I. — LES TRAVAUX DU VIGNOBLE ET L'EVOLUTION DE LA TECHNIQUE
La culture de la vigne est aujourd’hui soumise à une technique bien précise.
. On choisit un terrain, après analyse, propre à donner au cep vigueur et fruits. Si la terre a déjà porté de la vigne il faut qu’eite soit reposée par plusieurs années de jachère ou d’une autre culture, et qu’elle soit reconnue exempte de germes dangereux. Les théories modernes sur la contagion ont conduit les pouvoirs publics à ordcnner, quand il s’agit de vignoble de production, un certain nombre de mesures destinées à protéger le vignoble à créer. L’ennemi > plus dangereux qui était hier, le phylloxéra, est aujourd'hui le court noué, malatie encore mal connue.
Le terrain choisi est défoncé à 0 m. 80 de profondeur pour l’aérer et pour détruire les mauvaises herbes (chiendent, liseron, herbe de marais, etc.). L'action fertilisante du soleil et de l’air, du mois de juillet, époque optima du défoncement, au mois de décembre, époque optima et rarement utilisée de la plantation, ne saurait trop être mise en lumière.
Sur ce terrain ainsi préparé, dont les premières pluies d'automne ont fait fondre les mottes, on plante après nivel'ement les plants dont nous avons indiqué dans un chapitre précéäent les noms et les caractéristiques. Ou bien on plante äes porte-greffes et l’on greffera sur place au printemps, quand les porte-greffes seront en sève avec regreffage à l’œil dormant au mois d’août; ou bien l’on plante des plants américains préalablement greffés en vigne française, soit en pépinière soit en chambre chaude, soit sur table et stratifiés.
Cette vigne plantée en äécembre-janvier devra être travaillée avec le plus grand soin. On ne s'occupe jamais assez d’un jeune plantier. Cette vigne plantée en janvier de l’année I a sa première feuille l’année de la plantation, sa 4 trois ans plus tard; c’est-à-dire trente-huit mois après la plantation. C’est à ce moment que l’Administration la considère comme vignoble produisant.
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Dix à douze mois se sont écoulés depuis la plantation : on procède au remplacement des manquants, la terre est encore assez meuble, On peut recommencer une fois encore. Au bout de trois ans c'est peu indiqué. La terre a durei et les racines des plants qui ont pris peuvent étouffer le tout jeune pliant que l’on veut insérer entre les vieux. À partir de ce moment on cherche à équilibrer le vignoble en utilisant les couches ou ies provins, c'est-à-dire en tirant le pied de rempiacement du pied voisin, S1 la vigne est sur fil de fer, on essaie &’allonger les baguettes pour que la végétation du pied 1 et du pied 3 se rejoignant, l’absence du pied 2 ne se fasse pas sentir.
Quel nombre de ceps planter à l’hectare? Jadis on a pianté très serré, le maximum étant atteint hier comme aujourd’hui, en Alsace; présentement et en Afrique du Nord, la plantation la plus uselle est celle qui met les rangs à 2 m. 50 l’un de l’autre, écartement suffisant pour le travail au tracteur, et les pieds à 1 mètre l’un de l’autre sur le rang, ce qui donne une densité de 4.000 pieds à l’hectare, reconnue suffisante.
Le caiendrier des travaux est le suivant : taille de la vigne dès novembre-décembre; premier labour, dit déchaussage, à partir de décembre et épandage des engrais; second labour, dit rechaussage, suivant les circonstances (pluies, etc.); sulfatage de la vigne pour la protéger du mildiou, l’opération étant efficace pendant environ huit jours et soufrage, pour la protéger de l’oïdium, de mars à fin juin. Il faut également protéger la vigne contre l’endémis. Ces divers travaux essentiels s’accompagnent des travaux secondaires (ébourgeonnages, attachage, écimage, etc.). Et il faut souvent des labours supplémentaires sous diverses formes et sous divers noms pour purger le vignoble des mauvaises herbes et tenir le sol souple. Dans les pays nord-africains la vigne est en fleur en avril-mai et tourne vers le 14 juillet, c’est-à-dire que les grains de raisins noirs commencent à noircir et que les grains vert dur du raisin blanc commencent à s’éclairer. La vendange s’échelonne du 15 août (Mitidja) au 1‘ octobre (région d'altitude).
