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UN FRERE DE WALTER SCOTT A QUEBEC

On a dit de Xavier de Maistre que la célébrité de son frère Joseph, le grand philosophe chrétien, l'avait presque entièrement jeté dans l'ombre.

On ne peut dire la même chose de Thomas Scott, celui qui fait le sujet de ce modeste article. S'il n'eût été le frère de Walter Scott, le célèbre romancier écossais, bien peu de

personnes s'arrêteraient aujourd'hui devant i'humbîe pierre qui indique, dans le vieux cimetière de l'église Saint-Mathieu, à Québec, l'endroit où reposent ses cendres.

Walter Scott, le père de Thomas et de Walter Scott, appartenait à une vieille famille dont plusieurs membres, à différentes époques, avaient joué un certain rôle en Ecosse. Il exerça pendant un grand nombre d'années la profession honorable de writer to the Signet. Son honnêteté et l'attention scrupuleuse qu'il donnait à toutes les affaires qui lui étaient confiées lui amenèrent un grand nombre de clients. A sa mort, il jouissait d'une modeste aisance.

De son mariage avec Anne Rutherford, fille du docteur John Rutherford, professeur de médecine à l'université d'Edimbourg, il eut douze enfants. Six, Anne, née le 10 mars 1759; Robert, né le 22 août 1760; John, né le 28 novembre 1761; Robert, né le 7 juin 1763; Jean, né le 27 mars 1765 ; Walter, né le 30 août 1 766, moururent en bas âge. Les autres furent :

lo Robert, qui entra dans la marine royale, servit sous le capitaine plus tard amiral William Dickson et assista à presque toutes les batailles de Rodney. La paix de Versailles en 1783 ayant brisé ses légitimes espérances d'avancement, il entra au service de la Compagnie des Indes Orientales. Il fit deux voyages aux Indes et mourut victime du climat meurtrier de ce pays. Robert Scott possédait pour ta littérature un talent qui ne demandait qu'à

être cultivé. Il tournait assez habilement une pièce de vers. On peut en juger par la petite élégie suivante sur la perte supposée d'un vaisseau, composée pendant la nuit qui précéda la célèbre bataille des Saintes, le 12 avril 1782. Il fait allusion ici aux nombreux amusements de son mess :

No more the geese shall cackle on the poop, No more the bagpipe through the orlop sound, No more the midshipmen, a jovial group, Shall toast the girls, and push the bottle round. In death's dark road at anchor fast they stay, Till Heaven's loud signal shall in thunder roar; Then starting up, ail hands shall quick obey, Sheet home the topsail, and with speed unmoor.

2o John, qui entra dans l'armée, parvint au grade de major et mourut le 8 mai 1816.

3o Walter, le grand écrivain, l'auteur de tant de chefs-d'œuvre.

4o Anne, née en 1772, qui mourut non mariée en 1801.

5o Thomas, celui qui nous occupe.

6o Daniel, qui essaya plusieurs professions, ne réussit dans aucune et mourut à son retour des Indes en 1806.

Thomas embrassa d'abord la profession de son père. Il fut pendant quelques années Writer to the Signet. Mais bientôt il fut pris de l'ambition de devenir riche et il se mit à spéculer sur les fermes. Des opérations malheureuses le ruinèrent entièrement.

Il se retira alors à l'île de Man.

Thomas Scott avait toujours aimé la vie militaire. Tout jeune homme, il avait fait

partie d'un corps de grenadiers volontaires formé à Edimbourg. Dans une lettre qu'écrirait Walter, son frère, à leur tante, Christian Rutherford, en novembre 1794, nous lisons:

"Nos volontaires sont maintenant tous rassemblés. Malgré la lourdeur de leur uniforme ils ont une martiale apparence. Leur habileté dans les manœuvres et les exercices de toutes sortes excitent la surprise et l'admiration des militaires réguliers. Tom (Thomas) est très fier de la compagnie de grenadiers à laquelle il appartient. C'est elle qui dans toutes ks occasions a remporté la palme."

