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UNE REVOLTE A QUEBEC EN

Le général Murray, premier gouverneur anglais de Québec, était d'un caractère extrêmement violent, mais il revenait si vite de ses emportements et il était si juste pour ses subordonnés que les soldats avaient beaucoup d'estime pour lui. Le soldat anglais, accoutumé

à être mené énergiquement, se soumet volontiers à une discipline de fer quand il est traité avec justice.

Au mois de septembre 1763, le général Murray eut à faire face à une révolte qui éclata dans la garnison de Québec et dont il vint à bout grâce à sa diplomatie et à son énergie.

Dans les premiers jours de septembre 1763, le général Amherst, commandant en chef des troupes anglaises en Amérique, dont les quartiers-généraux étaient à New-York, donnait ordre au général Murray d'opérer une réduction de quatre deniers dans la solde des soldats de la garnison de Québec composée des 15e et 17e Régiments et du 8e bataillon des Rangers.

C'est le 18 septembre 1763 que le général Murray annonça cette réduction à la garnison de Québec. On comprend que la nouvelle fut reçue de très mauvaise grâce par le troupier dont la solde était déjà assez minime.

Le même soir, après l'appel du rôle, les soldats s'attroupèrent en armes et défilèrent devant les quartiers du général Murray afin de protester contre l'ordre qu'il venait de promulguer.

Les quelques marchands anglais de Québec ayant essayé de faire entendre raison aux soldats furent reçus par une volée de pierres qui atteignirent quelques officiers. Ceux-ci

furent même obligés de tirer leurs sabres pour se protéger contre la troupe.

Les émeutiers se rendirent ensuite aux quartiers des officiers par groupes bruyants dans le but de les intimider.

Un peu plus tard, dans la soirée, presque toute la garnison se réunit en armes et tambours battants près de la porte Saint- Jean.

Le général Murray qui, avec quelques officiers et sous-officiers, faisait la visite des corps de garde, rencontra les émeutiers et tenta de les apaiser. Les soldats ne voulurent pas se rendre à ses conseils et plusieurs déchargèrent leurs fusils sans, heureusement, blesser personne. Les soldats informèrent le gouverneur qu'ils avaient l'intention de se mettre en marche pour New-York, avec deux pièces d'artillerie, pour soumettre leurs griefs au général en chef Amherst.

Murray et ses officiers passèrent la nuit blanche. A tout instant, ils s'attendaient à être attaqués par les soldats en révolte.

Le lendemain, 19 septembre, Murray rassembla les officiers et les sergents sur lesquels il pouvait compter. Il signala à tous la gravité de la situation. La garnison de Québec était la plus forte de toutes les garnisons en Amérique. Si la révolte n'était arrêtée immédiatement, elle pouvait se répandre dans toutes les autres garnisons et il pouvait en résulter des conséquences très graves dans un pays qui n'était pas encore pacifié et où tous les citoyens étaient soldats.

Il fut donc convenu que les officiers et les sergents useraient le jour même de toutes les ressources de la persuasion auprès des soldats. Si ces moyens ne réussissaient pas, on devait avoir recours, le lendemain, aux mesures les plus rigoureuses contre les mutins.

Le 20 septembre, à dix heures du matin, toute la garnison reçut ordre de s'assembler sur le terrain de parade, à la Grande-Piace.

Le général Murray s'y rendit accompagné de son état-major et donna lui-même lecture du code militaire. Sa lecture terminée, il lit voir aux soldats la faute énorme qu'ils étaient en train de commettre contre la discipline, puis il les informa que lui et ses officiers étaient décidés de rappeler les mutins à leur devoir quand bien même ils périraient à la peine.

Puis, s'avançant bravement vers le régiment d'Amherst, il s'écria que le premier soldat qui refuserait d'obéir serait immédiatement tué.

Il s'empara ensuite des drapeaux du régiment, les fixa en terre à une certaine distance l'un de l'autre, et d'une voix de stentor donna ordre au régiment de marcher droit entre les deux drapeaux.

Le régiment d'Amherst s'ébranla comme un seul homme et passa entre les deux points fixés par le gouverneur.

Le général Murray félicita alors le régiment d'Amherst d'être revenu à de meilleurs sentiments. Il donna ensuite le même comman-

dément au 27e régiment puis au 8e bataillon des Rangers. Ceux-ci obéirent également.

Le général Murray venait de mettre fin à une révolte très sérieuse sans avoir fait verser une seule goutte de sang!

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