‹ Le Vignoble Nord-AfricainChapitre 42 sur 216 · I. — LES TERRES ET LE CLIMAT LES PREMIERES PLANTATIONS D’ALGERIE · texte numérisé non relu

I. — LES TERRES ET LE CLIMAT LES PREMIERES PLANTATIONS D’ALGERIE

Nous avons indiqué dans l'introduction de cette étude sur le vignoble nord-africain que les rivages de la Méditerranée étaient terre d'élection pour la vigne depuis la plus haute antiquité. Et dans cette introduction générale, ensemble de considérations d'ordre géographique, historique et technique nous avons fourni quelques indications sur les terres et sur le climat qui conviennent à la vigne. Nous savons que la vigne redoute la très grande chaleur et le très grand froid, ce n’est la plante ni des régions polaires ni des tropiques. Elle dépérit et meurt dans les sols trop salés, trop calcaires, trop humides. C’est une plante de région tempérée, de juste milieu, oserait-on dire, qui correspond dans l’ordre végétal à notre civilisation mesurée, équilibrée, si caractéristique d’un ordre politique et social. La vigne donne de gros rendements en plaine et l’on peut la cultiver au-dessus de 1.000 mètres d’altitude, mais elle est plutôt plante de colline et de coteau.

Il était aisé de trouver en Afrique du Nord de multiples cantons où la vigne si elle n’avait poussé naturellement, prospèrerait. Cest ce qui explique le nombre et la variété des régions viticoles.

Essayons de dresser la carte du vignoble. C’est une .esquisse géographique indispensable, mais qui ne peut se comprendre qu’appuyée sur quelques considérations historiques.

Lorsque nous débarquons à Sidi-Ferruch, l'Algérie possède quelques petites régions viticoles : quatre dans la province dAlger, ce sont la Kabylie, le Sahel algérois, le Zaccar et le Titteri; deux dans la province d'Oran, les coteaux de Mascara et ceux de Tlemcen. Il n’y a pour ainsi dire pas de vigne dans la beylick de Constantine. Au total un vignoble de 2.000 hectares.

Au début de notre occupation de l’Algérie, par suite de l’interdiction d'exporter en France des produits algériens, les premiers

colons travaillaient leurs lots en polyculture et moulaient chaque culture sinon sur leurs propres besoins, du moins sur les besoins locaux. D’ailieurs les vignerons métropolitains montraient déjà une certaine hostilité envers la viticulture algérienne. Les mêmes causes entraînaient les mêmes effets, et les luttes que nos pères ont connues au début du xx° siècle, nos grands-pères les ont vécues sous la Restauration et le Second Empire. Entre 1850 et 1860 la France subit une succession de mauvaises vendanges. Elle ne put pas exporter en Algérie le vin nécessaire aux Français implantés dans les trois nouveaux départements. Les Algériens demandèrent de satisfaire à leurs propres besoins. Il était bien difficile de le leur refuser et les plantations de vigne se développèrent à partir de 1854. Voici le tableau de cette progression de 1846 à 1878 pour les plantations faites par les colons français :

En 1846 la vigne algérienne couvre 743 hectares 1850 > » OP TON . 1854 » » 2.306 »

mais comme les rendements sont faibles le vignoble de 1878 ne fournit que la moitié des besoins et l’autre moitié de la consommation est importée de la Métropole.

Quelle est la répartition de ce, vignoble? Sur les 743 hectares du vignoble de 1846, la province d’Alger possède 379 hectares, Oran 307 et Constantine 56. Mais l’Oranie prend bientôt la tête et dès 1860 elle a 46 % du vignoble contre 44 à Alger et 10 à Constantine. Aux régions viticoles que nous avons énumérées il faut ajouter les environs d'Oran, des parties de la Mitidja, des parties des plaines constantinoises (Bougie, Bône); ce vignoble qui était uniquement un vignobie de coteau, tend à devenir un vignoble de plaire.