Aussi, lord Melville, qui connaissait ses goûts et qui tenait à le protéger à cause de son frère Walter dont il avait été le compagnon d'études, le nomma, quelque temps après son établissement dans l'île de Man, extractor, emploi militaire qui dans l'armée anglaise correspondait, croyons-nous, au grade de l'officier recruteur de l'armée française. Sa solde était de 400 louis par année.

Mais Thomas Scott jouait de malheur. Peu de temps après sa nomination, l'office d'extractor fut aboli.

Lord Melville, voulant dédommager le frère de son ami de la perte de son emploi, proposa, dans la chambre des Lords, une mesure, le Scott judicature biïl, pour accorder £ Thomas Scott une pension annuelle de !30 louis.

Ce projet de loi rencontra une assez vive opposition de la part des lords. Lorsqu'il fut lu pour la troisième fois, le comte de Lauderdale et lord Holîand s'opposèrent énergiquement à son adoption et prononcèrent en cette circonstance de vigoureux discours.

"Thomas Scott, s'écria le comte de Lauderdale, a été nommé à l'office d'extractor à une époque à laquelle il était décidé et bien connu de tout le monde, que cet emploi était sur le point d'être aboli. M. Scott n'a pas même rempli les devoirs de cette charge et il obtiendrait une pension de 130 louis pendant que de pauvres employés travaillent et peinent pendant 20 ans et n'ont droit à aucune rémunération!"

Lord Holland fut un peu plus doux. Il rendit même hommage au talent de Waîter Scott.

"Ceux qui me connaissent, remarqua-t-il, ne me suspecteront pas d'être défavorable aux hommes de lettres; au contraire j'ai la plus grande estime pour le caractère littéraire de Walter Scott. J'ai toujours considéré qu'il était de mon devoir d'encourager le mérite littéraire sans m'occuper des opinions politiques. Mais, en ce qui concerne M. Thomas Scott Ja questionest bien différente: il a été nommé à une position sachant qu'elle était sur le point d'être abolie. Et maintenant il réclame une indemnité pour des pertes qu'il n'a pas subies. Ceci est injuste."

Le projet de loi de lord Melville fut néanmoins adopté et Thomas Scott jusqu'à sa mort toucha sa pension annuelle de 130 louis.

Quelques années plus tard, Thomas Scott fut nommé payeur au 70e régiment. En 1814, ce régiment reçut ordre de s'embarquer pour l'Amérique. Scott le suivit. Le 70e fut d'abord caserne à Cornwall, puis en 1815 transféré à Kingston et enfin à Québec.

C'est pendant son séjour à Kingston que Thomas Scott fut suspendu de ses fonctions. Cet ordre vint directement du ministère de la guerre en Angleterre et fut communiqué au général Wilson par le major Evans dans une lettre en date du 1er décembre 1816 conçue en ces termes:

"Il est ordonné que Thomas Scott, payeur au 70e régiment, soit suspendu de ses fonctions jusqu'à ce que les listes de paie et autres documents militaires soient transmis au ministère."

Le commandant en chef réinstalla Scott dans ses fonctions peu de temps après. Sa conduite fut approuvée par lord Palmerston, le 28 mars 1817.

C'est à Québec, le 4 février 1823, que Thomas Scott mourut. Il fut inhumé dans le

cimetière de l'église Saint-Mathieu, rue Saint- Jean. On y voit encore son épitaphe:

Sacred

to the memory of

Thomas Scott, esquire

îate paymaster

of the 70th régiment,

who departed this life

4th february 1823.

And his daughter

Barbara Scott,

who died

on the 5th october,

in the 8th vear

of her âge.

Thomas Scott avait épousé, encore tout jeune, Elisabeth McCulloch, d'une excellente famille écossaise.

Il eut d'elle un fils et quatre filles.

La cadette, Barbara, mourut à Québec, le 5 octobre 1821, à l'âsfe de huit ans.

C'est au sujet du fils de Thomas Scott que Walter Scott écrivait à son frère le 23 juillet 1820:

"Après mes propres enfants, ceux pour qui j'ai le plus d'intérêt sont, comme de raison, les vôtres. J'ai longuement songé à ce que vous m'avez dit au sujet de votre fils Walter.

