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III. — FINANCEMENT DE LA RECONSTITUTION

On a avancé pour coût de la reconstitution nord-africaine, le prix Ge 300.000 francs à l’hectare. Le prix est dès maintenant beaucoup plus élevé. Voici le décompte.

1° Création :

a) Préparation du terrain (défoncement à 0 m. 65 des parcelles devant porter le nouveau vignoble, par machines à vapeur, tracteur de 120 chevaux, etc.). Tarif syndicat suivant nature du sol et situation géographique (domaine de plaine, de coteau, de montagne, parcelles en terrain marécageux, parcelles éioignées, etc.) suivant les particularités du travail à effectuer (larges superficies, petites parcelles, précautions spéciales) de 11.000 à 15.000 francs l'hectare.

Carburant (gaz oil, essence, pétrole, charbon, bois) en sus. Par exemple 130 litres de gaz oil à l’hectare, soit : 2.730 francs.

On admettra donc comme prix moyen de l’hectare, carburant compris, 15.000 francs.

Préparation de la plantation (casser les mottes, combier les trous, etc.) 1.000 à 2.000 francs l’hectare.

b) Plantation à la journée ou à la tâche : de 3.000 à 8.000 francs l’hectare.

c) Plants. Plantation usuelle dans l’Algérois 4.000 plants (rangs à 2 m. 50 les uns des autres, plants sur le rang à 1 mêtre les uns des autres). Plantation plus large en Oranie et au Maroc. Prix moyen du plant raciné greffé, 30 à 42 francs, soit environ 160.000 francs à l’hectiare.

Soit pour la préparation du terrain, l’achat des plants et la plantation 181.000 francs, minimum.

Economies possibles : avoir ses champs de pieds-mères, faire sa pépinière et planter les plants obtenus au domaine même.

2° Frais de la première année de culture :

a) Travail réduit de culture (pas de fumure, pas de traitement anticryptogamique) : 30.000 francs à l’hectare. Remplacement des manquants : 40.000 francs.

b) Intérêt à 3 % des sommes engagées (181.000 francs) 5.430 francs.

Total des frais de première année : 75.430 francs. :

3° Frais de la deuxième année de culture :

a) Travail réduit de culture (pas de füumure, léger traitement) : 50.000 francs à l’hectare.

b) Intérêt à 3 % des sommes engagées (180.000 + 75.430 = 256.430) : 7.693 francs.

Total des frais de la deuxième année : 57.693 francs.

4° Frais de la troisième année de culture :

a) Travail de culture (pas de fumure, traitement normal) : 90.000 francs.

b) Intérêt à 3 % des sommes engagées (256.430 + 57.693 — 314.123), soit 9.423 francs.

Total des frais de la troisième année 99.428 francs.

5° Récapitulation :

PA tAon rer 181.000 LEPARNÉE MARNE 75.430 DITANTÉC EUR ANUS 57.693 JAANICE Tee 99.423

Economie possible : la plantation en hybrides qui ne nécessite pas de traitement anticryptogamique la 2° et la 3° année; cette économie est de l’ordre de 15.000 francs.

Mise sur fil de fer. Cette opération n’est pas obligatoire mais un grand nombre de vignerons mettent leur vigne sur fil de fer. Il faut à l’hectare de 4.000 pieds 800 piquets en fer à 85 franés (prix minimum de fin 1948), soit 68.000 francs, et 352 kilogs de fil, au prix moyen de 5.500 francs le quintal. Compte tenu de la pose du réseau la dépense est de 91.000 francs.

Economie possible : l’emploi de piquets en bois. Mais d’une part les solides piquets de chataîgnier du Limousin reviennent aussi cher que les piquets de fer; les bons piquets de thuya africain sont pratiquement introuvables; les piquets de cyprès, de pin ou d’eucalyptus, à 25 ou 30 francs le piquet, à 35 ou 40 francs après préparation (goudronnage, etc.) ne durent guère plus de dix ans. L’éconemie de 40 francs par piquet est donc peu à recommander.

Il résulte des données qui viennent d’être fournies que l’on peut envisager les sommes Suivantes comme nécessaires à la reconstitution.

1° Prix moyen résultant du décompte établi en dessus et sans mise sur fil : 413.546 francs.

2° Prix minimum, plants préparés à la ferme, partie de la plantation en hybrides, mise sur fil avec piquets en bois : 398.046 francs.

3° Prix maximum, plants achetés, pas d'hybrides, mise sur fil avec piquets métalliques : 505.546 francs.

Or en l’état actuel des idées et dans les conditions normales d'exécution, le petit propriétaire ne peut pas préparer ses plants, le grand propriétaire n’en prépare qu'une partie; la plantation en hybrides n’est que très partielle; un nombre élevé ce viticulteurs mettent sur fil, et la plupart proscrivent les piquets en bois. Compte tenu de tous ces éléments on peut estimer que, fin 1948, le prix moyen de reconstitution de l’hectare de vigne en Afrique du Nord oscille aux environs de 445.000 francs.

