REM A R. O UE
Poux’ employer cet Orclrte avec succès, il faudrait , aux l'ègles de Vignole, comparer comme il l’a fait les mêmes Ordres des anciens sur lesquels il a établi celles qu’il a adoptées. Au portique du Panthéon à Rome, le larmier de la corniche est très-petit; celui du Temple de Jupiter Stator est axx contraire trèsfort; l’entablement de ce dernier a plus du quart de l’Ordre, et celui du Panthéon a moins du quart, d’un tiers de module à peu près; la saillie de la corniche est au carré de sa hauteur, et l’autre a moins de saillie, comparée à l'épaisseur de la corniche (i). Du reste, il a emprunté ses détails de l’un et de l’autre, mais principalement du portique de la Rotonde. C’est ainsi que Vignole, pour suivre sa règle , a donné au sien le quart de la colonne; d’autres architectes lui donnent pour proportion celle comprise entre le quart et le (cinquième. Celle du cinquième, comme on le voit à la nouvelle église de Sainte- Geneviève à Paris, ne couronne pas l’Ordre d’une manière satisfaisante , en ce que , je crois, les colonnes, trop écartées les unes des autres, les font paraître trop longues de propoi'tion. Au reste, cette proportion du cinquième de l’Ordre pour l’entablement conviendrait peut-être pour les intérieurs, si on voulait l’adopter.
Piédestal et Base composites.
Le piédestal composite a les mêmes proportions que le corinthien : les seuls changemens consistent dans quelques moulures de sa base et de sa corniche , comme il est facile d’en juger en les rapprochant l’un de l’autre ; et cet Ordre, en général, gardant les mêmes proportions, quant à ses divisions principales, que l’Ordre corinthien, je n’ai pas cru devoir faire les dessins de F entre-colonne , du portique sans piédestal, et de celui avec piédestal, renvoyant à ceux déjà faits pour le corinthien. J’ai seulement présenté la différence qui se trouve entre sa base, son chapiteau et son entablement, avec les ornemens que j’y ai adaptés , comme on pourra le voir dans les planches suivantes.
REMARQUE
Vignole n’a point placé ici l’imposte ni l’archivolte de cet Ordre, il n’en fait même pas mention en renvoyant à l’Ordre corinthien , pour l’entre-colonne et les deux portiques. Daviler, qui les ^ajoutés dans son œuvre, les a peut-être pris de quelque édifice où Vignole aura employé cet Ordre; nous y renvoyons (2), ne pouvant les placer ici sans ajouter à la traduction dun ouvrage dont nous n avons d’autre dessein que d’être le fidèle interprète. Vignole a donné à l’Ordre composite, comme il le
(1) Voyez le Nouveau Parallèle des Ordres d'architecture , planches 36 et 38.
(2) Voyez le même Parallèle , planche 54 , où nous les avons tiaces.
remarque, les mêmes proportions qu’au corinthien. Palladio l’a tenu plus élevé d’un demi-module; sa colonne corinthienne n’a que 19 mod. >/, de hauteur.
Plan et Profil du Chapiteau composite.
Le tracé du plan et du profil du chapiteau composite se fait de la même manière que pour le chapiteau corinthien ; la différence qu’il y a entre ces deux chapiteaux , c’est qu’au lieu des caulicaules qui ornent ce dernier, on ajoute au composite de grandes volutes dans la même forme que celles du chapiteau ionique. Les Romains ayant pris une partie de ce chapiteau, et l’autre du corinthien, en formèrent le composite, pour réunir dans un seul l’élégance et la beauté de ces deux Ordres (1).
REMARQUE
Ce chapiteau a été en grande faveur dans les siècles derniers; chaque architecte le brodait à sa manière, et de telle sorte, qu’il était devenu méconnaissable. Ce n’était pas assez que déjà ses volutes, mal attachées et pendantes, menaçassent à chaque instant de tomber; ils les chargeaient encore de guirlandes passant de l’une à l’autre volute et fixées à son centre. Il est fâcheux que l’Architecture , cet art dont il reste encore de si grands souvenirs, qu’on se plaît à retracer tous les jours, soit sujet, comme tout, à l’influence des tems, des modes et de leurs caprices, et que, malgré les soins que l’on prend aujourd’hui pour en propager, en développer les beautés et la grandeur, il reviendra peut-être à ce même point d’imperfection dont l’avaient tiré les efforts et les créations de tant d’hommes habiles. Après les Raphaël, les Michel- Ange, les Poussin, et quelques peintres non moins célèbres, vinrent, comme architectes, les Palladio, les Yignole, les Philibert Delorme, etc.; et, quoique le génie de ces hommes soit mieux apprécié aujourd’hui, le champ est vaste encore.
