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VI. — LA PRODUCTION DES ALCOOLS, DES MISTELLES ET DES VINS DE LIQUEUR

L'alcool est un monopole d'Etat. Si l'Etat a intérêt à élever les impôts payés par l’alcool, car c’est de l’argent qui entre dans ses caisses, il n’a pas intérêt à élever le prix payé aux producieurs d’alcool, car c’est de l’argent qui sort de ses caisses. Mais cette remarque ne doit pas faire oublier que le service des alcools a son autonomie et que l'Etat en créant la caisse des alcools n’a pas poursuivi un but fiscal, mais voulu combattre la surproduction. Quant au vigneron, il constate que tant que le vin se maintiendra à ‘un tarif assez élevé, le distiller pour en faire de l’alcool ne s’indique pas.

Les mistelles, matière première de préparations diverses, et les vins de liqueur, élaboration plus ou moins heureuse, plus ou moins savante du vin ordinaire ont présenté, de 1942 à 1946, des avantages réels. Si bien que nombre de vignerons qui n’avaient jamais songé à produire autre chose que du vin, ont voulu se lancer dans cette voie, avec des fortunes diverses. Que faut-il penser de ces essais? Sont-ils à poursuivre et à développer? A notre sens, trois observations sont à faire :

1° L'établissement progressif des conditions normales de fabrication en France métropolitaine fait réapparaïitre sur le marché des marques anciennes et renommées, et ces marques vont rapidement reprendre la place qu’elles tenaient avant guerre en Afrique du Nord. Donc, que les nouveaux venus dans le métier prennent leurs précautions s'ils ne veulent pas connaître des déboires, même de cuisants échecs.

2° Au Maroc toutefois, la fabrication des mistelles connaît depuis

1945 un certain succès; des débouchés se sont ouverts que l’on peut sans doute maintenir et élargir. Le bureau des vins du Maroc ne eache pas que les buts à proposer à la viticulture marocaine sont :

a) reconstituer le vignoble pour qu'il puisse au minimum ahmenter la consommation locale;

b) crienter une partie de la production vers Ia confection des mistelles.

3° En ce qui concerne la Tunisie voici ce qu'écrit M. Chedeville au sujet d'une spécialisation possible du vignoble.

« Le vignoble reçoit son orientation du législateur qui, en période de surproduction, a accordé à la Tunisie un contingent en franchise de 75.000 hectolitres de mistelles et de vins de liqueur mutés avec des alcools de vins produits en Tunisie. D'autre part, la réussite constatée dans les fabrications de muscat provoque un développement de la culture de ce cépage (muscat d’Alexandrie, de Frontignan, de Terracina) qui permet Ia préparation des mistelles et vins de liqueur, la dessiccation, la vente de raisins de table. »

Nous avons dit combien faible était l’utilisation probable de la dessiccation, et quelle marge restreinte était réservée à l'extension de la culture du raisin de table. Par contre la Tunisie va développer dans une mesure assez intéressante la préparation des mistelles, et même encore des vins de liqueur et faire des vins de qualité supérieure; nous avons insisté sur ce point en traitant des conditions de la reconstitution tunisienne.

VII. — RESUME DE L’ETUDE ET INTERPRETATION DES RESULTATS Le résumé de notre étude peut être présenté sous la forme du

tableau suivant qui indiquera les possibilités d'extension de la culture et de la production à dater de 1949.

Production Algérie Tunisie Maroc Raisins de table . très faible très faible possibilités à encourager Raisins secs , . . très faible très faible possibilités à encourager Afcools . . . . . | à peu près néant | à peu près néant | à peu près néant Mistelles. — Vins de Hiqueurs . . | à peu près néant possibilités possibilités à encourager à encourager NANS SH S EEE ee très faible possibilités très faible

à encourager

ie 5

. Comment interpréter ces résultats? :

Nous constatons qu’à l’heure présente et toutes conditions examinées, l'Algérie n’a pas de possibilité de modifier sa position: vilicole. Et comme le vignoble de l'Algérie représente (superiicie en production’et pour l’ensemble des dix dernières années) env.ron 87 % de la totalité du vignoble nord-africain (Tunisie 8 %, Maroc 9 %), on est. obligé de conclure qu'aucune modification de réeile importance n’est à envisager dans le rôle national et international de ce vignoble.

