I — CONSIDERATIONS GENERALES SUR LE VIGNOBLE
Un fait relativement récent domine à lFheure présente toutes les questions viticoles : elle passent du plan national au plan international.
Cette situation est le résultat d’une double évolution.
Une évolution politique et sociale, qui est la conséquence du grand conflit que nous venons de vivre et des dernières découvertes scientifiques. L'homme commence-t-il à penser, comme on l’a écrit, que la terre n’est plus à sa mesure? En tous cas les plus vieilles nations, les plus illustres, ceiles qui jusqu’à ce jour ont conduit le monde, ne se jugent plus de taille à agir isolément. De nouveaux groupements se créent, plus vastes que les anciens. Et à ces conditions nouvelles de vie politique correspondent de nouvelles formes économiques. Des courants commerciaux meurent ou naissent, des marchés surgissent ou disparaissent, une répartition différente s'établit des produits et des services. La vigne, l’une des cultures doyennes de l’humanité, le vin; l’un des plus importants produits consommés, ne peuvent échapper à l’emprise de ces conditions modernes de la circulation et de la consommation.
Par aïlleurs une modification profonde élargit son influence, depuis le début du xx‘ siècle, dans le domaine technique et professionnel: des pays qui ne cultivaient pas ou presque pas la vigne et ne produisaient pas où presque pas de vin sont devenus des nations viticoles. En Amérique du Nord, les Etats-Unis ajoutent au vignoble californien un vignoble de l’est; en Amérique du Sud, PArgentine et le Chili développent très sensiblement leur vignoble. En Afrique, le dominion anglais du Sud, en Océanie, Australie ont adopté la même voie. Dans la vieille Europe, la Turquie entre en jeu et la Russie rentre en jeu. Et les pays qui ont entrepris toutes ees plantations nouvelles non seulement vont fermer leurs marchés aux anciens pays exportateurs, mais ne désespèrent pas d’aller leur faire concurrence un peu partout, pour peu que les conditions commerciales de Jutte le permettent.
Ainsi se posent des problèmes nouveaux. Demain ne faudra-t-il pas conelure entre pays amis ou associés des ententes particulières à Pintérieur d’un système douanier élargi? Ne faudra-t-il pas établir
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des règlements spéciaux pour le vin aussi bien que pour le charbon, le pétrole, le fer ou le blé? Ne faudra-t-il pas spécialiser telle région dans la production du vin, telle autre dans celle des alcools, réserver à une troisième le marché des raisins secs, à une quatrième celle des raisins de table, diriger une cinquième vers l'élaboration des jus de fruits?
L'Algérie étant le quatrième pays viticole du monde, quel sera pour elle ce demain dont nous entrevoyons la venue : telle esi la question précise que nous nous sommes posée et à laquelle nous voudrions tenter de fournir une réponse. Etant entendu, qu'en dépit des multiples différences qui donnent à chacune des trois régions françaises du Nord-Africain sa personnalité, la Tunisie et le Maroc. forment avec l’Algérie un bloc géographique aux productions communes, et que la question posée pour l’Algérie vaut aussi pour les deux protectorats qui l’encaärent.
On voit que cet essai est nettement orienté vers l'avenir. Mais en tout lieu et en tout temps, on n'a pu essayer de soulever le voile qui couvre l’avenir sans chercher des enseignements dans le passé et sans appuyer ses déductions el ses intuitions sur une connaissance précise du présent. Nous devons donc, sans faire l’historique détaillé du vignoble nord-africain, tirer un certain nombre de conclusions de ce qu’a été sa vie jusqu'à ce jour; et sans vouloir dresser un tableau complet de ses possibilités présentes, donner d’elles par descriptions et par statistiques, en idées et en chiffres une photographie exacte.