Quelque soit le genre de vie que vous désiriez lui donner je puis lui être d'un grand secours. Mais avant de rien faire, je veux vous consulter sur les inclinations de votre garçon. Je ne veux pas dire par là que vous devez lui demander son opinion, parce que à un âge aussi peu avancé un enfant bien élevé accepte ce que lui suggèrent ses parents; mais je crois que vous devez considérer, avec une très grande impartialité, son tempérament, ses dispositions et ses qualités de cœur et de corps. Ce ne serait pas chercher son bien que de lui faire embrasser une profession parce que cette profession offre plus d'avantages qu'une autre. Il serait préférable de sacrifier ces avantages plutôt que de faire entrer un enfant dans une carrière pour laquelle il ne serait pas fait. Si mon neveu est sage, prudent, s'il aime la tranquillité de la vie sédentaire, s'il fait des progrès en arithmétique, et s'il en a le goût, il ne peut embrasser une meilleure carrière que celle de comptable. C'est l'emploi pour lequel je puis lui rendre le plus de services. C'est une des carrières les moins encombrées. S'il désire entrer dans cette carrière, je le ferai prendre de l'emploi chez un bon patron. Je me chargerai moi-même de sa pension. Mais si, ce qui n'est pas impossible, le gars aime la vie active et les aventures, je puis le faire entrer en qualité de cadet au service de la Compagnie des Indes Occidentales."

Effectivement, Walter entra au service de

la Compagnie des Indes Occidentales. Il devint sous-lieutenant à Bombay.

Jessie, l'aînée des filles de Thomas Scott, devint la femme, en 1819, à Québec, du lieutenant, plus tard, lieutenant-colonel Huxley.

C'est d'elle qu'il s'agit dans cette lettre de Walter Scott à son frère, en date du 16 octobre 1819:

"J'ai reçu hier votre lettre m'annonçant le prochain mariage de Jessie. Avant que cette lettre ne vous parvienne le joyeux événement aura probablement eu lieu. J'inclus dans la présente un mot pour la mariée. Je lui envoie un modeste cadeau qu'elle emploiera comme elle le voudra."

Les deux autres, Anne et Elisa, après la mort de leur père, suivirent leur mère en Ecosse.

Le 19 avril 1826, Walter Scott écrivait dans son journal:

"J'ai écrit à madame Thomas Scott la priant de laisser venir sa charmante fille Anne passer la saison avec moi." (1)

Quelques mois plus tard, le 21 de novembre 1826, Walter Scott écrit de nouveau dans son [journal :

"Ma belle-sœur (madame Thomas Scott) et sa fille arrivent en ce moment à la maison. Elles sont toutes deux en parfaite santé. (2)

(l)The Journal of Sir Walter Scott from the original manuscript at Abbotsford, vol. I, p. 180. (2) Idem, vol. I, p. 312.

A cette époque, Elisa et Anne n'étaient pas encore mariées.

Waîter Scott avait une très haute opinioti des talents littéraires de son frère Thomas.

En 1808, ne s'accordant pas avec les directeurs de la Edimburg Review, revue à laquelle il avait jusqu'alors collaboré, il résolut de fonder la Quarterly Review. Il écrivit à ce sujet la lettre qui suit à Thomas:

"Certaines affaires très pressantes m'ont empêché jusqu'ici de compléter pour vous ma collection des ouvrages de Shadwell. (1) Elle est cependant à la veille de l'être. Il faudrait que vous auriez toutes les pièces originales afin de pouvoir les collationner avec l'édition in-8. Mais, en ce moment, j'ai un emploi plus pressant et plus lucratif à donner à votre plume. Je vous informe sous le sceau du secret qu'un complot se trame en ce moment pour tuer la Edimburg Review. Nous avons l'intention de fonder une nouvelle revue qui, nous l'espérons, déploiera autant de talents et d'indépendance. On m'a offert la direction de la nouvelle publication mais quoique les émoluments attachés à cette charge soient très élevés, j'ai décliné. M. Gifford, auteur de Raviad, a accepté la tâche.

(1) Thomas Scott, paraît-il, songeait alors à publier un* édition des poésies de Shadwell. Walter Scott l'encourageait beaucoup à faire cette publication parce qu'il considérait que les œuvres poétiques de Shadwell ne méritaient pat l'oubli dans lequel elles étaient tombé. Il faut avouer que les satires de Dryden ont beaucoup contr:bué à amener l'antipathie du public pour les poésies de Shadwell.