En Tunisie, une tâche s'impose d'urgence, reconstituer le vignoble, qui des trois vignobles nord-africains est celui qui a le plus souffert, dans le but fondamental de donner à la consommaiion locale de vin les quantités nécessaires. La Tunisie voudrait retrouver ses 50.000 hectares de vignoble : la législation en vigueur (lois de 1933 et 1935) a fixé son plafond à 42.000. Cette superficie doit donner assez aisément 1 million 1/2 d’hectolitres, ce qui assure la consommation locale, soit 500.000 hectolitres et laisse 1 million d’hectolitres disponibles pour l'exportation. Or le Code du vin admet l'importation en France de 750.000 hectolitres de vin tunisien, de 75.000 hectolitres de mistelles et vins de liqueur, et le produit alcool de la distillation de 100.000 hectolitres de vin, la Tunisie a donc tout intérêt à s'orienter vers la production des mistelles, des vins de liqueur et des vins fins. Son sol, son <limat, ses cépages, comme une réussite déjà longue en ce domaine, tout indique la voie à suivre, dans laquelle d’ailleurs les autorités de la Régence poussent les vignerons. La récolte 1948 permet à la Tunisie de boire à sa soif, C'est donc tout de suite qu’il faut développer la production des mistelles, vins de liqueur et vins fins qui, sans influer sur l’ensemble de la production nord-africaine, assurera Péquilibre tunisien. Muscat, Grénache, Clairetie, peuvent fournir de grosses quantités de moûts riches en sucre et parfumés; les essais de vin de liqueur ont permis de constater qu'après dezx ou trois ans de vieillissement, ils surclassent — les Tunisiens l’affirment — les meilleurs vins du Roussillon. Mais la qualité ne suffit pas toujours. Il faut, disent les dirigeants tunisiens, faire connaître ces vins par une publicité continue, une présentation soignce. Il faut aussi obtenir de l'Etat Français qu’il atténue la fiscalité qui tue les consommations de spiritueux : la Tunisie n’élaboie en 1949 de mistelles et de vins de liqueur que sur commande ferme.

Quant au Maroc, il est encore assez loin de produre les 600.000 hectolitres dont sa population européenne a besoin, el c’est à obtenir ce résultat essentiel qu’il doit s’appliquer. Mais il peut et il doit dès maintenant orienter ses vignerons vers les cu tu es et les transformations qui lui assureront, en cas de crise viliccle, u € soupape de sûreté fort appréciable. Il peut et il doit utiliser ies possibilités réelles qu’il possède pour accroître : 1° sa procuct 02 de raisins de table; 2° sa production de raisins secs. La marge ispenible est peu de chose sur l’ensemble de la production no d-afri-

caine, mais sur le plan strictement marocain elle n’est pas à négliger.

I] peut également et il sait qu'il doit poursuivre des efforts, depuis quelques années couronnés de succès pour placer sur des marchés accessibles et accueillants, des mistelles et des vins de liqueur. ;

L'ensemble de ces considérations conduit aux conclus'ons suivanies :

1° Il serait vain de chercher à modifier profondément les modalités de la production viticole de l’Afrique du Nord. Cette production, résultant des conditions naturelles et d’une longue expérience technique, d’une adaptation quasi automatique aux circonstances économiques et aux exigences commerciales, est ce qu'elle est.

2° On peut toutefois, en Tunisie et au Maroc, profiter de la reconstitution en cours pour orienter les vignerons, de manière partielle et prudente, vers quelques cultures et fabrications spéciales qui assureront à ces deux vignobles un peu pius de sécurité en période de crise. Notons les efforts des coopératives de Tunisie vers la qualité : venie en bouteilles sur le marché local, “emande métropolitaine de vis rosés, etc.

3° C’est le Statut viticole, œuvre de sagesse qui, demain cemme hier, en cas de danger grave, assurera au vignolk:le nord-africain la nécessaire protection.

En présence de ces conclusions quelle tâche s'impose à la viticulture nord-africaine ?

Puisque le vignoble d'Algérie, de Tunisie et du Maroc ne peut guère songer à se faire une place plus large sur le marché mondial, puisque sa production, bien que désormais les problèmes se posent Sur le plan international, continuera à avoir essentiellement son écoulement dans la Métropole, il importe que les efforts des pouvoirs publics, des groupements professionnels et de tous les vignerons convergent vers un but unique : améliorer les conditions de vie du vignoble.

B. — Les Unions douanières La Concurrence étrangère sur le Marché Nord-Africain

Améliorer les conditions de vie du vignoble nord-africain, c’est lui fournir des moyens de combattre les dangers auxquels peut l’exposer la conclusion des unions douanières, c’est aussi lui permettre de repousser l'assaut des producteurs étrangers qui pourraient, un jour ou l’autre, concevoir le projet de concurrencer les

vins et les alcools nord-africains dans leur propre pays de production.

Concurrence qui serait susceptible de s'exercer de manière directe ou de manière indirecte.

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