de même. Tant que les pèlerins de Jérusalem, de la Sainte-Baume et de Saint-Jacques de Compostelle se bornèrent à chanter des cantiques et des complaintes, la foule put les suivre, déambulant par les rues, ou arrêtés sur les places. Bourgeois et artisans s'amassaient autour de ces hommes, que leurs bourdons et leurs escarcelles, quel-
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quefois les palmes qu'ils avaient rapportées de la terre sainte et tenaient en main comme des témoins authentiques de leurs voyages, désignaient à la curiosité et à la vénération publiques. On écoutait avec une avidité respectueuse les chants naïfs où les pèlerins redisaient la gloire du grand saint Jacques, les miracles de la Madeleine ou les outrages des mahométans au tombeau du Christs Le théâtre des Confrères de la Passion ne fut, dans l'origine, que la métamorphose de ces cantiques en actions dialoguées, aidées du grossier prestige d'un appareil scénique tout à fait élémentaire. Mais à peine les pèlerins se sont- ils organisés en confrérie dramatique, qu'ils s'isolent de la rue, s'enferment, et n'ouvrent plus leur porte qu'à beaux deniers comptants.
Ce fut seulement en 1398 que les Confrères de la Passion louèrent une salle à Saint-Maur pour s'y établir, et en 1402 qu'ils fondèrent, à l'hôpital de la Trinité, le premier théâtre fixe qu'on ait vu à Paris. II ne faudrait pas croire toutefois que les mystères eussent attendu, pour naitre et se produire, la création du théâtre de l'hôpital de la Trinité. Indépendamment des fêtes et représentations liturgiques où ils étaient contenus en germe, on les voit se développer dès le xiv^ siècle, du moins à l'état mimique, dans les rues de Paris, principalement aux entrées des rois. Les vieux chroniqueurs nous ont transmis de précieux détails sur les mystères des rues, qui, faisant partie essentielle du cérémonial d'usage en ces sortes de solennité, formaient une véritable institution populaire.
Ces représentations aux entrées des rois étaient tantôt de simples tableaux vivants, tantôt des pantomimes où la paiole était inutile. La musique concourait d'ordinaire à l'embellissement du spectacle : ici des anges entonnaient des cantiques sur un échafaud, et là des orgues jouaient moult doucement. Souvent aussi on plaçait, au bas de la scène, des personnages chargés d'expliquer au peuple les détails de la représentation. Il y avait des mystères fixes et des mystères ambulants; mais presque toujours chaque échafaud ne comprenait qu'un fragment de l'action, et celle-ci se déroulait par degrés sur toute la série des théâtres dressés le long des. rues, dans la direction suivie par le cortège, qui, sans interrompre sa marche, jouissait ainsi de l'ensemble du spectacle en le parcourant d'un bout à l'autre, comme dans un panorama. Les diverses parties de la représentation restaient assez longtemps en permanence pour que le populaire put la
* Voir le Mémoire de M. Victor Leclerc sur les Pclerinageê au moyen âge, dans le recueil de PAcadémie des inscriptions et belles- lettres.
contempler à son gré dans ses moindres rtôlails. en lii reprenant, au besoin, depuis le commencemenl.
Je glisserai rapidement sur les mystères par signes représentés aux diverses enti'ées des rois et des reines à Paris, pour éviter les répélilions monotones et les lonj-Mioui-s iatiganlçs'.
Apprêts pour la repréfiântalion il'un myïitèrc, d'après peint en 1580.
Les l'êtes et les spectacles oITerts, ilnranl loule uno semaine, par Philippe le Bel à son gendre Éilouurd II d'Anglelerre, en i;il.'î, sont restés célèbres; ils eurent lieu sur un lliéàtre élevé au milieu de l'île
■ On trouvera la plupart dee retalions de n (taoB le« frères Parfaicl, t. 11.
OU pré Notre-Dame. « On y voyait, dit Monteil d'après la Chronique de Godefroi de Paris, les scènes qu'offre la vie humaine dans les divers états, les artisans avec leurs instruments, les médecins avec leurs fioles, les gens de justice avec leurs écritoires, les gens de guerre ave \ leurs épées , les gens d'église avec leurs chapes ; on y voyait l'intelligence humaine personnifiée sous l'emblème de l'animal le plus intelligent, le renard : successivement apprenti, garçon, maître, chef de jurande; apothicaire, mire, chirurgien, médecin; procureur, avocat, juge, président; clerc, moine, abbé, évéque, archevêque, pape; et cependant toujours renard, toujours laissant sortir de dessous ses habits sa grande queue, ses petites oreilles, toujours montrant ses yeux vifs et spirituels, toujours croquant œufs, poussins et poules. Figurez- vous en même temps, çà et là, des groupes de rois de la fève, de ribauds, d'hommes sauvages entourés déjeunes Parisiens, déjeunes Parisiennes, formant différentes danses, différents branles, et à l'extrémité la vénérable figure d'Adam, regardant au xivc siècle sa nombreuse race ainsi habillée, costumée, bariolée. s> Le Christ figurait aussi dans cet étrange mystère, d'abord pendant son enfance, un chapelet au bras, causant, riant, mangeant des pommes avec sa mère, puis expirant sur la croix, enfin sortant de son tombeau et montant au ciel. On entendait le chant des anges dans le paradis. L'enfer était représenté comme un vaste lac de soufre, de poix et de feu, au miheu duquel s'ouvrait la bouche d'une effroyable caverne, par où sortaient et rentraient des légions de diables tout chargés d'âmes*. Peut-être est-ce à Philippe le Bel qu'on doit la première idée de cette farce, qui était de sa part une machine de guerre contre Boniface Vlll, et ce n'est pas la seule fois que notre vieux théâtre est devenu un instrument politique entre les mains de la royauté. Le passage de Godefroi de Paris démontre clairement qu'il s'agissait d'un spectacle muet ^ Les bourgeois et métiers qui s'étaient spécialement chargés de l'organisation de cette fête avaient jeté sur le bras de la Seine un pont large de près de sept toises, où ils défilèrent en ordre, richement parés, à pied et à cheval, au son des trompes, tambours, buccines, timbres et nacaires^
Ces jeux de personnages, ces défilés, par les rues de la ville et le Grand-Pont richement encourtinés, des bourgeois et des gens de
^ Monleil, Histoire des Français des divers étals, xiv« siècle; ép. 56.
