‹ Le vieux QuâebecChapitre 12 sur 43 · UNE EPIDEMIE DE PETITE VEROLE A QUEBEC EN · texte numérisé non relu

UNE EPIDEMIE DE PETITE VEROLE A QUEBEC EN

4 Un soir d'automne de l'année 1703 (1702), écrit M. l'abbé Casgrain, dans son Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec, un chef sauvage mettait pied à terre à la basse ville, après avoir fait en canot d'écorce, quoique malade, le long trajet qu'il y a entre la Nouvelle-Angleterre et Québec. Si les citoyens de cette ville, qui l'avaient regardé débarquer avec indifférence, avaient soupçonné quel hôte terrible, quoique invisible, faisait son entrée avec

lui dans leurs murs, ils auraient reculé d'épouvante. Ce Sauvage reçut l'hospitalité dans une famille où il ne tarda pas à tomber dangereusement malade. Tout son corps se couvrit de pustules livides et infectes que l'on reconnut bientôt pour la petite vérole. Comme presque tous les Sauvages attaqués de cette maladie,il en mourut en peu de jours. Le gouverneur, M. de Beauharnois, lui fit faire des funérailles avec tous les honneurs qu'on avait coutume de rendre aux capitaines de sa nation."

Le nom de ce capitaine sauvage ne nous a pas été conservé. Nous avons retrouvé, cependant, son acte de sépulture aux registres de Notre-Dame de Québec.

"Le 19 octobre 1702, y lisons-nous, a été inhumé au cimetière de cette paroisse par moy prêtre curé de Québec un chef de la mission du Sault, après avoir reçu le sacrement de pénitence, en présence de Jean Dubreuil, Jacques Michelon et un grand nombre d'autres personnes".

La petite vérole apportée par le chef sauvage se communiqua à la famille où il était mort, et de là par toute la ville.

Les annales de l' Hôtel-Dieu nous donnent des détails qui font frémir sur l'épidémie de petite vérole de 1702-1703. La mortajité, disent-elles, fut si grande que les prêtres ne pouvaient suffire à enterrer les morts, et à assister les mourants. On portait chaque jour les corps dans l'église de la basse ville, ou dans

la cathédrale sans aucune cérémonie, et le soir on les inhumait quelquefois jusqu'à quinze, seize, dix-sept, dix-huit ensemble. Cela dura plusieurs mois, en sorte que l'on comptait sur les registres mortuaires plus de deux mille morts dans Québec, sans parler des environs qui n'eurent pas un meilleur sort.

L'annaliste des Ursulines parle ainsi du fléau :

"Nous n'avions rien négligé des moyens divins et humains pour nous préserver de la contagion: aucune religieuse ni pensionnaire n'allait au parloir, excepté les portières, les dépositaires et la mère supérieure, et nous fîmes une procession portant l'image de saint Roch, disant tous les jours après matines l'antienne et oraison de ce saint. On faisait aussi au dehors des prières publiques, telles que neu vaines de saluts, oraisons de quarante-heures et processions. Dans une de ces processions on porta les Saintes Reliques; dans une autre, les statues de saint Roch et de saint Sébastien. Les neuvaines de saluts se faisaient alternativement dans les diverses églises de la ville, avec des exhortations à la pénitence pour apaiser la colère de Dieu."

De son côté, l'annaliste de l'Hôpitaî- Général écrit:

"La fin de l'année 1702 fut tristement remarquable par les ravages que commença à faire la petite vérole, qui fut apportée à Montréal par un sauvage venu de la Nouvelle- Angle-

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