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LES PREMIERS BIENFAITEURS DE L'HOPITAL-GENERAL DE QUEBEC

Les premiers bienfaiteurs de Y Hôpital- Général de Québec après, bien entendu, Mgr de Saint- Vallier, le saint fondateur de cette maison, furent Pierre Mortrel et sa femme, née Adrienne de Lastre.

Ces noms ne vous disent pas grand'chose, n'est-ce pas?

Pierre Mortrel était originaire de la paroisse de Saint-Séver, évêché de Rouen. Il passa ici probablement dans l'été de 1665. Le 8 septembre de cette année, il achetait de Jean Picher une terre en la seigneurie de Lirec,

•(1) Histoire de la seigneurie de Lauzon, vol. 1er, p. 250.

île d'Orléans. Le 16 novembre suivant, Mortrel épousait, à Château-Richer, Adrienne de Lastre, qui était de la paroisse de l'Esterbceuf, évêché d'Amiens. (1)

Un peu plus tard, Pierre Mortrel s'établit à Charlesbourg sur une terre qu'il défricha luimême. Le travail ardu et la frugalité des époux Mortrel leur permirent d'amasser avec les années non pas une fortune mais un pécule avec lequel ils achetèrent une autre terre au village Saint- Joseph de la même paroisse de Charlesbourg.

La Providence n'avait pas donné d'enfants aux époux Mortrel. Lorsque Mgr de Saint- Vallier établit son Hôpital-Général, ils entendirent parler du dénuement et de la pauvreté des religieuses chargées de la nouvelle fondation. Ils formèrent alors le désir de donner tout ce qu'ils possédaient à l'Hôpital-Général.

Les annales de l'Hôpital-Général parlent de ce don dans les termes suivants :

"Au mois de mars 1696, les religieuses furent agréablement surprises de voir arriver Pierre Mortrel et Adrienne Lastre, sa femme, habitants de Charlesbourg, gens désireux de faire quelque chose pour leur salut. Ils témoignèrent avoir dessein de donner en pur don à la communauté tout ce qu'ils possédaient, savoir deux terres situées l'une à Charlesbourg,

(1) Bulletin des Recherches Historiques, vol. XXVII, pp. 314 et 320, notes de Mgr Amédée Gosselin et de M. Aégidius Fauteux.

l'autre à Saint- Joseph, village du même lieu, avec tous leurs bâtiments, et généralement tous leurs biens, meubles et immeubles. Le contrat fut passé le 21 juillet, et les donateurs déclarèrent avoir été portés à faire cette aumône pour reconnaître en quelque façon les témoignages de bienveillance et d'affection que les dames religieuses leur avaient donnés et poulies engager à se souvenir d'eux en leurs dévotes et saintes prières; à la charge aussi de faire, selon leur discrétion et volonté, prier Dieu pour le repos de leurs âmes, après leur décès."

Pierre Mortrel et sa femme s'étaient réservé l'usufruit de leurs biens. Ils continuèrent à exploiter leurs terres pendant quelques années mais on peut dire qu'ils ne travaillaient qu'au profit de l'Hôpital-Général car ils apportaient au monastère, chaque année, force denrées et donnaient des sommes d'argent assez importantes pour aider les religieuses à payer leurs dettes.

Lorsque Pierre Mortrel se vit malade pour mourir, il se fit transporter à l'Hôpital-Général. Il endura avec une patience et une résignation vraiment chrétiennes de cruelles douleurs causées par l'hydropisie.

Mortrel mourut dans le cours de l'année 1711 et les religieuses de l'Hôpital-Général, reconnaissantes, le firent inhumer dans leur église et lui accordèrent les mêmes suffrages qu'elles donnaient aux membres de leur communauté.

A la mort de son mari, Adrienne de Lastre demanda comme faveur à se retirer à l' Hôpital- Général. Elle promettait de servir la communauté en qualité de sœur tonrière. Cette demande fut accordée avec plaisir par les religieuses. La pieuse veuve se livra alors sans réserve aux exercices de la pénitence. Sur son corps, exténué par l'âge et le dur travail des champs, elle portait une ceinture de fer qu'elle ne quittait jamais.

Dans l'été de 1713, la veuve Mortrel, revenant de Québec extrêmement fatiguée, monta dans une charrette. Par une fausse manoeuvre du conducteur de la voiture, elle tomba et une des roues lui passa sur la tête. Elle aurait dû mourir sur le coup. Elle attribua sa conservation à la protection spéciale de la Sainte Vierge à qui elle avait une tendre dévotion. La blessure qu'elle avait reçue à la tête se guérit après quelques jours, mais les douleurs ne cessèrent point, et la fièvre étant survenue, on proposa à la malade de recevoir les saints sacrements. Elle ne voulut pas cependant recevoir le Viatique dans son lit, et se rendit à l'église. Elle ressentit un mieux sensible toute cette journée. Le lendemain, fête de l'Assomption, on se rendit à sa chambre de grand matin. La veuve Mortrel était à genoux, appuyée à la muraille, le chapelet à la main. La religieuse s'approcha et constata qu'elle était morte.

Les religieuses de l' Hôpital-Général rendirent à la veuve Mortrel les mêmes honneurs

qu'elles avaient accordées à son mari. Elle fut inhumée dans l'église, à côté de lui, et eut les mêmes suffrages.

Dans le monde, les bienfaits sont bien vite oubliés. Il n'en est pas de même dans le cloître.

La donation consentie par Pierre Mortrel n'avait pas une valeur considérable. Tout de même, après deux siècles, les noms de Pierre Mortrel et de sa femme, Adrienne de Lastre, ne sont pas oubliés au vieux monastère. Dans la liste des bienfaiteurs de la maison, ils viennent immédiatement après celui de Mgr de Saint-Vallier, qui lui donna l'existence.

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