' Godefroi de Paris, Chronique en vers, publiée par M. Buchon, du vers 5271 à 5380. — SaiDt-Foix, Essais historiques sur Paris, t IV, p. 57. — Magnin, Journal des Savants, janvier 1856.
5 Grandes chroniques de France, publiées par M. Paulin Paris, t. V, p. 198.
métier vêtus de robes pareilles pour chaque corps, remplirent aussi un rôle important à rentrée du roi Jean*.
Le 20 juin 1389, à l'entrée d'Isabeau de Bavière, la ville se mit en frais extmordinaires et fit grandement les choses. Le spectacle commençait à la première porte Saint-Denis, où le décorateur avait figuré un ciel étoile, rempli de jeunes anges qui chantaient, et où, dans les bras de Notre-Dame, le petit Jésus s ébattait avec un moulin fait d'une grosse noix. Un peu plus loin, devant le moustier de la Trinité, les bourgeois de Paris représentaient sur un échafaud la grande bataille du roi Richard contre Saladin et les Sarrasins. A la seconde porte Saint-Denis, le cortège arriva derechef devant un ciel « nué et estoilé très richement )>, où siégeaient Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit; et, au moment où la reine passait avec sa litière sous la porte du Paradis, deux anges en descendirent et vinrent déposer sur sa tête, en chantant, une couronne d'or garnie de pierres précieuses. Enfin, après avoir joui d'un nouveau spectacle devant la chapelle Saint- Jacques, le cortège arriva à la porte du Châtelet, où l'on avait bâti un château de bois, surmonté d'un magnifique lit de justice sur lequel était couchée Madame sainte Anne. Un homme armé de toutes pièces gardait chacun des créneaux. Ce château contenait dans son enceinte une garenne et « grande foison de ramée * , avec beaucoup de lièvres, lapins et oisillons. Du bois s'échappa, à l'approche de la reine, un grand cerf blanc, mû par un homme caché dans l'intérieur, et qui portait au cou les armes du roi; il se sauva vers le lit de justice, poursuivi i)ar un hon et par un aigle; mais une douzaine de jeunes pucelles, tenant des épées nues en leurs mains, se précipitèrent devant ces animaux féroces, pour* protéger le fugitif*.
Nous en sommes encore à l'enfance de l'art, et c'est à peine si l'on commence à discerner, sous la pompe naïve de ce spectacle, les rudiments d'une représentation dramatique. 11 n'en est plus de même quarante ans plus tard, lors de l'entrée à Paris du roi d'Angleterre Henri VI (1431). Dans l'intervalle, le théâtre des Confrères de la Passion avait donné l'élan, et les esprits avaient marché : aussi les bourgeois furent- ils en mesure cette fois d'offrir aux regards émerveillés du souverain, outre une chasse au cerf et plusieurs autres représentations figurées, les mystères de la Nativité de Notre-Dame, de son Mariage, de l'Adoration des trois Mages, du Massacre des
1 Grandet chroniques de France, publiées par M. Paulin Paris, t. V, p. 198.
* Froiseart, liv. VI , ch. i. Grandes chroniques de France, règne de Charles VI , ch. xlyiii.
Innocents, de la Parabole du semeur et de la Légende de saint Denis *. Déjà môme, quelques années auparavant, à l'entrée du duc de Beaufort, en 1424, les enfants de Paris avaient représenté devant le Chdtelet un c moult bel mystère du Vieil Testament et du Nouvel..., sans parler ne sans signer, comme se fussent yniaiges enlevées contre un mur ^ >. C'était là, on le voit, de véritables tableaux vivants.
