PRINCIPES DIRECTEURS DE LA RECONSTITUTION
On l’a dit : autant de vignobles et de vignerons, autant de reconstitutions part.cuiières. Mais ces œuvres différentes entre elles, obéissent maigré leur diversité à quelques nécessités communes. Celui qui reconstitue doit savoir ce qu’il veut et où il va. Il doit donc répondre à quelques interrogations que lui posent la nature et les nécessités quotidiennes. Essayons d’énumérer ces interrogations et dans l’ordre où elies naissent.
Avant de prendre une décision quelconque et de donner un ordre, le propriétaire qui reconstitue et qui sait bien ce qu’il peut. réclamer à sa terre, à son labeur, à ses collaborateurs et à son coffre-fort, le propriétaire qui reconstitue s’est demandé à luimême quelle est i’ampleur de l'effort à fournir et sur combien d’années cet effort est à étaler; si l’effort sera continu ou discontinu; s’il le fournira de bout en bout lui-même, depuis la confection des plants jusqu’à la plantation, ou s’il confiera à des pépiniéristes, à des entrepreneurs, etc., des parties de la tâche. Et bien d’autres questions accessoires dont l’ensemble constitue avec celles que nous venons d'indiquer le plan général de sa reconstitution personnelle.
Mais à l’intérieur de ce plan général, en formant la partie technique, la partie a plus spéciale, sont à trancher tous ies points que voici,
Le vignoble à reconstituer sera-t-il un vignoble à vin, ou à raisins de table ou à aeux fins? Dans l’Algérie de 1948, le vignoble est presque toujours un vignoble à vin. Mais le vigneron se réserve une petite parcelle de raisins de table. Au surplus tous les domaines comprennent une part importante de Cinsaut, et l’on sait que ce plant qui envoie normalement ses raisins à la cuve, peut, si nécessaire, les envoyer sur les marchés.
Si le vignoble est fait pour produire du vin, quel vin sera produit? Des vins fins, du vin de consommation courante, du vin à transformer en mistelles, ou en alcool? Là c’est le terrain qui importe. Dans des régions délimitées, en pays renommé, si la production en quintaux est faible, on a intérêt à planter des cépages nobles. Dans les plaines à humus profond là où l'irrigation est de règle on a intérêt à chercher le grand rendement qui alimente les cuves de vin ordinaire. Quelques viticulteurs peuvent se spécialiser à priori, dans la confection des vins de liqueur et des mistelles. Mais la plupart du temps l’envoi du vin en distillerie et toujours l'envoi du vin en vinaigrerie sont la conséquence d’une malfaçcon.
Que le vignoble produise des vins fins ou des vins ordinaires, faudra-t-il réserver une part et laquelle aux cépages blancs? Plantera-t-on les cépages pouvant faire des rosés? Notons que la masse
‘ des viticulteurs algériens fait des vins rouges, et que si, dans l’en-
semble, les vins blancs et rosés sont payés un peu plus que ies rouges, certaines années on a du mal à assurer leur écoulement,
Dans le plan de reconstitution devra-t-on réserver une part et laquelle aux hybrides.
Bien des fois, dans les pages qui précèdent, les hybrides ont apparu. L'instant est venu de leur donner en cette étude la place à laquelle ils ont droit.
Les hybrides sont des plants, d'origine à peu près exc'usivement française, Gus au labeur poursuivi depuis soixante-quinze ans par des savants et des vignerons dont on ne louera jamais assez la patience et l’ingéniosité. La caractéristique essentielle de ces plants est qu'ils résistent non seulement au phylloxéra, qui à partir de 1875, a ruiné le vignobe français, mais qu'ils résistent aussi à peu près entièrement à l’oïdium qui, observé pour la première fois en Angleterre en 1845, pénétra en France en 1851 et au mildiou, qui fut importé en Europe avec les vignes américaines.
Des plants qui dispensent &es traitements si coûteux contre les deux grands ennemis du vignoble devraient s'imposer. Si on ne les a pas plus complètement adoptés, c’est qu'ils encourent des reproches. On a relevé contre eux que leur vie serait plus courie que celle des autres plants, qu’'is porteraient moins de raisins et surtout que les vins produits par eux seraient loin de valoir les vieux vins français. Selon que les vignerons ont jugé fondés ou non ces reproches, ils ont planté ou non des hybrides. Mais il sembe acquis que les dernières créations des hybric@eurs répondent victorieusement aux attaques de leurs détracteurs. On est donc en droit de penser que la part Ges hybrides dans la reconstitution du vignoble sera désormais assez importante (2).
Nous aurons à comparer dans les pages suivantes le coût de la reconstitution en plants usuels et en hybrides.
ï 4° FORMULES D'ENCÉPAGEMENT
Supposons le problème résolu. Le viticulteur qui reconstitue a répondu à toutes les questions dont nous venons de dresser la liste. Et compte tenu des intentions arrêtées, il a à choisir les plants à mettre en terre.
Dans un chapitre précédent (3) nous avons pris pour exemple un ensemble de domaines totalisant 600 hectares de vignoble en Mitidja, appartenant à quatre propriétaires choisis entre tant d’autres, parce qu'ils avaient délibérément fait une part honorable aux cépages blancs et aux hybrides, et nous avons indiqué la proportion existant avant reconstitution ou à la présente
(2) Etudes générales de Viala, Degrully, Vivet, etc. Etudes et Expériences algériennes de Paul Videau (1916-1932). Colonel Peyronnet : La Revue agricole de l'Afrique du Nord (novembre 1948).
