LES ECOLIERS DANS LA HUE
Comme toutes les corporations du moyen ù^^e, TUniversité de Paris avait ses solennités de famille, ses démonstrations, ses processions, ses exhibitions publiques; elle les avait même plus fréquentes et plus animées à cause de son importance spéciale, de ses privilèges et de la jeunesse innombrable, amie des plaisirs et du bruit, dont se composait Tarmée de ses suppôts et écoliers.
Pas de mois, pour ainsi dire, qui ne ramenât périodiquement sa fête, et môme qui n'en ramenât plusieurs. Nous allons passer les principales en revue, en suivant Tordre cbronologique.
Le 6 janvier, jour de TÉpiplianie, les écoliers se livraient à des réjouissances qu'ils appelaient ?T[/a/m dans le latin de TUniversité, et qui étaient le digne pendant de la fcte des Fous ou des Sous- Diacres. Toute surveillance cessait de plein droit : les portes des collèges restaient grandes ouvertes, et les élèves, souvent accompagnés des maîtres et régents, compagnons ordinaires de leurs jeux comme de leurs études, se répandaient par la ville en mascarades tumultueuses, couverts d'habits ridicules, de haillons, de robes retournées, ou parfois d'accoutrements somptueux. Réunis en un lieu propice, ils élisaient par acclamation un roi des fous, chargé de donner le branle à leurs amusements bouffons. Cette pratique était fort ancienne, et on n'en peut fixer la première origine.
La fête des Rois, en 4468, fut troublée par de graves désordres, et les écoliers, masqués et armés de bîitons, s'entre-battirent tout le jour dans les rues, si bien que le recteur dut aviser à des mesures sévères contre le retour de pareils abus ^ Elle sembla un moment vou-
1 Sauvai, Antiquités de Parié, t. Il, p. 622.
28 LE VIEl'X PARIS
loir se restreindre à Tinlcrieur des collèges et se passer en famille, en célébrant le roi de la fève par des chansons et des farces burlesques; mais les vieux usages ne tardèrent pas à reprendre le dessus, et, en 1488, la Faculté des arts, assemblée au lieu habituel de ses conférences, dans Téglise Saint-Julien-le-Pauvre, pour procéder à une réforme devenue nécessaire, trouva le mal tellement enraciné qu'elle se résigna à lui faire des concessions. Les divertissements extraordinaires, interdits pour les fêtes de saint Martin, de sainte Catherine et de saint Nicolas, furent tolérés pour TÉpiphanie, à condition qu'ils ne commenceraient que la veille au soir et, le jour même, après vêpres; qu'ils ne nuiraient en rien aux offices et aux études; qu'ils se renfermeraient dans l'enceinte de chaque collège, sans que les jeunes gens pussent continuer à courir de l'un à l'autre, et enfin qu'on ne jouerait plus de comédie qui n'eût été soigneusement examinée d'abord. Une sanction sévère fut donnée comme garantie ù ce règlement; car l'écolier coupable de l'avoir violé devait être battu de verges dans la cour du collège par quatre régents, sous les yeux du recteur et des procureurs, et en présence de ses camarades, solennellement assemblés au son de la cloche. Cette réforme ne dura pas. Deux ans après, on essaya d'enlever d'assaut la révocation du décret, qui résista à cette lirusque attaque; mais i)eu à peu la vigilance des réformateurs s'endormit, et les écoliers recommencèrent à s'émanciper de telle sorte que, le 8 décembre 1525, le Parlement dut s'en mêler et défendre par un arrêt, renouvelé deux ans plus lard (4 janvier 4528), qu'on jouât dans les collèges, à la fêle des Rois, € aucunes faites, momeries, ni sotise ' i. Le Parlement ne fut pas plus heureux que ne l'avaient été les recteurs, et les jeux bouffons de la fête des Rois continuèrent leur cours à travers tous les obstacles, jusqu'à ce qu'enfin, lasse de ces excès, l'Université prit un grand parti et coupa court au mal en rayant définitivement l'Epiphanie des fastes académiques (décembre 1559)*.
Quelques jours après l'Epiphanie arrivait la fête de saint Guillaume, patron particulier de la nation de France '\ Elle était célébrée en
1 Ces représentations, qui avaient lieu soit dans la grande salle , soit dans la cour des collèges, avaient remplacé peu à ]>eu les mascarades des rues, avec moins de scandale au dehors sans doute, mais avec tout autant de licence et de désordres au dedans.
î Sauvai , Àntiquiléa de Paris, t. W. — Du Boulay, IJisloria univers, Paris, l. V, p. 761-785»; t. VI, p. 186, 20'i, 526.
3 On sait que les écoliers de la faculté des arts étaient partagés en quatre nations: celles de France, de Picardie, de Normandie, et celle d'Angleterre, qui devint la nation d'Allemagne vers 1437, quelque temps après la mort de Jeanne d'Arc, buppliciée par les Anglais. Ces nations se divisaient elles-mêmes en provinces, qui se subdivisaient en diocèses.
grande pompe, avec messe soleimelle, musique, iléjeuner. Eu lil4, plusieurs princes du sang s'y rendirent; trois ans plus tard, le roi y vint lui-même, et, dans cette mémoniMeocctin-ence, lu nation tint à se distinguer en donnant un grand repas aux chevaliers et ccuyers de sa suite, ainsi qu'à ses [iropres suppôts. Les autres nations avaient
, d'après l'origi
Archiver netiouale^i, eti*.
également leurs patrons particuliers, aux fOles desquels reparaissaient toiijoui's les mêmes divertissements et les mêmes fulies. Aussi les réjouissances scandaleuses par lesquelles les écoliers des diverses nations déslionoraient les solennités de leurs pati'ons furent -elles l'olijet d'une réforme particulière de la part de la faculté des arts', en décemlire liM, quelque temps avant la grande réforme du cardinal d'Estouteville-.
* La faculté des srls, que nous appelterions aujourd'hui des lelbti, la plus nombreuse de beauci>U|), ùlail la facullé inrérieurc. qui servait d'acheininemenl aui Iroia facultés supérieures; [la lliéolugic, de médaciiie el de décret ou droit caiioii. Elle comprcjmil tout ce qui n'avait pas atleinl le grade de docteur. Ces facullés supi^rieurps, réunies aux quatre nalioDB de la faculté de^ arts, lormaienl les sept compagnies de la république uuiversilaire. Les premières ataienl pour chef, chacune un doyeii; les dernièrcâ, chacune un procureur. Le chef suprême de TUniversité Olait le recleur, en même temps chef parliculier do la r»cultû des arts, el élu par elle seule, parce qu'elle formait le corps de l'Université propremeJit dit, et embrassait dans eon cadre immense presque tout le personnel enseignant des collèges. Il faut lire Launoy (Rrgii Kavarrx gymnaiii hisloiûi) si l'on veut se mettre au courant du mécanisme administratif de l'Université.
» Crevier. Hitloire de trUnitttriUi de Parti, l. III , p. 382; I. IV, p. 169.
Le 29 janvier, le recteur de l'Univei'sité, suivi des quatre facultés, allait offrir solennellement au garde des sceaux le cierge de la Chandeleur.
I^ jour de Pâques et le lendemain étaient marqués par deux cérémonies, où r Université s'offrait en spectacle dans les rues de Paris. Le premier jour, le recteur se rendait processionnellement avec un cortège, composé des procureurs des quatre nations et de la plupart des officiers et maîtres de l'Université, sur le Pré -aux -Clercs, tant pour le visiter que pour constater et confirmer son droit de propriété; le lendemain, il se dirigeait à l'égfise Notre-Dame-des-Champs, hors les murs, où, après avoir fait ses dévotions, il prenait part à un grand dîner. Le cortège reconduisait ensuite le recteur jusque chez lui. En 152G, la visite du Pré-aux- Clercs fut transférée au lundi de Pâques, par respect pour la sainteté de la plus grande fête du cathohcisme, que troublaient souvent le tumulte et les extravagances auxquels cette démarche donnait lieu *.
Le Pré-aux- Clercs servait aux jeux des écoliers pendant les jours et les heures de congé, et TUniversité n'en tira jamais d'autre parti. Toute cette jeunesse turbulente s'y assemblait en foule pour se livrer aux divertissements innombrables dont Rabelais *, les Colloques d'Érasme et un chapitre de Math. Cordier^ ont dressé le curieux catalogue, et qui dégénéraient souvent en querelles où le sang coulait, où le guet lui -même n'était pas respecté. Dès 4473, les écoliers avaient si bien pris l'habitude de se réunir pour insulter les bourgeois et se battre entre eux, que la faculté des arts dut parer au mal par un décret rigoureux, qui allait jusqu'à interdire les promenades et récréations au Pré-aux- Clercs. Mais, deux à trois ans après, les désordres recommençaient de plus belle, et, le 7 août 1477, les écoliers se livrèrent, sur le théâtre ordinaire de leurs jeux, un combat en forme, où les maîtres mêmes prirent part, et où plusieurs furent assez grièvement blessés.
Ils avaient aussi de nombreuses querelles avec les moines de Saint- Germain- des -Prés, compétiteurs naturels de l'Université à la possession du Pré -aux -Clercs, et qui n'avaient jamais pu se résoudre à l'en
« Crevier, Histoire de V UniversUé , l. IV, p. 252-253; t. V, p. 192-194.
> Gargantua, liv. I, ch. xxii. L'abbé Thiers nous apprend, dans son Traité des jeux et divertissements (ch. xxiv), qu'une des récréations les plus ordinaires dans les petites écoles, — c^est-à-dire dans celles où Ton apprenait récriture, la lecture et les éléments de la grammaire latine, — était la joute aux coqs, et que, bien qu'innocente par elle-même, elle avait été défendue sous peine d'excommunication par le concile de Cognac, en 1260, à cause de la perte de temps et des désordres qu'elle occasionnait.
' De corrupli sermonis emendatione , p. 326.