Il en fut bien mieux encore quand , le 12 novembre i 4^37, Charles VII rentra à son tour dans sa bonne capitale, (ju'il venait de reconquérir. Les Parisiens avaient à peine eu le temps de démolir les échafauds qui avaient servi lors de l'entrée solennelle de Henri VI; ils les relevèrent en toute hâte; mais il faut leur rendre cette justice qu'ils déployèrent plus de magnificence et d'imagination pour leur roi légitime qu'ils n'avaient fait pour l'usurpateur étranger. Us organisèrent d'abord une sorte de mystère ambulant : derrière le prévôt des marchands, le prévôt de Paris et les échevins, venaient, à cheval, des personnages symboliques, représentant les sept Péchés mortels et les sept Vertus théologales et cardinales. Les scènes du Nouveau Testament étaient disséminées sur tous les points parcourus par le cortège, et remphssaient presque la ville. Ici, on voyait sainte Geneviève, entourée de saint Thomas, saint Denis, saint Maurice, saint Louis; ailleurs, saint Jean-Baptiste montrant VAgnus Dei, avec un chœur de musiciens habillés en anges; là, la trahison de Judas; plus loin, la Résurrection et l'apparition à Madeleine, la descente du Saint-Esprit sur les apôtres, le baptême de Jésus. « Et ne parloient rien ceux qui ce faisoient^ »
Devant le Chàtelet se déployait le plus beau mystère. On y avait dressé un grand rocher, couvert d'un bocage et d'un pàtis, où les bergers, en gardant leurs troupeaux, étaient avertis par l'ange de la naissance du Christ, et chantaient le Gloria in excclsis; au-dessous de l'arcade de ce rocher, sur un lit de justice, on apercevait trois personnages représentant la Loi de grâce, la Loi écrite et la Loi de nature; puis, contre les boucheries, le Paradis, le Purgatoire et l'Enfer, avec saint Michel, pesant les âmes dans sa balance*.
Les représentations données dans les rues de Paris aux entrées de Louis XI, de Charles VllI, de Louis XII, de Mme Claude, sa
1 Enguerrand de Monslrelet, I. H, ch. cix.
< Journal d'un bourgeois de Paiis, collection Michaud et Poujoulat, III, 243.
^ Monslrelet, I. Il, ch. ccxix.
* Recueil des offices de France, par Jean Chenu. — Histoire de Charles VII, par Alain
filie', et de quelques autres reines de France, Anne de Bretagne, Marie d'Angleterre, Éléonore d'Autriclie, etc., offrent toujours à peu près le même déploiement de personnages symboliques, de chasses,
l'ii myslère ou »v]* siècle.
La Sibylle persique, il'3|>r}s le niaiiuecril de la Bibljullièqite iiaiiuiiale fr. 2JG2.
( Myslère <leï Sjtlylle^•.)
Lin my^lËro au x\i' Biâole.
la repnjseiilalion , d'après le m (Myelire des Sibylles.)
de batailles, de tableaux ou pantomimes. Quelques particularités seulement méritent d'être notées au passage.
Lors de l'entrée de Louis XI, s'il faut en croire la Chronique de
> On peut consulter, sur les fêles de celte entrée, le ai ) , ils Bibliothèque oationsle.
Jean de Troyes (année 1461), il y avait à la fonUiine du Ponceau « trois belles filles faisant pei^onnages de seraines (sirènes) , et disoient de petits motets et bergerettes * *. A l'entrée de Charles VIII (1484), on mimait les scènes de la Passion et de la Bible, particulièrement celle de Goliath tué par David, comme une allégorie à l'adresse du jeune roi qui serait victorieux de tous ses ennemis, près de la Trinité, sur le Pont-au- Change, devant la porte Saint- Denis, sous les porches des éghses. En 1502, l'entrée du légat, puis celle de l'archiduc, furent solennisées encore par des figurations semblables devant le Chàtelet '. Ces scènes étaient toujours muettes, à l'exception des chants; mais, à l'entrée de la reine de Bretagne (19 novembre 1504), on trouve sur plusieui^ points un acteur qui, sous prétexte d'expliquer le spectacle, adresse à la foule de véritables discours en vers.
A côté des mystères, les moralités ne tardent pas non plus à se montrer, avec tout leur cortège de personnifications métaphysiques : ainsi, déjà à l'entrée de Louis XII (1498), c'est d'abord Noblesse accompagnée d'Humanité, puis Richesse escortée de Libéralité, chacune avec ses attributs, qui jouent une sorte de moralité muette sur l'échafaud de la porte Saint-Denis. Devant le Chàtelet, un roi est assis sur son trône, ayant à sa droite Bon Conseil et à sa gauche Justice; Injustice est couchée sous ses pieds. Près de lui, Puissance armée tient un voulge (épieu) contre la poitrine de Division, et à Tentour sont rangés Église, Peuple, Seigneurie, Pouvoir, Union et Paix. C'était tout un tableau décoratif et allégorique. A partir de ce moment, l'allégorie se fait une part chaque jour grandissante, et les mystères mimés en pleine rue, comme les autres, tournent de plus en plus à la moralité.
Pendant tout le règne de Louis XII, et encore aux entrées de François I^r et de Claude de France, c'est le charpentier Jean Marchand et maître Pierre Gringore, son compère, qu'on voit figurer sur les livres de comptes comme touchant de 100 à 115 livres pour avoir fait et composé lesdits mystères, en dressant les échafauds, en disposant les tapisseries, en habillant les personnages, en salariant les chantres et ménétriers, en choisissant les sujets, chacun suivant sa spécialité.
1 Od flgura aussi à celle entrée une bataille contre les Anglais, « qui furent prins et gaignez, et eurent les gorges coupées. » La barbarie du temps, dit à ce propos Dulaure avec une gravité admirable, fait douter si cette scène fut fictive ou réelle.
