CORINTHIEN
REMARQUE
Cet Ordre est sans doute une des merveilles de l’art ; il paraît impossible d’atteindre à un plus haut degré de perfection. Quoi de plus noble, en effet, qu’un portique corinthien! Qui, mieux que son emploi, annonce la richesse, la grandeur! Aussi les anciens en décoraient-ils leurs temples, leurs palais, et l’enceinte même de leurs places publiques. Sans s’assujettir à la même règle, s’il ont varié dans les proportions d’ensemble et de détails, celle des colonnes est, à quelques différences près, partout la même, ainsi que les parties de l’entablement ( Voyez le Nouveau Parallèle des Ordres , le Corinthien ).
Portique corinthien , sans Piédestal.
Lorsque vous voudrez faire des portiques, ou des galeries d’Ordre corinthien, sans piédestaux sous les colonnes , il faudra suivre les cotes et les mesures marquées sur la planche , c’est-à-dire que le vide des arcades soit de 9 modules de largeur sur 18 de hauteur , et les piliers auront 3 modules de face; les colonnes seront au centre de ces mêmes piliers , et auront 1 mod. x/3 de saillie.
REMARQUE
Ce portique est on ne peut plus simple ; sa disposition est subordonnée , en quelque sorte , à la division des modillons dans la corniche , d’après la règle établie par son auteur , que toujours il doit s’en trouver un à plomb de chaque colonne. Ici il faut observer que c’est un espace , et non un modillon , qui tombe au centre de l’arcade. Mais pour rétablir, si l’on voulait, une régularité qui semblerait assez exacte, il faudrait, au lieu de 3 modules de face que présentent les piliers, leur donner 3 mod. 1 6 parties. Alors, un modillon tomberait à plomb du centre de l’arcade. Outre que, par ce moyen, les piliers auraient plus de force, l’archivolte acquerrait aussi plus de développement.
J’observerai que je ne me permets ici cette remarque que d’après quelques auteurs qui l’ont faite avant moi ; car il est possible que Vignole n’ait fait ses alestes , de chaque côté des colonnes , aussi minces , que pour faire dominer davantage ces mêmes colonnes.
Portique corinthien , avec Piédestal .
Pour élever un portique , ou une loge d’Ordre corinthien , avec des piédestaux , il faudra diviser toute la hauteur de l’Ordre en 32 parties égales , dont une servira de module. On donnera 12 de ces parties à la largeur du vide de l’arcade, et 25 à sa hauteur, et quoique cette hauteur dépasse d’un module les deux carrés de la largeur, je ne l’ai fait ainsi que pour répondre à la délicatesse de l’Ordre. Les piles ou jambages des arcades auront 4 modules de largeur.
REMARQUE
J’ai déjà dit, dans un autre ouvrage, que je n’étais pas très-partisan des colonnes engagées, et
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moins encore des colonnes accouplées. On trouve cependant des exemples des premières dans l’antiquité , et le temple de Bacchus , à Rome, nous en montre d accouplées, mais dans un sens qui semble les autoriser. Ces colonnes, placées lune derrière l’autre, supportent des arcades, et tendent au meme centre, le temple étant de forme circulaire dans son intérieur ( V oyez Desgodet). La façade du Louvi e , par Periault, nouspiesente des colonnes accouplées assez a propos pour nous en démontrer l’inconvenance, car elles n’ajoutent rien à la force dont on a pu croire avoir besoin, puisque, divisées également, elles en auraient eu davantage, ayant une portée de soffite moins considérable. Aux deux batimens qu on nomme le Garde-Meuble sur la place Louis XV, les colonnes ont un autre vice dans la disposition régulière de leur espacement, c’est quelles sont trop écartées les unes des autres, ce qui les fait paraître maigres. En général, les colonnes, pour être employées à propos, ne doivent point elre encadrées; elles doivent toujours former des avans- corps bien prononcés (i), si Ion veut qu’elles produisent de l’effet, et être d’un espacement tel, surtout les colonnes corinthiennes, quelles n’aient au plus que 4 mod. */3 de distance de l’une à l’autre (suivant Vignole), et même la proportion de 3 modules 6 parties est celle qui leur convient le mieux, puisque un modillon tombe alors au milieu de l’espacement.
Nota. Pour les colonnes engagées, simples ou accouplées, je ne répéterai pas ici ce que j’en ai déjà dit dans mon Parallèle des Ordres d' architecture ; on pourra le consulter.
Piédestal et Base corinthiens .
Si le piédestal de l’Ordre corinthien avait de hauteur le tiers de la colonne , comme dans les autres Ordres , elle serait de 6 mod. 2/s ; mais on peut lui donner 7 modules (2) , pour que son élégance ou sa légèreté soit en rapport avec la colonne. Par ce moyen, le dé , ou la partie entre la cymaise et la base , aura en hauteur deux fois sa largeur, comme on peut le voir sur la planche par les cotes qui y sont marquées. On ne détaillera pas les autres membres du piédestal, ni ceux de la colonne, les cotes, tant en épaisseur qu’en saillie, y étant indiquées, de meme que pour l’imposte et l’archivolte.