Jaisser jouir paisiblement. Le 4 juillet 1548, excités d ailleurs par une déclamation de Ilamus, dans laquelle les usurpations des moines étaient l'objet d ardentes invectives, ils se portent en armes contre l'abbaye, font brèche aux murs du grand clos qu'ils saccagent, et dévastent les propriétés de la maison pendant tout le jour. Il fallut que les religieux soutinssent un siège et organisassent, avec leurs gens, une défense qui coûta cher à bon nombre d'écoliers. Le Parlement, après avoir informé, consacra, par sa décision, les droits universitaires. Néanmoins les écoliers ne furent pas satisfaits de cet arrêt, qui leur paraissait resserrer les anciennes limites de leur patrimoine. Ils en voulaient surtout aux nouveaux édifices qu'on élevait sur le terrain du grand pré, sans respect pour l'espace et la liberté nécessaires à leurs ébats, et ils tentèrent à plusieurs reprises de les démolir.
Le i!2 mai 1557, un écolier breton et un avocat, se promenant ensemble, furent tués de coups de feu jiartis d'une ft^nètre ouverte sur le pré. Ce fut le signal d'une émeute formidable do l'Université. Pendant plusieurs jours les ariiens s'assemblèrent en armes, attaquant les maisons, les détruisant i)ar le fer et la llamme, maltraitant le lieutenant criminel et ses archers, quoiqu'on eût jeté en prison l'auteur présumé du crime. Le procureur général et le Parlement prirent alors des mesures rigoureuses, liront pendre au miUeu du Pré -aux- Clercs un des plus séditieux parmi les écoliers, et informèrent le roi, qui se trouvait à cette éi)oque éloigné de Paris. Comme les désordres continuaient, on ordonna de fermer les portes des collèges à six heures du soir, de murer ou de griller toutes les fenêtres des chambres basses (pii donnaient sur la rue, enfin d'enlever toutes les armes oflensives qu'on trouverait dans les chambres des étudiants. L'exécution de ces ordres donna lieu à de nouveaux soulèvements : il fallut la sévère intervention de l'autorité royale i)Our y mettre un terme, et depuis ce moment, grâce aux mesures prises, le Pré-aux- Clercs redevint le théâtre innocent et paisible des ébats scolaires*.
L'Université était très jalouse de la possession du Pré-aux-Clercs. Elle y tenait comme à tous ses privilèges, et ne laissait passer sans protestation immédiate aucune tentative d'empiétement. Au besoin, elle se faisait justice elle-même. En 1539, le recteur ayant trouvé, dans sa visite annuelle, des moutons qui paissaient l'herbe sacrée de
* Pour tous ces faits, voyez Félibien, Histoire de Paris, t. U, p. 1025-i027; Crevier, ni$loire de l' Untvenilé , t. IV, p. 3o8, 381 ; t. V, p. 423, 423, t. VJ , p. 31. On peut consulter aussi un chapitre de la série publiée par M. Rathery dans le Journal général de l^inslruclion publique sur les Anciens collèges de Paris, année 1856, no« 58 et 97.
FÊTEt; ET JEUX DE L'UNIVERSITÉ 33
l'Université, fit saisir et enlever un des coupables. Une autre fois, en 1305, le recteur, escorté des maîtres et des élèves, était allé arracher le blé qu'un particulier avait eu l'audace de semer dans le domaine de la fille ainée des rois. Tout cela n'empêcha pas l'Université d'être expulsée peu à peu de ce domaine, jusqu'à ce qu'enfin elle en fut définitivement dépossédée, au xvii" siècle, par les constructions qui le recouvrirent, et dut transporter aux Champs-Elysées, dans les plaines de Gentilly, au bois de Boulogne, le théâtre de ses ébats.
Bas-retief représentant une réparation publique Taile en 1440 â l'Universilé
et aux religieux auguslins par leB sergents dj prévôt de Paria.
— Ce bas- relief est aujourd'hui conserté à l'école des Beaux-Arle.
Les émeutes, rixes et violences des écoliers ne se produisaient pas seulement dans l'enceinle du Pré-aux-Clercs. Rien n'était plus fréquent que des faits de ce genre, et la turbulence indisciplinable de la nation universitaire, — surtout des marlinels, c'est-à-dire des externes libres, vrais oiseaux de passage, qui logeaient dans les maisons bourgeoises, et dew galoches, ainsi nommés de la chaussure qu'il leur fallait pour franchir les boues de la montagne Sain le- Geneviève, externes amateurs, souvent fort âgés, encore moins connus que les martinets par les piincipaux des collèges dont ils recevaient les leçons, — était passée en proverbe. Le cloître Saint-Benoit, le clos Bruneau, le carrefour Saint-llilaire, comptaient parmi les fieux les plus dangereux de la ville. On conçoit tout ce qu'avait de redoutable une armée
d'écoliers qui pouvait se monter jusqu'à vingt mille hommes, dont beaucoup âgés de plus de trente ans. Dans Forigine, l'Université ne se chargeait que de donner l'instruction à ses élèves, obligés de se pourvoir à leurs risques et périls pour tous les besoins de la vie matérielle. Même quand la charité privée se fut occupée de leur fournir la nourriture et le logement par une foule de fondations, elles restèrent insuffisantes pour détruire entièrement un mal, d'ailleurs enraciné, et qui trouva de nouveaux aliments dans la multitude toujours croissante des écoliers et dans les privilèges exorbitants qu'on leur accordait, en compensation de la dureté de leur vie scolastique, et pour mieux les attirer.
La protection dont les rois, les papes, les légats entouraient l'Université n'était pour cette jeunesse ardente et orgueilleuse qu'une sorte d'encouragement aux excès. Vn prévôt n'entrait pas en charge que l'Université ne le mandat devant elle et ne le forçât de jurer le respect de ses privilèges; en cas d'infiaction, elle exigeait des amendes honorables et des châtiments sévères, qui allaient même jusqu'à la destitution. Quiconque essayait de lutter contre ce corps omnipotent était presque toujours brisé. A la première atteinte portée à ses droits ou à son orgueil, l'Université fi'appait Pai*is d'intenht, en suspendant leçons et sermons; et Dieu sait ce qu'il fallait d'arbitrages, de médiations, d'admonitions, d'enquêtes, de réparations, de bulles du souverain pontife, de pi^omesses du roi et du Parlement pour obtenir le pardon. Elle almsa tellement de ce moyen dangereux, qu'elle finit par le discréditer et par lasseï* la patience même de ses protecteurs.
Ce serait une histoire interminable et qui exigerait plusieurs in-folio, (jue celle des actes de désordre et de violence dont les incorrigibles élèves de la foculté des arts désolaient Paris et les environs. En 1229, ils se hvrèrent aux plus effroyables excès dans le bourg Saint-Marcel, à la suite d'une station prolongée devant les brocs d'un tavernier, qui osait leur demander le payement de ce qu'ils avaient bu. Quarante ans après, un arrêté de l'évêque de Paiis prouve qu'ils n'avaient rien changé à leur manière de vivre. Il leur reproche leurs désordres de jour et de nuit, blessures, meurtres, enlèvements de femmes, séductions et persécutions de jeunes filles, violations des établissements hospitaliers, rapines, brigandages et une multitude d'autres crimes en horreur à Dieu*. Vers le milieu du xvF siècle, les écoliers, chez lesquels Louis XI, on incorporant dans sa milice urbaine une compa-
1 CartuL de N,-D., 1, p. 161.— 8pringer, Paris au xiii» siècle, traduit par M. V. Foii-
r*hpr in— 49 n iOi
gnie d'universitaires, avait développé le sentiment belliqueux, étaient encore dans l'usage d'aller se promener à la campagne, formés en bataillons, avec armes, enseignes déployées, tambours, fifres et trompettes, se faisant escorter de soldats de louage, qui leur servaient de porte- respect, et tirant force coups de feu. Ils étaient souvent en compagnie de leurs principaux et de leurs régents, dont la présence n'arrêtait pas leurs folies; on les vit en quelques circonstances enfoncer les portes, piller et dévaster les vignes et les champs '. Ils engageaient des rixes innombrables avec les bourgeois, les bateliers, les archers, les soldats de la garde, etc. Durant le xvii* siècle même, les
Un vers lé de Par a daprèB l'onginal
écoles étaient une des glandes préoccupations de la police, et les Registres du Parlement, conservés en manuscrit à la bibliothèque de la Sorbonne, nous apprennent que les exécutions capitales étaient presque toujoiu's le signal de nouveaux désordres parmi eux, et qu'il fallait se prémunir « contre les voyes de fait, violences et meurti'es qui se commettent par les escoliers, estudianls en médecine et compagnons chirurgiens, qui, pour avoir les corps de ceux qui sont exécutez, attirent des vagabonds, pages et laquais, et les emportent par force' ■■.
Au moyen âge, les pauvres écoliers de Navarre et des Bons-
> Voyez particulièrement , sur ces diivagtations des vignes, les Coniri d'Eulrapel, par Noël du Fail, ch. iiiv. Est-ce à cause de ce penchant décidé des arlxeni pour le pillage des vi^Dee que leura vacances s'appelaienl lea vendangea?
' Rapport» de M. Afeoel [l" rapport), dans le BuUelin da eomilét hûfnrîfuridu mtntf- Ure de Vimtraetion publique. Mars 1851.
Enfants mendiaient leur pain par les rues à haute voix ; au xyip siècle, il y avait des écoliers qui se faisaient tire-laine, et, non contents de lutter d'insolence avec les pages et de grossièreté avec les laquais, luttaient encore de dextérité et d'audace avec les voleurs de profession : il est vrai que ceux-ci se prétendaient souvent écoliers, quand ils étaient pris sur le fait, afin de donner à leur crime les apparences d'unç simple espièglerie, et de profiter pour leur part des privilèges de l'Université ^
Les écoliers se battaient souvent aussi entre eux : le tumulte était leur élément naturel, et ils se fussent exterminés les uns les autres plutôt que de renoncer à leur habitude favorite. Vers l'an 1278, il s'éleva une rivalité entre la très constante nation d'Angleterre et la très fidèle nation picarde, qui se disputaient le deuxième rang parmi les nations, et les choses s'envenimèrent de telle sorte que les suppôts d'Angleterre se jetaient dans la rue sur les Picards, les frappaient, les tuaient même, et que ceux-ci furent réduits à échapper par la fuite à leurs redoutables adversaires'. Une autre fois (1408), on voit les étudiants engager entre eux une bataille acharnée à coups de bâtons ferrés' et d'autres armes, en pleine rue du Fouarre, c'est-à-dire devant leurs écoles, et sous les yeux du recteur et des maîtres ^ Cette bienheureuse rue était faite à souhait pour les rixes entre écoliers : elle affermissait les pieds et amortissait les chutes avec la paille dont elle était jonchée pour éteindre le bruit des chevaux et des voitures, et on finit par la fermer à chaque extrémité d'une barrière qui, en éloignant les profanes, en faisait une sorte de salle en plein air, où les écoliers passaient la journée à jouer, à manger, à se quereller. Ou bien c'étaient des guerres civiles de collège à collège, comme celle
* Ch. SoreI,/a Vraie histoire comique de Francion , édition Delahays, p. 179. — Les Caquets de l*accouchée, édition Jannet, p. 70.