Il y a mis une condition, cependant. Il faut que je lui donne toute l'assistance possible.

"Vous allez avoir l'occasion d'exercer votre talent d'écrivain. La Quarterly Reviezv acceptera de tout: poésies, romans, nouvelles, etc., etc. Vous toucherez pour chaque seize pages imprimées dix guinées. Pour commencer vous pourrez envoyer vos articles par mon entremise. Je les retoucherai avant de les remettre à Giftord."

Nous ignorons si Thomas Scott profita des offres de son frère.

Lorsque parut le célèbre roman de Walter Scott Waverley, on fit courir le bruit en Ecosse que ce roman était l'œuvre de Thomas Scott. Quelques journaux allèrent même jusqu'à affirmer que les meilleurs romans de Walter Scott appartenaient à son frère.

C'était aller un peu trop loin.

Walter Scott écrivit à son frère en Amérique :

"Waverley a un succès énorme. Je vous envoie un exemplaire. On fait ici courir le bruit que vous en êtes l'auteur. Envoyez-moi un roman dans lequel vous aurez mis tout ce que vous possédez d'humour, et je vous assure que je pourrai le vendre au moins 500 louis. Pour vous encourager, vous pourrez, lorsque vous m'enverrez le manuscrit, tirer sur moi une traite de 100 louis. Ainsi, vous serez certain que vous n'aurez pas perdu votre temps. Vous avez plus d'humour et de talent pour la descrip-

tion que bien des écrivains très connus. Ce qu'il vous manque c'est la pratique de la composition. Si on vous parle de Waverley, ne dites rien. Je ne veux pas vous faire passer pour Fauteur d'un livre que vous n'avez jamais vu, mais, d'un autre côté, si le public veut absolument le supposer et vous donner 500 louis pour vous essayer dans le roman, je ne vois pas pourquoi vous refuseriez cette chance de faire une petite fortune."

Chose assez curieuse: aucune des compositions de Thomas Scott n'a été conservée.

LES EXCENTRICITES D'UN JUGE QUEBECOIS

Né à Rochester, comté de Kent, en Angleterre, vers 1787, John Fletcher s'était fait recevoir avocat avant de passer ici en 1810.

Le 4 décembre 1810, John Fletcher obtenait le droit de plaider devant tous les tribunaux du Bas-Canada.

C'est dans la vieille capitale que le nouvel avocat établit son étude.

Le 16 mai 1814, M. Fletcher était nommé, conjointement avec Henry Blakstone, coroner pour le district de Québec.

Le 22 novembre 181.5, Fletcher devenait juge des sessions de la paix à Québec.

M. Aubert de Gaspé, auteur des Anciens Canadiens et des Mémoires, fut un des contemporains de M. Fletcher à Québec. Il était, dit-il. un avocat d'un grand talent et d'une vaste érudition, mais lorsqu'il plaidait sa voix était tellement désagréable qu'elle irritait les oreilles les moins sensibles à l'harmonie des sons. Et il avait la manie de chanter dans les banquets auxquels il assistait!

M.de Gaspé écrit: "Fletcher était l'Anglais le plus préjugé contre les Canadiens que j'aie connu, et je pourrais ajouter contre tout ce qui n'était pas anglais pur sang."

"M. Fletcher, dit encore M. de Gaspé, n'y allait pas de main morte, lorsqu'il était juge stipendiaires des cours trimestrielles de la paix et chef de la police à Québec. Lorsqu'il condamnait un criminel à être fouetté, punition très fréquente alors, pour les petits larcins, la sentence portait que le coupable serait fustigé jusqu'à ce que son dos fût ensanglanté. Tant pis pour ceux dont la peau était dure comme des requins. C'était leur affaire. Pourquoi n'avaient-ils pas la peau plus fine!

