IL. — ROLE DU VIGNOBLE NORD-AFRICAIN VIS-A-VIS DE LA METROPOLE
Tant que le vignoble algérien n’a pas fourni plus de 10 % de la production totale France-Algérie, c’est-à-dire tant qu'il n’a pas produit plus de 7 à 8 millions d’hectolitres, il ne pouvait envoyer en France, une fois les besoins locaux satisfaits, que des vins médecins. Ce sont les vins à degrés assez forts qui relèvent les vins trop faibles (7 à 8°) ce la Métropole. C'étaient aussi des vins de qualité que l’on transformait en vin de Bordeaux et de Bourgogne. ;
Les craintes qu’exprimaient en 1920-25 de nombreux vignerons métropolitains étaient donc des craintes pour l’avenir et non pour le présent. Effectivement à partir de 1925 la production algérienne représente environ le quart de la production totale France-Algérie : il s’agit de 13 puis 18 et même 22 millions d’héctolitres. Cette quantité eut lourdement pesé sur le marché métropolitain, si les vendanges ce la Métropole avaiént été toutes tres belles; mais il en est un certain nombre de moyennes. Par exemple en 1930 la récolte France-Algérie n’est que de 56.338.900 hectolitres, en 1936
(1) Colonel R. Peyronnet : La vigne et le vin.
de 50.926.154. Toutefois les années 1934, 1935, 1938, avec plus de 98, de 94 et de 82 millions, constituent des années critiques : on arrive à épuiser les vins algériens qui aident à fabriquer en très grande quantité de nouveaux apéritifs remplaçant les anciens, et à constituer des stocks; par ailleurs, la consommation générale augmente. Il n’en demeure pas moins que si ces très fortes récoltes avaient été suivies d’autres de même importance, la surproduction redoutée et combattue en France depuis 1931 eut été rendue fort dangereuse par l’apport algérien. Mais dès 1939 les récoltes françaises baissent, celles de l'Algérie aussi, et les vins d'Algérie au lieu d’être repoussés sont désirés, il jouent plus qu’un rôle d'appoint ou de secours, iis sont les sauveurs.
Mais ne devons-nous pas redouter de nouveaux lendemains difficiles? Car si le vignoble tunisien et si le vignoble marocain sont présentement en si mauvaise posture, qu’ils n’arrivent pas à satisfaire les besoins locaux et sont donc aux yeux de la Métropole hors de cause, ne rentreront-ils pas en course dans huit ou dix ans? Et la reconstitution, aujourd’hui amorcée du vignoble algérien ne va-t-elle pas accroître de manière sensible la production algérienne, au moment même où la production métropolitaine reprendra son rythme normal?
On est donc conduit, même en se cantonnant sur le terrain national, à rechercher si Algérie, Tunisie et Maroc n’ont pas intérêt à s'orienter dès maintenant vers les productions spécialisées. Le vin courant qui a été jusqu’à ce jour leur constante et décisive production, ne doit-il pas dans une mesure assez large, être remplacé par d’autres utilisations du raisin?
Mais ce problème se posant aussi sur le plan international, nous renvoyons son examen à un chapitre ultérieur.
Du moins peut-on résumer dès maintenant quelle est dans la pratique courante la répartition des tâches incombant aux trois vignobles nord-africains.