* Sur les hostilités réciproques de nation à nation, sur les railleries, les reproches et les injures dont elles se poursuivaient continuellement les unes les autres, voyez VIJisloria occidentalis de Jacques do Vitry (cap. vu).
3 Ces bâtons ferrés, armes favorites des étudiants, s'appelaient tril>ars; ils étaient épais et lourds, et pouvaient aisément briser une tête ou une armure.
* Cesbalailles dans la rue n'étaient souvent que la suite naturelle des batailles dialectiques et des disputes acharnées commencées durant la classe, et qui faisaient ressembler l'intérieur d'une école à l'antre des tempêtes (Monteil, Histoire des Français, t. I, ép. xlvi). Les divers statuts des réformateurs de l'Université, dont rien n'égale la minutie, insistent d^une façon significative sur ce point, et recommandent aux maîtres, aussi bien qu'aux élèves, de s'abstenir d'injures les uns envers les autres dans les réunions et les classes. — Voj, Statuts des cardinaux de Saint- Marc et de Montaigu (1366) , Réforme du cardinal d*EstoulevilU (1452), le Règlement du collège de la Marche, les Dialogues de Vives, Nie. Mercier, De offieiis scotasticorum , et tous ces traités et manuels à l'usage des écoliers, d'une naïveté si grande dans leurs prescriptions, et où Ton trouve tant de renseignements sur les mœurs et usages
An Pf TrtîirA(H3itÂ
qui s'éleva en 1522 entre Monlai^u el Siiinte-B;ii-l>e, et qui a fourni ù Nicolas l'élit le sujel d'un poème latin : la Barbaromachte , imprimé la même année'.
Les cérémonies religieuses même n'étaient pas toujours l'espectées, et, [KU' exemple, la distribution des cler};es de la Chandeleur, qui se faisait avec une certaine pompe dans les éfilises et cliapelles de l'Université, devenait quelquefois l'occasion de disputes et de scandales. En iWÔ, pendant la messe que la nation de Fiance célébrait ce jour-là dans le collège de Navarre, à la suite d'une querelle survenue
L'niveivilé de Parie, d'3|irèg roriginul
entre les écoliei-s, le« cicrpes furent pillés et les ornements de l'autel déchirés en lambeaux.
Une des sources les plus fécondes et les plus fréquentes du tumulte dans le peuple des étudiants, c'était l'élection des recteurs. Les brigues, les cabales, les rivalités, l'agitation électorale entin, comme on dirait aujourd'hui, se traduisaient souvent par des faits d'une violence inouïe, qui nécessitaient l'intervention du prévôt de Paris et du lieutenant criminel. On se Uittait avant l'élection, pour assurer le triomphe de son candidat; on se battait après l'élection, pourlc soutenir contre ceux qui l'attaquaient. Souvent les hut'es des mécontents accueillaient la proclamation de leur nouveau chef, et pierres et bâtons d'entrer aussitôt en danse. I.a faculté des arts lança à plusieurs reprises de vigoureux décrets contre ces guerres civiles; mais la turbulence natu-
■ Quicherat, Hâloire dt Sainte -Barbt ,
-8*, U I, ch. )
relie à la gent universitaire prévalut toujours contre la sagesse et la sévérité de ses règlements. L'autorité civile elle-même essaya, à diverses époques, de prévenir le retour de semblables scènes, par des ordonnances qui témoignent suffisamment à elles seules de la juste défiance où elle tenait les habitudes des écoliers. On a déjà vu qu'elle les avait condamnés à une sorte de claustration , à la suite des événements qui avaient ensanglanté le Pré -aux -Clercs dans le mois de mai 4557. Dès 4348 on leur avait défendu de porter des armes : cette défense fut souvent renouvelée par la suite ; et dans le xvip siècle on la voit reparaître coup sur coup, en 4604, 4619, 4624, 4623, 4635, etc. Bien mieux, le Parlement, en 4575, avait interdit aux maîtres d'escrime de demeurer dans le quartier des collèges; et en 4578, à la suite d'une nouvelle algarade des écoliers, l'Université, si attentive pourtant contre toute atteinte portée à son indépendance, prit une délibération où le Parlement était supplié de tenir la main à la stricte exécution de cet arrêt. Les Lois et Statuts de l'Académie et de V Université de Paris, promulgués le 43 septembre 4598, portent en propres termes : « Les écoliers ne pourront apprendre l'escrime ; et afin de retrancher toute occasion propre à les détourner de leurs études et à les jeter dans le dérèglement, les maîtres d'armes, les joueurs de flùte^?, les danseurs, les histrions videront les lieux dépendant de l'Académie et seront relégués au delà des ponts, j)
L'enchaînement des idées nous a menés loin, sans pourtant nous faire dévier de notre route. Les troubles, les désordres, les émeutes et rébellions des écoliers sont mêlés par tous les points à l'histoire de la vieille Université, et nous les trouveions encore sur nos pas. Mais il est temps de fermer cette longue parenthèse et de revenir au cœur même de notre sujet.
La fête principale que nous rencontrons d'abord après la visite solennelle au Pré -aux -Clercs, c'est celle du Mai. Dumnt les derniers jours d'avril, les écoliers se répandaient dans la campagne pour enlever de grosses branches d'arbres et de jeunes chênes qu'ils rapportaient en triomphe et qu'ils allaient planter, le premier jour du mois suivant, tant devant les portes des dignitaires de l'Université que dans la cour de leur collège, en exécutant des danses tout autour. Cet usage, général d'ailleurs, non seulement au moyen âge, mais jusqu'à la Révolution, fut aboli pour l'Université en 4539, par le recteur Nicolas Godefroi.
n -fi*
On peut les lire à la suite de VHistoire de Védxication en France, par M. Théry, 2 vol.
Le mois de juin ramenait Tune des plus grandes solennités universitaires, la procession du Laiidit, Mais, à ce sujet, quelques explications préidables sont nécessaires.
L'Université exerçait de vieille date un droit sur le parchemin ^ (ju'on trouve établi par des témoignages autlienticpies des avant la fui du xiiic siècle, et qui remonte probablement plus haut. Les parcheminiers de Paris ne pouvaient se fournir ailleurs qu'à la foire du lendit ou à la halle des Malhuiûns, qui était le dépôt général de tout le parcliemin entrant dans la ville. Ces mesures avaient pour but de faciliter à l'Université rexercice de son droit. Ainsi, rjuand la halle des Mathurins avait reçu une provision nouvelle, le rcH'teur, averti, envoyait compter les bottes, qu'il faisait ensuite visiter et taxer par quatre parcheminiers jurés de l'Université, et sur cliacune desquelles une redevance fixe lui était due. On ne devait vendre aux marchands qu'après vingt-quatre heures consacrées aux besoins des particuliers, et surtout des écoliers. Pour le Landit, les choses se passaient absolument de même : le recteur y visitait le parchemin, dont la vente était réservée d'abord aux maîtres, aux écoliers et à quelques autres privilégiés. Ajoutons que, vers le milieu du xv^ siècle, lorsque la foire (lu Landit, qui se tenait jusque-là entre la Chapelle et Saint-Denis, eut été transférée dans cette dernière ville, l'abbé de Saint- Denis en prit occasion de disputer à l'Université son droit de visite du parchemin, et tenta de le lui ravir. Ce fut dès lors un sujet de difficultés et de protestations continuelles, et, à partir do l'an KMXI, les recteurs cessèrent d'aller au Landit, mais non les écoliers et les régents.
Le l^andit était donc une sorte de foire universitaire, et il était naturel que l'Université s'y rendit en corps; mais l'usage n'avait pas tardé, comme toujours, à dégénérer en abus, et cette démarche était devenue le prétexte de i^éjouissances bruyantes où l'on oul)liait toute discipline.
I^ foire du Landit s'ouvrait primitivement le premier lundi après le Jl juin, fête de saint Barnabe, et ne durait que trois jours; par la suite elle se prolongea beaucoup. Dès l'aube, les écoles étaient en grande rumeur. Etudiants et maîtres accouraient de toutes parts se ranger sur la place Sainte- Geneviève, et de là, à la suite de son chef, l'immense cortège, accompagné de soudards en ai*mes , mêlé de vagabonds, parfois même, dit- on, de femmes et de filles déguisées ^, et
1 Tous les corps de métiers qui se rattachaient à la science et aux lettres, libraires, reliourR, enlumineurs, écrivains, dépendaient, comme les parcheminiers, de P Université. ' Hurtaut et Magny, Dictionnaire de Paris, art. fjandil.
escorté de bedeaux coifTés de leurs bonnets rouges tout neufs', cadeau obligé du recteur à chaque Landit, parlail â cheval, marchant sur deux lignes, Uimbours battants, trompettes sonnantes et enseignes déployées. Pendant deux heures, la cii-cuiation était suspendue sur son passiige. Nulle fête peut-être ne lâchait plus complètement la bride aux excès des écoliei-s ; nulle ne donnait lieu à plus de désordres et de scandales, si bien que le mot landit était synonyme de divertissement licencieux et tumultueux ', Les recteurs et le Parlement s'en préoccupèrent; mais il se passa des siècles avant que leurs arrêts pussent réformer celte vieille licence, à laquelle la plupart das maîtres
Unirereilâ de Paris. Sce d'aprÈs l'original m
LU de la Dation d'Angleterre (iiv siècle), DBervé aui Arcbives nationale», etc.
tenaient autant que les écoliers, et oii ils prenaient largement leur part.