' Petit de JuUeville, les Mystères, t. II, ch. xvi, p. 198-202. On trouvera dans ce même chapitre l'indication et la description sommaire d'un grand nombre d'autres mystères sans paroles, célébrés dans les villes de province, presque toujours aussi pour des entrées de
A l'entrée de Charles- Quint (1540), s'élevait, à la porte Raudoyer, un parc françois remi)li de lis, avec deux portes aux deux bouts : l'une fermée et verrouillée, la porte de la Guerre; l'autre ouverte, la porte de la Paix, de laquelle sortait une belle nymphe nommée AlliaJice, Parfois l'imagination fougueuse des ordonnateurs de la fête ne connaissait pas de limites, mêlant tous les genres et tous les styles, le profane et le sacré, le symbolique et le réel, le christianisme et la mythologie, en un bizarre amalgame où elle jetait pêle-mêle, sans y chercher malice, tout ce qu'ils avaient appris dans les livres et tout ce qu'ils savaient faire, — comme à l'entrée de Marie d'Angleterre (1514), où l'on vit sur un échafaud dames Justice et Vérité, montant et descendant entre la terre et le tnnie céleste, entourées des douze pairs de France, et, au bas de l'échafaud, cinq personnages les plus étrangement assortis qui furent jamais, à savoir : Bon -Accord, Stella Maris, Minerva, Diana et Phœbus; tandis que devant la Trinité on représentait la visite de la reine do Saba à Salomon, et au Palais l'Annonciation, où le salut adressé par l'ange à la V^ierge était une allusion gracieuse au nom de la souveraine.
Ces spectacles allèrent toujours croissant de magnificence jusqu'au régne de Henri II, après lequel on les remplaça par des arcs de triomphe ^ Ils supposaient même une assez grande habileté de la part des machinistes qui en organisaient la partie matérielle, et je ne sais si nous voyons beaucoup mieux aujourd'hui dans nos grandes fêtes nationales et populaires. Outre les bourgeois et les corj)s de métiers, les confréries dramatiques prenaient part à ces représentations : comment eût-il été possible qu'elles s'abstinssent, en ces occasions solennelles, de ce qui était leur objet spécial? Nous savons, d'ailleurs, que les clercs de la Basoche étaient convoqués aux entrées des rois et des reines à Paris, pour contribuer à la pompe de la fêle. Il est probable aussi que les échafauds dressés invariablement devant le Chàtelet étaient desservis par la corporation dramatique des clercs du lieu; il est phis probal)le encore que ceux qui s'élevaient d'une façon
' Les frères Parfaîcl disent que les mystères do rentrée des rois ne durèrent que jusqu'à François I*"", assertion qui a été naturellement répétée presque partout. Cependant, non seulement la reine Eléonore fit encore son entrée en 1530 au milieu de mystères et jeux (comme s'exprime Marot), parmi lesquels figurait une « bergerie moralisée », jouée par les Confrères de la Passion devant l'église de la Trinité, mais encore on lit dans les Extraits drs registres de VHâtel de Ville, relativement à l'entrée de Henri U {Archives curieuses de rhisloire de France, I" série, t. Ul , p. 447) : « ... A esté conclud, advisé et délibéré... quant aux joyeuses entrées du Roy et de la Royne... qu*on fera de beaulx eschauffeaulx et mistères ès-porte Sainct- Denis le Ponceau, et autres lieux accoustumés; et pour ce faire seront mandés peintres, inventeurs et gens de bon espreit pour composer et ad viser auxdits mistères. »
LE VIFXX PABIS
non moins invamble devant l'iiûpital de la Trinité étaient réservés aux Confrères de la Passion, qui n'avaient, pour ainsi dire, qu'une porte à ouvrir pour se transporter, avec leurs costumes et leurs décorations, du théâtre de l'intérieur au théâtre du dehors. Qui aurait eu l'audace d'aller représenter un mystère au seuil même des maîtres du genre, de ceux qui l'avaient créé et l'avaient élevé à son plus haut point de splendeur? Seulement ceux-ci se bornaient alors à une action fij^urée, transformant la pièce en pantomime, et ces circon-
Naissance de la Vierge Marie ; Présentalion ; Annonciation , d'après le manuscrit du myslëre de la Passion é Valeociennes. — Bibl. nal. fr. V^m, xvi> siâcle.
stances étaient à peu près les seules où les Confrères de la Passion jouassent en plein air.
Si ce n'est là qu'une conjecture fort vraisemblable pour les premières fèlcs de cette nature, c'est une certitude pour toutes celles qui eurent lieu à partir de la fin du xv« siècle. Dès l'enlrée de Louis XII, en 1498, la relation conservée par le Cérémonial français nous apprend que le sacrifice d'Abi-abam et le crucifiement de Jésus entre les deux larrons, représentés devant l'église de la Trinité, avaient pour auteurs et pour acteurs les Confrères, et les registres de l'ilùtel de ville répètent la même chose pour les enti-ées des reines Anne de Bretagne et Éléonorc d'Autriche.