Si nous adoptons les chiffres fournis par M. Berthault pour la reconstitution de l'Algérie (300.000 hectares), la dépense est de 133 milliards 500 millions.

Comment décaisser une telle somme?

Demandons-nous d’aborû quelle superficie l'Algérie doit reconstituer chaque année? Au début de ce chapitre nous avons montré que la reconstitution est une œuvre continue. En temps normal, si l’on admet que la vigne vit de 25 à 30 ans et si l’on sait que le vigneron a tendance à utiliser au maximum son vignoble, si par ailleurs on considère comme optimum le chiffre de 380.000 hectares, un peu inférieur au maximum atteint et sensiblement supérieur à

380.000 celui de 1948, il suffit d’écrire ;——— — 12.666 pour avoir le

nombre d’hectares à reconstituer annuellement.

Mais nous ne sommes pas en temps normal. M. Berthault a établi qu’il y a environ 300.000 hectares à reconstituer rapidement et pour les raisons que nous avons indiquées nous ne pensons pas que cette reconstitution puisse s’échelonner sur plus de dix ans.

La conclusion est que jusqu'aux environs de 1960 l’Algérie devra reconstituer chaque année à peu près 30.000 hectares, le double de l'effort fait en 1947; et qu’à partir de 1960, le rythme ne sera plus que 12 à 15.000 hectares par an.

Cette conclusion entraîne un certain nombre de conséquences. Elle donne tout d’abord l’annuité financière de reconstitution qui sera dans la décade de précipitation (1949-1960) de 13.350 millions puis dans les années suivantes ne sera plus que de 6 milliards environ.

Très rares sont les viticulteurs qui peuvent financer eux-mêmes de tels travaux et de tels achats. Même en épuisant leurs réserves accumulées. M. Abbo, Président de la Confédération des Vignerons

Algériens a coutume de Gire que depuis une décade environ (1937- 1947) si quelques viticulteurs algériens ont gagné de l’argent, i‘ensemble de la viticulture algérienne en a perdu. Cela paraît paradoxal à ceux qui, n'étant pas au courant des faits véritab.es, ne lisent qu'une certaine presse de combat, cela est cependant si vrai que administration des contributions directes a été obligée depuis plusieurs années de réduire notablement les impositions qu’elle préparait. Les raisons de cette situation qui effectivement peut paraître anormale à bien des consommateurs pour lesquels le vin est trop cher, ne sont pas difficiles à trouver : la première est la hausse du prix de revient du vin, mise en lumière dans tous les congrès nationaux et par toutes les associations professionnelles: la Geuxième, commune elle aussi à la Métropole et à l'Algérie, est le faible rendement à l’hectare de ces dernières années, conséquence des soins insuffisants accordés au vignoble; le troisième, plus spécialement applicable à l’Afrique du Nord, est la dépense de reconstitution; pour tous ceux qui, péniblement, depuis plusieurs campagnes s'efforcent et s’essoufflent à replanter quelques hectares.

La presque totalité des vignerons est donc obligée ou sera obligée de recourir au crédit pour financer la reconstitution. Les caisses agricoles et les banques, nationalisées ou non, reçoivent et recevront de plus en plus des appels, parfois angoissés. Seront-elle en mesure, alors que les restrictions de crédit sont @evenues fréquentes, de répondre à la demande? Feront-elle une discrimination entre les emprunteurs? Certes, tous ne sont pas de même qualité aux yeux des prêteurs, cependant tous sont intéressants.

Un problème bancaire se pose que nous n’avons pas qualité de discuter. Pour un simple vigneron, non technicien, mais armé de courage et de bons sens, la solution apparaît dans le crédit à long terme. Mais dans les circonstances actuelles, si incertaines, avec les variations constantes de la monnaie, on comprend aisément que les instituts de crédit ne tiennent pas le long terme en grande faveur. IT faut cependant se décider et sans tarder. Ces crédits d’équipement à cinq ans, qui existent présentement en Algérie et n'existent pas en France métropolitaine, constituent une solution heureuse. Heureuse, mais nettement insuffisante. Pour que ce moyen terme réponde vraiment aux nécessités de l'heure, il faudrait : a) que le délai de cinq ans fut allongé, jusqu’à huit par exemple, car ce n’est guère que la cinquième année qu’un nouveau vignoble rapporte, couvre normalement ses frais; b) que la somme allouée au Crédit agricole et destinée à ces crédits d'équipement fut cent fois supérieure; 400 millions sont consacrés en 1949 aux crédils d’équipement, et la reconstitution du vignob'!e ne peut prétenûre se réserver la totalité de ces crédits. Heureux sont les vignerons s'is peuvent en obtenir la moitié, soit 200 millions. Or il faut 13 milliards. Cempte tenu des sommes que les viticulteurs pourront tirer de leurs propres coffres, on voit l'effort qui sera demandé ob'igatoirement aux banques nationalisées ou non.

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