‘Il. — LA CARTE VITICOLE DE L’ALGERIE

Faisons un bond d'un demi-siècle, et plaçons-nous vers 1928, à la veille de ce centenaire qui devait glorifier l’effort français en ce pays. Le Gouvernement Général de l’Algérie a publié en 1919 une carte agricole de l'Algérie dressée par les soins de la direction de ‘Agriculture. Une nouvelle édition de cette carte, mise à jour, a paru en 1927 dans l’ouvrage de M. V. Demontès, intitulé L'Algérie éronomique. Si nous ouvrons cette carie nous y trouverons douze

taches rouges, d'importance variable, représentant à raison de quatre par département les régions viticoles. Nous allons énumérer ces régions, et pour mesurer leur importance respective, nous indiquerons leur production à une même époque en 1922 par exemple. Pour permettre d'apprécier cette production nous notons que de 1919 à 1928 la superficie des vignes en rapport passe pour toule l'Algérie d’environ 160.000 hectares à environ 220.000 avec une moyenne annuelle pour cette décade de 9 millions d’hectoitres.

Et nous avons choisi l’annéc 1922 parce qu’elle a fait l’objet d’une étude détaillée dans une brochure de vulgarisation parue en 1928 (1).

Ces données posées, examinons la carte. Quelles sont en 1922 les grandes régions viticoles de l’Algérie?

Dans le département de Constantine, de l’est à l’ouest, quatre régions littorales : 1° celle de Bône, qui a produit en 1922 environ 385.000 hectoiitres (Randon : 122.000, Mondovi : 107.000, Duzerville : 100.000). A cette région on peut rattacher les petits vignobles de l’arrondissement de Guelma (Hélhopolis, Laverdure, Soukahras) ; 2° celle de Philippeville qui totaiise 250.000 hectolitres (dont 133.000 pour Philippeville); 3° celle de Djidjelli qui a donné 35.000 hectolitres; 4° ceile de Beugie, qui a produit 240.000 hectolitres (dont 97.000 pour Oued Amizour et 50.000 pour El Kseur). Récolte totale au département de Constantine : 950.000 hectolitres.

Le département d’Alger a une vaste zone viticole d’un seul tenant, qui part äe Dellys, à l’est, pour aboutir à Ténès, à l’ouest, et qui englobe la vallée de l’Isser moyen (Palestro), de l’Isser inférieur (Félix Faure), le Sahel d’Alger et la plaine de la Mitidja. De cette région fondamentale qui s’étire paralièlement à la côte, sont séparées par des chaînes de montagne trois régions seconüaires, ceile de Bouira, Bir-Rabalou, celle de Médéa, Berrouaghia (l’ancien Tilteri des Turcs), celle de Miliana-Margueritte, Aïn-Sultan, Duperré, qui est, agrandi, l’ancien Zaccar &e 1830.

Les vins de Médéa, de Miliana, de Bir-Rabalou, vins de cotsau et de plateau, sont réputés et nous aurons à indiquer ieurs caractéristiques, mais la production de ces régions, bien que non négligeable, est loin d'approcher ceile de la Mitidia et de la plaine des Issers. Le département d’Alger a produit en 1922, 3 miilions et äemi d’hectolitres, dont près de 3/4 pour pour Sahel, Mitidja et Isser. Les plus gros chiffres sont atteints à Rouiba (187.000 hectolitres), l’Arba (175.000), Boufarik (163.000), Maison Blanche (108.000), Maison-Carrée (98.000).

C'est dans le département d'Oran où l’on a beaucoup planté depuis 1900 que la cartographie de 1919-1927 et même les essais de mise au point des dernières années doivent être notablement

(1) R. Peyronnet : La vigne et le vin, Alger, 1928 (Edition de la Revue agricole de l'Afrique du Nord).