A ces grandes soiennilés bien des détails se rattachent de près ou
HKI'RKSKNTATIO.NS DMi- MVSTtHliS H
lie loin dans les fêles religieuses comme dans les fûtes publiques lie cei'Uiins corps de méliei-s et dans les inocessious dramatiques de certaines confréries. Il est souvent difficile de distinguer nettement les eorponitions des confréries, nu moyen âge. Toute corporation est en même temps confrérie; beaucoup de confréries sont en même temps coiporations. Les confi-éries se forment soit de gens du morne métiei-, comme celles de Suint-Amand, de Sainte-Anne, de Saints- (Irépin-et-Ci-épinien, de Siiinl-Marlin-le-ISonillant, de Sainl-Honoré,
prédication de aa ni Jean « (lu myslËre de la
rie Saint-Micliel, etc.; soit île gens du même quartier et de la même paroisse, comme celle de la Vierge de la rue aux OiiOs, réunis dans un dessein religieux, auquel s'associe fréquemment un but plus profane; quelquefois même, comme la gi-ande confiérîe de Notre-Dame, de gens qui ne sont ni de la même profession ni du même quartier.
Aussi bien que les corps de métiers, les confreries pui-es et simples avaient leurs fêles publiques, leui's démonstrations solennelles, qui affectaient souvent la forme d'une sorte de i-eprésentation populaii'e, où le di'ame, voire la comédie, se déroulaient dans une pantomime naïve et passionnée. Telle était, par exemple, la fameuse procession des pèlerins, le jour de Saint- Jacques.
L'IiApital et l'église de Saint-Jacques aux Pèlerins avaient été
18 LE VIKLX PARIS
fondés par une confrérie de bourgeois de Paris qui avaient fait le pèlerinage de Saint-Jacques en Galice. Formée sur la iin du xiiic siècle, cette confrérie conçut, dès 1317, le dessein d'ouvrir un hôpitid pour y héberger les pauvres voyageurs des deux sexes, en particulier ceux qui allaient à Saint- Jacques ou qui en revenaient. Elle y réussit, après avoir surmonté une foule d'embarras et de tracasseries'. Chaque année, au mois de juillet, les confi'ères faisaient une procession magnifique, où leur patron était ligure <^ par un grand faquin vestu en saint Jacques , marchant avec la contenance d'un crocheteur qui veut contrefaire l'honneste homme * d. Ce personnage était habillé « d'un chapeau, bourdon, cannebasse, et d'une robe à l'apostoUque, toute recoquillée, récamée par-dessus d'escailles et de moules de la mer^ «. Tout le long du trajet, les pèlerins en procession, sous prétexte sans doute de couleur locale et pour mieux jouer leur rôle, rcmpHssaient aux premiers cabarets venus les calebasses de cuir bouilli dont ils avaient eu soin de se munir, et les vidaient en pleine rue. La cérémonie se terminait naturellement par un bancjuet dans les salles de l'hôpital, et, durant tout le repas, le grand faquin qui représentait saint Jacques se tenait au haut bout de la table, entre deux hommes chargés de l'éventer respectueusement. Mais il payait cher cet honneur, car, sous prétexte que les saints ne mangent point, il était condamné à regarder les exploits des joyeux convives, sans toucher à un plat. — Avant la fin du xvii^ siècle, le pseudo-saint Jacques avait disparu de la cérémonie, mais le reste demeurait comme par le passé, et les confrères avaient si bien besogné, si bien fêté leur grand patron, qu'ils avaient ruiné entièrement la caisse.
Malgré cet accident, la confrérie tint bon : elle se borna à restreindre à de plus modestes limites la fête qu'elle célébrait d'abord avec un si grand éclat, et, tant qu'elle subsista, elle fit tous les ans, le lundi après Saint- Jacques le Majeur, une procession dans laquelle figuraient tous ses membres, le bourdon d'une main, un cierge de l'autre.
J^a confrérie des chevaliers, voyageurs et palmiers du Saint - Sépulcre de Jérusalem, ou, plus simplement, la confrérie du Saint- Sépulcre, fondée en 1330, réunissait, comme son nom l'indique, d'autres pèlerins qui avaient accompli un voyage encore plus lointain et plus sacré que celui de Saint- Jacques de Compostelle. Tous les ans ,
* V. Piganiol delà Force, Description de Paris, l. III, p. 171 et suivanles. « Sauvai, t. II, p. 620.
3 Le Franc -Avclier de la vraie Église, par Anl. Fusil, liv. IL— Il faut, néanmoins, se défier des renseignements donnés par ce prêtre apostat dans son livre, ou plutôt dans son
lihoflA
et même plusieurs fois par an, elle se dirigeant, en cortège solennel, de 1 église des PP. cordeliers du grand couvent de Paris à l'église du Saint -Sépulcre, située rue Saint-Denis, là où s'ouvrit depuis la cour Batave. A partir de Tan 1727, elle prit Tusage de passer par le Grand -Clïàtelet, où elle payait les dettes d'un certain nombre de prisonniers, qui se joignaient aussitôt à la procession et lachevaient avec leurs libérateurs'.
Cette confrérie, qui avait disparu en 1789, ressuscita en 1814, et s'organisa en Ordre royal, militaire, religieux et hospitalier du Saint- Sépulcre de Jérusalem, qui eut son état-mnjor, ses diplômes, ses chevaliers, et s'arrogea le droit de distribuer l'antique décoration dont les origines se rattachent aux croisades. Elle fit alors quelque bruit et jeta un certain éclat; mais une ordonnance du roi, vers 1821', mit lin «à cette usurpation jusque-là tolérée-.
