‹ Le Vignoble Français Et L'Afrique Du NordChapitre 18 sur 35 · I. — La main-d'œuvre a) La main-d'œuvre indigène · texte numérisé non relu

I. — La main-d'œuvre a) La main-d'œuvre indigène

1 Prix. — En France, et spécialement dans les quatre départements du Midi grands producteurs de vin, Gard, Hérault, Aude, Pyrénées-Orientales, les salaires sont de 3 à 4 francs par jour, et de à francs pendant les vendanges. De plus, l’ouvrier agricole a droit quotidiennement à 2 litres de vin, à # même en temps de vendanges. La journée de travail est de six heures en hiver, sept en été.

En Algérie, le récoltant emploie des arabes, qu’il paie de 1 à 2 francs. Pour les vendanges il donne 4 fr. 50 plus un pain, quelquefois 2 francs. Pour la taille seulement, on a recours à des ouvriers espagnols spécialistes que l’on paie jusqu’à 3 francs. Mais

pour tous les autres travaux de l’année, labours, sou-

Rp frages, sulfatages, vendanges, on utilise la main-d’œuvre arabe.

Le salaire varie, bien entendu, selon la nature des travaux, la région, l’habileté du travailleur. Dans la Mitidja, il est de 1 fr. 75 pour le piochage de la terre et les travaux pénibles, tels que les sulfatages ; pour les vendanges il s’abaisse à 1 fr. 25 et mème 0 fr. 75. Les laboureurs se paient 1 fr. 50 à 1 fr. 75, au maximum 2 fr. 25. Dans le département d'Oran, dans la région de Sidi-bel-Abbès, les laboureurs du vignoblereçoivent 2francs à2 fr. 25, les vendangeurs 1 fr. 25 à 1 fr. 50. Les Européens sont micux payés, 2 fr. 50 à 3 francs, 3 fr. 25 même quand ils taillent la vigne. Les garçons de ferme remplissant le rôle de chefs de chai reçoivent 90 à 120 francs par mois et sont logés.

La journée de l’ouvrier est de neuf heures de travail effectif en hiver et de treize heures en été. On travaille du lever au coucher du soleil.

2° Qualité, — On ne saurait pretendre que la maind'œuvre algérienne égale celle de la métropole. Il y a ici, entre elles, une différence nouvelle, en sens inverse de la précédente, mais inférieure à celle-ci. La main-d'œuvre arabe, moins habile, est moins soigneuse aussi que la main-d'œuvre française. En France un instrument de viticullure et de vinificalion durera plusieurs années. En Algérie, il risque d’ètre hors

d'usage après deux ou trois ans.

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Mais il ne faut pas exagérer ce désavantage, ni croire que les outils agricoles sont fréquemment détériorés par l’indigène désireux de se donner un certain temps de répit dans son travail. L’arabe n’est sans doute pas un ouvrier de premier ordre, mais il est sobre, assidu au travail, fait une longue journée, et quand l’escouade est surveillée, comme d’habitude, par un contremaître français ou maltais, le rendement n’est guère inférieur à celui d’un ouvrier du Midi. Enfin les grèves ne sont guère à craindre. Toute velléité de résistance serail viteréduile grâce au régime spécial institué par le code « l’Indigénat ».

b) La main-d'œuvre militaire et pénitentiaire. — Depuis des années, la main-d'œuvre militaire, qui était autrefois donnée, spécialement pour les moissons et les vendanges, n’est plus accordée. Mais ce refus ne porte que sur les troupes régulières. La main-d'œuvre militaire pénitentiaire reste acquise aux colons, moyennant de faibles redevances que, dans la seconde parlie de ce chapitre, nous avons vues se monter pour une année à la somme totale de 175.815 francs. Le colon, en faisant sa demande à l'autorité militaire, doit justifier qu’il peut fournir logement et nourriture, et oblient à certaines conditions une escouade ou un peloton d'hommes qu’il occupe à tous les travaux du domaine. Celte maind'œuvre présente environ 4.000 individus.

c) La main-d'œuvre étrangère. — En dehors des

indigènes et des détenus militaires, la majeure partie des ouvriers agricoles est constituée en Algérie par les Italiens et les Espagnols, moins exigeants que les Français pour leur rémunération. Il y a aussi, c’est vrai, des Espagnols qui viennent faire les vendanges dans le Midi et des Piémontais et des Siciliens qui travaillent dans les plaines de Provence et du Sud-Est. Mais cette main-d'œuvre étrangère est en France insignifiante. Ce sont nos compatriotes du Plateau Central, des Cévennes, des Alpes, qui au mois de septembre accourent en foule pour les vendanges dans les plaines du Midi. La proportion d’étrangers qui existe dans les quatre départements gros producteurs du Midi, malgré la proximité de la frontière, ne dépasse guère celle qu’on trouve dans l’ensemble de la France, soit 3,1/2 ‘°/,. En Algérie au contraire on ne compte que 7 °/, de Français.