A, tore supérieur; B, tore inférieur ou gros tore.
REMARQUE
Quelques architectes n’ont point approuvé la grande hauteur que Vignole donne à ses piédestaux; et ont blâmé en même tems la petitesse de leur corniche et de leur base. Mais, comme notre auteur a établi ses Ordres sur une règle générale, il n’a pas dû en dévier (3); c’est pourquoi ils sont tous dans les mêmes rapports de proportion relativement à leur hauteur particulière: sa règle n étant de principe que pour lui-même, on peut s’en écarter plus ou moins, suivant qu’on le juge convenable, ou que les localités le commandent. Les cannelures de la colonne sont au nombre de vingt-quatre, et la cote
(1) Voyez le palais du Corps-Législatif, celui de la Bourse*, l’église de Sainte-Geneviève, et quelques autres églises ou édifices nouvellement bâtis.
(2) Voyez planche ire , et la Remarque au texte.
(5) Car la différence d’un tiers de module pour ce piédestal peut se rectifier aisément, et tout alors sera dans la même règle prescrite pour les autres Ordres. ( Voyez même planche ire et la Remarque.)
* T a proportion des colonnes , et leur espaternent, qui est de deux diamètres, peuvent etre cites comme modèles en ce genre. L’entablement a le quart de l’Ordre; ce même Ordre a 36 pieds de hauteur.
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qui les sépare, toujours du tiers de leur largeur. Pour les pilastres, on peut, sur leur face, tailler sept ou neuf cannelures. Quand on en taille sept, il reste sur les angles la place pour former une baguette dans toute la hauteur, comme on le voit à ceux du portique du Panthéon à Rome (i).
Plan et Profil du Chapiteau corinthien.
Pour le plan et le profil du chapiteau corinthien que l’on voit tracé sur cette planche, il deviendra facile d’en connaître toutes les parties : le plan sert à rendre compte des largeurs, et le profil , de la hauteur et de la saillie des feuilles et des volutes. Pour tracer le plan de ce chapiteau, il faut former un carré dont la diagonale soit de 4 modules. Sur un des côtés , comme sur les trois autres, on élèvera un angle équilatéral, marqué d’une croix sur l’original, et que je remplace ici par une H. Du sommet H de ce triangle , et de l’ouverture 1,1, on décrira le creux de l’abaque. La saillie des feuilles, celle des caulicaules ou tigettes , est indiquée par une ligne prise à la naissance de l’abaque et la saillie de l’astragale de la colonne , comme on le voit tracé sur la même planche. Le reste se comprendra facilement par la seule inspection des cotes de renvois et des lignes correspondantes du plan au profil.
A et B sont appelés ensemble l’abaque du chapiteau; mais, pour plus d’intelligence, A est pris pour la cymaise de l’abaque ; C , volutes ; D , feuilles des caulicaules ; E , grandes feuilles ; F , petites feuilles ; G , roses.
REMARQUE
Le plan renversé du chapiteau corinthien est partagé de manière à laisser voir toutes les parties essentielles qui le composent, de sorte que l’on peut se rendre un compte exact et instructif de chaque détail en particulier : K, plan des cannelures, de l’astragale et de la lèvre du vase; L, plan des deux rangs de feuilles; M, plan des volutes et des roses au-dessus; N, plan des caulicaules ou tigettes.
les circonstances ou je l’ai jugé nécessaire.
Pour les jeunes élèves qui commencent l’étude de l’Architecture, c’est un exercice qu’on ne devrait pas négliger que celui de leur faire dessiner les entablemens, les colonnes, les arcades, etc., vus sur l’angle ou de trois quarts; ce travail développe les profils, les fait comprendre, prépare enfin ces mêmes élèves à mieux sentir les effets de la perspective quand ils viennent à s’en occuper.
Chapiteau et Entablement corinthiens.
Cet entablement corinthien est tiré de divers édifices de Rome , et principalement du Panthéon ou de la R.o tonde , et des trois colonnes que l’on voit dans le marché romain : les ayant comparés dans tous leurs rapports, j’en ai formé la règle de cet Ordre, sans
(i) Voyez le Nouveau Parallèle des Ordres d’architecture , planche 58 , et planche 56 de cet Ouvrage, pour le pilastre corinthien.
m’écarter de l’antique en aucune manière. J’en ai distribué les proportions, tellement que les modilions tombent d'aplomb sur le milieu des colonnes, et que les oves, les denticules, arquettes et fusarolles sont exactement perpendiculaires les uns au-dessus des autres , comme il est facile de le voir sur la gravure que j’en donne ici. Les cotes principales , et celles de détail qui y sont jointes, font connaître les proportions des grandes comme des petites parties, sans qu’il soit besoin de m’expliquer autrement. Le module de cet Ordre se divise en 18 parties , comme celui de l’Ordre précédent.