Il est probable que diverses autres cérémonies (igurali\es, mireligieuses, n]i-dramatiques, étaient également représentées par des confréries spéciales, par exemple, le mystère du Juif, joué tous les ans, à la procession de l'Octave, en souvenir d'un sacrilège odieux, dont la mémoire resta vivante à Paris pendant plusieurs siècles. En 1298, un juif, ayant donné trente sols à une pauvre femme, à condition que, lorsqu'elle communierait, elle lui rapporterait l'hostie, se livra sur le corps du Christ à une série d'outrages qui furent révélés par son iils et qu'il expia par sa mort. Les principales péripéties de ce drame miraculeux étident mises en scène dans la pi'ocession. On voyait le juif percer à coups de canif l'hostie, qui jetait du sang, et ce mystère en pantomime réchaulïait la foi ardente du peuple, et le poussait à rendre de nouveaux hommages au saint sacrement promené en pompe par les rues \
Le mystère du Juif était aussi représenté parfois en d'autres processions que celle de l'Octave, comme nous rai)prend le Bourgeois de Paris, qui nous donne en même tenqis de précieux détails sur la manière dont on le mettait en scène. Il raconte que, le 15 mai 1H4, une procession alla aux Billetles^ chercher le canif dont le juif avait
1 Mercure de France d'avril 1735. — Lemaire, Paris ancien et nouveau, l. !•% p. 469.
< On trouvera de curieux détails, bien qu'un peu suspects, sur celte métamorphose de la confn}rie, dans la Chronique indiscrète du xix« siècle, 1825, lettre xxxiii.
3 Félibien et Lobincau, Histoire de Paris, I. XVI, ch. lxxv.
* La chapelle des Carmes- BiUettcs, dite chapelle des Miracles, avait été bâtie, en 1302 sur l'emplacement de Tancienno maison du juif; on y gardait tous les instruments du miracle le canif teint de sang, la chaudière où il avait fait bouillir l'hostie, qui était conservée elle-même à l'église Saint-Jean-en-Grève, etc. (Lemaire, Paris ancien cl nouveau, t. 1" p. 4C6-409.)
déchiré l'hostie, et qu'on le porta en pompe, avec la sainte croix et beaucoup d'autres reliques, à Sainte -Catherine du Val des Ecoliers, € et y avoit devant, ajoute-t-il, plus de cinq cents torches allumées,... et avoit après ces sainctes rehques tout le mystère du Juif, qui estoit en une charrette Ué, où il avoit espines, comme se on le menast ardoir (brûler), et après venoit la Justice, sa femme et ses enfants, et parmi les rues avoit deux eschaffaulx de très -piteux mystères, et furent les rues parées comme à la Saint- Sauveur*. »
Néanmoins, à mesure que la simpUcité de la foi s'altérait et que le souvenir du prodige allait s'alfaiblissant dans les cœurs, cette représentation perdit peu à peu aux yeux du peuple sa haute signification religieuse, et en vint à n'être plus pour lui qu'un amusement à peine caché sous le voile de la dévotion, une variété des mille et un spectacles de la rue. Dès lors elle donna lieu à de tels abus, que l'autorité ecclésiastique s'en préoccupa, et qu'elle fut défendue par plusieurs conciles -.
Les confréries avaient aussi des cérémonies spéciales "pour l'enterrement de chacun de leurs membres, et ces solennités atteignaient surtout un haut degré de splendeur à la mort d'un maître ou d'un grand dignitaire. Les confrères se rendaient aux obsèques et accompagnaient le corps avec des cierges et des torches. Le trésor de la communauté servait, au besoin, à défrayer les dépenses extraordinaires à l'aide desquelles on voulait honorer le défunt.
Beaucoup de confréries avaient été inspirées par la pensée de la mort, dans tous ses genres et sous ses physionomies les plus diverses. L'une des principales était spécialement instituée pour ensevelir les défunts et assister à leur enterrements Celle de la Très -Sainte- Trinité faisait processionnellement, chaque lundi, le tour du cimetière des Innocents. Les pénitents de toutes les couleurs accompagnaient souvent les condamnés à Téchafaud. A Paris, quand on menait les criminels à Montfaucon avec cet appareil qui faisait du dernier supplice un des spectacles les plus recherchés du populaire, on les arrêtait, pour recevoir leau bénite et baiser un crucifix de bois, dans la cour du couvent des Filles-Dieu, qui les entoumient en chantant les psaumes de la pénitence, et leur servaient le dernier morceau du patient f c'e^-à-dire un verre de vin et trois fragments de pain bénit.
1 Collection Michaud, t. UI, p. 293, Journal d*un bourgeois de Paris sous Charles VU. — Voir aussi, ihid., t. Il, p. 653, Journal,,, sous Charles VI,
s L'abbé Thiers, TraiU des jeux el divertissements, ch. xzxiii.
3 Voyez les Statuts (manuscrits) des confrères de la Compagnie de la Mort, établis par Henri III , (Bibl. nationale, fonds des Célestins.)
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■ le mBDUBcrit de la Bibliothèque nalianale, U. 12S36.
HEPRÉSENTATIONS DKS MYSTÈRES 21
Après la mort de Jacques (rArmagnac, duc de Nemours, qui eut la tète tranchée en 1477, cent cinquante cordelicrs vinrent chercher le corps, tenant en main des torches aUumces, chantant des hymnes, et précédés d'un cercueil découvert, où Ton mit le cadavre du duc*.