En 1539, le principal du collège Sainte- Barbe , Jacques de Govéa, armé des défenses du Parlement et de l'Université, voulant s'opposer à ce que son collège célébrât le Landit dans la forme ordinaire, les régents foi'cêrent les portes et les barrières , sortirent triomphalement à la tête de leurs élèves, avec armes et tambours, et rentrèrent îe soir dans le même apparat et au milieu d'un tapage infernal '. En 1009
I Lea bedeaui jouaient un rôle important, public et privé, dans l'Univereité : ils ranou- Telaieni la paille et les jonchées d'herbe des écoles de U rue du Touarre ; ils lee orniienl de tapisseries dans les occasions voulues; ils flguraient majestueusement dans les processions, cortèges, actes publics et toutes les cérémonies.
■ Car quand frères de cloistre sont frires de LandU, Leur bonne renommée forment en amendril. Jean db Meust.. ' Outre du Boulayel Crevier, voy. Quicheral, /fûfoiWde Sainle-fiorbc, 1. 1, ch. ixv.
seulement, aprôs bien des arrêts et bien des décrets inutiles ' qui n'avaient amené que des révoltes el des violences , on parvint à dompter l'opiniâtre résisUuice des sectateurs du Landit. A partir de ce moment, le voya^'e de la place Sainte- Geneviève à Saint- Denis sur deux liles, avec tjindiours et trompettes, fut supprimé: il ne resta de la vieille fùte qu'un grand congé, que les écoliers persistèrent longtemps encore à aller passer snr le champ de foire, en compagnie de leuis régents et de leui-s maitres particuliers. Jusqu'à la Révolution, vous les eussiez vus arriver fidèlement le jour de l'ouverture, qui à cheval sur une rosse étique, qui dans une carriole dé-
Uaiverailé de. Paris. Sceau Uc la faculto de lliéologie (xiv bièilp}, d'sprts t'originsl cooiiervé aux Archive» nalionales, elc.
hordante de rires et de cris, et dévaliser les boutiques des marchands, mettre les cabarets au pillage, diner sur l'horbe, remplir Sainl-Denis enfin de leur gaieté et de leurs folies*.
Un rimeur du xiii" siècle nous a laissé une description curieuse ' de ce monde en miniature, de cette gninde ville gi'ouillante et fourmillante qui revenait chaque année camper pour quelques jours aux portes de Paris, ramenant en avalanches, de tous les points de l'Europe, des monceaux de parchemin, de lingerie, de pelleterie, de cuir.
1 NoUmmenI en 1S5S. En ISBO, on avaii limitant te nooibro des maitrea el écoliers
* Mercier, Tableau dt Paris, ch, dv.
1 Le DU du Landil, qui date de 1290 à 1300. — Voy. introduction 4U Livre de* milierg, d'Él. Boileau, p. 38 vme el du diociêe de Pari*, iD-12, I. III, p. 246.
u restreindre considérablement le ; douzaine par nation.
■me Sauvai, l.i; — Depping, l'abbâ Lebœur, Hiiloire de la
de toiles, de tapisserie, de mercerie, d'habits vieux et nouveaux; et les changeurs, les orfèvres, les chaudronniers, les épiciers, les regrattiers, les marchands de chevaux, les marchands de drap, les marchands de vin, etc. etc. On conçoit que les écoliers tinssent à cette foire. Quant aux maitres, ils avaient une autre raison pour y tenir davantage encore. Jusque dans les premières années du xvii^ siècle, les élèves payaient leurs régents en trois fois difiërentes, et le droit du Landit, se montant à cinq ou six écus d'or, était le plus considérable de tous : ils fichaient la somme dans un citron, que renfermait un verre de cristal, et l'apportaient aux régents, au bruit des fifres et des tambours; car rien ne se faisait sans tambours ou sans trompettes dans la vieille Université. Ceux-ci leur donnaient en retour le f^a^and dîner d'usage, sous une tente dressée dans la plaine ou au cabaret. La suppression de ce droit par le Parlement excita parmi les régents une colère dont Nicolas Bourbon se rendit l'organe dans son Indi- (jnatio valeriana, qui lui valut quelques jours de prison. L'idée du Landit était si bien associée à celle de cette redevance, que le mot s'employait souvent pour désigner les honorah'es des professeurs, et que, par un bizarre anachronisme, Malherbe s en est servi en ce sens dans sa traduction du De heneficiis de Sénèque '.
Outre le grand Landit du mois de juin, il y avait ce qu'on ai)pelait le petit Landit, dans le mois d'août : on y venait apporter aux régents quelques écus avec les mêmes cérémonies que nous avons décrites, et ceux-ci répondaient derechef à cette civilité par un repas, dont ils avaient fait eux-mêmes les ai)prèts, et durant lequel des flûtes et des harpes enchantaient les convives des sons de leur harmonie. Le lendemain, les élèves tenaient à cœur de rendre aux maîtres diuer pour dîner, et parfois la lutte de courtoisie n'en finissait pas. I^e petit Landit fut également l'objet de diverses réformes et prohibitions, qui eurent besoin de se renouveler longtemps avant d'atteindre leur but.
Le 25 août, jour de la Saint- Louis, au moment où allaient s'ouvrii* les vacances de la faculté des arts, se célébrait dans chaque collège, au moins depuis le règne de François h*»', une cérémonie publique dans laquelle on peut voir le germe de la distribution des prix actuelle. On tendait la cour et les arbres de draps blancs sur lesquels étaient disposées, entre des guirlandes de feuillage, les bonnes pages d'écriture des jeunes élèves et les meilleures compositions des humanistes, calligraphiées avec art, et cliacun se tenait près de son ouvrage, pour recueillir les remarques des invités, tandis que, dans la grande salle,
* Origines de Ménage , art. Landit.
les philosophes et les rhétoriciens se livraient à des exercices également publics par-devant une sorte de jury '.
l/i mois de novembre ramcnaîl la Saint-Martin et la Sainlo-Cathcrine, iini se passaient avec les désordi-cs accoutumés. L'Univei-silé possédait, sous le vocable de ces patrons, deux éyliscs, Sain t- Martin -des - Champs et Sainte -Catherine -du -Val-des-Écoliers, où elle se l'endait fnkjuemment en processions solennelles,
l,a Saint-Nicolas (6 décembre) était une des principales dates du calendrier univei'silaiie et dts plus follement cékliH'ts pai les écoliei-s. Elle offrait plusienis points île iP'.semljl uice i\tL h s Rigalia et avec la fête des Fouh dt-i cli us de Nolie Danit- lut uit ipi ou en peut jnfier par les renseignements mconi[ilets qui nous ont ttt li msinis sur
Univorsilé do Paris. Sceau de la facullr: do médccinn (xiv*siËcle), d'après roriginal conserv<S aux. Archives iinlionalcs, etc.
son compte. Ainsi, en li275, là nuit comme le jour, tant à la Saint- Nicolas qu'à la Sain te- Catherine, les écoliers i)arL-ouraient les rues lie la ville, couverts de masques, brandissant des torches, dansant, insultant les bourgeois. En 1270, le léyat Simon de Brie les accuse lie se livrer, dans cerUiines fêtes, absolument aux mêmes excès et aux mêmes folies qu'on reprochait aux (liacres de l'église cathédrale dans la fête des Fous. — Le 5 décembre WMi, veille de la Saint- Nicolas, on voit écohers et régents s'assemhlei' [jonr élire un évèipie burlesque. En 1365, les élèves de Saint-Nicolas du Louvre, (pii (irétendaient avoir droit de franchise dans toute l'enceinte de leur cour et des maisons dépendantes, poussent leurs bruyantes n^ouîssaiices jusque fort avant dans la nuit. Le guet, faisant sa ronde, s'émeut de ce tumulte, et, sur leur refus d'y mettre fin, les attaque et en emmène quelques-uns en prison. Ixs archers furent punis sévèrement
♦ Ëlie Vinel, Sehota aquUanica.— Quicherat, HUloire de Sainte-Barbe , l. I, p. 90.
pour avoir violé les privilèges de TUniversité; mais la franchise du collège n'en fut pas moins restreinte à la chapelle et au cimetière. Deux années plus tard, nous trouvons les écoliers renouvelant la cérémonie boulFonne de 1 élection d'un évoque; en habits de prélats, ils le conduisent processionnellement chez le recteur, puis courent les rues la nuit entière avec des flambeaux allumés. Ils sont rencontrés par le guet, et il en résulte une rixe acharnée. Tous les délinquants furent condamnés à faire amende honorable à genoux et pieds nus, dans le chapitre des Mathurins *.
Un des poètes latins les plus remarquables du xii^ siècle, Hilaire, a laissé une pièce de vers intitulée : Papa scholaslicus (le Pape des écoliers) y qui semble avoir été inspirée par cet usage, et qu'on pourrait prendre pour l'hymne d'inauguration et de triomphe chanté par les étudiants au sacre Inirlesque de leur évèque, le jour de la Saint- Nicolas ou de l'Epiphanie.
Il ne faut pas omettre non plus les fêtes et divertissements auxquels donnait lieu l'entrée dans l'Université des nouveaux étudiants, quon appelait les héjaunes, — terme emprunté au vocabulaire de la fauconnerie, où Ton désignait de la sorte les oiseaux au bec jaune, c'està-dire tout novices encore. Par extension , le mot béjaune s'entendait aussi du droit de bienvenue que devaient payer les nouveaux régents, mais surtout les nouveaux élèves.
