‹ Le Vignoble Nord-AfricainChapitre 113 sur 216 · I. — PRIX PAYES AUX OUVRIERS ET AUX CADRES DE L’'EXPLOITATION VITICOLE · texte numérisé non relu

I. — PRIX PAYES AUX OUVRIERS ET AUX CADRES DE L’'EXPLOITATION VITICOLE

Une incidence sociale de la culture de la vigne doit être mise nettement en lumière : le nombre de journées de travail qu’elle exige, le nombre de francs qu'elle verse en salaires. Un agronome distingué, M. Paulian de Boufarik, a montré de manière saisissante les effets de la culture de la vigne en Algérie. Elle appelle, sur des chantiers qui sont actifs toute l’année, le plus grand nombre d’ouvriers de toutes catégories, et elle entretient au village, le nombre le plus considérable d’artisans dépendant d’elle; la culture d’un hectare de vigne réclame quatre fois plus de main-d'œuvre que celle d’un hectare de blé; seules les cultures maraîchères et quelques techniques aussi spéciales que peu courantes, exigent davantage de bras; et tous les corps de métiers son mis par ele à contribution. Comme conséquence, elle € stribue, douze mois durant, des salaires

qui atteignent aujourd’hui plusieurs milliards de francs. Enfin elle fixe les travailleurs indigènes sur les domaines, leur permet de bénéficier de conditions d'hygiène, d'habitat, de vie meilleure; et elle permet aux ouvriers et contremaîtres européens qualifiés de passer rapidement du rang de salariés au rang de propriétaires. Il est à. peine besoin d’ajouter que ces considérations valent pour chacun des trois pays nord-africains.

De nombreuses études &e tous genres, depuis les articles de revues jusqu'aux rapports pariementaires ont depuis de longues années, souligné le parallélisme qui existe de manière à peu près conStante entre le développement äu vignoble et celui de la population indigène. M. Fontanille condensant ces divers travaux a dressé le tableau que voici (2) :

Hectares Population

Périodes de vigne indigène

HÉDOUISEN Re NT ait : 1879 16.688 2.125.052 CE < F ÿ 1881 30.242 2.407.394 rand essor du vignobie | 1886 79 049 3 264 879 AIPÉTICINIEN ER ee 1891 109.459 3.559.687 Phylloxéra et mévente 1901 167.916 4.072.089 ÉMIS, | 1906 167.667 4.016.411 Dénédireente | 1926 206.087 4.583.902 né A 1938 398.618 6.358.512

On apprendra avec intérêt que le même parallélisme s'établit entre le prix de la journée d’ouvrier et celui du degré des vins, qu’il s'agisse de prix libres ou de prix taxés. C’est M. Fontanille qui a dégagé cette loi dont il est superflu de commenter l'importance.

Prix de la journée Prix du degré hecto Années. d’ouvrier viticole du vin 1921 5,50 6,25 1924 6,50 DT, 1926 10,50 10,95 1929 14 11,30 1939 15 15 1941 22 21 1942 207! 28,50 1943 92 34 1944 45 40 1945 70 80 1946 110,50 114 1947 190 230 1948 250 360

(2) Fontanille : Notes générales (Documents de la Confédération des Vignerons Algériens).

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Mais il y a sur les domaines agricoles bien des catégories ce salariés. Donnons donc les derniers tarifs algériens, établis par le Gouvernement Général sous forme de salaire minimum. L'Algérie est divisée en plusieurs zones; nous fournirons les chiffres fixés pour la première zone, celle dans laquèlle l'employé reçoit de son employeur le taux le plus élevé.

oo mm)

|10 décembre 5 mars 26 octobre

CATÉGORIES (paur la 1° zone) 1946 1948 1948

(à la Journée Ouvrier ordinaire (laboureur, ven-

danveur etc) ER E ee 110,50 190 250 Ouvrier à demi spécialisé (homme

de cave, porteur-vendangeur, etc. 132,50 228 300 Ouvrier spécialisé (spécialiste de |

cave, conducteur de tracteur) . . 149,50 256 338 Ouvrier très qualifié (greffeur, tail-

FORUL) SPEARS PT RE PE 165,79 285 379

(au mois)

PERMEUD ET TER ERUUE Pa NUS ge 4.100 7.000 9:210 Comptable-pointeur . . . à . . . 5.500 9.450 12.435 Commis de ferme HAS SERRE 6.500 10.500 13.815 Gérant d'exploitation. ; . + . . . . | 10.060 17.100 17.100 Directeur de domaine 1 HET 20.000 34.300 34.300

EE

Enfin, il n’est pas inutile de comparer les salaires tunisiens et marocains avec les salaires algériens. En 1948, le salaire journalier de l’ouvrier agricole tunisien est de 160 francs. La main-d'œuvre tunisienne est en général d’un tiers environ moins chère que la main-d'œuvre algérienne; par contre, le personnel européen, payé au mois, est au même prix, quelquefois plus cher (3).

Au Maroc, les salaires agricoles sont encore plus bas, ils ne dépassent que de peu le demi-salaire algérien de l'indigène; les cadres français gagnent plus que les cadres français de Tunis’e, eux-mêmes mieux payés, nous venons de le voir, que les cadres européens d'Algérie.

A ces salaires s’ajoutent les très importants avantages en nature,# logement, éclairage, chauffage, jardin potager, basse-cour et parfois soins médicaux.

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