Faut-il rattacher à notre sujet les représentations syml)oliques do la danse macabre dont parlent plusieurs auteurs? La danse macal)re, un des thèmes populaires de Tartan moyen âge, était destinée à rappeler régalité de tous les hommes devant la mort. F^lle se déroule souvent sur les murs des cimetières, des cloîtres et des églises, comme sur les pages des livres de prières.
Le Journal d'iui hourijrois de Paris sous Charles VI cl Charles VII raconte que la danse macal>re fut faite aux Innocents en Tan 1424, et il en parle encore en 14î29. Heaucoup sont i)ersuadés (pTil s'agit ici d'une véritable représentation-. Le théàtie, suivant cette interprétation, était adossé aux chainiiMs (hi cimetière, lieu propice pour ce higuhre spectacle. La Moi1, sous Ibime «l'un scju^^lette aux grands bras décharnés, cheivhait à attirer vers la lond)e chacun des divers ctats personnifiés. Pai>e, roi, cai'dinaux, princes, évècpies, abbés, moines, avocats, médecins, nKMiétriers, lal)Oureurs, clercs, docleui's, enfants, bourgeois et bourg(^oises paraissaient successivement sur la scène et étaient saisis par la Ab)rl, comme dans la composition (fllolbein, comme dans toutes les peintures (pii re[)roduisirent à foison ce sujet, et dont on ti'ouve encore des traces à Sti'asbourg, à Rouen, à Bàle et en bien d'auties lieux. En 1424, le mystèi'e de la danse macabre , au milieu d'une des misères les plus profondes qui eussent désolé le peui)le pemlant les guerres de l'occupation anglaise, compliquées des luttes sanglantes entre Armagnacs et Hourguignons, était un divertissem(»nt tout de circonstance, et, si c'est bien d'une représentation di'amatique cpTil s'agit, — ce que, pour notre part, nous n'osons affirmer, — il se pi'olongea du mois d'août au carême suivant, ne se jouant sans doute qu'aux dimanches et fêtes, peut-ètie se ré[)étant plusieurs fois, dette longue? durée semblerait indiquer qu'il était
' Sainl-Foix, Essais historiques sur Paris, l. 1*% p. 117-118. — Chronique de Jean de Troyes. (Collection Michaud, t. IV, p. 333.) — Il en fut de même aprfs le supplice du connétable de Saint- Pol. (Jbid., p. 321.)
' Particulièrement Michelet, P. Lacroix, Langlois dans son Essai sur les danses des morts. 11 faut ravouer toutefois, le texte de ces deux passages autorise à croire que le chroniqueur n a voulu désigner qu'une peinture et non un spectacle en action. C'est dans ce sens que se prononce Peignot {Recherches sur la danse des morts, 1828, in-8'), et son opinion semble confirmée par quelques lignes du Journal de l'Estoile (Collection Michaud, t. XV, p. 59). Mais, quoi qu'il en soit de ce cas particulier, il est permis de pen&er, quand on connaît les goûts et les habitudes du moyen âge, que ces peintures symboliques durent être transportées sur la scène et mises en drame.
22 LE VIEUX PAHIS
représenté par une confrérie qui avait pour but spécial de jouer en public, — peut-être par les Confrères de la Passion eux-mêmes.
Le vendredi 10 mai 4591, jour de la Saint- Job, dit l'Estoile, les Wallons, faisant partie des troupes qui occupaient alors Paris, célébrèrent par les rues, à la mode de leur pays, un mystère ambulant, ou plutôt une mascarade de la patience de Job. Ils se promenèrent à travers la ville, avec force gens à moitié nus, qui avaient les bras sanglants et les corps peints; et, en ce bel équipage, ils accompagnaient avec des violons un homme monté à rebours sur un âne, et ayant à ses côtés un diable et une femme qui le couvraient de risées. Cet homme, qui représentait Job, donnait la bénédiction aux passants avec la queue de son âne. Cette farce sacrilège excita Tindignation du peuple de Paris, qui, sur le pont Notre-Dame, voulut jeter les acteurs à l'eau, et les força de se retirer plus vite qu'ils n'éUiient venus*. Sauvai nous raconte aussi que les paroissiens de Saint-Nicolas, le jour de la Fête-Dieu, conlrcfaisoicnl Jésus-Christ, les apôtres, Adam, Eve, Abraham, Isaac et Moïse, « mais avec des moqueries et des scandales si honteux, que le Parlement, par arrêt, condamna à deux cents livres parisis d'amende ceux qui, à l'avenir, profaneraient de la sorte une si sainte fêle -. d
D'ordinaire, c'était simplement par leurs cris et montres que les mystères, moralités, soties, joués à Paris, se mettaient en rapports directs avec la rue. On connaît le cri de Gringoirc pour le Jeu du Prince des sotz et de Mère sotte. Comme les Enfants Sans-Souci, les Confrères de la Passion, lors d'une reprr^sentation solennelle, parcouraient la ville en grand appareil et faisaient une proclamation à tous les carrefours. Rabelais nous a laissé^ une description pleine de verve burlesque d'une de ces montres, où Ton voyait les diables du mystère, vêtus de peaux de brebis, de veau et de loup, portant des têtes de mouton et des cornes de bœuf, ceints de grosses courroies auxquelles pendaient des sonnettes, sauter et gambader par les rues, en criant, hurlant, jetant des fusées et des pétards sur leur passage. Cette description s'applique à une ville de province; mais, sans doute, les choses pouvaient se passer à peu près de même à Paris. Nous avons, du reste, un document détaillé qui nous dispense de recourir à des inductions toujours plus ou moins vagues : c'est la description du cry et de la montre qui eurent lieu le 16 décembre. 1510, avant la représentation du Mystère des Actes des Apôtres, par les frères Gréban,
I Journal de TEstoile (Collection Michaud, t. XV, p. 53).
s AnliquUés, t. II.