Béjaune se disait beanus dans la basse latinité, qui formait la langue commune de toutes les nations universitaires. La définition du terme est dans son acrostiche, dit Lambccius *, et il l'explique ainsi, en prenant chaque lettre pour l'initiale d'un mot : Beanus Est Animal Nesciens Vilam Sludiosorum. Ménage l'explique de même dans ses Origines, à cette exception près qu'il substitue Asinus à Animal, variante qui a son importance ! De tout temps le béjaune avait été considéré comme une matière exi)loi table et corvéable à merci, et les brimades d'aujourd'hui remontent haut. Saint Grégoire de Nazianze a décrit, dans un de ses discours, comment les nouveaux venus étaient reçus et bafoués dans les écoles d'Athènes. L'Université de Paris avait bien perfectionné ces pratiques : non contents de leur faire payer un droit d'entrée souvent fort élevé, il n'était pas de vexations, de railleries, de mauvaises niches, de farces ridicules et souvent cruelles dont les anciens ne régalassent ces malheureux. Ceux-ci formaient une confrérie particulière, qui avait pour chef l'abbé des
• Du Boulay, Hislor. univ. Parût,, t. UI, p. 43i.— Sauvai, t. U, p. 622.
* Epislolse obscurorum virorum.
liéjaunes, nommé par le suffrage univei-sel, et le jour des Innocents, i]u'on avait choisi par dérision, cet abbé, monté sur un âne, parcouniil les rues de Paris à la tète de sa confrérie, se livrant à toute sorte d'extravagances. Le soir, il donnait le baptême aux béjaiiiies en les aspergeant avec des seaux d'eau sale. Il y avait des béjaunes même dans les classes de théologie, comme on le voit par une serilence de liTO, qui condamne à une amende de buit sols parisis l'abbé des béjaunes en théologie du collège de Sorbonne, pour avoir manqué à une partie de son devoir le jour des Innocents '. Puis tout le collège mangeait, buvait, jouait des momeries satiriques, se divertissait enlin aux dépens des pauvres diables, que l'impôt prélevé sur eux ne pi'éservait pas des railleries, des injures et même des coups. Le 21 mars i'-WZ, par un décret sévère, l'Université abolit le dioil foi'cé du
Contre-sceau de lUniversitâ de Paris (iiv" siècle), d'après roriginal conservé 3ui Archives nalictnalee, e
iHijauno; mais les céramonics bouffonnes dont nous avons dit un mot persistèrent longtemps encore, puisque, à la fin du xv" siècle (liOIi), les statuts du collège de Saint- lîernard les proliilièrout en des termes qui nous offrent en même temps quelques révélations sur la nature de cet abus. Ils interdisent les receptions de béjaunes, iiec 7Wn bajulationes, libralioncs, reliquanque omnes insolenlias... in capiliilo, in (lormitorio , in parvis scholis , in jardinis. Ils cassent le titre et la charge d'abl)é des béjaunes, et ordonnent de remettre au proviseur omnia vasa, munimenta et instrutnenta hiijiisjiioiU teuitatibus dicala *.
L'Université avait encore, dans le mois de décembi^e, une quatrième fête publique : sa procession générale, qui revenait à époque lixe, indépendamment de toutes les auti'es, et ou les écoliers se montraient
> L-abbé Lebaur, 11, um.
* Ducan^, Glottarium, art. Bejanut, Bejaxt
si turbulents, qu'en 1489 on fut obligé d'abolir, ou du moins d'interrompre l'ancien usage d'après lequel beaucoup d'entre eux marchaient en tête du cortège, derrière des enseignes et bannières. Il y avait aussi une procession tous les trois mois, lors de l'élection du recteur. Ce chef suprême était d'abord nommé pour un mois, ou pour six semaines seulement : on ne tarda pas à voir les inconvénients des élections trop multipliées, et, en 1278, le cardinal légat, Simon de Brie, fit prolonger leur pouvoir pendant trois mois, ce qui était bien court encore. Quatre intrants, que les maîtres choisissaient dans les quatre nations, élisaient le recteur à la chandelle éteinte, c'est-à-dire qu'on plaçait une chandelle allumée sur la table pendant l'assemblée, et qu'il fallait que les intrants fussent tombés d'accord avant que la chandelle ne s'éteignît, sauf à être remplacés par d'autres dans le cas contraire. Une fois élu, le nouveau recteur éUiit reconduit processionnellement chez lui, accompagné des nations et des membres des quatre Facultés, tous revêtus de leurs costumes. Lui-même portail ses habits de grande cérémonie : — une robe d'écarlate violette à manches froncées, une ceinture de soie de la même couleur, ornée de glands soie et or, un fort ruban passé en baudrier de gauche à di'oite, d'où pendait une escarcelle en velours violet, garnie de boutons et de galons d'or, et contenant le sceau de l'Université avec les clefs de la caisse commune ; sur les épaules un mantelet d'hermine et sur la tête le bonnet carré '. Arrivé à son logis, le nouveau recteur, qui était souvent un simple régent de collège, offrait le vin et les épices à ceux qui l'avaient reconduit. Cette coutume était du moins en vigueur au milieu du xvc siècle.
Voici quels étaient, au xviF, l'ordre et la composition de la procession de l'Université lors de l'élection du recteur, qui avait encore lieu quatre fois par an.
En tête marchaient les mendiants: cordeHers, jacobins, augustins et carmes , avec la croix ; puis deux bedeaux vêtus de robes noires à manches plissées , portant sur l'épaule des masses de vermeil , et le bonnet carré en tête. Ils étaient suivis des régents de tous les collèges , en robes noires à manches froncées et bonnet carré , et d'une vingtaine d'ecclésiastiques avec six rehgieux de Saint- Martin -des - Champs, tous revêtus de chapes et de surplis, pour chanter à la procession. Venaient ensuite le petit bedeau de la faculté de médecine, avec sa masse et sa robe noire , et les bacheliers de médecine en
1 Pasquier, Recherches de la France, liv. IX , ch. xxii et xxiii. — Chéruel, Dictionnaire des institutions, art. Becteur,
FfiTES ET JEUX DE L'I NIVERSTTÊ 47
épitoges fourrées; puis le petit bedeau de la faculté de droit, les bacheliers de la même faculté, avec leurs épitoges rouges doublées lie fourrure blanche, et les bacheliers et docteurs des ordres religieux avec leur habit ordinaire de religion. Derriùie eux, le petit appariteur de la foculté de théologi(\ en robe d'écarlate violette à manches froncées, sans masse, précédait les bacheliers et licenciés de cette faculté, couverts de longues chapes noires avec la fourrure blanche par-dessus. On voyait successivement ensuite les quati*e procureurs (les nations de la faculté des arts, en épitoges rouges, précédés de leurs bedeaux: le grand bedeau de la faculté de médecine, en épitoge bleue fourrée de vert, avec une masse de vermeil, marchant en tête (les docteurs de la mémo faculté, velus de longues (•ha[)es dVcarlate ronge à fourrure blanche par- dessus; le premiei' bed(»au ou greffier «le la faculté de droit, en ('piloge viololle fourr^u» (K; blanc, et les (loct(Mirs de cett(» facullt', tMi rob(»s d'cu-arlato avec le c'haj)eau fourré, comme les conseillers du Pailemenl : le grellior ou j)i'(*mier aj)j)ariteur de la faculté de Ihc'ologie, en robe à manches froncées, (Tcn-arlale violette, au collet rond et renversé, doublé «Tune fourrure blanche; les docteurs on th(V>logie, vêtus do grandes chapi^s noires, et, par-dessus, leurs Iburrui'es et tours de col (riiermine blanch(»; enfni rpiati'e b(Mleaux ou robes noii'es à manches pliss('(»s, portant sur IVpaule des masses de vermeil, et marchant de front; (*l, pour f(Tmer la marche, le recteur, 'd\oc la pompe et la majesté d'un roi, revêtu <lii costume (pie nous avons décrit plus haut, f.e l'ccteui* avait d'ordinaire à sa gauche le doyen de Sorbonne, ou, à son défaut, le [dus ancien docteur de la faculté.
Dans les cérémonies extraordinainîs s'ajoutait au délil(\ devant les procureurs des (juatre nations, le clei'c des Messageries, tenant un bâton d'azur semé de fleurs de lis d'or, couvert, i)ar-(lessus sa robe noire, d'une tunirpie de toile violette (Mi foi'me de cotte d'arm(»s, connue^ celle des hérauts, et portant devant et derrière les armes de ri'niversité*. Cette procession partait toujours des Mathurins pour se rendre de là dans une autre église.
Le recteur avait d'immenses prérogatives. Sa i)lace était maivpiée aux premiers rangs dans les cérémonies publiques. Quand il mourait dans l'exercice de ses fonctions, on lui rendait les mêmes honneurs qu'aux princes du sang : il restait exposé huit jours sur le lit de parade; les cours étaient obligées de venir jeter l'eau bénite et d'assister à son service, et on l'enterrait à Saint-Denis. Les funérailles (Kun recteur
1 Lemaire, Paris ancien et nouveau, 1685, t. I, p. 435 et Buiv.
mort vers l'an 1600 coûtèrent jusqu'à vingt-huit mille livres, somme énorme en tout temps'. Du reste, l'Université avait en grand souci les obsèques de ses moindres membres; il était réglé» par exemple, que la moitié des maîtres devaient rester jusqu'à la fin à celles d'un simple écolier des arts ', et tous les étudiants étaient Toilement engagés à assister en costume à celles de leurs camarades '.
Bedeau de t'Utiivcrsilâ , d'aprËa ( CoelJiDes et
e piËce conservée au cabinet des Estampes. , Hearilll, p. 113.)
En outre, les processions extraordinaires de l'Université revenaient fréquemment. On les ordonnait parfois comme spectacle, et c'est ce qui eut lieu particulièrement le 1" décembre 1470, où le cortège eut soin de passer sous les fenêtres du roi de Portugal , Alphonse V, venu à Paris pour y solliciter des secours, et logé par L.ouis XI dans la rue des Prouvaires '. Il ne se passait pas un événement de quelque importance que l'Université ne le célébrât de cette façon; il n'y avait
■ Journal de Barbier, édil. Cliarpentier, t. II , iiivn
1 Statut de Robert de Courçon (12IS).
' Rérorme du cardinal d'Esloutevilie.
< Jean de Troyes, Chronique de LouU XI (Collwtioi
Michaud, t. IV, p. Î27).