Chapiteau et Entablement composites.
J’ai tiré l’Ordre composite, principalement la corniche, la frise, l’architrave et le chapiteau, de divers édifices que l’on voit à Rome, et je les ai réduits aux justes proportions que j’avais adoptées pour le corinthien. Les détails des moulures et des ornemens , ainsi que leurs mesures , peuvent se voir dans la gravure que j’en donne
REMARQUE
D’après les soins que Yignole a pris de donner les mesures exactes des Ordres précédens , on est surpris de ne trouver dans l’entablement de celui-ci , pour les saillies seulement , aucun rapport avec les cotes. Cette différence est telle, qu’après l’avoir dessiné sur les mesures indiquées, son caractère n’est plus le même , et qu’en reportant le module sur chaque partie, on voit encore moins pourquoi ce profil, très-pur sur l’original, a été coté de manière à le défigurer. Ayant reconnu, autant qu’il était en moi, la négligence ou le vice d’une pareille erreur, j’ai établi le profil que j’en donne sur celui même
(1) T oyez le Nouveau Parallèle des Ordres d’ architecture , planche 49 et les suivantes.
que présente la gravure, en notant les cotes en toutes lettres sur un second profil que j’y ai indiqué par des points , et par des chiffres simples au-dessous les distances réelles prises sur le profil de l’original. Pour le profil de la première denticule, coté 6 parties quand elle n’en a que 5 , j’en ai divisé la hauteur, qui est de 8 parties, en 3, dont j’ai pris a pour sa largeur et celle des denticules , et une Pour leur espacement ou métoché, sans y indiquer de cotes, puisque cette proportion est exacte, et se rapporte à celle des Ordres précédens; de sorte que les 6 parties cotées se trouvent donner la saillie du quart de rond sous la première denticule, ce qui rentrerait, du reste, entièrement dans les proportions de 1 orignal, si le même n’avait pas près de 2 parties de saillie de moins que ses cotes ne l’annoncent, erreur qui rend, contre l’intention de l’auteur, le quart de rond d’une proportion alongée, indécise, parce que le graveur aura mal saisi, ou que, s’étant trompé de mesure, il sera tombé dans cette erreur de détail (1). Cependant si, dans ce travail, j’avais moi-même commis une erreur, elle sera toujours facile à rectifier, puisque j’ai figuré les deux profils et leurs saillies particulières. J’ajouterai à cette remarque , qu’on ne prendra pas, j’espère, pour une critique, que Yignole ici n’est plus lui-même ; car, malgré la satisfaction qu’il montre d’avoir réussi à accorder tous les détails de son entablement counthien , en les faisant tomber tous d a— plomb les uns sur les autres, on peut voir que, dans celui-ci, les denticules, qui devraient principalement diriger tous les autres ornemens, ne peuvent se trouver sur Taxe de la colonne, soit que l’on suive son dessin ou la cote qu’il y a fixée, et qui les rend , même sans nécessité, trop larges de proportion.
Chapiteaux antiques et Base attique.
Parmi les antiquités romaines , on trouve une variété infinie de chapiteaux qui n’ont aucun nom propre , et qui peuvent être rangés dans la classe des chapiteaux composites, en ce qu’ils suivent presque tous les mesures de cet Ordre , qui dérivent elles-mêmes de l’ionique et du Corinthien. Dans quelques-uns , on voit des animaux au lieu de caulicaules et de volutes; dans d’autres, des cornes d’ahondance, etc. Tous sont variés de détails relatifs, sans doute , à l’usage des édifices auxquels ils étaient destinés , et suivant le goût des maîtres qui en dirigeaient l’exécution. On peut en juger par ceux gravés sur cette planche. Sur le premier, on voit quatre aigles au lieu des grandes volutes, et un foudre à la place des petites , surmonté d’une tête de Jupiter, en place des roses et des fleurons qui ornent le chapiteau corinthien. Le second présente quatre aigles tenant chacun un chien dans leurs serres , et quatre griffons sous les angles du tailloir , à la place des volutes. Tout démontre que ces différentes compositions avaient quelques rapports avec les divinités du paganisme , auxquelles les édifices dont ils faisaient partie étaient dédiés.