' Panlaijruclf liv. IV, ch. xui.
HEPBKSENTATIONS I1R« MVSTKKKS 23
niiii li'annoiicer la jnèce et de recruter tles iictciii-s ile bonne volonté'. Voici quels étaient l'onlre et la composition du cortège.
D'îiliord marchaient six trompettes, ayant à leui-s in^ilnnnrnts dos iKinderoles aux armes du roi, — et parmi eux le troiii|)elte oMînairc et le crieur juré de la ville. Puis un giand nonilnv de sergents et d'archers du prévôt de Paris, vOtns de leurs lioqiietons paillés (l'aixeiit, aux livri-es et armes tant du roi (|ue du prévôt.
I ,lf In Bihiiollièql
Ensuite beaucoup « d'olliciers de sert;eii[s de ville, tant du nombre lie la marchandise que du Parloir aux l)ourî,feois, vesliiz de leur's rohcs my-parlies de couleurs de ladicte ville, avec leurs enseij^nps, qui sont des navires d'argent o. Apn-s, deux Imnunes eHablis pour faii-e la proclamation, avei' dos saies de veloui-s noli', « portans manches perdues de satin do trois couleurs, assavoire jaulne, gris et bleu; » les deux directeurs du mystère, l'un eiclési:(sli(]ue, l'autre laïque, t vestuz honnestcmciil; u les (|uati"eentreproncui's. « vestnz do chamarres de taiïetis armoysin et pour|)oinclz fie vclnui-s, le tout noir. » Il n'est pas besoin de dire que le cortège entier était à cheval. Par derrière s'avançaient quatre commissaires du Châtelet, montés sur des mules garnies de housses, puis un grand nombre de Iniur-
' lliiloirt du Théâtre franpiif, par IcR frères Parraict, l. U . |>. SV-i-^Vift.
24 LE VIKI'X l'AlUP
geois en ordre, marchands et autres, < tant de longue robe que de courte. » A chaque carrefour la ti'oupe s'arrêtait, et deux des entrepreneurs s'en détachaient pour se joindre aux deux hommes spécialement chargés de la proclamation. Les six trompettes sonnaient par trois fois; et, après une nouvelle fanfare, exécutée par le tromi>elie ordinaire de la ville, les quatre personnages nommés ci-dessus criaient
Héraut à cbeval, [D'aprËs le manuscrit de la BibliothËquc nationale, (t. 2362.)
de tous leurs poumons la longue proclamation qui nons a été conservée. Elle est tout entière en vers bizarres, où les jeux les plus puérils du rythme se donnent pleine carnère, comme dans les poésies équivoquécs de Crétin, et nous n'avons pas le courage d'en citer une seule strophe.
Même lorsque les mystères eui'ent disparu devant la comédie, lorsque les Confrères délaissés eurent cédé la place aux Agnan, aux Valeran Lecomte et aux Gaultier-Garguille, il est probable qu'il resta, pendant un certain temps, quelque chose de la montre et du cri dans les usages des nouveaux maîtres de l'Hôtel de Bourgogne. Les premiers farceurs qui montèrent sur celle scène, illustrée un peu plus lard par les talents de Bellerose et de Floridor, n'étaient guère que
nb:^RESE^TATlo^s des mystères 2^
des saltiin)>anques peu différenls de ceux des places publiques, et ils en avaient la plupart des liabitudes. Comme nos bai'aques foraines d'aujourd'hui, rilùlel de Bourgn^rne, à ses débuts, faisait pi-écéder ses représentations d'une espèce de parade à la porte, qui servait, pour ainsi dire, d'annonce el d'amorce au spectacle du dedans. Dans
Palhelin prenaDt la pièce dp dra|> qu'il enlève au drapier.
pliiidanL pour le berger (levanllejuge.
imilé des gravures sur bois de la farce de Palljelin 'conaidérpc comme le type de la comédie qui a succédé aux mystères). Éd. do 1490. (V. Paul Lacroiï, Cet Sciences el Ut Letlrei au inoytn âge, p. H5H.t
la Comédie des comédiens, de Scudéry, qui est de i03i, nous voyons encore les meilleures troupes de province, même dans la seconde ville du royaume, à Lyon, envoyei' un tambour, escorté d'un arlequin, pour battre le rappel par les rues avant la leprésenLation. Nous ne dépasserons pas les boi'nes de la vraisemblance en conjecturant qu'il en avait été de même à Paris, au moins jusqu'aux premières années du xviF siècle, avant l'emploi des arficlies, et peut-être concurremment aveu elles.