FÊTES ET JEUX DE L'CNlVERSlTft ^9
pas un grand intérêt en jeu dans l'Église ou dans l'État, qu'elle n'ordonnât une procession pour implorer la protection de Dieu. Elle en entreprenait pour l'extinction du schisme, poui* le maintien du concile de Bâle, pour célélirer la réiluctJon de Paris sous l'autorité de Charles VII, pour la promotion d'un nouveau pape, pour demander le secours du ciel en faveur de François !'"'■ contre Charles -Quint,
Le recieur de l'Uni versité de Paris, d'après une pièce conservée su cabinelde^ Estampes. { Coslumes el mœurs, Henri III, p. 1U9.)
pour faire amende honorable des saci-ilèges commis par les hérétiques, pour purifier le Pré-aux- Clercs, profané par les assemblées seci'ètes des huguenots ', etc. etc.
Tout lui était prétexte à ces démonstrations publiques. Chargeaitelle le recteur d'aller rappeler aux gënéi-aux des aides ses privilèges d'exemption de tout subside, elle déci<Iait qu'il se ferait accompagner d'un nombreux cortège, pour donner plus de poids à sa i-éclamation (1459). Maître Janolus de Bragmardo, quand il va redemander à
1 Voir, sur ces processions particulières A TUiiiversité, Crevier, t. IV, pp. 67, I 273, 303-, l. V, pp. 148, 212, 321; t. VI, pp. 64, M4. etc.
Gargantua les cloches de Notre-Dame, touche devant soi trois bedeaux à rouge museau, et traîne après soi cinq ou six maîtres bien crottés. C'est peu, et Rabelais raille TUniversitë, qui faisait mieux les choses. Avait- elle obtenu la délivrance de quelques écoliers retenus dans les prisons du lieutenant criminel, elle les ramenait chez eux en triomphe, avec un cortège qui montait bien vite à près d*un millier de personnes (1453). La moindre de ses démarches s'accomplissait avec la môme pompe, le même étalage.
Des Mathurins le cortège se rendait presque toujours, soit aux Célestins, soit à Saint- Martin-des-Champs, soit à Sainte- Catherinedu-Val-des-Écoliers, et généralement un très grand nombre d'étudiants marchaient en tète, tenant en main des cierges allumés. Navarrais, Cholets, Bernardins, Lombards, Barbarains, Montacutiens; ceux des collèges de Harcourt, de Beauvais, de la Marche, de Dormans, de Justice, du cardinal Lemoine, de Bayeux, de Presles, de Narbonne, du Plessis, d'Arras, de Lisieux, deBoncourt, du petit collège de llubant ou de YAve-Maria ' ; les graves sententi aires du parvis Notre-Dame, les turbulents articiis de la rue du Fouarre, et les suppôts de la très salubre faculté de médecine, les pauvres boursiers des Bons-Enfants et les humbles capettes de Montaigu, aussi bien que les portionistes et les caméristes ', tous avec leurs longues robes traînant jusqu'aux talons et serrées d'une ceinture ^ avec leurs tabards de brmielte, comme on disait alors, leurs chapes et leui^ capuces, marchaient à leurs rangs respectifs, derrière les pennons et les bannières de chaque collège qui flottaient au vent, sous la conduite des principaux de chaque établissement et des procureurs de chaque nation. Dans la procession du 10 avril li3G, célébrée pour remercier Dieu de la rentrée de Charles VII à Paris, plus de quatre mille personnes, tant maîtres qu'écoliers, tenaient toutes un cierge à la main. Une autre, célébrée quelques années auparavant, était si
1 11 avait été foDdé vers 1346 pour six élèves boursiers. On en peut voir le règlement curieux dans un manuscrit du musie des Archives, dont les naïves enluminures nous font pénétrer dans la vie intime du collège.
< Les portionistes correspondaient aux pensionnaires d^aujourd'hui : ils payaient pension pour être logés, nourris, surveillés, instruits dans le collège. Les caméristes étaient des jeunes gens appartenant à des familles riches, qui vivaient en chambre, sous la direction particulière d^un pédagogue, se nourrissant à leurs frais, et ne recevant du principal de collège que le local, le feu pour leur cuisine et Tinstruclion.
3 Chaque statut et règlement de l'Université fait une loi aux bacheliers, maîtres es arts, etc., de ce vôlement long, décent, bien fermé, et interdit absolument les tuniques courtes, ouvertes, décolletées, retroussées, les bariolures dans les habits, les souliers recourbés en pointe, les nœuds de rubans, etc. La Réforme du cardinal d'Estouteville répète cette recommandation pour chacune des facultés.
nombreuse, que, lorsque les premiers rangs touchaient déjà à Saint- Denis, terme de la procession, le recteur se trouvait encore aux Mathurins. Plusieurs ordres religieux assistaient à ces cérémonies, et en 1565, dans la requête par laquelle ils demandaient à l'Université (le les recevoir dans son sein, les jésuites proposaient de se rendre à ces processions et d'y envoyer un certain nombre de leurs élevés.
Les nations avaient aussi quelquefois leurs processions particulières : c'est ainsi que, le 10 juin 1415, la nation de France en fit une, se rendant aux Célestins, à lextrémité de la rue du Petit-Musc, où elle allait célébrer un service solennel pour le duc d'Orléans, récemment assassiné par Jean Sans- Peur. La particularité la plus remarquable de celle procession, c'est que TcHéque de Paris y marcha à pied, côte à cote avec le procureur <le la nation. L'Université tenait fort aux questions de préséance et n'était pas disposée à céder, fiit-ce à l'évéque, ce qu'elle considérait comme son droit. Voici encore un fait qui le prouve d'une façon curieuse. En liW, l'évéque de Paris et le recleur avaient indiqué pour le mémo jour une procession, l'un de tout son clergé à Notre-Dame, l'autre de l'Université à Saint- Magloire. Quand l'Université l'ut réunie aux ^lalhurins, avant la cérémonie, on discuta sur celte bizarre rencnnli'e, et les facultés supérieures furent d'avis qu'on se joignît à la procession de l'évéque; mais la faculté des arts tint bon pour celle du recteur, soulenant que l'Université, fille 'dinée du roi, ne devait point céder à l'évéque, et que le contraire serait plutôt convenable. Elle l'emporla : non seulement la procession de l'Université eut lieu, mais il fut même grandement question de retrancher du corps le docteur qui avait prêché à celle de l'évéque.
L'Université prenait également part à toutes les proc^essions générales; elle était convoquée à toutes les entrées de rois, de pi'inces et de légats, en un mot, aux grandes cérémonies publiques. Partout elle portait la même susceptibilité ombrageuse pour la conservation de ses droits et privilèges, et il n'y avait, pour ainsi dire, pas une de ces circonstances qui ne donnât naissance à quehpie dispute, souvent accompagnée de tumulte et de rixes. A l'enterrement de Charles V (13G0), quand on apporta son corps du chàleau de Beauté à l'abbaye Saint- Antoine, d'où la pompe devait partir pour Saint-Denis, le recteur voulut absolument marcher à côté de l'évéque, et comme on lui disputait cette place, les écoliers vinrent se ranger avec fracas autour de lui. Repoussés par les archers, ils se défendent, attaquent à leur tour et troublent la cérémonie. Il fallut en emmener plusieurs en prison. Le 14 juillet 1404, pendant une procession à Sainte- Catherine-
du - Val - des - Écoliers , les étudiants qui marchaient en tête rencontrent les pages du chambellan Charles de Savoisy. Ceux-ci veulent traverser les rangs avec les chevaux qu'ils menaient à l'abreuvoir; repoussés à coups de pierres par les écoliers, ils rentrent à l'hôlel, s'arment, amènent un renfort de valets, et la bataille s'engage. Ce fut un combat acharné, où le sang coula, où l'église même ne fut pas épargnée par les valets, mais qui, en définitive, coûta cher à Charles de Savoisy, car son hôtel fut rasé en expiation des violences de ses gens.
Aux funérailles de Charles VIII, TUniversilé accompagna processionnellement le corps à Saint-Denis, formant à elle seule toute la gauche du cortège : d'abord les écoliers de la faculté des arts, puis les nations et les facultés suivant leur ordre, jusqu'au recteur, qui, précédé par les bedeaux avec leurs masses, faisait vis-à-vis aux prélats. Cëtait un triomphe dont le corps se montra fier. Aussi, comme on avait fait imprimer un récit des funérailles où les choses n'étaient pas rapportées fidèlement, les députés de l'Université, transportés d'une indignation légitime, ordonnèrent que cet écrit serait brûlé dans une de ses processions.
Mais les droits du recteur et de l'Université n'eurent jamais tant de périls à subir et tant de combats à livrer que lors des obsèques de la reine Claude, en 4526. Du Boulay et Crevier ont rapporté, avec l'étendue et la gravité séantes, toutes les péripéties de celte lutte, où l'honneur du corps fut sauvé par l'inébranlable fermeté du recteur; et, quoi qu'en puissent penser les doctes historiens, cet épisode nous paraît à peu près de nature à fournir un pendant au poème héroï- comique du Lutrin,
On voit dans ce récit, ainsi que par bien d'autres passages encore, que l'Université considérait comme n'étant pas de sa dignité de sortir hors des portes de la ville pour aller au-devant du corps; qu'elle avait le droit de marcher sur une même ligne à la gauche du chapitre, en sorte que le recteur se trouvât au niveau du doyen; et qu'elle prétendait prendre le pas sur la chambre des comptes et la cour des aides. Lors de l'entrée du roi Henri II, l'Université essaya même d'introduire une innovation qui marque son désir de briller et de produire de l'efTet : jusqu'alors elle attendait le roi, pour le saluer et le haranguer, devant Sainte -Geneviève- des -Ardents, peu distante de Notre- Dame; mais, ayant décidé cette fois qu'elle irait jusqu'au prieuré de Saint-Lazare, où le roi recevait les hommages des autres compagnies, elle résolut qu'elle s'y rendrait à cheval, et il fallut, pour l'empêcher, une lettre du roi soUicitée par les théologiens, les seuls
qui s'effrayassent à l'idée de celle cavalcade, dont les ti-ois autres facultés ne voulaienl pas démordre.
