II. — HISTORIQUE
Le vignoble marocain se trouvait donc, au lendemain de l’adoption du Statut viticole, &ans cette situation bien nette : 1° de n'être pas intégré dans le vignoble nationai, désormais régi par des textes précis; 2° de disposer de la totale liberté d’action : il appartenait au Protectorat d’avoir une politique du vignoble et du vin. On peut résumer Cette politique en äisant qu’elle à connu trois phases successives.
1° Dès les premières années de l'établissement des Français au Maroc, il fut évident que si la population autochtone devait conserver et de loin, la supériorité numérique, l'élément européen allait croître rapidement. Or les Européens boivent du vin, et il n’y avait au Maroc que de la vigne à raisins de table. On devait donc favoriser la plantation d’un vignoble à vin, ce qui fut fait.
2° Mais dès 1934-35, il apparut que les possibilités &e production ” croissaient plus vite que les possibilités de consommation. Il fallait opposer une frein au développement du vignoble marocain. Le Statut métropolitain n’ayant pas fait état du vignoble marocain, il appartenait aux autorités marocaines d'élaborer un Statut viticole pour le Maroc.
Le Grand Vizir avait reçu du Sultan un pouvoir général Ge régiementation en tout ce qui touche l’alcool (dahir du 2 octobre 1947) et les questions d'économie viticole (dahir du 10 août 1937). Ce même 10 août 1937 le Grand Vizir prit donc un arrêté qui constitue le Statut marocain de la viticulture.
Elaboré dès 1935, ce Statut ne devait produire son plein effet qu’en 1940; et dès 1938 l’utilité de son adoption apparaissait nettement. En effet cette année le vignoble marocain atteignait un rendement de près de 800.000 hectolitres, et le pays, tous besoins satisfaits, ne pouvait en utiliser que 600.000. Quelle destination donner au surplus? La Métropole vint au secours du Maroc en lui accordant pour 1941 un contingent d'importation en France. Mais de cette aventure le Maroc tira deux conclusions : premièrement que les pouvoirs publics avaient eu raison de prévoir une limitation du vignoble, secondement, qu'il serait prudent &utiliser une partie des raisins du vignoble en produits autres que le vin.
3° Ces conceptions ne devaient pas être à l’honneur plus de. trois ans. Dès 1943 la situation était entièrement modifiée. A cette
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époque en effet le phylloxéra apparaissait au Maroc et menaçait de ruiner à échéance plus ou moins longue, mais à échéance certaine, le vignoble marocain. Six ans environ après la Tunisie, le vignoble marocain allait subir une attaque mortelle.
Confiants dans cette opinion que les terres fortement sableuses ne sont pas phylloxérantes, les viticulteurs marocains avaient créé un vignoble de ceps français. Et aujourd’hui encore, malgré la leçon des faits, des vignerons marocains continuent à préconiser la plantation de ceps français. Cependant les faits commandent, devant l'attaque du phylloxéra la grande majorité des vignerons et les pouvoirs pubiics étaient obligés de modifier la politique adoptée à partir de 1935. S'ils continuaient à penser qu'il était sage d'employer une partie des ra‘sins à faire es mistelles et des vins de liqueur, de les consommer comme raisins de table, de les sécher, ce qui était le maintien du second axicme admis, ils reconnaissaient que le vignoble, au lieu d’être étroitement surveillé dans sa formation devait être libéré d'entraves : à cette condition seulement, il y aurait encore aux environs Ge 1950-1960 un vignoble marocain, d'autant plus que des à-coups, locaux certes el passagers mais terribles, venaient rappeler la gravité des dangers qui pèsent toujours sur le vignoble : nous faisons allusion à ces orages de grêle qui, en mai 1948, ont ravagé la région Meknès-Fez sur plus de 1.100 hectares, anéantissant 80.000 hectolitres de récolte escomptée.