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Mais dès 1946 se dessine, en 1947 se développe et en 1948 s'affirme nettement, tant en Métropole qu’en Algérie, cette opinion qu'il faut progressivement, mais assez vite, revenir aux règles du statut viticole.
La production excédentaire qui a provoqué les crises de 1930 menace de redevenir le fait du jour, disent un peu partout les vignerons. Il importe donc de ne plus autoriser les mesures provisoires prises pour accroître la production du vin français et l’entrée de vins étrangers.
La Confédération Générale des Vignerons d’Algérie a été l’un des premiers groupements professionnels à signaler le danger. Dès le début de 1946 son Président M. Abbo affirme, en raison même de la rapidité avec laquelle les vignerons métropolitains s'efforcent de reconstituer le vignoble, suivis dans la même voie par les vignerons algériens et tunisiens et en raison des demandes et des décisions du Maroc pour augmenter son potentiel viticole, que la crise jadis tant redoutée peut se reproduire à échéance assez rapprochée,
Au congrès de Nantes (juillet 1948) le Docteur Desnoyes lance le cri d’alarme. Le danger n’est pas pour lui « une simple éventualité mais une certitude ». Longuement applaudi par les méridionaux, il montre que £e danger « commande de ne pas renoncer: à un véritable dispositif de protection et de sécurité, sous le prétexte momentané de déficits certes indiscutables mais dont les causes vont progressivement disparaître » (5).
Son argumentation paraît irréfutable.
« Vieillissement du vignoble? mais il va être rapidement rajeuni grâce à un travail de reconstitution dont nous pouvons constater l'importance et l’accélération.
« Déficience de la lutte contre les cryptogames et les parasites? mais les moyens de lutte sont peu à peu restitués aux viticulteurs.
« Insuffisance d’apports fertilisants? maïs les engrais reviennent peu à peu sur les marchés.
« Manque de main-d'œuvre? mais le machinisme est en train d'y suppléer dans une proportion qui augmente tous les ans et voici que l’avion vient de faire son apparition dans l’exécution des poudrages et des pulvérisations. »
Nous allons revenir à la stricte. application du statut viticole. II nous faut donc le bien connaitre.
(5) Depuis lors le Docteur Desnoyés a été élu Secrétaire général de la Fédération des Associations viticoles de France.
Production métropolitaine et Production nord-africaine
I — VUE D'ENSEMBLE SUR LA PRODUCTION METROPOLITAINE ET NORD-AFRICAINE DE VIN (1830-1948)
Ayant eu à montrer l’ampleur des variations de la production métropolitaine du vin nous avons cité les chiffres de cette production pour les années caractéristiques qui s’échelonnent de 1830 à 1934 — soit pour les neuf années 1830, 1848, 1854, 1875, 1879, 1889, 1900, 1915, 1934. Incluons entre deux de ces années trop éloignées une année à production normale (45 à 50 millions d’hectolitres), soit l’année 1864, ou très forte, soit l’année 1922; prolongeons ia statistique &e 1934 à 1948 et nous aurons une idée exacte de la production métropolitaine.
Faisons ie même travail pour chacun des pays de l’Afrique du Nord, en négligeant pour chacun les premières années, durant lesquelles la production peut être estimée comme sans importance sur le plan national. Les années retenues sont, pour l’Algérie, 1881, 1882, 1893, 1914, 1930, 1938, 1943, 1947, soit huit années s’ajoutant aux douze déjà choisies. Pour la Tunisie il suffit de relever les récoltes à partir de 1919, c’est-à-dire dès qu’elles dépassent 500.000 hectolitres, les années à citer étant 1932, 1934, 1938, 1943 et 1947. Enfin pour le Maroc les chiffres ne sont à citer qu’à partir de 1935 (année où la production dépasse 500.000 hectolitres), les années intéressantes étant 1938, 1943, 1947.
Nous divisons ainsi les cent dix-huit années considérées en quatre périodes :
— 1830 à 1881 : seul le vignoble métropolitain est à considérer: — 1882 à 1918 : le vignoble algérien entre en ligne;
— 1919 à 1934 : aux vignobles métropolitain et algérien s'ajoute une production tunisienne.
— 1935 à 1948 : le Maroc intervenant, la totalité du vignoble nord-africain joue son rôle sur le plan national.
Nous établissons donc quatre tableaux :
1° Le 1830 à 1880 le vignoble métropolitain étant seul à considérer, il suffit de donner la raison des variations de la production et de marquer l'incidence de cette production sur la vie nationale.
2° De 1882 à 1918, le vignoble algérien devenant important, il est nécessaire d'ajouter aux renseignements déjà fournis pour la première période, le pourcentage de chacun des äeux vignobles dans la production totale.
3° De 1919 à 1934 les données ci-dessus sont étendues à la Tunie.
4° De 1935 à 1948 elles le sont au Maroc.
Il LES PERIODES SUCCESSIVES
PERIODE 1930-1881. — Tableau N° I. Vignoble métropolitain
Production Années de vin Considérations Situation économique en hectolitres techniques et sociale
1830 39.000.000 | Production plutôt | Le pays arrive à peu près
faible. à se suffire.
1848 54.000.000 | Production normale.| Equilibre.
1854 10.824.000 | Désastre viticole | Minimum de la produc-, Conséquence de tion en France. Malgré l’oidium. l'apport étranger Ja France n’a pas de vin.
1864 50.753.000 | Production normale.| Equilibre retrouvé.
1875 83°836.000 | Toutes circonstan- | Année exceptionnelle. ces favorables. Maximum de la production du vin en France.
1879 25.770.000 | Début de la crise | Appel aux vins étrangers
phylloxérique. nécessaire.
———————————————————————2——— A Ainsi durant cette période se situent le minimum et le maximum de la production du vin en France métropolitaine; et l’adjonction
à la métropole du vignoble nord-africain n’a permis que deux fois &e dépasser la production record de 1875.
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