Que serait-ce si nous avions à parler de toutes les fûtes d'inlcrieur et de famille, pour ainsi dire; à décrire, par exemple, l'obit de Koljerl de yorbonne, que chaque année elle célébrait solennellement en coi-ps; les visites du recteur dans les collèges, qu'il devait inspecter une fois chaque mois; les bouffonneries satiriques, les cérémonies gro-
L' Diversité de P
lesques des paranymphes , qui furent abolies seulement au milieu du xviii" siècle, et tant d'autres divertissements l'enfermés dans les murs de tel ou tel collège, comme la solennité du cardinat, ijui se célébrait les 12 el 13 janvier dans le collège du cardinal Lemoino ' !
On voit que la vieille Université n'était pas seulement la nièie du savoii", mais celle aussi * des jeux et des ris », et qu'elle aimait à marier utile dtilci, suivant le précepte d'Horace. Ou se demande même comment, au milieu de tant de folios, dont la plupart subsislèrent simultanément durant de longues années, il pouvait lui
> Voir Eur ces Tèles: Pasquier, Rechrrehti, Uv. IX, ch. xxiii;— du Uoulay, I. VI, |>. 70M: Mimoirt pour la FaeulU de théologie, au lujtt dtt Paranymphe* (174H);— Crevier, t. IV, p. 309; i. VI, p. 238; — Dulaure, //i»(. de Parti, l. II, p.2MT; — Chéruel, DMionnairt de* ■ntfil., art. Moine ((e), Paranympheel ftecleur.
rester du temps pour se livrer à l'étude, et on n'en est que plus pénétré d'admiration pour ces savants docteurs qui avaient trouvé le moyen de s'instruire in lUroque jure, d'apprendre Aristote par cœur, et les deux Priscien , Ravisius Textor, Mathurin Cordier, les Colloques et les traités d'Erasme, la grammaire de Diomùde, les huit auteurs moraux, le Despautère, les Grands Synonymes, le Donat, le Facet, Théodelet, Alanus in par abolis j le Doctrinal, et tous les livres énumérés par Rabelais en l'éducation de Gargantua, d'approfondir enfin le trivium et le quadrivium, à travers ce tourbillon de jeux, farces, momeries , processions , mascarades , cavalcades , rixes et batailles , qui aujourd'hui suffiraient largement à remphr toute une vie d'étudiant.
Mais il ne faut pas que la multitude de ces fêtes et l'entrain avec lequel on les célébrait fassent illusion : la discipline intérieure des collèges était très sévère, et souvent même rude; la journée entière était remplie par l'étude et les leçons dans leurs diverses formes, à peine entrecoupées par de courts moments de repos, qui n'étaient pas toujours des récréations'. Les statuts de la plupart des collèges sont d'une parcimonie excessive sur cette matière, et semblent moins reconnaître la nécessité hygiénique des jeux et des exercices corporels que les tolérer, en s'efibrçant de les régler et de les restreindre le plus possible '. Une telle sévérité amenait naturellement la réaction. Il fallait bien que l'arc se détendit quelquefois, et alors les élèves apportaient dans leurs jeux publics la même ardeur impétueuse qu'ils mettaient dans leurs exercices scolaires. Ces hommes du moyen âge et de la Renaissance ne faisaient rien à demi. Et ce n'est pas seulement à l'impuissance de l'administration et à la mauvaise organisation de la police qu'il faut attribuer Timpunité fréquente et le continuel renouvellement de toutes ces fêtes bizarres, de ces désordres, de ces excès, de ces abus où l'orgueil et l'enivrement de son importance entraînaient l'Université; c'est encore et surtout au profond respect, à la vive admiration qu'on professait alors pour la science, et qui rejaillissaient jusque sur les clercs, en les protégeant dans leurs fofies par le souvenir de leurs études.
Ajoutons qu'on aurait une idée très fausse de la vie universitaire au moyen âge, si l'on n'en voyait que cette face, la seule que nous ayons abordée, parce qu'elle était la seule qui nous regardât. Les règlements n'oubliaient pas plus les devoirs religieux et charitables que les études des élèves, et les enluminures de plus d'un registre scolaire
* Rob. Goulet, neptadogma,c&p. iv.— Thurol, De l'organisation de l'enseignement, in-8».
* Rathery, Les anciens collèges de Paris (Journal général de l'instruction publique du
FÊTES ET JEUX DE L'UN[VERSITft o.'l
nous les montrent visitant les prisons et les hiipitaux, fais«aiil les prières, les oirrandes et les Eiumùnes de fondalion.
Les seules fêtes tle la vieille Univei-silé qui soient arrivées jusqu'à nous sont celles du grand concours el de la Suirit-CIiurlemaf^e.
■ Li eoranl doivent dire chacun jor, aprËs Matines diles, Salve Rtgin à geuolx et jointes les mains (levant l'ymage Nolro-Dame, »
doit doner a boire
La TJe de collège dans l'Universitâ de Parid à la lin du xn' sitcle; d'après le registre des Archives nationales MM 406 (collège de IIubaDl).
Le concours général entre tous les lycées et collèges de Paris, auxquels on adjoint celui de Vci'saiUcs, a eu lieu pour la première fois en -|7i7, le 23 aoiit, avec beaucoup de pompe et d éclat, par suite d'un legs du chanoine Legendre, mort quatorze ans auparavant. 11 avait fondé par testament des prix destinés aux auteurs des trois plus belles pièces de vers héroïques français, aux trois plus heaux morceaux de prose, aux trois meilleures odes latines, etc., et le bénéfice de ces dispositions testamentaires, vainement attaquées par des collatéraux, fut attribué par le Parlement de Paris à l'Université. Quelque temps
après, la fondation s'accrut successivement et coup sur coup par les donations Coffin, J.-D. Coignard et Collot'.
Mais le concours général ne se rattache que très indirectement à notre sujet. C'est pourtant, aujourd'hui encore, un des spectacles du quartier latin. Le jour de la distribution des prix, qui a lieu invaria-
Les «nfaols du collbge doivent donner chaque année ■< i la TouuaJDt, i t XIV priEonie» pouvree, A chacun quatre deniers ".
Les enfants doivent donner, chaque jour, " cinq escueléee de poLaga, en chacune escuele Iroya piËcea de pain >.
La vie de collège dans rUnlversité de Paris à la Tin du xiv* eiècle; d'aprèe le registre des Archives nationales MM 406 (collège de Hubantj.
blement le premier lundi d'août dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, les curieux s'amassent, pour voir défiler le ministre de l'instruction publique, les hauts dignitaires , les professeurs en robes, les jeunes lauréats, les facultés précédées de leurs massiers, comme au temps de Boileau el de Molière, les invités, tes parents, la musique.
t Jourdain, HUt. dt t'UnivtrMiti de Pari$, in-folio, liv. 111, ch. v.
C'est par là seulement que cette cérémonie universitaire i-enlrc dans le aidre du présent livre.
L'Univei-sité, qui se jugeait hériliùro et descendante de lu fameuse École palatine, considéniit le grand empereur d'Occident comme son fondateur, bien que, en réalité, elle n'eût été constituée délinitivc-
L«3 enfanU doivent, le Jour i\e la Fètc-Uieu, porter devant Noire -Seigneur un cierge d'un quarteron de cire vjet^e.
La vie de collège dans l'Universilé de Paris à la Un du xiv< Eibcle; d'après le regislre des Archives natianalea MM W6 (collège de llubaol).
ment el à l'état de corps, avec ses slattits et ses pfivih'-ges, ipie par Philippe -Auguste. Charlemagne était le patron généial de l'Univcisilé et le patron s|>écial de la nation d'Allemagne. A quelle éptjque l'Université s'est-elle placée sous la protection du grand « empeior à la barbe llorie », canonisé par un antipape, mais lais.-ié au noinhre des saints par une tolérance dont tous nos lycéens sont reconnaissants envers l'Église, même les cancres, qui jouissent, ce jour-làaii moins, d'un congé et des bénéfices de l'amnistie proclamée par le proviseur?
Louis XI, qui professait une dévotion particulière pour ce glorieux prédécesseur, avait commandé sous peine de mort, en 1479, d'honorer le jour de sa fête en s'ubstenant de tout travail servile. Cette ordonnance était bien oubliée quand, en janvier 1629, le recteur le Maistre publia un mandement pour enjoindre de le célébrer le 28 jan-
Le jour de l'obil de leur Tonilateur, les enranls doivent prier liturgiquemeet pour le repos de Boa flrae.
e dans rUnivereilé de Paris à la Un du xiv< HiËcle; d'après le registre des Archives nalioDales MM 406 (collËge de tlubanl).
vier dans tous les établissements universitaires , et de donner congé aux élèves. Mais, dès l'année suivante, il n'était plus question de rien. En 1601 seulement, Je recteur Egasse du Boulay, une des gloires de l'Université de Paris, rappela solennellement à tous les principaux des collèges leurs devoii-s envers ce saint patron, avec l'injonction, qui devait être renouvelée chaque année, de fêter sa mémoire. Il allait encore, un peu plus tard, en 1674, fonder une messe et un panégyrique en son honneur. C'est donc à lui qu'il faut faire remonter la véritable origine de la Saint-CharlemagneV Le ban-
Jourdain, Hiil. de t'Univeriiié dt Paru, in-folio, liv. 1 , ch. vi ; II,
qnet où sont réunis aujourd'hui encore, avec les professeurs, les plus forts élèves de chaque classe, ne s établit qu'après cette dernière date. Ce que le nom glorieux du fils de Pépin le Bref rappelle avant tout aux jeunes lycéens, c'est une orgie annuelle de veau, de poulet rôti, de nougat, d'oranges, de Champagne à trente sous la bouteille et de vers latins. La veuve Clicquot laisse à désirer, mais le veau est authentique, et on peut redemander du vers latin; on le pouvait du moins jusqu'à ces derniers temps, et j'aime à croire que les réformes universitaires ne l'auront pas atteint dans ce lieu d'asile.
Du plus loin que le dîner de la Saint- Charlemagne se montre dans l'histoire, il apparaît composé des éléments invariables que nous venons de dire, sauf le vin de Champagne, produit de la civilisation moderne. Quelquefois, comme dans les banquets de Sainte-Barbe, le poulet est remplacé par un dindon, mets traditionnel dans la vieille maison de la rue de Reims. Et souvent les vers latins se doublent de vers français : joute courtoise et toujours classi<[ue entre la langue de Virgile et celle de Racine. En 1880, à Saint- Louis, comme on savait les vers latins condamnés à mort, deux élèves de rhétorique eurent l'idée ingénieuse de composer un dialogue ou la muse latine et la muse française se répondaient, comme la lyre et la harpe de Victor Hugo :
Altérais dicetis, amant alterna Camœnœ.