d) Les charges militaires des ouvriers agricoles. — En France, le service de deux ans obligatoire pour tous diminue la main-d'œuvre et augmente les frais de culture. Ce désavantage n'est subi en Algérie que dans la proportion de 7 ‘/.. Il n’existe en rien pour la population indigène qui fournit presque exclusivement la main-d'œuvre agricole. Le journal le Tell, à propos de la conscription organisée par le décret du 3 février 1912 sur le recrutement des indigènes algériens non naturalisés, rapporte dans son numéro du

20 avril 1912, les dispositions suivantes, prises par

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le préfet d’Alger : « Pour le département d’Alger, sur un chiffre total de 21.601 indigènes figurant au tableau du recrutement établi en exécution du décret, il ne doit être prélevé qu’un contingent de 827 hommes dans les communes désignées pour l'application de la conscription et dans lesquelles communes le nombre des inscrits est de 10.512. Le prélèvement de 827 hommes représente donc 7,85 ‘/, du contingent des 19 communes de plein exercice ou mixtes désignées à l’arrèté préfectoral et 3,85 ‘/, du contingent de tout le département. Il faut d'autre part considérer que chaque indigène appelé sous les drapeaux pour une période active de trois années aura droit au moment de sonincorporation à une prime de 250 francs dont 150 payables de suite et 100 après deux années de service. Le décret du 3 février 1912 prévoit en outre le remplacement, comme cela existe en Tunisie actuellement. C’est encore là une alténuation de la charge imposée à nos sujets. Enfin, et comme mesure dans le même ordre d'idées, le décret indique que le contingent des appelés assignés à chaque commune sera diminué du nombre des volontaires qui se produiront lors de l'itinéraire des commissions de tirage au sort. »

On voit avec quelle bénignité la conscription est appliquée à l’Algérie.

Dans une lettre qu’il a bien voulu nous adresser à ce sujet, M. Gustave Coste, de Nimes, qui joue

Paul Raynal 6

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un rôle prépondérant dans le mouvement viticole méridional, écrit : « Comment rétablir légalité des charges économiques, alors que le travailleur indigène n'est et ne peut pas être soumis à l’obligation du service militaire, qui grève si lourdement notre main-d'œuvre? » Et il nous rappelle « l'échec de la tentative timide de service obligatoire faite récemment en Algérie, échec tant du côté indigène où la conscriplion provoque l’émeute et l’émigration, que du côté des colons français, qui voient avec une véri-

table terreur armer la population arabe ».

IT. — La lutte contre les maladies de la vigne

Dans un article de la Revue de Viticulture, paru le 22 février 1912, M. Bertrand, présidentdes Délégations financières, président de la Société des Agriculteurs d'Alger, écrit : «... Lorsqu'il s’agit de lutter contre des fléaux qui compromettent etpeuvent anéantir nos récoltes, nous sommes obligés de nous imposer des sacrifices plus importants qu’en France, si nous voulons nous en préserver. Huit sulfatages avant les premiers jours de juillet ne nous assurent pas toujours l'iminmunité contre le péronospora, landis que ce résultat est atteint en France avec moitié moins de traitements. La lutte contre les altises nous a coûté certaines années jusqu’à 100 francs par hectare. Il nous faut soufrer trois fois contre l’oïdium, chauler contre

l’anthracnose, badigeonner en hiver à l’acide sulfurique les ceps pour détruire les cochenilles que nous donne la fumagine, et déjà la pyrale, l’eudémis, la cochylis nous envahissent rapidement et menacent nos récoltes futures. »

L’oïdum, l’anthracnose, les cochenilles, la pyrale, l’eudémis, la cochylis n’épargnent pas la France, plus atteinte par eux jusqu’à présent que l'Algérie (1). Les sulfatages sont, suivant les années, de 5 à 40 fois répétés. [Il y a eu dans des années humides jusqu’à 18 sulfatages. La moyenne de 8 n’est pas au-dessus de la vérité. Quant aux 100 francs par hectare et par an qu'a coûté la lutte contre les altises, il nous paraît que ce chiffre est peu exact. On lutte contre les altises au moyen de l’arséniate de soude, qu'on joint au premier sulfatage ou, s’il y a lieu, aux deux premiers. La dépense est d’environ 2 francs par hectare et par an.

Par contre, la vinification, pour obtenir des vins marchands, est plus coûteuse en Algérie qu’en France. Les fermentations doivent être conduites avec beaucoup de soins. La réfrigération est parfois indispensable. Pendant la fermentation, il faut souvent avoir recours à l’acide tartrique, et toujours il est utile

d'employer l’acide sulfureux.

1. Récemment a été remarqué dans le département de l’Aude, le : passage du nysius senecconis, qui attaque les jeunes vignes, particuière ment les plants américair il détermine la dessicalion € 1 t les plants américains, dont il détermine la d cation des

feuilles et des pousses. On le combat par l'acide sulfurique,

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