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LE PALAIS OCCUPE PAR M. DE TRACY A QUEBEC EN

Dès 1663, il y avait à Québec une mai. son connue sous le nom de Palais. Quel était ce Palais? Où était-il situé? Voilà deux questions que feu l'honorable M. P.-J.-O. Chauveau posait à nos chercheurs en 1885. Personne, il nous semble, n'a encore répondu à ces questions.

Nous croyons être en mesure de dire ce qu'était le Palais et d'indiquer le site de cet •édifice.

Et d'abord relevons l'existence du Palais.

Le procès-verbal de la séance du Conseil vSouverain tenue le 14 novembre 1663, dit:

"En conséquence de l'affiche faite dimanche dernier portant qu'offres au rabais seraient ce

jourd'huy reçues pour les réparations et augmentations à faire tant au fort St-Louis, à la maison à présent dite le Palais, qu'au brigantin, et après que Jean Lemire, maître charpentier, et Jean Monfort, maître maçon, se sont présentés et qu'ils ont représenté leurs procèsverbaux de visite du passé, le Conseil a ordonné et ordonne que de nouveau ils feront visite des dites choses vendredi prochain, du matin, et qu'ils en dresseront leur procès-verbal en présence des sieurs de la Ferté et Damours, commissaires députés pour ce voir faire, pour sur leur rapport être ordonné ce que de raison,"

Le 28 novembre 1663, le Conseil Souverain reçoit de nouvelles offres pour les réparations au château Saint-Louis et au Palais.

Le 5 décembre 1663, troisièmes offres au rabais pour les réparations au château Saint- Louis et au Palais.

Enfin, le 12 décembre 1663, ainsi que îe voulait la loi, le Conseil Souverain s'assemble de nouveau pour procéder cette fois à l'adjudication des travaux. Les charpentiers Antoine Rouillard et Jean Chénier ayant fait les offres les plus avantageuses obtiennent le contrat de menuiserie pour une somme de 2930 livres. Quant aux travaux de maçonnerie, le Conseil Sotiverain, peu satisfait des offres faites, les remet à plus tard.

LTne délibération du Conseil Souverain en date du 25 juin 1665 nous explique le pourquoi

des réparations qu'on fit subir au château Saint- Louis et au Palais en 1663, 1664 et 1665:

"Le Conseil attendu que le Palais est réservé et qu'on y travaille incessamment pour y loger Monseigneur de Tracv a ordonné qu'affiches seront mises pour faire savoir à tous que le Conseil se tiendra aux jours ordinaires dans la maison de Lavigne, huissier, où il se tenait ci-devant."

C'est donc le Palais qui servit de résidence à M. de Tracy pendant les quelques mois qu'il passa à Québec, de 1665 à 1666.

Demandons-nous maintenant quel était ce Palais et où il était situé?

Le Palais faisait-il partie des dépendances du château Saint-Louis ou tout au moins étaitil situé dans l'enceinte du fort?

Non.

C'est en 1620 que Champlain fit commencer la construction du fort Saint-Louis. Cette habitation, toute en bois, fut rasée en 1626 et remplacée la même année par un fort plus spacieux "avec fascines, terres, gazons et bois." C'est dans ce deuxième château Saint-Louis que mourut Champlain le 25 décembre 1635. Dès son arrivée dans la Nouvelle-France, M. de Montmagny fit reconstruire en pierre le fort Saint-Louis édifié par Champlain. En 1647, M. de Montmagny jetait les fondements du ''corps de logis" qui jusqu'à 1694 devait porter le nom. de château Saint-Louis. Il est certain qu'en 1665, lors de l'arrivée de M. de Tracy à

Québec, il n'y avait qu'un seul bâtiment de quelque importance dans l'enceinte du fort de Québec. C'était le fort même qu'on désignait aussi sous ie nom de château Saint-Louis.

Il faut donc chercher ailleurs.

Dans la carte de Jean Bourdon intitulée Plan du haut et du bas de Québec comme il est en l'an 1660, on voit indiqué, au pied du Mont- Carmel, un peu en bas de la partie nord-est du Jardin du Fort actuel, un bâtiment d'assez vastes dimensions que la légende au bas de la carte désigne comme suit: Séucchausscc . . .

La Sénéchaussée avait été établie à Québec par le gouverneur de Lauzon peu après son arrivée à l'automne de 165 L Le gouverneur nomma son hls aîné, Jean de Lauzon.. grandsénéchal de la Nouvelle-France.

M. l'abbé Ferland écrit:

''Les salles et les bureaux de la sénéchaussée étaient placés dans une maison, située en partie sur l'emplacement qu'occupe aujourd'hui le palais de justice à Québec. Lorsque plus tard, le palais de l'intendant eut été bâti sur les bords de la rivière Saint-Charles, les bâtiments de la sénéchaussée furent abandonnés; et, en 1681, l'emplacement avec les ruines fut donné par le roi aux Récollets, qui finirent par y transporter leur couvent Le grand-sénéchal occupa, pendant quelque temps, une partie du bâtiment connu sous le nom de sénéchaussée. S'étant retiré, après le départ de son père, à sa terre de Beaumarchais, il autorisa M.