Chacun défendait sa cause; l'alexandrin répondait à l'hexamètre, la rime luttait avec la césure, et cette grande dispute finissait par une réconciliation et un embrassement.
J'ai toujours été surpris qu'il ne se soit point trouvé encore un nourrisson de l'Université, élève, professeur ou maître d'étude, pour écrire l'histoire des banquets de la Saint- Charlemagne. Les documents écrits ne lui manqueraient pas, et les traditions orales moins encore. 1\ n'aurait qu'à interroger autour de lui et à recueillir les récits des anciens. Ces agapes scolastiques ont été marquées par des épisodes de toute espèce, généralement gais, quelquefois tragiques.
Si l'on nous eut, en particulier, conservé la collection des pièces inspirées par la Saint- Charlemagne, je m'assure qu'on y pourrait faire quelques trouvailles assez curieuses. 11 est bien peu de jeunes gens destinés à la gloire httéraire, sous ses formes les plus diverses, qui ne se soient assis à cette table enviée, et il serait piquant de retrouver leurs premiers essais poétiques. Je donnerais quelque chose pour avoir une pièce de vers, môme latins, du jeune Arouet, de Villemain, de Victor Hugo ou de Sainte-Beuve à l'âge de dix-sept ans.
Par malheur, toutes mes recherches n'ont abouti qu'à un maigre butin. En 1824, Tëlève Benoît Rathery y prononça une parodie parfois assez ingénieuse de la troisième églogue de Virgile :
Ah! comités,
s'écrie le jeune poète :
rubiciinda timete venena, Prudenter correcta licet, capitique bibcntuni Ignotura quidcm, sciret si ignosccrc Bacchus.
Prudenter correcta, comme synonyme d'abondance, est une périphrase aimable. Plus loin, le poète, entraîné par un élan gastronomique, ne craint pas de s'écrier, en un style digne de Vitellius :
0 comités, iterumque iterumque incumbile mensis; Totum, si liceat, venter tiirgescat in annum.
Venter turgescat est dépourvu d'atticisme et serait digne tout au plus des haricots universitaires. Mais justement la Saint- Charlemagne est le seul jour de l'année où l'élève soit sûr de ne point manger de haricots.
Cette même année, un grave incident signalait à Louis-le-Grand le banquet de la Saint -Charlemagne. En ce temps-là, Louis-le-Grand avait pour proviseur M. Berthot, dont la sévérité inflexible et les opinions très royahstes déplaisaient aux élèves. Ils l'en avaient déjà averti par les voies usitées : imitation des cris de divers animaux sur son passage, mutineries, révoltes contre l'autorité du maître d'étude, accès subits et interminables de toux, de coryzas et d'éternuements pendant les classes. Un soir, l'élève Morel-Fatio, — la plus belle conquête que la peinture de marine ait jamais faite sur les cancres de collège, — avait organisé le complot connu dans l'histoire universitaire sous le nom de Conspiration des bouts de chandelle. Chaque élève s'éclairait à l'étude avec un bout de chandelle fiché sur son pupitre. A un signal donné par lui, toutes les chandelles sont éteintes en un clin d'œil, et l'étude se trouve plongée dans les ténèbres. La salle voisine imite cet exemple, puis la suivante, et ainsi jusqu'à la dernière. En dix secondes, la nuit est partout, et le sabbat commence. Ce fut un grand jour pour les marchands de dictionnaires et de Gradus ad Parnassum, dont il se fit une efl'royable consommation sur l'occiput et les épaules des maîtres d'étude. Le soir même, Morel- Fatio était réintégré dans la maison paternelle, d'où il transporta ses exercices au collège Bourbon.
FÊTES ET JEUX DE L'UNIVERSITK fil
L'insuffisance de ces moyens décida les élèves à frapper un grand coup. Au moment où les invités, — externes ou pensionnaires de Sainte-Barbe et des institutions voisines, — entraient an réfectoire, pour y célébrer la fête du patron de l'Université, les internes de Louis-le-Grand communiquèrent aux premiers rangs le mot d'ordre, qui se transmit de l'un à l'autre : c Défense de rèpondi-e an toast du proviseur. Faites circuler, * Au dessert, M. lierthot se lève sans souplon, et d'une voix sonore porte le toast : « Au roi, Messieui-s! » ïjes
Universilé de Paria. Un cours public d'après une gravure du xvi* siècle
conservée au cabinet des Estampes. ( Vieux niaîlree en bois.)
Cf. Paul Lacroiï , /,« Sciences cl Ica Leilrci au moyen 'lije, |i. 3.
([uelques professeurs qui l'entourent lui réponilent; mais, troublés par le silence unanime des élèves, ils le font sans conviction et sans ensemble. Tout le réfectoire éclate irrespectueusement de rire à cette maigre et hésitante acclamation.
C'est ainsi que rinlelligenle jeunesse préludait aux trois glorieuses !
I..a punition ne se fit pas attendre : elle fut inexorable. \js proviseur, d'abord atterré, no recouvra ses sens que jjour sortir précipitamment du réfectoire, et courir, fumant encoi-e de colèi-e, demander un arrêté d'expulsion contre tous les élèves qui s'étaient assis au banquet. Il l'obtint. Et comme ceux-ci étaient les vainqueurs des concours et les forts en tlième, il décapita lui-même son collège. Ixs bannis allèrent porter leurs couronnes aux établissements voisins.
Oi'i la politique va-t-elle se nicher?
Ce n'est pas la seule fois qu'elle se soit attaquée à cet innocent banquet. ÎJi sa triple qualité de saint, de despote et de ci-devant,
Cliarlemagne ne pouvait être épargné plus que ne lavaient été la fête des Rois et les étrennes par la Révolution. En 1793, au moment même où Louis XVI venait de monter à la guillotine, il s'était trouvé à Paris un principal de collège, Tex-abbé Forestier, qui n'avait pas craint de faire célébrer à ses élèves cette solennité, suivant l'antique usage. Quelques jours après, il pouvait lire le virulent article fulminé contre lui par les Révolutions de Paris :
(T Législateurs citoyens, vos prédécesseurs nous ont débarrassés de la Sorbonne et de l'Université; vous nous avez délivrés des rois et de la royauté : comment se fait-il que sous vos yeux, huit jours après l'exécution du jugement à mort porté contre le dernier de nos despotes, quinze jours après les honneurs rendus à un martyr de la République; comment se fait-il qu'un pédant, prêtre et docteur de Sorbonne, ait eu l'indécence ou la sottise de faire chômer, par les écoliers du gymnase public dont il est le chef, la fête de saint Gharlemagne, roi de France?
« Lundi dernier, le principal du collège des Quatre - Nations s'est permis ce scandale antirévolutionnaire, et sans doute a trouvé des imitateurs parmi ses dignes collègues. Imbécile esclave des anciens usages d'une vieille corporation qui n'existe plus, et dont il était membre, ce pédagogue suprême, sans respect pour l'esprit public et pour la jeunesse, lundi dernier, a fermé les classes de la maison d'éducation qu'il préside, a fait venir chez lui les premiers sujets de chaque classe, les a salués du titre d'empereurs, en mémoire d'un roi massacreur et corrupteur des mœurs publiques... Voilà le modèle qu'un chef de maison d'éducation a mis, cette année, sous les yeux de nos jeunes répubhcains !
« Nous croyons de notre devoir de ne point passer ce fait sous silence et de le dénoncer à toutes les autorités constituées, au département, à la municipalité, aux tribunaux et, avant tout, au comité d'instruction publique. Nous apprenons avec plaisir que le substitut du procureur de la Commune s'en occupe , et il y a urgence ; car nous savons de bonne part qu'un grand nombre d'écoliers, pour peu qu'on tarde, se proposent de se faire justice eux-mêmes avec l'arme du ridicule, la seule permise aux individus contre la sottise doctorale. En conséquence, le susdit prêtre et docteur principal du collège des Quatre - Nations ne doit pas être surpris si, l'un des jours du carnaval où nous entrons, il voit arriver sous ses fenêtres un quadrupède à longues oreilles, qu'on le priera poliment de monter, la queue de l'animal d'une main, une férule dans l'autre et le bonnet de Sorbonne sur la tête. 11 sera promené ainsi dans tout
Pnris, un jeune héraut marchant devant lui et disant: «r Citoyens, € c'est ainsi que doit être traité, pour la première fois, tout prêtre d ou docteur, principal de collège, qui invite les écoliers à célébrer * la fête d'un roi. »
I^ substitut de la Commune qui avait dénoncé le principal du colh'?ge Mazarin et appelé sur lui la vindicte publique était Real, — depuis le comte Real et l'un des favoris de l'empereur. Le résultat de l'instruction, aussitôt commencée, fut que le citoyen Forestier avait obéi aux ordres du vice - recteur ; « mais il a fait, ajoute le Moniteur qui rend compte de cette grosse alïîiire, tout ce (pii dépendait de lui pour tourner au profit de l'esprit républicain ce reste gotlii(pie de l'ancien régime. La fùte a changé de nom ; elle a été appelée Fête de V Émulation. Des santés ont été portées à la liberté, à l'égalité et à la Répul)lique. \â} citoyen Forestier jouit dans sa section de la réputation d'un l)on patriote et d'un républicain prononcé. »
Cette absolution ne satisfit pas Prudbomme, qui en appela à <r un plus ample informé ». Le conseil général chargea son procureur (le procéder à une nouvelle instruction sur le cas du vice-recteur et de lui en rendre compte. Mais je n'ai pu trouver son rapport dans la suite des procès -verbaux de la Comnuine, et sans doute cette affaire, qui avait failli prendre des propoitions considérables, fut enterrée là.
Foire de SaiDt-Gennain au ivii* siècle, d'après une pièoe du cabinet dei EM
ie d« Paris, région du bourg Siial- Germai a. Appendice, XII , p. 406.