UNE STATUE EQUESTRE DE SIR GEORGE PREVOST A QUEBEC
Sir George Prévost pendant son séjour de quatre années dans le Bas-Canada avait gagné les cœurs des Canadiens par son affabilité et la sympathie qu'il leur avait montrée en toute occasion.
Quelques jours avant son départ pour l'Angleterre, le 21 mars 1815, la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada, voulut lui donner une marque de reconnaissance pour ce qu'il avait fait en faveur des Canadiens, et elle décida, par une adresse, de lui offrir un service d'argenterie de cinq mille livres sterling.
Le 23 mars 1815, cette adresse était transmise à sir George Prévost qui y faisait la réponse suivante:
"Je vous remercie de l'opinion favorable que vous avez exprimée de mes services, et je transmettrai au gouvernement de Sa Majesté votre adresse remplie de sentiments si flatteurs pour moi, afin que son Altesse Royale le prince régent puisse diriger votre libéralité par ses ordres." #
Le 21 mai 1815, le comte Bathurst informait sir George Prévost que le prince régent consentait à ce qu'il acceptât cette marque d'approbation de son gouvernement par la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada.
Un biîl fut en conséquence présenté à la Chambre d'Assemblée par M. Jean-Thomas Taschereau, député de Dorchester. Il fut adopté le 12 février 1816, et transmis immédiatement au Conseil Législatif. Mais ce corps était composé en grande partie d'adversaires de sir George Prévost et il ne donna pas sa concurrence au biil de M. Taschereau.
Les choses en restèrent donc là.
Sept ans plus tard, les sympathies de la Chambre d'Assemblée pour sir George Prévost se réveillèrent. Le 3 décembre 1823, M. Louis Bourdages, député de Buckingham, appuyé par M. Jean Dessaules, député de Richelieu, proposait la résolution suivante:
"Que les Communes du Bas-Canada, animées d'un sentiment de justice, de reconnaissance et de respect pour la mémoire de feu sir George Prévost, baronnet, ci-devant gouverneur-en-chef de cette province, désirant perpétuer et transmettre à la postérité, par quelque témoignage public, la haute idée qu'elles ont i toujours eue et qu'elles ont encore de la sagesse, .de l'intégrité et de l'habileté avec lesquelles, (dans les circonstances les plus embarrassantes, il a administré le gouvernement de cette province, et du succès des opérations par lesquelles,
avec des moyens disproportionnés, il a préservé les Canadas du péril imminent de conquête dont ils étaient menacés, pendant la dernière guerre avec les Etats-Unis.
"Que ce n'est que par des circonstances auxquelles les Communes de cette province n'ont pu obvier que la résolution de l'Assemblée de la dite province du 21 mars 1815, qui affectait la somme de cinq mille livres pour l'achat d'un service d'argenterie pour être présenté à feu sir George Prévost de leur part, comme un témoignage de la haute idée que les Communes avaient de ses talents distingués, de sa sagesse et de son habileté dans l'administration du gouvernement de cette province, et dans la défense heureuse d'icelle durant la dernière guerre, avec les Etats-Unis, n'a pu être réalisée et mise à effet."
La même résolution demandait de former un comité de cinq membres pour considérer et faire rapport à la Chambre des moyens les plus, convenables et les plus efficaces pour mettre à effet et perpétuer les sentiments des Communes du Bas-Canada relativement aux services publics et à la conduite distinguée de feu sir George Prévost.
Ce comité fut composé de MM.Bourdages, Blanchet, Heney, Taschereau et Proulx.
Le 3 janvier 1824, M. Bourdages déposait devant la Chambre le rapport du comité:
"Ayant donné l'attention la plus sérieuse au sujet référé pour aviser aux moyens les plus
convenables et les plus efficaces pour mettre à exécution les résolutions de cette Chambre, exprimant ses sentiments relativement aux services publics et à la conduite distinguée de feu sir George Prévost, baronnet, ci-devant gouverneur-en-chef de cette province, d'une manière qui pût répondre aussi dignement à la mémoire de cet illustre personnage que la sincérité des sentiments exprimés par cette Chambre dans ses résolutions du troisième jour de décembre dernier, et aussi considérant l'état actuel des finances de cette province, la majorité de votre comité est d'opinion :
"Premièrement, qu'il conviendrait qu'une statue équestre fût érigée dans un lieu convenable au devant du bâtiment où siègent les Communes du Bas-Canada, avec cette inscription :
In memoriam
Illustrissimi viri
D. Georgii Prévost
Baroneti,
Hujusce Provinciae Gubernatoris,
Atque
Copiarum Dulcis
Canadarum Servatoris,
Hoc Monumentum
Grato animo
Decreverunt Communes
Inferioris Canadae,
Die januarii 1824.
"Secondement, que l'orateur de «cette
Chambre prenne des moyens convenables pour s'enquérir des dépenses probables pour l'érec-: tion d'une telle statue, pour être le tout mis* devant la Chambre d'Assemblée de cette province à la prochaine session." 5
Nous ignorons si l'orateur de la Chambre d'Assemblée, qui était alors l'honorable Joseph1 Rémi Vaîlières de Saint-Réal, s'acquitta de la mission que lui confiait les députés. Ce qui est certain c'est que ce projet de statue équestre à la mémoire de sir George Prévost ne revint jamais devant la Chambre.
Conclusion: sir George Prévost n'a pas eu de statue sur aucune place publique de Québec. Ceci ne veut pas dire qu'il ne le méritait pas.