Les proportions de ces chapiteaux sont les mêmes que celles de l’Ordre corinthien.
La base gravée au bas de la même planche est nommée base attique par Vitruve , parce que les Athéniens furent les premiers qui l’aient mis en œuvre. De notre tems, on l’emploie indifféremment pour le Corinthien, le Composite, bionique, et même le Dorique. Il semble cependant qu’elle conviendrait mieux au Composite qu’à tout autre Ordre, à moins qu’on ne voulût l’adapter à l’ionique, au lieu de la base qui lui est
(1) D’après la date du Vignole original, 1617, il aurait été publié quarante-quatre ans après la mort de son auteur, arrivée en 1 573 .
34 BASE attique.
propre. Pour moi, je la trouve déplacée sous les autres Ordres. Je pourrais appuyer mon sentiment de plusieurs bonnes raisons; mais je ne veux pas combattre un usage autorisé par l’exemple : je me contente d’en donner ici les proportions, qui sont réglées sur le module ionique et corinthien , lequel se divise en 18 parties.
KEMARQÜE.
Il y a beaucoup d’édifices pour lesquels on emploierait les chapiteaux allégoriques avec peu de succès, comme, par exemple, pour ceux où il se trouverait des colonnes de 3o à 4o pieds de hauteur. Les détails qu’on aurait substitués aux volutes seraient, pour ainsi dire, nuis à l’oeil, auquel ils paraîtraient même informes, par l’effet perspectif, ou cachés par la saillie clés feuilles. Ils ne peuvent convenir qu’employés en moyenne proportion, et pour des décorations que je nommerai accessoires, comme pour les vestibules, les salles de spectacle, les salons, et les appartemens en général, les autels dans les églises, ou les décorations enfin qui n’exigent point une architecture sévère; comme aussi pour les devantures de boutiques, soit sur la rue ou dans des galeries marchandes telles qu’on en voit de nos jours.
La hase attique est, sans contredit, la hase la mieux raisonnée; elle serait peut-être un peu simple pour la colonne corinthienne , par rapport à la richesse de cet Ordre; mais, dans notre climat, où la pierre, quelque bien choisie quelle puisse être, se détériore toujours trop tôt , la base attique présentant moins de détails, sans y être moins propre, ainsi qu’à l’Ordre qui le précède et celui qui le suit, on peut l’employer sans craindre la critique. Il existe aussi dans l'antique beaucoup de bases de colonnes ornées sur toutes leurs moulures; le marbre permet cette richesse : elle réussirait mal sur la pierre, surtout placée en plein air.
Manière de diminuer les Colonnes.
Il y a plusieurs manières de diminuer les colonnes , entre lesquelles j’ai fait choix de deux que je donne ici comme les meilleures et les plus généralement suivies. Selon la première, après avoir déterminé la hauteur de votre colonne et son diamètre, ainsi que la quantité dont vous voulez la diminuer à sa partie supérieure , vous divisez le fût en trois parties et vous tracez un demi-cercle sur le premier tiers, puis vous abaissez une ligne parallèle à l’axe prise sous l’astragale à l’endroit ou vous avez fixé votre diminution et à la rencontre de cette ligne sur le demi-cercle jusqu’à sa base ; vous en divisez la distance en autant de parties que vous voulez , et un pareil nombre de parties égales jusques et y compris l’astragale , et enfin vous tirez des perpendiculaires de chaque point divisé sur le demi-cercle, et où vos divisions parallèles à l'horizon viendront les couper, vous aurez, par leur intersection , les points par lesquels doit passer la courbe que vous voulez obtenir. Cette manière peut servir pour le Toscan et le Dorique.
L’autre manière de les diminuer est de mon invention, et quoiqu’elle soit moins connue, elle est cependant aussi facile à comprendre par le dessin que j’en donne ici. Quand vous aurez déterminé toutes les proportions de votre colonne, comme je l’ai dit ci-dessus, il faut tirer une ligne indéfinie vers le tiers de la colonne par le bas, de C en D , puis vous porterez cette mesure , qui est le diamètre de votre colonne , sur son axe de A en B, en continuant A B jusqu’à ce qu’elle vienne rencontrer la ligne C D prolongée en E.