TN de

rectifiés. Comme dans l’Algérois, il faut consicGérer que les vignobles lttoraux constituent désormais une très vaste et très riche zone ce production. Cette vaste aire de la vigne s’amorce à Ouihis, non loin de la limite du département &’Alger, par Mostaganem et 'Saint- Cloud, gagne Oran, les Andalouses, puis par Lourmel et Er-Rahel, atteint l’énorme vignoble de Rio-Salado, Aïn-Témouchent et Hammam-Bou-Hadjar. Ces äeux arrondissements de Mostaganem et d'Oran donnent plus de 2 millions et demi d’hectolitres en 1922, les gros centres de production étant Rio-Salago (292.000), Aïn-Témouchent (260.000), Hammam-Bou-Hadjar (208.000), Saint-Cloud (165.000), Rivoli (139.000), Aïn-Tédeles (110.000), Laferrière (105.000). Deux autres régions apparaissent nettement délimitées sur la carte viticole, l’une aux environs de Mascara, l’autre aux environs de Bel-Abbès; en réalité, elles tencent à se rejoindre par Mercier-Lacombe et cet ensemble a produit en 1922 environ 350.000 hectolitres d'un vin à fort degré, les vignobles de Mascara et Tlern- <en étant de véritables crus qui font prime.

Etudions maintenant les modifications que le vignob'e algérien a subies depuis 1922.

La production viticole au cours de 1922, que nous avons spéciadément étudiée pour donner une idée de l’importance relative des régions, a été, nous le rappelons, de 7.750.000 hectolitres; la moyenne de la cecade 1919-1928 a été de près de 9 millions d’hectolitres. Donnons une mention spéciale aux années 1926 et 1927 ui présentent les caractéristiques suivantes :

1926 — 207.367 hectares en production .... 8.402.618 hectolitres 1927 — 215.420 » > .... 8.056.202 »

Il se trouve, en effet, que les années 1946 et 1947 ont eu à peu près la même production, mais les surfaces en rapport sont différentes :

1946 — 333.436 hectares en production .... 8.840.523 hectolitres 1947 — 327.307 » » .... 8.303.823 >

Ainsi sur des superficies très supérieures nous obtenons après vingt ans la même récolte. Les chiffres cités mesurent la faiblesse présente de rendement du vignoble, et prouvent son vieillissement. Ils nous permettront également de saisir les modificat ons de la carte viticole au cours de ces vingt années. Ces modifications sont assez profondes en Oranie, moins marquées dans les autres régions. Pour simplifier, nous rattachons les petits vignobles isolés aux grandes régions viticoles voisines.

sp SRE

Régions vilicoles Production | Production Production Production ; algériennes | en 1926 en 1927 en 1946 en 1947 Observations

Oran - Mostaganem . . .|1.719.156| 1.878.826 |2.856.991 3.209.169) montée constante. Sahel d'Alger - Mitidja

ISSeR Se RP 2e 4.584.41213.870.435|2.864.572|2.688.611| diminut. constante. Bône -xGuelma .,. .: «+. 442.628} 513.547] 432.607! 527.193] statu quo. CMOS EUR 275.768| 376.081] 501.896] 401.598 | augmentation. Sidi-bel-Abbès . . . . . 394.636| 326.122| 749.700] 350.988 | constante avec for-

tes poussées.

MASCARA ER NN TERRE 186.962] 164.854| 526.000! 242.195! forte auugmentat. Phihippeville: "#27 .| 275.486] 344.540| 194.670] 231.283 | forte diminution. Miliana - Cheliff . . . . . 134.016| 131.386| 354.927] 229.922] sensible augment. BOUDIC NET . . « «| 222.492| 278.318| 173.517| 194.813| forte diminution. MÉTÉO 104.175] 106 421] 120.371 76.792] légère diminution. DINLICNT EN A re 54.811 56.128 33.206 31.929| sensible diminut.

Bir Rabalou - Aïn-Bessem 8.076 9.744 32.066 19.230 | fortes variations.

Si pour pousser plus loin la connaissance de la carte viticole nous prenons dans chaque département algérien les communes ‘ayant la plus grosse production nous obtiendrons les résultats suivants :

Départ Le Production | Production | Production | Production A à en1926 | en1927 | en1946 | en 1942

| | ns | nes

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