‹ Le Vignoble Nord-AfricainChapitre 114 sur 216 · II. — SALAIRES GLOBAUX DISTRIBUES PAR LA VITICULTURE · texte numérisé non relu

II. — SALAIRES GLOBAUX DISTRIBUES PAR LA VITICULTURE

Quant aux salaires totaux que fait distribuer la culture de la vigne à quel chifire les évaluer? D'une discussion qui s'était insti-

) Chedeville : Notes générales.

tuée il y a quelque quinze ans aux Délégations financières d'Algérie, on pourrait déduire le chiffre de 500 millions de francs de cette épope. Dans sa thèse de doctorat ès-lettres soutenue en Sorbonne en 1947, M. Isnard estime à 800 millions le montant des salaires viticoles en 1938; plus de la moitié, dit-il, sont remis aux indigènes. En 1946, M. Rolland donne le chiffre de 5 milliards, M. Paulian, Président du Syndicat agricole de Boufarik, dans un travail dont toute l’agriculture algérienne a apprécié la solidité, indique que lhectare de vigne exige chaque année 159 journées de travail. En comptant la journée de travail à 200 franes (moyenne des tarifs de septembre 1948) on obtient le chiffre de 31.800 francs par hectare, soit pour l’ensemble de l'Algérie 10 imilliards 400 millions.

Si l’on ajoute à cette somme Jes salaires payés aux ouvriers qui, sans exactement travailler le sol, contribuent à la mise en valeur du vignoble, forgercns, maréchaux ferrants, électriciens, etc. qui ne sont que partiellement et sur certains domaines inclus dans la statistique relative aux journées de travail, il faut adopter un chiffre sensiblement plus élevé. Ce chiffre ne doit pas être éloigné de 12 milliards. Un milliard par mois, voilà à peu près ce que répand dans les familles ouvrières la culture de la vigne algérienne. Et si l’on tient compte des salaires dus à la reconstitution du vignoble, on arrive à 19 milliaräs (4).

Certains auteurs, voulant se livrer à des calculs divers, aussi précis que possible, ont fait observer que la reconstitution du vignoble était, au vrai, une reconstitution de capital; et ils ont cru devoir ne faire entrer dans la somme des salaires normaux d’exploitation qu’une faible partie des dépenses faites par les propriétaires pour reconstituer leur vignoble. C’est pourquoi ils ont avancé comme chiffre des salaires normalement versés par la viticulture 15 milliards de francs. Ce chiffre s'appliquant à l’automne 1948.

Avons-nous un moyen de vérifier l’exactituce du chiffre ainsi obtenu? L’expérience démontre qu’en Afrique du Nord il en est sensiblement de même qu’en Métropole, à savoir que les salaires directement payés aux ouvriers agricoles (à l’exclusion de toute autre dépense, traitement &Ges cadres notamment) représentent les 40 % des frais totaux d’une exploitation. Appliquons cette règle au chiffre de base 15 milliards de francs. Et compte tenu des rectifications qui s'imposent pour faire entrer en ligne les dépenses spéciales occasionnées par la culture des raisins de table, nous arrivons à une dépense annuelle pour le vignoble algérien d’environ 37 à 38 milliards.

Si nous déduisons ce chiffre de 37 milliards de la valeur estimée de la récolte algérienne, soit 45 milliards 200 millions, nous obtenons 8 milliards 200 millions.

Sur ce bénéfice brut combien les vignerons ont-ils à payer d’im-

(4) Voir ci-après chapitre de la Reconstitution.

pôts? Il est assez difficile de le dire avec certitude puisque l’impôt n'étant pas déductible des frais aux yeux du fisc, on ne le trouve. pas explicitement indiqué dans les comptabilités agricoles. Mais nous connaissons le taux des divers impôts directs, nous savons quelle est la répartition du vignoble, entre granGs, moyens et petits propriétaires, nous pouvons done nous risquer à une évaluation et nous devons être assez près de la vérité en estimant au tiers du bénéfice brut la part prélevée par l’impôt (5).

Tout compte fait, il resterait au vigneron pour vivre et économiser o milliards et demi. Or quelle est la valeur en capital du vignoble algérien? De tous les chiffres cités en ce travail, après confirmation par les Gonnées notariales et les statistiques de l’enreg'strement, nous déduisons une valeur de 164 milliards.

Un capital de 164 milliards fournissant un revenu net de 5 milliards et Gemi, cela nous paraît tout à fait conforme à ce que nous dit la vie de chaque jour. Et de cette constatation, nous tirons cette: conclusion que le chiffre de base de tout le calcul, les salaires versés. aux travailleurs agricoles, doit être assez exact.

Toutefois reconnaissons que la Confédération des Vignerons. Algériens prenant pour base le fait que le vignoble utilise un ouvrier agricole par hectare et par jour (gérant, caviste, garçons d’écurie, ete., compris) arrive, pour la surface plantée 326.882 hectares et le salaire de base de 200 francs, à 23.862 millions, soit 4 ow 5 milliards de plus que nous n’avons indiqué comme salaires distribués. Reprenant le calcul après la cernière augmentation de salaires (250 francs par jour pour l’ouvrier agricole ordinaire), M. Fontanille arrive à près de 30 milliards de salaires distribués (chiffre de 1949).

Si l’on compare les divers chiffres rue par les auteurs, les. statistiques, etc., on arrive aux approximations suivantes pour les salaires versés en Algérie, en 1947 et en 1948, et aux probabilités suivantes pour 1949 (en francs)

Salaires : sus laires relati ï ‘ Total lair Salaires vilaclos v aires ni des professions ota ie aires ie a reconstitution relatifs Années d'exploitation normale d : GORDOLSS FRET u vignoble à la viticuliure au travail viticole

1947 | 11 à 12 milliards | 3 à 4 milliards | 2 à 3 milliards | 16 à 19 milliards 1948 | 14 à 15 — BEEN BRRIAL 20 à 23 1949 | 18 à 19 = ANDRE DEUID ARE) ——

Les salaires viticoles ont été augmentés plusieurs fois (5 mars 1948, 26 octobre 1948, augmentation hors texte légal en de nom-

(5) Colonel R. Peyronnet : Communication aux syndicats agricoles.

breux Gomaines). La reconstitution du vignoble s'est accélérée en 1948 et progressera encore en 1949. Le coefficient d'augmentation . des professions intéressées par l'effort viticole (charrons, fergerons, <lectriciens, plombiers, tonneliers, chauffeurs, etc.) est particulièrement sensible fin 1948.

C. — Des Mouvements de Fonds viticoles des Finances locales et des Budgets

Cest en traitant les divers points indiqués dans le titre ci-dessus que nous mesurerons mieux encore l'importance de la vigne en Afrique du Nord, du moins en Algérie.

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