(3) Chapitre III, page 78.
heure entre les divers cépages. Nous avons demandé à ces exploitants, quel serait l’encépagement de ces 600 hectares, en fin de reconstitution, si aucun incident ne venait contrecarrer leur volonté. Ils nous ont envoyé le tableau ci-dessous, qui donne la composition des vignobles, en fin de reconstitution.
| CiNSaUt ER NE RER LE 30 .
CArIen ANR ERREURS MERE 15 %
Cépages rouges courants not LEE RUBENS ra 15 % 65 % AlicantecBouschet. "1." 3 % Grénache PEL EN AMENRE TER 2 %
Clairette égreneuse .......... VA Cépages fins ......... ETS CET %
fi Cépages blanes courants MErSe Sera NE 4 %
20 % | Clairetté pointue. 174.707. % Déni Dlaneé te AN ER %
Anciens numéros (Seibel Cou- Her} PEL RER MOI NE 3 %
Hybrides rouges Nouveaux numéros (Seyve Vil-
2 Ha) na OR UES 8 % Expérimentationt. 2210102 1 % | Anciens numéros (Seibel Cou- Hybrides blancs \ dE Lt De) EE AR ee SDS de LU 095 % 3 % Nouveaux numéros (Seyve Vil- | TARA NPA Te EE PE 25 %
Les cépages blancs nobles (Pinot, Sauvignon, Jurançon, etc.) sont réservés à des terres caïllouteuses, ne donnant jamais plus de 35 quintaux à l’hectare; le Cinsaut constitue près du tiers au vignoble, le Cinsaut, le Carignan et l’Aramon forment près des deux tiers, les 15 % d’hybrides permettent de teinter les cépages clairs, si l’année l’exige; en cas de très forte attaque de mildiou et d’oïdium non maîtrisée, la présence de ces 15 % d'hybrides permet d’éviter un désastre total. Les hybrides sont placés dans les coteaux là où il est difficile de faire grimper les tonneaux à sulfate, les plants à forte production sont mis en terre à irriguer.
Cet exemple concret donné, indiquons les formules générales d’encépagement de M. Aldebert. Ces formules sont faites compte tenu uniquement du terrain; les intentions du propriétaire sont volontairement ignorées. Il s’agit donc d’un schéma optimum, auquel celui qui reconstitue pourra faire subir les modifications qui lui sembleront convenables.
FORMULES D'ENCÉPAGEMENT
(d’après M. ALDEBERT, Professeur de Viticulture à l'E. N. A. d'Alger)
Pour les vins rouges
Plaines ou basses vallées :
| AFAMON ER ES AEe.
Grosse production, terres fraîches. )} Cinsaut
De CINSAULIE 2e AL.
CATIÉNAITR. Sa Et ANCANLe BR re
Vins ayant plus de corps ......
Coteaux :
CATISRADN PE een CANSAUT ER Re UT AU Alicante be tr ee
| RTC SO ET VINS NS PTE re or eriie CRAQUE EEE enr
| Cabernet ou Pinot ...
Montagne :
CATIEDAN NV. Aer ere
A ; | Mourvèdre SAR RTS MÉRION M RelGeS TU 2 Te ou 2 | Cépages fins ou Gre-
MACRO PC LS.
Pour les vins rosés
Plaines ou basses vallées :
e À ATAIMONER Er ET Te
Grosse production, terres fraîches. | RE Da MÉTEIe CIS EEE ENT LE
Ï ÉMCOLDS M 2 PPS PRE AE P | Gréenache M Le LCUE Coteaux : |
CIRSAUE RER
(rENACRE TETE TER
Clairette ou Cabernet.
SE Pour les vins blancs
Plaines ou basses vallées :
Clairette égreneuse .. 40 Z
Grosse production, vins frais .... | Ugni blanc ......,... 4% Clairette pointue ..... 20 %
NTerSesuCra CS 19 0%
| Clairette pointue .... 25 %
Coteaux :
Merseguera, .....14.:4, 50
Clairette pointue ..... 85 %
Cépages Ans CALE 152%
Montagne :
Merseguera 2. 40 Clairette pointue ..... 40 | Cépages fins ........ 20 Clairette pointue . .... 560 Re ES ES EE 50 &
On remarquera que ces formules &'encépagement recommandent les trois cépages rouges les plus utilisés en Algérie, Cinsaut, Carignan, Aramon, trois cépages assez fréquemment employés, Alicante Bouschet, Grenache et Mourvèdre, pius des cépages fins dont le Cabernet et le Pinot sont les types les plus connus; pour les cépages blancs Clairette égreneuse et Clairette pointue, Merseguera et Ugni blanc sont couramment employés, le Farana est un plant autochtone de grande valeur, et il y a place pour les cépages fins.
Si nous avons détaillé ces conditions techniques de la reconstitution, c’est pour faire la preuve de l’affirmation posée au début du chapitre : à savoir que le producteur devait, en reconstituant, penser sans cesse à satisfaire les demandes du consommateur qui veut avoir en quantité suffisante à sa disposition du vin de bonne qualité. Les formules d’encépagement qui ont été indiquées visent précisément à obtenir à la vendange quantité et qualité.