Telle est succintement résumée la technique agricole qui est la pratique courante de nos jours en Afrique du Nord.
Cette technique est le fruit de longs tâtonnements.
Au début de la création du vignoble on a planté un peu n’importe comment. On planté au trou. On a adopté l’écartement uniforme de 1 mètre de rang à rang et de cep à cep. Cest seu ement vers 1870 que l’on commence à défoncer avant plantation. Dans la période de création au grand vignoble (1889 à 1914 pour l'Algérie), on plante assez serré, environ 5.000 pieds à l’hectare dans l’Algérois, un peu moins en Oranie. Peu à peu on arrive à la densité de 4.000 pieds à l’hectare, c’est la règle vers 1920, et on a tendance à diminuer encore cette densité. L'expérience semble prouver que le rendement n’y perd pas.
La vigne est de mieux en mieux soignée et les progrès très réels se marquent un peu en tous cantons jusqu'aux environs de 1914. La
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première guerre monGiale constitue bien, évidemment, une période difficile par manque surtout de main-d'œuvre spécialisée, mais c’est surtout la seconde guerre mondiale qui fait le plus de tort au vignoble, car beaucoup plus que les bons ouvriers, font défaut les moyens de culture et les produits qui permettent de lutter contre les maladies du vignoble. A l'heure où ces lignes sont écrites, la propriété a une réelle difficulté, en Algérie tout au moins, à regagner le temps perdu, à redonner sa valeur au vignoble : la grande pitié de ce vignoble c’est que les céficiences que nous venons de signaler se sont produites précisément à l'instant où, dans son ensemble, le vignoble algérien atteignait un âge qui exigeait de manière impérieuse des soins particuliers et un rajeunissement bien équilibré. On n’a pu ni traiter ni reconstituer; et pour un vignoble qui normalement ne devait pas dépasser vingt-cinq ans et qui atteignait cet âge en 1938-40, chaque année de vieillissement a compté pour deux ou pour trois.
IT. — LA VINIFICATION
C'est en matière de vinification que les progrès les plus remarquables ont été obtenus.
Faire du bon vin exige une température sinon basse du moins pas trop élevée. Or les vendanges ont lieu, en Algérie, en aoûtseptembre, au moment le plus chaud. Tant qu’on a voulu vinifier aussitôt après la vendange et par les procédés connus on a fait du mauvais vin.
C’est pour cette raison que pendant très longtemps le vin d’Algérie a été considéré en Métropole comme de qualité inférieure. Condamnation que les viticulteurs algériens étaient obligés, au fond de leur cœur, de considérer souvent comme juste et qui les chagrinait d'autant plus que leurs cépages étaient excellents, qu'ils cultivaient bien, et que le soleil, en cela bienfaiïisant leur assurait. un degré alcoolique très supérieur à celui obtenu dans le Midi de la France.
Tout l'effort était donc à porter sur la vinification. Or la chimie faisait de grands progrès, et le vigneron algérien, moins attaché que le métropolitain aux pratiques ancestrales, était prêt à faire sienne toute acquisition heureuse &e la technique.
Brame invente le réfrigérant. Puis on traite les vins en fermentation par le soufre; le machinisme pénètre dans les caves et se perfectionne de jour en jour. S’il y a encore de ci de là des organisations qui laissent à désirer, bien des caves sont aujourd’hui des modèles d'hygiène vinaire.
Le résultat est tangible. Alors que les premiers vins algériens envoyés aux expositions (Paris 1849, Londres 1854) n'avaient pas été appréciés, les produits exposés de 1860 à 1880, sans mériter de particuliers éloges, paraissent de meilleure venue: et dès 1900