Louis-Théandre Chartier, alors lieutenant-général civil et criminel, à occuper les mêmes appartements." (1)

M. l'abbé Ferland n'est pas tout à fait exact ici. Le bâtiment qu'occupa le grandsénéchal de la Nouvelle-France n'était pas la Sénéchaussée bâtie sur le site actuel du palais de justice, mais une autre Sénéchaussée qui s'élevait de l'autre côté de la rue Saint-Louis, à peu près où on vient de bâtir la nouvelle aile du château Frontenac. M. l'abbé Ferland a donc confondu le secoue! bâtiment de la Sénéchaussée avec le premier.

En effet, la Sénéchaussée occupa successivement deux immeubles. Et voici nos preuves.

Le 28 mai 1681, le roi de France accordait aux Récoîlets une place, située en la haute-ville de Québec, sur laquelle était ci-devant bâtie la maison de la Scnccliaussée. C'est le site actuel du palais de justice de Québec. Comme les Récollets commencèrent presque aussitôt la construction de leur couvent, il est donc certain que la maison de la Sénéchaussée (la deuxième) était disparue.

La maison qui servit à la Sénéchaussée établie en 1651 et qui fut aussi occupée par le grand-sénéchal ne disparut qu'en 1711 comme nous le constatons par l'ordonnance suivante de l'intendant Raudot du 14 mai 1711 :

"Sur ce qui nous a esté représenté par le

fl) Cours d'histoire du Canada, vol. 1er, p. 402.

sieur de Beaucours capne. et faisant les fonctions d'ingénieur en ce païs qu'il y a une maison appellée la Sénéchaussée cy-devant appartenant au sr de Bécancourt et dont il a reçu le remboursement, laquelle se trouvant dans la place du château St-Louis, il serait nécessaire de la démolir ce qu'on n'a pas fait jusques à présent, parce que les intendants nos prédécesseurs et nous-même, voulant épargner l'argent du Roy, (Mt toujours crû trouver quelqu'un qui prendrait les démolitions en payement des travaux (ju'il faudrait faire pour la mettre à bas, ce qui n'est pas arrivé jusques à présent, et comme Me. Maillon, entrepreneur des fortifications de cette ville, ayant besoin présentement de partie des démolitions de cette maison pour servir pour quelques ouvrages qu'il a entrepris il offre de démolir la d. maison sans rien demander autre chose pour la dépense qu'il fera pour y parvenir que les matériaux qu'il en tirera, offrant encore de porter et de prendre ce qui ne luy sera pas nécessaire dans les endroits de la d. place, ou en d'autres qui lui seront marqués, il a crû être obligé de nous donner avis des propositions qui luy ont été faites par le d. Maillon et de requérir la démolition de la d. maison aux conditions cy-dessus proposées, croyant la d. démolition nécessaire pour l'agrandissement de la place du Fort St-Louis, et les propositions cy-clessus énoncées avantageuses au Roy, à quoy ayant égard

''Nous permettons à Me. Maillon de dé-

moîir kl cl. maison cy-devant appelée la Sénéchaussée à la charge qu'il rendra la place où est construite la d. maison nette et sans qu'il puisse prétendre autre chose pour les travaux qu'il fera que les démolitions d'ycelle lesquelles il pourra transporter pour ce qui luy sera utile dans tel endroit qu'il jugera à propos et le surplus qu'il le fera porter dans les endroits qui lui seront marqués par le d. s. de Beaucours."

Pour nous, le Palais que le Conseil Souverain fit aménager pour recevoir M. de Tracy en 1665, était tout simplement la première Sénéchaussée de Québec située dans la place du château Saint-Louis et que l'intendant Raudot, comme nous venons de le voir, fit détruire en

Nous appuyons notre théorie sur deux pièces probantes:

Le 6 octobre 1700, MM. de Cal H ères et Bochart Champigny envoyaient au ministre un plan de la haute-ville de Québec. Précisément à l'endroit où, quarante ans plus tôt, dans son Plan du liant et du bas de Québec, Jean Bourdon plaçait la Sénéchaussée, Ml\l. de Callières et Bochart Champigny indiquaient un bâtiment de mêmes dimensions avec la légende: "Maison du Roi qui servait autrefois de prison, dont le for.d appartient aux héritiers de M. de Bécancour.'' De plus, un jugement du Conseil Souverain du 23 avril 1668 dit :

"Veu le procès extraordinairement encommencé pardevant le lientcr5ant civil et criminel

de cette vilie à la requête du procureur fiscal de la Compagnie des Indes Occidentales, seigneurs de ce pays, demandeurs contre Jacques Bigeon, prisonnier ez prisons de la conciergerie du palais de la juridiction ordinaire de cette ville (de

Québec)

Le palais de la juridiction ordinaire mentionné ici est sans aucun doute possible le Palais occupé par M. de Tracy en 1665 et 1666.

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