"Il apprend un jour qu'un pauvre diable, stationné près de la porte Saint-Jean, était possesseur d'une roulette: les passants mettaient un sol ou deux sur la table, tournaient îa roue, gagnaient quelquefois un écheveau de fil,un papier d'épingle, ou quelque chose de cette

valeur, ou en étaient pour leurs déboursés. Fîetcher se fait amener le coupable, envoie quérir le bourreau sans même en prévenir le shérif et fait administrer au délinquant trente-neuf coups de fouet. Celui-ci laissa sa roulette au greffe de la paix et prenant ses jambes à son cou, s'empressa de sortir des murs de cette ville inhospitalière, en criant : "Je me sauve à Montréal, on fesse ici pour rien !"

"Fîetcher, présidant une autre fois la cour des sessions trimestrielles, voulut faire le procès à un homme accusé d'un crime entraînant peine de mort sur conviction, mais comme les deux autres juges qui siégeaient avec lui menacèrent de le laisser seul sur le banc, il fallut à son grand regret y renoncer."

Fîetcher, au dire de M. de Gaspé, n'en agissait pas ainsi par ignorance. Oh, non! II avait toujours un vieux statut anglais tombé en désuétude, mais qui n'avait pas été révoqué, et derrière lequel il se retranchait. C'était certainement un homme d'une vaste érudition: une encyclopédie vivante, comme on disait alors.

En 1816, le gouvernement débarrassait pour un certain temps la population de Québec du brutal M. Fîetcher en le nommant, conjointement avec M. William-Bachelor Coltman, juges de paix pour les Territoires Indiens (ou du Nord-Ouest) et commissaires pour régler

les différents survenus entre les deux compagnies rivales de la Baie d'Hudson et du Nord- Ouest.

De retour à Québec en 1818, M. Fletcher se faisait nommer, le 19 mai de cette année, juge de paix pour le district des Trois-Rivières.

Le 21 juin 1823, M. Fletcher devenait juge de la cour provinciale pour le district inférieur de Saint-François, avec résidence à Sherbrooke.

A Sherbrooke, M. Fletcher se trouva dans un milieu plus sympathique puisque la population y était alors presque exclusivement anglosaxonne. Le juge Fletcher n'en continua pas moins ses excentricités.

La population endura quelques années, mais il y a une limite à tout. En 1831, le juge Fletcher fut formellement mis en accusation devant la Chambre d'Assemblée. On lui reprochait d'avoir sans aucune cause condamné à l'audience plusieurs personnes pour mépris de cour et de s'être montré partial, tyrannique, arbitraire et capricieux dans ses décisions. On allait jusqu'à dire que sa conduite déshonorait la magistrature.

La Chambre d'Assemblée demanda la suspension du juge Fletcher.

Lord Ayîmer, alors gouverneur, promit à !a Chambre de prendre sa demande en "'très sérieuse considération". Cette formule n'avait pas alors plus de sens qu'aujourd'hui, et lord

Aylnier laissa Fletchcr continuer à terroriser la population de Sherbrooke.

Les accusations portées contre Fletcher n'attaquaient pas précisément son honnêteté. On se plaignait plutôt de ses excentricités, de ses caprices, de ses procédés tyranniques à Tégard des parties et des témoins, etc. Ainsi dans l'enquête faite par un comité de la Chambre d'Assemblée il fut prouvé qu'à l'audience il avait condamné un plaideur à cinq cheîins d'amende parce qu'il n'aimait pas sa mine.

Ceux qui veulent connaître en détail les excentricités du juge Fletcher n'ont qu'à consulter le rapport de l'enquête faite contre lui. Elle se trouve dans une brochure assez rare aujourd'hui intitulée: Copy of a report of a sélect commit ee of the Hoitse of Assembly of Lower Canada, respecting Judge Fletcher and of any correspondance between the earl of Gosford and Lord Glenelg, on the snbject of the charges preferred ag ainsi the Judge, Colonial office, Downing street, 2 may 1837.

Le juge Fletcher décéda à Sherbrooke le 11 novembre 1844, à l'âge de 77 ans. Il avait été sous le harnais toute sa vie. Quatre mois avant sa mort, malgré son âge avancé, il avait siégé en Cour d'Appel à Québec et on avait remarqué que sa mémoire était aussi bonne, son esprit aussi vif que dans ses meilleures années.

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